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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Promenade poétique dans Paris au XIXe siècle

Paris devient aussi le lieu de la déambulation poétique au XIXe siècle et non plus la campagne. Mais cette occupation tournée vers l'imaginaire s'apparente à une véritable transgression de la vie divisée désormais entre les actifs et les oisifs.

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Repères : thème de Paris : présentation

 

Dans l’article précédent, nous avons montré Paris comme sujet de contemplation, dépassons cette étape pour considérer la capitale comme lieu unique de déambulation. 

 

Transgression

Depuis le XVIIIe siècle, on a l’habitude de flâneries dans la nature (Rousseau), mais guère en milieu urbain. Au XIXe siècle, les promenades en ville vont devenir un enjeu littéraire. Et pourtant, la ville n’est guère clémente avec les rêveurs. La ruche de la ville considère mal ceux qui n’y butinent pas.

On considère que le désœuvrement est mère du vice. La déambulation est donc le signe visible d’une transgression sociale : on flâne lorsqu’on est sur le point de commettre une infraction. Seuls se promènent un guetteur, une péripatéticienne etc. 

 

Promenades

Pourtant la déambulation dans Paris est un genre qui s’impose au XIXe siècle. La ville et l’écrivain se mélangent alors pour faire naître une vision incarnée. Le procédé de la personnification lui donne un statut à part. On assiste à des méditations le long de la Seine, à des promenades le long d’un boulevard, dans un quartier, etc. Tout devient alors matière à impressions, aux rêves éveillés, aux cauchemars aussi. La poésie s’empare de son sujet et ne fait plus qu’un. 

 

Nerval

Le plus parisien des poètes, Nerval aime la capitale et ses couchers de soleil. On voit la communion d’une ville avec la poète : l’un est l’autre :

 

« Quand le Soleil du soir parcourt les Tuileries
Et jette l'incendie aux vitres du château,
Je suis la Grande Allée et ses deux pièces d'eau
      Tout plongé dans mes rêveries !

Et de là, mes amis, c'est un coup d'œil fort beau
De voir, lorsqu'à l'entour la nuit répand son voile,
Le coucher du soleil, ― riche et mouvant tableau,
      Encadré dans l'arc de l'Etoile !

 

Nerval, poème divers, le coucher du soleil

https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Coucher_du_soleil_(Nerval)

 

Le côté prosaïque de Paris devient aussi avec Nerval une matière propre au récit. Dans les nuits d’octobre, le poète cherche à quitter la capitale pour quelques jours. Il rate son omnibus et demeure dans la capitale. Récit de voyage en… terre parisienne :

 

« Je redescends la rue Hauteville. Je rencontre un flâneur que je n’aurais pas reconnu si je n’eusse été désœuvré, et qui, après les premiers mots sur la pluie et le beau temps, se met à ouvrir une discussion touchant un point de philosophie. Au milieu de mes arguments en réplique, je manque l’omnibus de trois heures. C’était sur le boulevard de Montmartre que cela se passait. Le plus simple était d’aller prendre un verre d’absinthe au café Vachette et de dîner ensuite tranquillement chez Désiré et Baurain. » 

Nerval, les Nuits d’octobre,

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Nuits_d’octobre

 

La ville ne revêt pas toujours une vision enchantée surtout depuis les travaux d’Hausmann et la révolution industrielle. Tout n’est plus que cacophonie, impersonnalité…

 

Baudelaire

Le thème de la modernité urbaine est cher au cœur du poète. Dans ses tableaux parisiens, sa vision de Paris est faite de désespoir. Il sort de son rêve avec la brutalité de la réalité de sa vie.

 

« (…)

En rouvrant mes yeux pleins de flamme
J’ai vu l’horreur de mon taudis, 
Et senti, rentrant dans mon âme, 
La pointe des soucis maudits ;

La pendule aux accents funèbres
Sonnait brutalement midi, 
Et le ciel versait des ténèbres
Sur le triste monde engourdi. »

 

Baudelaire, Les fleurs du mal, les tableaux parisiens, Rêve parisien

 

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Fleurs_du_mal/1861/Rêve_parisien

 

Le thème de l’altérité dans la capitale est synonyme de solitude. On se croise, on vit sans se voir. Et pourtant, une fulgurance peut survenir de cette ville hostile. C’est une rencontre sublimée que le poète fait avec une passante : rêve et illusion pour un sonnet magistral :

 

« À une passante

 La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, 
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, 
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan, 
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.


Un éclair… puis la nuit ! — Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, 
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

 

Baudelaire, Les fleurs du mal, tableaux parisiens, 

https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Fleurs_du_mal/1861/À_une_passante

 

 

Source :

  http://www.terresdecrivains.com/le-paysage-dans-les-oeuvres#nh35

 

Dans l’article suivant, Paris peut même revêtir les traits d’une véritable personne…

 

repère à suivre : Personnification de Paris 

 

 

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