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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

George Sand et le temps de l’amertume 

George Sand a connu les heures glorieuses de la révolution de 1848 avant de goûter au fruit amer de la désillusion. Elle éprouve un sentiment de honte sur la répression qui s'abat sur la presse d'opposition. Il ne lui reste que sa plume pour supporter cette situation terrible.

 

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 Repères :  George Sand  : vie littéraire

 

Dans l’article précédent, nous avons abordé l’engagement de George Sand dans la révolution de février 1848 qui s’achève par les journées sanglantes de juin, sonnant le glas des aspirations sociales de la République. Voyons aujourd’hui le temps de l’amertume sur le plan privé qui rejaillit dans son œuvre.

 

La honte

La répression s’abat sur le peuple et aussi sur tous les organes de presse. Les amis de George Sand doivent s’enfuir. Elle-même est partie à Nohant, son refuge. Mais ce n’est pas une sinécure lorsqu’elle y rentre. Le temps est au règlement de compte dans le Berry. Elle écrit ainsi à une de ses amies toute son amertume et sa « honte d’être française » : 

À MADAME MARLIANI, À PARIS

 

Nohant, juillet 1848.

 

« Merci, mon amie ; j’aurais été inquiète de vous si vous ne m’aviez pas écrit ; car, au désastre général, on tremble d’avoir à ajouter quelque désastre particulier. On souffre et on craint dans tous ceux qu’on aime. Je suis navrée, je n’ai pas besoin de vous le dire, et je ne crois plus à l’existence d’une république qui commence par tuer ses prolétaires. Voilà une étrange solution donnée au problème de la misère. C’est du Malthus tout pur.

Comment ! miss Ashurst est arrivée au milieu de cette tragédie ? Pauvre enfant ! elle est venue assister aux funérailles de notre honneur. Elle est venue trop tard : elle n’aura pas vu la République. Embrassez-la pour moi ; je suis contente qu’elle soit chez vous et j’ai la certitude que vous serez contentes l’une de l’autre. Je voudrais bien pouvoir vous aller embrasser toutes deux. Mais, d’ici à quelque temps, outre que je serais peut-être hors d’état de me conduire prudemment à Paris, il faut que je tienne en respect par ma présence une bande considérable d’imbéciles de la Châtre qui parlent tous les jours de venir mettre le feu chez moi.

Ils ne sont braves ni au physique ni au moral, et, quand ils viennent se promener par ici, je vais au milieu d’eux, et ils m’ôtent leur chapeau. Mais, quand ils ont passé, ils se hasardent à crier : À bas les communisques ! Ils espéraient me faire peur et s’aperçoivent enfin qu’ils n’y réussissent pas. Mais on ne sait à quoi peuvent les pousser une douzaine de bourgeois réactionnaires qui leur font sur moi les contes les plus ridicules. Ainsi, pendant les événements de Paris, ils prétendaient que j’avais caché chez moi Ledru-Rollin, deux cents communistes et quatre cents fusils !

D’autres, mieux intentionnés, mais aussi bêtes, accouraient au milieu de la nuit pour me dire que ma maison était cernée par des brigands, et ils le croyaient si bien, qu’ils m’ont amené la gendarmerie. Heureusement, tous les gendarmes sont mes amis et ne donnent pas dans les folies qui pourraient me faire empoigner un beau matin sans forme de procès. Les autorités sont pour nous aussi ; mais, si on les change, ce qui est possible, nous serons peut-être un peu persécutés. Tous mes amis ont quitté le pays, à tort selon moi. Il faut faire face à ces petits orages, éclaboussures inévitables du malheur général.

Bonsoir, amie. Quels jours de larmes et d’indignation ! J’ai honte aujourd’hui d’être française, moi qui naguère en étais si heureuse ! Quoi qu’il arrive, je vous aime.

https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_1812-1876,_3/1848/CCLXXXIII

 

Il ne reste à George Sand que sa plume. 

 

Le pouvoir de l’écriture

En septembre 1848, elle s’attèle à la rédaction de son roman, la Petite Fadette. C’est une obligation qu’elle s’impose, car elle a un impérieux besoin d’argent, la révolution l’ayant éloignée de la production industrielle de ses œuvres. Elle doit donc écrire pour survivre. Elle puise dans le terroir ce texte champêtre, admirablement frais, qui contraste avec la violence des temps passés. Dans sa deuxième préface (1851), elle revient sur son état d’esprit d’alors, sur la puissance de l’art, véritable dérivatif au malheur du monde : 

« (…)Prêcher l’union quand on s’égorge, c’est crier dans le désert. Il est des temps, où les âmes sont si agitées qu’elles sont sourdes à toute exhortation directe. Depuis ces journées de juin dont les événements actuels sont l’inévitable conséquence, l’auteur du conte qu’on va lire s’est imposé la tâche d’être aimable, dût-il en mourir de chagrin. Il a laissé railler ses bergeries, comme il avait laissé railler tout le reste, sans s’inquiéter des arrêts de certaine critique. Il sait qu’il a fait plaisir à ceux qui aiment cette note-là, et que faire plaisir à ceux qui souffrent du même mal que lui, à savoir l’horreur de la haine et des vengeances, c’est leur faire tout le bien qu’ils peuvent accepter : bien fugitif, soulagement passager, il est vrai, mais plus réel qu’une déclamation passionnée, et plus saisissant qu’une démonstration classique. »

https://fr.wikisource.org/wiki/La_Petite_Fadette/Préface

 

Loin d’abandonner ses idéaux, George Sand soutient un nouveau journal, Travailleur de l’Indre, organe socialiste qui est interdit en 1849. Elle éponge ses dettes, ce qui l’oblige à écrire toujours plus…

 

Nous verrons dans l’article suivant que George Sand n’est pas au bout de ses malheurs. 

 

Repère à suivre : George Sand et les désillusions 

 

 

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