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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Un parfum de fête qui tourne court (5)

Un parfum de fête qui tourne court (5)

 

Repères : le feuilleton : les déshéritées


Résumé : Raymond Cordier, retraité, vient d'être admis à l'hôpital à la suite d'un accident de la circulation. Sa femme, Annette, prévenue par la gendarmerie arrive à son chevet. Elle pense à ses jumelles de vingt-sept ans qu'elle doit prévenir. Ces dernières donnent malheureusement l'impression de s'éloigner de leurs parents. Elles semblent si insaisissables. Mais ce malaise n'a rien de véritablement de nouveau. Ces dernières ont été adoptées à l'âge de sept ans dans un orphelinat roumain. Les liens ont toujours été difficiles à nouer et finalement ne reposent que sur une coexistence pacifique, trop pacifique pour être vraie...

C'est dans ce contexte que la convalescence de Raymond Cordier se présente...


***



Un parfum de fête

Précisément la convalescence de Raymond se fit longue et difficile. Après une opération du fémur, il débuta la rééducation qui comportait durant trois mois des longs exercices de marche sans appui. Cela entraînait beaucoup de fatigue pour ce retraité qui n'était déjà plus un athlète. Trois semaines après l'accident, Marie et Manon firent enfin l'effort de venir passer quelques jours avec leurs parents. Raymond était si heureux de voir ses filles ; il pensait, non sans un pincement au cœur, qu'il aurait pu mourir sans les revoir. Son moral n'avait pas toujours été au beau fixe de ce fait. Mais les jumelles se firent spontanées pour la première fois de leur vie en aidant gentiment leur père. Cela soulagea Annette qui, en tant qu'aidant, avait vu sa charge de travail s'accroître à côté des soins à apporter au haras.


L'une s'occupa de la maison tandis que l'autre se consacra à Raymond en l'emmenant chez le kinésithérapeute. Les époux Cordier y virent la récompense de leurs efforts et de leur patience. Leurs enfants en toute sincérité venaient enfin vers eux. Le pari était ainsi gagné ! Il aurait fallu un accident pour aboutir à ce miracle. Un parfum de fête flottait dans la maisonnée. Au cours des agapes, on ne débattit plus avec les éternels lieux communs habituellement échangés qui dissipaient des silences terriblement gênants. On se parla pour la première fois librement. C'est ainsi que Marie se faisait enjouée et que Manon suivait le pas de sa sœur en sortant de sa réserve naturelle. On avait sablé le champagne pour célébrer le retour des filles au sein du bercail. Les langues se délièrent. Une confiance nouvelle de part et d'autre de la table semblait bien installée depuis plusieurs jours et nul n'imaginait qu'elle pourrait se dissiper.


L'intervention audacieuse de Marie perturba pourtant la félicité familiale lorsqu'en plein dîner elle crut bon de demander à son père s'il avait pris des dispositions pour mettre en ordre sa succession. Elle argumenta qu'un accident aussi soudain devait les amener tous deux à préparer la transmission de leur patrimoine ; ils devaient en effet penser à leur famille comme ils l'avaient fait toute leur vie.


Un malaise se fait jour

Un lourd malaise se fit jour chez Raymond qui ne sut que répondre. Il voyait dans cette interrogation une anticipation de sa mort, chose qu'il redoutait terriblement. Regardant sa femme avec un regard mouillé, il se moucha bruyamment. Ce trouble rompit instantanément le charme de la soirée. Cependant cela ne découragea pas sa fille qui reformula sa question sans éprouver la moindre gêne. "Après tout, c'est une question naturelle !" dit-elle. Annette la foudroya alors du regard. Elle était passée sur beaucoup de choses depuis vingt ans, mais elle ne supportait pas la peine injustement causée à son mari. Elle chercha à faire diversion comme elle put en proposant notamment de resservir le plat de résistance.


C'est alors que tel un écho, on entendit la même demande sortir de la bouche de Manon. Moins expansive habituellement que sa jumelle, elle n'en était pas en reste aujourd'hui. "Il ne faut pas considérer cette question comme quelque chose de tabou."dit-elle. Elle fixa son père avec attention. Les sœurs Cordier attendaient manifestement toutes deux une réponse précise. On ne voyait pas ce qui pourrait les dissuader de poursuivre dans cette voie. Ce fut leur mère qui les détrompa sur ce point.


- Votre père n'est pas mort et ce n'est ni le lieu ni l'instant de parler de ces choses, dit Annette Cordier.

- Maman, je pense qu'au contraire, c'est important que nous parlions de l'avenir sans gêne. Nous sommes vos héritières, Manon et moi. On a le droit de savoir.


Les deux jeunes femmes, indifférentes à la peine qu'elles venaient de faire, n'entendaient pas abandonner la partie. Elles avaient fait le déplacement pour cela. Elles ne partiraient pas sans que la chose ne fût élucidée...

 

Repères à suivre : le feuilleton : les déshéritées (6ème partie)



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