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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Narcisse et Goldmund de Hesse ou l'amitié parfaite.

Dans le roman, Narcisse et Goldmund de Hesse, l'amitié est loin d'être sens unique comme le laisserait croire le rôle de pygmalion joué par Narcisse, chacun puisera dans l'autre les éléments nécessaires à son propre accomplissement. L'amitié véritable repose sur l'égalité et la réciprocité, une maxime à méditer...

Repères : thème de l'amitié : sommaire

Vertu

Selon la tradition classique, l'amitié qui met en scène la relation que l'on entretient avec autrui peut être classée en trois grandes catégories en fonction de l'utilité, du plaisir et de la vertu.

La première amitié portant sur l'intérêt constitue un attachement précaire et matériel. La deuxième qui se fonde sur le divertissement revêt aussi un caractère fragile. Enfin, l'amitié comprise comme une vertu est le sentiment noble et durable par excellence.

Ces différentes conceptions de l'amitié seront étudiées au travers de deux livres :

  • Vagabonds dKnut Hamsun publié en 1927
  • Narcisse et Goldmund* d'Hermann Hesse publié en 1930. 

Voici deux formes d'amitié distinctes, mais qui ont en commun un esprit de liberté.

Nous avons évoqué Vagabonds de Knut Hamsun dans le précédent article, poursuivons notre étude par le roman de Hesse.

Moyen Âge

Deux jeunes êtres aux caractères opposés vivent dans le couvent de Mariabronn dans l'Allemagne du Moyen Âge.

Narcisse, orphelin recueilli par les moines, est un jeune homme d'une intelligence prodigieuse.

Goldmund, destiné par son père à la vie monastique pour expier les fautes commises par sa mère, se définit comme un être d'une beauté étonnante et d'une sensibilité aiguë. Les deux êtres vont se jauger puis devenir des amis quitte à susciter des jalousies malsaines de leurs coreligionnaires. (chapitre trois). Leur amitié sans équivoque repose sur leur différence affichée :

« Je le dis comme je le pense. Nous n'avons pas à nous rapprocher les uns des autres que le soleil et la lune, la mer et la terre. Nous deux, mon cher ami, nous sommes le soleil et la lune, la mer et la terre. Notre but n'est pas de nous fondre l'un dans l'autre, mais de discerner l'un l'autre ce que nous sommes et d'apprendre chacun à voir et à honorer ce qu'il est vraiment : le contraire et le complément de son ami. » (chapitre IV, page 54)

Suivant ces préceptes, Narcisse n'aura de cesse de révéler Goldmund à lui-même. Ce dernier comprendra alors que la destinée de moine ne correspond pas à ses aspirations profondes.

Vocation artistique

Il se sent en effet appelé par une toute autre vie et par différentes formes d'expression artistique.

La séparation des deux amis paraît inéluctable pour la réalisation des projets du plus jeune. Pendant de nombreuses années, Goldmund erre ainsi sur les routes, faisant des expériences heureuses mais aussi tragiques qui seront une source d'inspiration créatrice. Il plaît tellement aux femmes que cela lui causera de nombreux déboires avec la gent masculine. Cependant loin d'oublier Narcisse, le souvenir de ce dernier reste vivace, ancré en lui jusqu'au plus profond de ses œuvres .

La situation aurait pu durer ainsi si un rebondissement dans l'intrigue au chapitre 17 du livre n'avait eu lieu :

"Le prêtre qui était là, derrière lequel des mains invisibles refermaient la porte, portait l'habit des moines de Mariabronn (...). A cette vue il sentit  au coeur un coup étrange, il lui fallut détourner les yeux. L'apparition de ce vêtement pouvait être d'heureux augure, ce pouvait être bon signe. Mais peut-être n'y avait-il tout de même pas d'autre issue que le meurtre. Il serra les dents. Ce lui serait dur de tuer ce frère." (chapitre 16, page 318)

Goldmund passera-t-il à l'acte ? Ce prêtre serait-il Narcisse ? Dans quelles conditions les retrouvailles auront-elles lieu ? A l'issue de plusieurs péripéties, il s'avèrera que la force de cette amitié qui repose sur la vertu s'explique par la réciprocité.

Loin d'être une amitié à sens unique comme le laisserait croire le rôle de pygmalion joué par Narcisse, chacun puisera dans l'autre les éléments nécessaires à son propre accomplissement. "Il était son égal, Narcisse ne lui avait rien donné qu'il ne lui eût rendu au centuple." ( chapitre 19, page 367).

L'amitié véritable repose sur l'égalité et la réciprocité, une maxime à méditer...

** livre de poche, édition 1983;

Si vous avez aimé cet article, vous aimerez HAMSUN ET HESSE EN UN COUP D'ŒIL (Thème de l'amitié) 

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