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Gazette littéraire

George Eliot et le Warwickshire

George Eliott et le Warwickshire

 

 

 

Repères : Tour d'Angleterre : Warwickshire 

 

La ville natale de George Eliot

La Gazette littéraire vous propose de découvrir un auteur anglais de l'ère victorienne : George Eliot. Derrière ce pseudonyme masculin se cache, une femme de Lettres, Mary-Anne Evans (1818-1880) qui a décrit avec minutie  la vie de province et la psychologie de ses personnages.

Elle est née à Nuneaton dans le Warwickshire : il existe un petit musée qui contient des objets ayant appartenu à l'écrivain et à sa famille.

http://www.search.windowsonwarwickshire.org.uk/engine/search/default_hndlr.asp

Extrait de Middlemarch

Il vous est proposé d'entrer dans l'œuvre la plus connue de l'auteur : Middlemarch. Il vous est loisible de découvrir le style inimitable de l'écrivain qui joue sur les nuances...

Découvrez qui sont les deux sœurs Brooke...

 

***

 

"Miss Brooke avait ce genre de beauté que rehausse encore la simplicité de la mise. Elle avait la main et le poignet assez délicatement modelés pour porter avec grâce des manches tout unies, comme celles de la Vierge des peintres italiens ; son profil, aussi bien que sa taille et son maintien, semblait emprunter une dignité plus grande à la sévérité de son costume ; aussi toute sa personne offrait-elle, à côté des modes provinciales, le même contraste qu’une belle citation de la Bible, ou de nos vieux poètes, au milieu d’une colonne de journal. On parlait d’elle généralement comme d’une jeune fille remarquablement douée, mais on ajoutait que sa sœur Célia avait plus de bon sens.

 Célia n’avait pas plus de recherche dans sa mise ; ce n’était qu’aux yeux des observateurs attentifs que sa robe différait de celle de son aînée et respirait dans ses plis comme un parfum de coquetterie. La simplicité de miss Brooke tenait, comme celle de sa sœur, à plusieurs causes. L’orgueil d’être des « ladies » y entrait pour quelque chose : si la famille des Brooke n’était pas précisément aristocratique, elles n’en étaient pas moins de bonne race, et en remontant à une ou deux générations, vous ne leur eussiez pas trouvé un ancêtre ayant manié l’aune ou ficelé des paquets, pas un d’un rang inférieur à celui d’homme d’Église où d’officier de marine. Un de ces ancêtres notamment, gentilhomme puritain au service de Cromwell, avait été assez avisé pour se trouver, au sortir des troubles politiques, propriétaire d’un respectable domaine de famille. En raison de leur naissance, ces jeunes femmes, habitant une paisible maison de campagne et fréquentant une église de village à peine plus grande qu’un salon, considéraient la toilette comme une recherche bonne pour des filles de petit marchand, cherchant à se grandir. Une économie de bonne maison faisait alors du luxe de la toilette le premier article à supprimer d’un budget grevé des dépenses imposées par le rang et la situation de la famille. La simplicité de leur mise s’expliquait suffisamment ainsi en dehors de tout sentiment religieux ; pour miss Brooke, cependant, la religion aurait suffi à l’y décider, et Célia entrait doucement dans les sentiments de sa sœur, avec le bon sens qui lui était habituel et sans qu’il s’y mêlât la moindre singularité d’esprit. Dorothée savait par cœur des passages des Pensées de Pascal et de Jérémie Taylor ; et, à côté des destinées du genre humain, les soucis de la toilette lui semblaient une occupation digne de Bedlam. Elle ne pouvait concilier les préoccupations de la vie spirituelle et ses conséquences pour l’éternité avec un intérêt bien vif pour les colifichets et la parure. Elle avait l’esprit avide de théories et aspirait à une conception élevée du monde à laquelle elle eut souhaité d’adapter la paroisse de Tipton et sa propre conduite au sein de la paroisse ; éprise de grandeur et d’exaltation, prompte à embrasser tout ce qui lui apparaissait avec ce caractère, elle était faite pour aller au-devant du martyre, s’en détourner ensuite, et finir par le rencontrer du côté où elle ne l’avait pas cherché. De telles dispositions de nature chez une jeune fille à marier ne pouvaient manquer d’exercer une influence décisive sur son avenir ; le choix qu’elle ferait un jour ne dépendrait certainement pas des apparences, de la vanité, d’un sentiment banal ni de rien de ce qui décide la plupart du temps de la destinée d’une jeune fille. Et, avec cela, Dorothée, l’ainée des deux sœurs, n’avait pas vingt ans. Depuis la mort de leurs parents, il y avait six ou sept ans de cela, leur oncle et tuteur, célibataire, avait fait donner aux deux orphelines, d’abord an sein d’une famille anglaise, puis d’une famille suisse, à Lausanne, une éducation la fois étroite et mal ordonnée."

http://fr.wikisource.org/wiki/Middlemarch/Livre_1/01

 

Repères à suivre : Le Nottighamshire

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Arthenice 22/08/2013 11:09


L'ére victorienne a produit de bien grandes auteures et je suis ravie d'en découvrir une nouvelle grâce à toi! Heureusement qu'elles étaient là pour dire tout en subtilité ce que ne pouvait
exprimer la gent féminine bayonnée de l'époque. En ce moment je lis "Les fantômes des victiriennes" où l'on comprend vite que les sentiments bridés par le devoir et l'hypocrisie peuvent vite
engendrer des comportements impudiques voire violents. En plus ça fait peur, bref je me régale toujours avec les auteures anglaises!

Litteratus 22/08/2013 15:17



Tu as  raison : l'époque victorienne inventive et dynamique sur le plan économique contraste avec l'étouffement social ressenti par une bonne partie de la population, femmes en tête !


La société reposait sur une véritable "ségrégation" des personnes en fonction de leur sexe et de leur fonction sociale. C'est selon moi ce qui explique le sentiment d'isolement,  d'ennui et
de désespoir. Ce carcan a fait naître bien des frustrations et des transgressions...


http://www.gazettelitteraire.com/article-lanhydrock-et-la-segregation-de-l-ere-victorienne-116310907.html