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Publié par Litteratus

 

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(litteratus)

Ah ! Les beaux habits que voilà !

Repères : thème de l’île : l’étude

Résumé : il a été indiqué dans l’article précédent que la Gazette vous propose une étude comparative de deux œuvres que le thème de l’insularité rattache :

  • -       L’île aux esclaves, comédie de Marivaux, jouée pour la première fois en 1725.
  • -       Vendredi ou les limbes du Pacifiqueroman de Michel Tournier, publié en 1967.

La question qui se pose de part en part dans ces deux livres est celle de savoir ce qui fait de chacun d’entre nous un être humain.

Nous avons évoqué le sentiment d’abandon et de désespoir qui anime le(s) rescapés, la notion d’espace et de temps avant d’aborder la particularité offerte à l’homme de nommer les choses ou les hommes. Il vous est proposé aujourd’hui de relever la présence dans les deux œuvres de la question vestimentaire.

***

Pour nos personnages, l’apparence vestimentaire pourrait apparaître particulièrement secondaire et donc totalement  superflue au regard de la nécessité de survivre. Les deux œuvres nous administrent la leçon contraire. L’habit revêt une fonction symbolique pour l’être humain.

 

On verra que chez Tournier, l’habillement est important pour la question de l’image de soi. Ce point est totalement ignoré chez Marivaux ; en revanche, ce dernier reprend un classique du genre, l’échange de vêtements, que nous retrouverons dans les deux œuvres.

 

L’image de soi

Chez Tournier, la question de l’habillement se pose déjà pour Robinson alors qu’il est encore seul sur l’île. Cette même question prendra une autre importance avec l’arrivée de Vendredi.

 

L’habillement participe à la création de l’image de soi. Le héros solitaire qui a pu se négliger durant ses nombreuses périodes d’abattement s’oblige à des règles. La tenue vestimentaire participe à l’humanisation du personnage désocialisé. C’est ainsi que dès le samedi soir, Robinson s’oblige à revêtir son « habit de cérémonie » (page 71). Il s’agit de recouvrer la dignité humaine mise à mal après des jours de labeur, de découragement ou d’excès en tout genre sur sa « cité-jardin ». Le vêtement le ramène à sa condition humaine.  Le vêtement lui permet aussi d’endosser un rôle lorsqu’il se proclame -avec un rien de folie- général ou gouverneur de l’île.

 

Cette même coutume vestimentaire ne variera pas avec l’arrivée de Vendredi que Robinson s’empresse d’habiller dès la première rencontre à l’aide d’un pantalon de marin. De sauvage, il prend « l’apparence » d’humain. Mais Robinson ne s’en tient pas là ; il pousse en effet le symbole vestimentaire à son paroxysme en lui donnant une connotation -cette fois- sociale : il lui fait porter tous les soirs une livrée lorsqu’il sert le repas, donnant à la scène une théâtralisation. (Chapitre 7)

 

Vendredi revêt la tenue de serviteur…

Mais cette question de l’habillement permettra aux deux auteurs de jouer habilement sur la distribution des rôles… dans la société.

 

Une inversion des rôles

Cette inversion des rôles opérée par le changement vestimentaire se trouve dans les deux œuvres. Chez Marivaux, c’est bien l’échange de vêtements qui parachève le l’échange des rôles. L’habit fait le moine. Les lois de la République des esclaves édictent cette règle implacable :

« Vous aurez soin de changer d’habit ensemble, c’est l’ordre. » (Scène 1).

 

L’échange de vêtements

Ceci se fera à l’acte V pour le duo masculin et il faudra attendre la scène IX pour que chacun endosse enfin ses habits d’origine mettant fin à l’inversion des rôles. Le pardon accordé aux maîtres par les anciens esclaves conduit au retour à l’ordre initial des choses et à l’annonce du retour à Athènes. On voit donc l’aspect symbolique que revêt le costume chez Marivaux.

 

L’absence de vêtements : la nudité

Chez Tournier, il faut attendre le chapitre 8 pour voir Vendredi –en l’absence de son maître-s’emparer de la malle composée notamment de riches étoffes. Il va en parer les végétaux avant de disparaître durant plusieurs jours. Robinson le retrouvera en « homme-plante », dansant - entièrement nu- d’une manière frénétique. Si le roman fait naître à plusieurs reprises des tensions entre l’habit et la nudité, c’est qu’il s’agit de se débattre entre ce qui reste d’humain et ce qui le différencie de la bête.

 

Mais ce schéma n’aura plus cours au chapitre 9 : l’explosion de la grotte fera voler en éclat l’ordre établi de main de maître par Robinson. A partir de cet instant, l’importance vestimentaire devient nulle ; on arrache les loques carbonisées dévoilant le corps qui n’est plus caché. Tous les vêtements sont en effet devenus des hardes sans que cela ne dérange plus le cours des choses. C’est précisément le moment où l’harmonie s’installe entre les deux hommes au travers de la nature qui reprend ses droits. On assiste alors à une inversion des rôles mais en l’absence de tout vêtement. C’est Vendredi qui initiera Robinson au « naturisme ». Le « nouveau Robinson » (page 189)  se dévêt avant de prendre le soleil dans le plus simple appareil. Il revit en glorifiant son corps buriné par l’astre lumineux.

 

Nous verrons dans l’article suivant que le renversement de rôles traite en réalité du rapport de force entre le maître et l’esclave.

 

Repères à suivre : l’étude : le rapport entre le maître et l’esclave (Marivaux/Tournier)

 

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lizagrèce 22/03/2014 19:30

Le vêtement est aussi un symbole de "civilisation". Marivaux s'en empare et Tournier restitue .