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Gazette littéraire

L’espace-temps dans la thématique de l’île (Marivaux/Tournier)

Repères : thème de l’île : l’étude

Vitalité (août 2012)

(Litteratus)

La relation au temps pour les rescapés de l'île

Résumé : il a été indiqué dans l’article précédent que la Gazette vous propose une étude comparative de deux œuvres que le thème de l’insularité rattache :

  • L’île aux esclaves, comédie de Marivaux, jouée pour la première fois en 1725.     
  • Vendredi ou les limbes du Pacifiqueroman de Michel Tournier, publié en 1967.

La question qui se pose de part en part dans ces deux livres est celle de savoir ce qui fait de chacun d’entre nous un être humain. Nous avons évoqué le sentiment d’abandon et de désespoir qui anime le(s) rescapés avant d’aborder la notion d’espace. Il nous appartient aujourd’hui d’examiner la question temporelle.

***

Le caractère intemporel de la comédie

Chez Marivaux, la notion de temps est floue. Si l’on sait que les anciens esclaves peuvent se reposer huit jours et que les anciens  maîtres doivent s’amender pendant trois ans, on ne sait en réalité pas combien de temps a duré l’expérience insolite sur l’île des esclaves. La volonté de Marivaux semble sur ce point délibérée car sa pièce en un seul acte voit les choses s’accélérer à un rythme enlevé. Il n’en va pas de même chez Tournier pour qui la question du temps revêt, au contraire, une dimension prépondérante.

 

L’importance des repères temporels pour Robinson

La perte de ses repères temporels cause à Robinson de véritables troubles dans son existence solitaire. L’humanité du héros s’en trouve totalement ébranlée, il est coupé des autres par l’absence de calendrier. Il ne peut calculer la durée qu’il a passée depuis le naufrage. Il s’agit d’un espace-temps indéfini, obscur, perdu à jamais qui le rend extrêmement malheureux.

Mais l’absence de notion de temps le rend à une vie animale ; il devient une espèce de brute dépossédée en réalité de toute emprise sur les choses. Son comportement frise la folie. Il le reconnaît lui-même lorsqu’il parvient de manière ingénieuse à créer une clepsydre : « Cette clepsydre fut pour Robinson la source d’un immense réconfort. Lorsqu’il entendait le jour ou la nuit le bruit régulier des gouttes tombant dans le bassin, il avait le sentiment orgueilleux que le temps ne glissait plus malgré lui dans un abîme obscur, mais qu’il se trouvait désormais régularisé, maîtrisé, bref domestiqué lui aussi comme toute l’île allait le devenir, peu à peu, par la force d’âme d’un seul homme ; » (page 66-67).

La première chose que demande le héros aux marins du Whitebird, c’est de lui indiquer la date du jour, ce qui lui permet intérieurement de calculer aussitôt la durée de son existence sur l’île, soit vingt-huit ans, deux mois et neuf jours (page 235).

C’est encore, la suspension volontaire de la clepsydre et donc du temps qui permet à Robinson de s’offrir une parenthèse idéalisée, c’est-à-dire sans limite, dans l’assouvissement de ses plaisirs avec Speranza, l’île.

L’éternité

La deuxième partie de l’œuvre nous rend Robinson dans une autre échelle du temps. Il n’a plus de passé, ni d’avenir. Il vit pour son plus grand bonheur dans l’instant  présent. Il découvre le bonheur dans cette nouvelle perception du temps. L’homme rajeuni est en pleine métamorphose…. Il entre dans une temporalité infinie. Etonné lui-même de ce changement, il s’interroge :

« Dès lors n’est-ce pas dans l’éternité que nous sommes installés, Vendredi et moi ? »(Page 219)

Nous verrons aussi que dans ces deux œuvres, l’importance de la faculté réservée à l’homme de nommer les choses ou autrui….

Repères à suivre : l’étude : le pouvoir de nommer

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