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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Une Terre adulée mais ingrate (Zola)

Le thème de la nature dans la littérature permet l'étude de la Terre de Zola, qui est le le décor idéal pour la thèse naturaliste de Zola.

 

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Repères : Thème de la Nature : l'étude 

Etude

Dans l'article précédent, nous avons débuté notre étude consacrée à la vie aux champs, entre bonheur et malheur par l'analyse de la Petite Fadette de George Sand. 

Nous poursuivons aujourd'hui avec la Terre de Zola publié en 1887 qui appartient au cycle des Rougon-Macquart (15e roman sur les 20 conçus par l'auteur).

Découvrons le personnage principal de ce roman naturaliste : c'est la Terre.
 

Beauce

L'action se déroule dans la campagne beauceronne. Elle met en contact toutes les branches d'une même famille de paysans sur trois générations.

La grande question du livre s'articule autour de la possession de la Terre que ce soit par sa transmission dans le cadre d'une donation ou d'une succession ou par sa simple conservation. Les personnages et les situations sont finement analysés sans tomber dans un manichéisme trompeur.

Le rôle principal n'échoit en réalité à aucun protagoniste de l'histoire. C'est la terre avec un grand T qui occupe la place prédominante. Le titre même du roman s'éloigne de la Nature comprise comme un théâtre enchanté pour revêtir un sens double, à la fois, la terre qu'on aime et pour laquelle l'homme est prêt à consentir à tout et celle recueillant insensiblement le labeur de l'homme. Le décor naturaliste est ainsi planté.

La Terre

La terre est en effet adulée par les personnages de l'œuvre, notamment par le Père Fouan qui va se déposséder de ses biens au profit de ses enfants pour jouir de la vie après des années de labeur.

Ce sentiment reste néanmoins ambivalent :
«Mais ce qu'il ne disait pas, ce qui sortait de l'émotion refoulée dans sa gorge, c'était la tristesse infinie, la rancune sourde, le déchirement de tout son corps, à se séparer de ces biens si chaudement convoités avant la mort de son père, cultivés plus tard avec un acharnement de rut, augmentés ensuite de lopins à lopins, au prix de la plus sordide avarice. Telle parcelle représentait des mois de pain et de fromage, des hivers sans feu, des étés de travaux brûlants, sans autre soutien que quelques gorgées d'eau. Il avait aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. Ni épouse, ni enfants, ni personne, rien d'humain : la terre ! Et voilà qu'il avait vieilli, qu'il devait céder cette maîtresse à ses fils, comme son père la lui avait cédée à lui-même, enragé de son impuissance » (1ère partie, titre II).

Un autre personnage, Hourdequin, l'homme aux expériences agricoles de pointe éprouve aussi un attachement viscéral pour la terre :
«Ah ! cette terre, comme il avait fini par l'aimer ! Et d'une passion où il n'entrait pas que l'âpre avarice du paysan, d'une passion sentimentale, intellectuelle presque, car il sentait la mère commune, qui lui avait donné sa vie, sa substance, et où il retournerait (....) Plus tard, quand il avait succédé à son père, il l'avait aimé en amoureux, son amour avait mûri, comme s'il l'eût prise dès lors en légitime mariage, pour la féconder.» (2ème partie, titre I)

Le choix de la Beauce pour incarner la passion du paysan pour la terre n'a pas été un choix neutre ; on est en effet loin des terres arides et sèches qui ne nourrissent pas les laboureurs. Au contraire, il s'agit bien de la région qualifiée de "grenier" de la France, qui a l'avantage de présenter le meilleur aspect de la condition paysanne.

«Cette Beauce plate, fertile, d'une culture aisée, mais demandant un effort continu, a fait le Beauceron froid et réfléchi, n'ayant d'autre passion que la terre». (1ère partie, titre III)

Passion

L'amour de la Terre entraîne l'homme dans des passions incontrôlées ; en un mot tout est bon pour la posséder. Aucun scrupule particulier ne peut éloigner le paysan de ce qu'il considère son bon droit.

On assiste dès lors à des scènes d'une violence et d'une cruauté sans borne narrées avec une brillance extraordinaire :

«Lise, à la volée, répondit par une gifle. Cette brutalité affola Françoise qui se rua sur elle. Les mains au fond des poches, Buteau ricanait, sans intervenir, en coq vaniteux pour lequel deux poules se battent. Et la bataille continua, enragée, scélérate, les bonnets arrachés, les chairs meurtries, chacune fouillant des doigts où elle pourrait atteindre la vie de l'autre. Toutes deux s'étaient bousculées, étaient revenues dans la luzerne. Mais Lise poussa un hurlement, Françoise lui enfonçait les ongles dans le cou ; et alors, elle vit rouge, elle eut la pensée nette, aiguë de tuer sa sœur. A gauche de celle-ci, elle avait aperçu la faux, tombée le manche en travers d'une touffe de chardons, la pointe haute. Ce fut comme dans un éclair, elle culbuta Françoise, de toute la force de ses poignets. Trébuchante, la malheureuse tourna, s'abattit à gauche, en jetant un cri terrible. La faux lui entrait dans le flanc. »(5ème partie, Titre III)

Cependant la Terre, aimée comme une femme ne donne en réalité que ce qu'elle veut. Elle assiste indifférente au déchaînement des passions. Elle reste rude et capricieuse comme la nature humaine.

Elle se moque du labeur de l'homme, elle ne s'oblige en rien.

«Combien pourtant elle était indifférente et ingrate, la terre ! On avait beau l'adorer, elle ne s'échauffait pas, ne produisait pas un grain de plus. De trop fortes pluies pourrissaient les semences, des coups de grêle hachaient le blé en herbe, un vent de foudre versait les tiges, deux mois de sécheresse maigrissait les épis ; et c'étaient encore des insectes qui rongent, les froids qui tuent, des maladies sur le bétail, des lèpres de mauvaises plantes mangeant le sol. Certes, lui ne s'était pas épargné, tapant des deux poings, furieux de voir que le travail ne suffisait pas. Il y avait desséché les muscles de son corps, il s'était donné tout entier à la terre, qui, après l'avoir à peine nourri, le laissait misérable, inassouvi, honteux d'impuissance sénile, et passait aux bras d'un autre mâle, sans pitié même pour ses pauvres os, qu'elle attendait. »

La Terre est le décor idéal pour la thèse naturaliste de Zola : l'être humain est le produit de son milieu et de son hérédité dont il ne peut nullement s'affranchir. La terre est soumise aux intempéries diverses tout comme l'homme à des nécessités auxquelles il ne peut échapper. En ce sens, la nature et l'homme s'unissent dans la même destinée tragique.

Le style de Zola et l'intensité de l'œuvre nourrie de notes glanées au travers d'observations faites ou de lectures des gazettes locales méritent une lecture ou une relecture.

L'auteur a fait naître un roman extraordinaire qui ne peut laisser personne indifférent du fait de la description des mœurs familiales, politiques, sociales de l'époque.

Pour conclure, Zola s'est trouvé de son propre aveu dépassé par l'énormité de son œuvre qui pour cette raison continue à fasciner à juste titre.

Repère à suivre : synthèse 

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