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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le thème de la nature et "la Petite Fadette" de George Sand

L'étude vous propose l'analyse croisée de deux œuvres classiques du XIXe siècle, la Petite Fadette de George Sand et la Terre de Zola. La problématique traite spécifiquement de la vie aux champs, entre bonheur ou malheur. Les deux écrivains ont chacun un point de vue bien différents : bonheur bucolique ou terre ingrate. 

 

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Repères : Thème de la Nature : l'étude 

Etude

Il vous est proposé une étude consacrée à la vie aux champs, entre bonheur ou malheur. Pour cette analyse, nous avons choisi la lecture de deux romans classiques : 

  • La Petite Fadette de George Sand, roman publié en 1848,
  • La Terre de Zola publié en 1887.

George Sand et Émile Zola présentent deux visions opposées de la nature et de la vie paysanne au XIXème siècle.  

Ces deux œuvres opposées mettent toutes les deux au premier plan la Nature en ce qu'elle abrite les passions des hommes.

Il a été souvent indiqué que si ces auteurs décrivent le profond attachement de l'être humain à son cadre de vie, leur vision du monde rural diverge radicalement.

Sand décrirait une nature enchantée alors que Zola stigmatiserait la rudesse des mœurs de la campagne. Les ouvrages méritent mieux que ce commentaire laconique. Ils gagnent à être redécouverts dans leur originalité propre.

Nous débuterons par l'étude du premier roman, mais avant cela, donnons quelques précisions sur l'auteur.

George Sand

La Gazette a consacré un numéro exceptionnel à George Sand, sur son parcours hors du commun d'auteur à succès et à sa figure de femme engagée que l'on connaît moins.

Le contexte historique redonne un profond éclairage aujourd'hui oublié à cette œuvre. L'engagement politique de George Sand et l'échec de la révolution de 1848 l'ont conduite, de retour sur ses terres de Nohant, à élaborer ce conte champêtre dans la droite ligne d'un Rabelais qu'elle affectionnait particulièrement. En ces ans troubles, elle a choisi un art d'écrire exempt de tout reproche.

Il n'en demeure pas moins qu'elle l'a conçu comme une ode à la fraternité et à la glorification de la liberté affranchie des préjugés. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les deux courtes préfaces de 1848 et de 1851 pour s'extraire de l'image naïve du roman champêtre.

Il est temps d'entrer dans le cœur du livre, deux personnages, la Petite Fadette, mais aussi la Nature.

Sauvageonne

Françoise, la Petite Fadette, farfadet malicieux, vit en marge de la société berrichonne en raison de la réputation sulfureuse de sa propre mère et des talents de guérisseuse de sa grand-mère jugée un peu sorcière.

Son apparence de laide sauvageonne et ses facéties contribuent à la singulariser au village avant qu'un profond retournement de situation ne modifie la perception initiale des protagonistes.

Cadre champêtre

La nature joue un rôle crucial dans l'œuvre en ce qu'elle ne déçoit jamais. Les scènes champêtres sont élaborées pour refléter une réalité «idéalisée» voulue par l'auteur : un décor sublimé.

La campagne berrichonne se révèle harmonieuse, délicate et fraîche.

Les rigueurs de la terre ne sont évoquées que de manière incidente pour justifier l'envoi d'un fils en apprentissage chez un fermier.

La nature évoque des souvenirs de l'enfance heureuse et appelle à la rêverie. Elle console aussi de tous les maux de la vie. Le travail de la terre et l'élevage ne sont pas présentés comme un joug, mais comme une activité pleine d'attraits.

Des passages d'une fine sensibilité abondent dans cette oeuvre :

«Enfin, il se trouva au droit du pré de la Joncière, et il y entra, parce qu'il se souvint qu'il y avait là un endroit que Sylvinet affectionnait. C'était une grande coupure que la rivière avait faite dans les terres en déracinant deux ou trois vergnes qui étaient restées en travers de l'eau, les racines en l'air. Le père Barbeau n'avait pas voulu les retirer. Il les avait sacrifiés parce que, de la manière qu'ils étaient tombés, ils retenaient encore les terres qui restaient prises en gros cossons dans leurs racines, et cela était bien à propos ; car l'eau faisait tous les hivers beaucoup de dégâts dans sa joncière et chaque année lui mangeait un morceau de son pré.» (chapitre 8)

Hommes

Cependant à côté de la nature enchanteresse, l'homme de la campagne paraît fruste et rude. Le parfait décor qui l'entoure ne lui ouvre guère les yeux ni le cœur.

Le roman évoque largement la question des préjugés qui aveuglent l'être humain. Les villageois portent un regard cruel sur la Petite Fadette en raison de son apparence repoussante et de la réputation sulfureuse de sa famille. Elle est en butte à l'hostilité des enfants de son âge.

«Landry le suivit deux ou trois pas, mais il se retourna en entendant une grande clameur ; et il vit la petite Fadette que Madelon et les autres filles avaient livrée aux moqueries de leurs galants, et que les gamins, encouragés par les risées qu'on en faisait, venaient de décoiffer d'un coup de poing. Elle avait ses grands cheveux noirs sur son dos et se débattait toute en colère et en chagrin ; car cette fois, elle n'avait rien dit qui lui méritât d'être tant maltraitée, et elle pleurait de rage, sans pouvoir rattraper sa coiffe qu'un méchant galopin emportait au bout d'un bâton (...)» (scène du bal chapitre 16)

Union

A partir du chapitre XVIII, la nature et l'homme se rejoignent pour vivre en bonne intelligence au point d'opérer un vrai changement de ton et de rythme dans l'œuvre.

Les personnages présentés jusque là conformément aux préjugés prennent de l'épaisseur et de la profondeur. La nature devient l'étalon de valeur pour qualifier les relations humaines.

«Tu ne trouves point l'endroit agréable, reprit-elle, parce que vous autres riches vous êtes difficiles. Il vous faut du beau gazon pour vous asseoir dehors, et vous pouvez choisir dans vos prés et dans vos jardins les plus belles places et le meilleur ombrage. Mais ceux qui n'ont rien à eux n'en demandent pas si long à Dieu, et ils s'accommodent de la première pierre venue pour poser leur tête. Les épines ne blessent point leurs pieds, et là où ils se trouvent, ils observent tout ce qui est joli et avenant au ciel et sur la terre. (...) Moi, je sais, sans être sorcière, à quoi sont bonnes les moindres herbes que tu écrases sous tes pieds ; et quand je sais leur usage, je les regarde et ne méprise ni leur odeur ni leur figure».(conversation entre Fadette et Landry au chapitre XVIII)

Ce roman d'une vraie fraîcheur conservée au delà des siècles traite de questions dépassant le cadre des préoccupations de l'adolescence, s'agissant d'un livre généralement proposé et étudié au seul collège.

Dans l'article suivant, nous verrons que la perception de Zola diverge effectivement de celle de George Sand en ce que le point de vue réaliste prime sur l'idéalisation de la nature et de l'être humain.

repère à suivre : une terre adulée, mais ingrate (Zola)

 

 

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La mansardienne 12/06/2009 18:05

J'ai eu ma période Zola quand j'étais plus jeune. Une révélation à l'époque. Le genre de littérature qui vous marque au fer rouge et ouvre la conscience. Quant à George Sand, plus je découvre le personnage et tous ceux qui l'ont entourée et plus je l'aime. Dommage de limiter son image et son oeuvre encore aujourdhui, à ses romans soi-disant champêtres à ses frusques d'homme portées non pas pour choquer mais par  soucis d'économie  ou à des cigares qu'elle n'a jamais fumé, c'est vraiment réducteur et caricatural. Je me suis promise de lire toute son oeuvre et d'aller vister sa maison. Récemment j'ai achevé sa correspondance, "le livre de ma vie" et Consuelo. Je ne m'en lasse pas...

LITTERATUS 12/06/2009 18:26


Vous avez tellement raison...