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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Les déshéritées (fin)

Les déshéritées (fin) feuilleton gazette littéraire

 

Repères : thème de la fratrie : le feuilleton : les déshéritées


Résumé : Raymond Cordier, retraité, vient d'être admis à l'hôpital à la suite d'un accident de la circulation. Sa femme, Annette, prévenue par la gendarmerie arrive à son chevet. Elle pense à ses jumelles de vingt-sept ans qu'elle doit prévenir. Ces dernières donnent malheureusement l'impression de s'éloigner de leurs parents. Elles semblent si insaisissables. Mais ce malaise n'a rien de véritablement de nouveau. Ces dernières ont été adoptées à l'âge de sept ans dans un orphelinat roumain. Les liens ont toujours été difficiles à nouer et finalement ne reposent que sur une coexistence pacifique, trop pacifique pour être vraie. C'est dans ce contexte que la convalescence de Raymond Cordier se présente. Après des retrouvailles tendres avec leurs filles, les époux Cordier croient avoir réussi le pari de l'adoption. Mais au cours d'un dîner, les jeunes femmes insistent pour obtenir de leurs parents des informations sur l'organisation de leur succession. Le charme de la fête est alors rompu...


***

Le grand déballage

Au cours de ce même dîner, Annette tenta de clore le sujet de manière de plus en plus péremptoire.

- Vous n'avez aucun droit. Nous prendrons, votre père et moi, des dispositions lorsque le moment sera venu. Mais il n'est pas arrivé. Ne nous en parlez plus.


C'est alors que la discussion échappa à tout contrôle. Marie et Manon avaient sorti des papiers sur lesquels des estimations avaient été réalisées : la valeur de la maison de Vendeuil et de l’appartement à Méribel, mais il restait bien des zones d'ombre et des cases à remplir de leur point de vue : la valeur patrimoniale du haras de Beaumont, le montant de la retraite de Raymond, l'épargne du ménage et bien d'autres sources de revenus. La vue de ces papiers méthodiquement dressés joua un effet dévastateur sur les époux Cordier. Interloqués, ils se tinrent coi.

Mais leurs filles ne les laissèrent pas en paix. Elles se firent pressantes voire menaçantes. Le ton monta et des paroles malheureuses furent prononcées. Marie leur reprocha leurs méthodes d'éducation trop strictes ; Manon fit des reproches à Raymond des gestes équivoques qu'il aurait eu une fois à son égard. Ce dernier suffoqua de douleur et se mit à rugir dans la salle à manger.

- Quelle honte après tout ce que nous avons fait pour vous deux. Vous voilà à attendre notre mort, la mienne puis celle de votre mère. Vous ne seriez pas devenues ce que vous êtes sans nous. Nous avons fait ce que nous avons pu pour vous élever. Vous n'avez jamais été reconnaissantes de quoi que ce soit. Ce n'est pas faute de vous avoir laissé du temps. Mais vous n'êtes que des ingrates !

- On ne vous a rien demandé, répliqua Marie avec agressivité. Ce n'est pas nous qui vous avons demandé de nous emmener en France. Maintenant, nous avons des droits et nous n'y renoncerons pas, Manon et moi.

- Vous êtes non seulement ingrates, mais en plus intéressées, répliqua Raymond qui se tordait de fureur sur son fauteuil. Vous n'aurez rien, rien du tout. Maintenant, partez sur le champ...


Annette au désespoir voyait la rupture irrémédiablement consommée entre son mari et ses filles ; elle tenta un rapprochement lorsque soudainement, Manon lui rétorqua a sèchement :

- oh toi, de toute façon, tu n'as jamais été ma mère...

La messe était dite. Pour les Cordier, l'échec était patent ; il fallait bien qu'ils l'admettent désormais.


Une brouille consommée

La rupture des liens avec leurs filles causa des réactions opposées au sein du ménage Cordier. Cette brouille consommée plongea Annette dans une grave dépression. La chose qui la chagrinait du matin au soir était celle de savoir pourquoi ses filles l'avaient rejetée. Elle ne voyait pas ce qu'elle avait fait de mal. Elle culpabilisait également, ses capacités éducatives n'avaient peut-être pas été à la hauteur ! Son cœur saignait de douleur. Elle se laissa diriger par Raymond qui, lui, connut au contraire une cure de jouvence tout à fait inattendue.


En effet, il aurait pu se laisser abattre surtout dans le contexte de son accident, des complications, de sa fatigue. Mais il trouva une raison nouvelle de pratiquer sérieusement sa kinésithérapie ; il voulait vite redevenir autonome pour mener à bien un projet qui lui était venu avec une rage furieuse, celui de déshériter ses enfants. Il téléphona à Maitre Rivarol**, son vieil ami d'enfance devenu un brillant avocat Versaillais. Avec lui, point de circonvolutions, il lui déclara de but en blanc qu'il cherchait à renier ses enfants avant de lui expliquer les circonstances précises. Son conseil lui expliqua longuement la marche à suivre pour éviter toute contestation ultérieure. L'idée parut facile à mettre en œuvre et l'affaire fut rondement menée. La chose réglée, les époux Cordier débutèrent une autre vie...


Une nouvelle vie pour les époux Cordier

Ils changèrent radicalement de mode de vie en décidant de passer l'hiver à Marrakech dans une location luxueuse et l'été dans une somptueuse villa à Lacanau. Raymond tenait ses comptes étant prodigue pour la première fois de sa vie. Il faisait plaisir et aimait à offrir à Annette des présents somptueux. Il fallait tout dépenser, faire disparaître la galette comme il le disait. Ce train de vie dura plus de quatre ans.

C'est avec un grand déplaisir, qu'ils reçurent un courrier de l'avocat de leurs filles les mettant en demeure de les rétablir en leur qualité d'héritière réservataire. Ce dernier avait en effet pu vérifier auprès de la Conservation des Hypothèques la vente des deux biens immobiliers du ménage, à savoir l'appartement de Méribel et la maison de Vendeuil. Il s'enquérait de savoir où les fonds pouvaient être placés. Il rappelait les dispositions relatives au Code civil ne permettant pas aux parents de déshériter leurs enfants. La famille Cordier par représentation d'avocats finit, au bout d'un certain temps, par se retrouver...au tribunal.


Un héritage porté devant le tribunal

L'avocat des plaignantes exposa l'entreprise malicieuse des époux Cordier consistant à déshériter leurs enfants. Il prit le temps de détailler les modalités du dépouillement mis en œuvre. Il plaida en équité sur l'absence de sens moral de tels parents prêts à tout pour mener à bien une opération de spoliation contre nature.

De son côté, Maître Rivarol ne se laissa pas émouvoir par ces considérations extra juridiques et rendit compte au tribunal de l'état de la fortune de ses clients. Il exposa dans sa plaidoirie que l'appartement de Méribel ayant été librement vendu, un capital important, produit de l'opération, fut aussitôt placé en assurance vie*** au bénéfice de la nièce de ses clients, Martine, leur fille putative. Cette assurance était alimentée par une rente mensuelle proportionnelle aux revenus du ménage, ce qui excluait toute contestation de ce chef. Il restait le domicile familial de Vendeuil, la demeure principale de de ses clients, Maître Rivarol indiqua que les époux Cordier avait opté pour une vente tout en conservant l'usufruit. Un viager, en d'autres termes. Ils avaient légitimement perdu la propriété du bien pour n'en conserver que la jouissance jusqu'à leur mort. S'agissant du haras de Beaumont, ce dernier avait été cédé lors du départ à la retraite d'Annette. Il resterait donc à revenir à la succession à venir les avoirs restant sur les comptes bancaires des Cordier.


Ce qu'il se garda bien de dire concernait le soin méthodique mis en œuvre par Raymond pour dépenser son capital afin de ne rien laisser à ses filles...


C'est ainsi que les deux sœurs Cordier n'eurent pas gain de cause devant le tribunal qui les débouta de toutes leurs demandes. Marie et Manon se sentirent déshéritées, ce qu'elles avaient été dans leur vie par deux fois...



M.Aragnieux


 

Sources :

*http://www.lexpress.fr/informations/les-enfants-du-diable_634988.html

** Maître Rivarol

***L. 132-12 du code des assurances

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lizagrèce 31/05/2012 22:03


Tiens ! Rivarol revient !


http://maisondeliza.over-blog.fr

Litteratus 01/06/2012 16:25



C'est l'avocat de service, de permanence en somme !