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107 résultats trouvés avec une recherche vide

  • Hamnet : aux origines d’Hamlet

    Dans Hamnet, Maggie O’Farrell explore le deuil de Shakespeare et la naissance d ’Hamlet . Un roman poignant sur l’amour et la création mis en images par le cinéma. Hamnet : aux origines d’"Hamlet" Voilà une bonne manière d’entrer dans l’œuvre de Shakespeare, même par la petite porte. Hamnet : aux origines d’Hamlet : découvrez l’opportunité magnifique que nous offre Maggie O'Farrell dans son roman Hamnet (2021). Roman Un roman bouleversant sur un couple, sur la naissance d’un amour, sur la construction d’une famille, puis sur l’épreuve indicible de la disparition de leur fils et sur le rôle mystérieux et salvateur de l’art. Lorsque l’un des personnages est Shakespeare, on mesure ce que sa plume a fait naître comme chef-d’œuvre : Hamlet, représenté quatre ans après la mort de son fils. Film Courez — si vous le pouvez — dans les salles obscures pour découvrir la splendeur de cette adaptation cinématographique : du jeu des acteurs aux décors, de la musique à la lumière, tout concourt à éveiller la sensibilité et à nous toucher au plus profond.

  • Gazette : origine et étymologie vénitienne

    Une métonymie inconnue à redécouvrir Découvrez les racines vénitiennes de ces feuillets d’autrefois, qui ont peu à peu évolué pour devenir ce que nous appelons aujourd’hui des revues. Le Grand Canal, Venise Gazette : origine et étymologie vénitienne Gazette … Un mot singulier, dont les sonorités rassemblent des consonnes rarement associées. Un terme aux racines anciennes, né dans la splendeur d’une ville italienne. Origine Gazette : origine et étymologie vénitienne : il faut remonter au XVIᵉ siècle , plus précisément à la République de Venise, où l’information circulait sur les quais du Grand Canal. Là, des imprimeurs publiaient des nouvelles politiques, littéraires ou artistiques sur de petites feuilles que l’on achetait pour une gazzetta , nom d’une modeste pièce de monnaie. Par métonymie, le nom de cette pièce fut bientôt transféré au feuillet lui-même : ainsi naquit le mot gazette . Revue Le terme s’imposa ensuite dans les sphères politiques et artistiques. Dans l’esprit des Lumières, la Gazette littéraire de l’Europe  publia durant une brève période (1764-1766), des critiques d’ouvrages rendant compte des débats intellectuels à l’échelle européenne. En 1775 paraît une Gazette de France : une revue érudite destinée à un public instruit et curieux. D’autres périodiques littéraires voient le jour à la fin du XIXᵉ siècle et au XXᵉ siècle, sans pour autant reprendre le nom de gazette. Aujourd’hui, la Gazette littéraire  revendique cette même simplicité d’accès et cette même vocation : proposer une offre culturelle exigeante et accessible, à l’image de ces gazettes vénitiennes que l'on pouvait acquérir en parcourant les ruelles italiennes, il y a plus de quatre siècles.

  • Parcours bac français 2026 : œuvres analysées

    Comprendre en profondeur les livres du programme dans les quatre genres littéraires imposés (théâtre, poésie, roman et littérature d'idées)... Bac français 2026 : œuvres analysées   : découvrez l'intégralité des douze œuvres étudiées par la Gazette pour vous aider à préparer à l'écrit et l'oral de français.. bac français 2026 : œuvres analysées Retrouvez-les en un tableau récapitulatif : bac français 2026 : œuvres analysées Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Prévost,  Manon Lescaut , personnages en marge et plaisir du romanesque : Le choix du titre du roman Le contexte du roman La géographie du roman La question du "je" L'ambiguïté de "l'auteur" La transgression sociale La transgression familiale La transgression morale La transgression pénale Un récit rétrospectif   Colette, Sido et les vrilles de la vigne : 1.Présentation des œuvres dans le parcours " célébration du monde" 2. Analyses linéaires de 4 extraits : le rôle d’initiatrice de la mère : analyse du passage : “« Sido » répugnait à toute hécatombe de fleurs. … je me taisais, jalouse…” ( Sido) le jardin d’Éden : “Dans mon quartier natal, on n’eût pas compté vingt maisons privées de jardin… (Sido) la conscience de soi : analyse du passage le Miroir dans les vrilles de la vigne  : “Quoi, vous prétendez  n’avoir jamais été petite…la fin. L'enjeu poétique : le rossignol : “Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit” (Les vrilles de la vigne). Balzac, La Peau de Chagrin Roman de l’énergie : “la Peau de Chagrin” Le rôle "énergivore" du désir Le pacte conclu dans "la Peau de chagrin" Le lendemain de l’orgie dans “la Peau de Chagrin “ Le rôle de la lumière dans la "Peau de chagrin" La mort de Raphaël dans “La Peau de chagrin” Les registres dans "la Peau de chagrin"   La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle   Rimbaud,  Cahier de Douai  (aussi connu sous les titres  Cahiers de Doua i, «Recueil Demeny » ou Recueil de Douai), 22 poèmes : de « Première soirée » à « Ma Bohème (Fantaisie) » parcours : émancipations créatrices : les circonstances de la rédaction des Cahiers, la forme et la composition précise des Cahiers, Pourquoi étudier les Cahiers de Douai ? la situation des Cahiers par rapport à l’ensemble de l’œuvre de Rimbaud. Sensation, expérimentation sensorielle, le Mal, expérimentation du sacrilège, Rêvé pour l’hiver : expérimentation sensuelle.   Hélène Dorion,  Mes forêts   parcours : la poésie, la nature, l'intime : le titre l’organisation du recueil, le style dans le recueil,  la singularité du recueil, analyse linéaire de l’écorce, analyse linéaire « Il fait un temps de bourrasques »  analyse linéaire « mes forêts sont de longues tiges d’histoire »  Ponge,  La rage de l'expression   parcours : dans l'atelier du poète : le sommaire, le choix du titre,  le contenu du recueil, la démarche poétique l'inventaire de l’atelier de Ponge, la portée de son œuvre. analyse de l’extrait de “la Guêpe” (Ponge)   La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle : Françoise de Graffigny,  Lettres d'une Péruvienne  (en incluant les éléments de la seconde édition augmentée de 1752 suivants : l'introduction historique aux  Lettres Péruviennes  et les Lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV) / parcours : « un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».  Étienne de La Boétie,  Discours de la servitude volontaire  / parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté. lecture expliquée :   Podcast gratuit sur Spotify  et sur Apple Podcasts analyse : comprendre la tyrannie l es procédés de l'argumentation, les ambigüités et la portée de l'œuvre Bernard Le Bouyer de Fontenelle,  Entretiens sur la pluralité des mondes  / parcours : le goût de la science.  Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle : Pierre Corneille,  Le Menteur  / parcours : mensonge et comédie :   1 .  l'introduction à l'œuvre : contexte, origine et nature de la pièce 2. Le mensonge sous toutes ses formes compréhension de l'acte I compréhension de l'acte II compréhension de l'acte III compréhension de l'acte IV compréhension de l'acte V  3. La portée du " Menteur" : la morale de la pièce, la fonction de la comédie cornélienne, le rôle du mensonge, le héros cornélien, Alfred de Musset,  On ne badine pas avec l’amour   parcours : les jeux du cœur et de la parole : De l’art du duo au trio  Acte I Acte II Acte III Portée de la pièce : la crise du discours Nathalie Sarraute,  Pour un oui ou pour un non   parcours : théâtre et dispute  : Introduction ;  Un balancement continu :  Les intentions de l’autrice: Le rôle du temps et de l’espace ; La ponctuation ; L’argumentation de N. Sarraute ; Les figures de style et les registres .

  • "Entretiens sur la pluralité des mondes"

    Pourquoi étudier l'œuvre de Fontenelle dont le contenu est passablement dépassé ? Pour comprendre Fontenelle, il convient d'examiner le contexte de son temps avant de répondre à ce paradoxe qui mène à mieux saisir l'intérêt de ce texte. Van Gogh, la nuit étoilée , MoMA New York "Entretiens sur la pluralité des mondes" Biographie sommaire Écrivain et philosophe français, figure de transition entre le classicisme et les Lumières, Fontenelle naît à Rouen en 1657. Neveu de Corneille, il choisit, à son exemple, d’embrasser la carrière littéraire. Il doit principalement sa notoriété à ses ouvrages de vulgarisation scientifique, notamment Histoire des oracles  (1687) et Entretiens sur la pluralité des mondes  (1686). La vulgarisation scientifique désigne la diffusion de connaissances spécialisées auprès d’un public cultivé, mais non savant. À la fin du XVIIe siècle, ce public est essentiellement composé de membres de la noblesse et de la haute bourgeoisie, familiers des salons et des cercles lettrés. Si l’essor des Lumières et l’émergence de figures telles que Montesquieu et Voltaire relèguent progressivement son œuvre au second plan, Fontenelle connaît néanmoins une longévité exceptionnelle et meurt centenaire en 1757. Contexte historique et intellectuel "Entretiens sur la pluralité des mondes" : le XVIIe siècle est marqué par la consolidation de la monarchie absolue sous le règne de Louis XIV. La production intellectuelle est assujettie largement à un système des pensions accordées par le roi ou les grands du royaume, ce qui inscrit la vie littéraire dans un réseau de dépendances politiques. Le pouvoir monarchique s’appuie étroitement sur la religion, qui fournit au régime en retour sa légitimation morale. La théologie structure ainsi la représentation du monde et détermine la place de l’homme dans l’ordre cosmique. Fontenelle s’écarte habilement de cette conception traditionnelle, notamment dans La Dent d’or , où il dénonce la crédulité et la superstition comme sources de connaissance. Il y affirme la nécessité d’une enquête rationnelle fondée sur l’examen préalable des faits et non des causes. Retrouvez le commentaire composé entièrement rédigé pour comprendre l’art de l’argumentation de cet auteur.   L’état des savoirs au XVIIe siècle Le développement scientifique apparaît encore limité au début du XVIIe siècle, comme en témoignent les pratiques médicales que Molière fustige dans ses comédies. Toutefois, la période constitue une étape décisive dans la transformation des savoirs amorcée par la " révolution copernicienne ". En 1543, Copernic propose un modèle héliocentrique selon lequel la Terre tourne à la fois sur elle-même et autour du Soleil, remettant en cause la cosmologie héritée de l’Antiquité. Au XVIIe siècle, ce bouleversement s’accompagne d’un renouvellement profond des sciences. Les autorités anciennes, Aristote, Ptolémée ou Galien, voient leur prestige contesté et leurs savoirs tombés en obsolescence. Grâce à l’élaboration de nouvelles méthodes de calcul et au rapprochement entre deux disciplines, l’algèbre et la géométrie, les mathématiques progressent donc. L’astronomie, discipline alors centrale, comprenant l’astrologie encore perçue comme une pratique authentique, suscite un vif intérêt dans les salons mondains. La curiosité scientifique devient un marqueur culturel de l’"honnête homme ". La science apparaît ainsi comme un domaine à la fois sérieux et à la mode, propice à la diffusion d’ouvrages destinés à un large public cultivé.   Une quête philosophique et scientifique Fontenelle se fait le relais des thèses de Descartes, dont il vulgarise la philosophie et la physique dans les Entretiens sur la pluralité des mondes . Il s’appuie notamment sur : le mécanisme cartésien, la théorie du mouvement, la théorie de la connaissance la théorie des tourbillons. Ces conceptions seront largement remises en cause par la physique de Newton.  L’œuvre de Fontenelle présente ainsi un paradoxe  : scientifiquement obsolète, elle demeure essentielle pour comprendre l’émergence d’un esprit fondé sur la la curiosité, la raison et le doute méthodique. La quête de savoir mise en scène dans les Entretiens  se déploie selon une structure dialoguée répartie en six soirées. Dans un cadre mondain : un parc, après le dîner où un philosophe et une marquise engagent une conversation scientifique. Ce dispositif inscrit la science dans un moment de sociabilité. La progression des soirées reflète un mouvement pédagogique allant du plus simple au plus complexe. La première est consacrée au mouvement de la Terre ; les deuxième et troisième examinent l’hypothèse d’une habitation de la Lune, selon une démarche dialectique ; les quatrième et cinquième élargissent la réflexion aux autres planètes ; enfin, la sixième ouvre sur des perspectives nouvelles concernant l’immensité de l’univers. L’intérêt de ces "soirées " réside à la fois dans leur singularité thématique et dans leur cohérence d’ensemble : elles composent une initiation à l’astronomie moderne tout en illustrant le passage d’un monde régi par l’autorité et la superstition à un univers soumis à l’examen rationnel.   Sources : Yves Gingras, Histoire des sciences, Que  sais-je ? Laurence Teper, notes, questionnaire et dossier, Entretien sur la pluralité des mondes Fontenelle, Hachette, biblio lycée

  • Sélection livres 2026

    Une libre sélection de livres parus en 2026 Découvrez la sélection de romans et d’essais recommandés par la Gazette littéraire : des choix entièrement subjectifs et pleinement assumés. étal de la librairie Stendhal, Rome Sélection livres 2026 Comme l’an passé, nous vous invitons à parcourir la sélection des livres parus cette année. Elle se déploie en deux volets, œuvres de fiction et textes non-fictionnels (essais), rassemblés dans un même tableau pour mieux en épouser les échos et les contrastes. Cette liste s’enrichira au gré de nos découvertes, au fil d’un picotage curieux entre revues attentivement feuilletées, recommandations glanées çà et là et murmures du bouche-à-oreille. Le tout sous le signe d’une transparence revendiquée : ici, nul placement de produit, seulement le plaisir sincère de lire et de... partager. Sélection livres 2026 : en un tableau à découvrir. Fiction Essais Querelle à la française Bertrand Guillot Les Avrils Découvrir la figure de la première femme de Lettres française, Christine de Pisan, et son influence auXVe siècle : une femme si proche de nous... Départ(s) Julian Barnes Stock Le dernier livre de l'auteur qui revient sur l'échéance apaisée de la mort au détour de l'amitié qu'il portait pour un couple d'amis... Aqua Gaspart Koenig L'Observatoire Un petit village normand se trouve confronté à la raréfaction de l'eau et aux choix politiques tenant à sa gestion : une satire sociale très réussie... L'imparfait Eric Reinhardt Ma nuit au musée Stock Double récit sur le thème de l'hermaphrodisme, au détour de la statue de la gallerie Borghese à Rome et d'une histoire d'amour contemporaine. Le Sigisbée Mathilde Desaché Finitude Découvrir la fonction du sigisbée dans la Venise du XIXe siècle et son lien avec Stendhal. (1e roman réussi...)

  • Commentaire composé rédigé

    Améliorer ses compétences au bac avec la Dent d'or de Fontenelle. Il vous est proposé de lire un commentaire composé entièrement rédigé qui respecte la to-do list de la méthode proposée par la Gazette littéraire. M. de Fontenelle, Histoire des Oracles . La Haye, Gosse et Néalme, Édition nouvelle revue & corrigée par l'Auteur (1728) Commentaire composé rédigé Voici le texte qui appartient à la littérature d'idées : Bernard Le Bovier de Fontenelle (1657-1757) est un écrivain et philosophe français, figure de transition entre le classicisme et les Lumières. Publié en 1687 dans Histoire des oracles, le texte intitulé "La Dent d’or" est un récit argumentatif à valeur d’apologue. Fontenelle y raconte une anecdote prétendument réelle : la découverte d’une dent en or chez un enfant, aussitôt interprétée par les savants comme un miracle, avant que l’on ne découvre une explication rationnelle.   "Il serait difficile de rendre raison des histoires et des oracles que nous avons rapportés, sans avoir recours aux Démons, mais aussi tout cela est-il   bien vrai ? Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la cause de ce qui n'est point.      Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques savants d'Allemagne, que je ne puis m'empêcher d'en parler ici.      En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d'or, à la place d'une de ses grosses dents. Horatius, professeur en médecine à l'université de Helmstad, écrivit, en 1595, l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu'elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les chrétiens affligés par les Turcs. Figurez vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens, et aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens, Rullandus en écrit encore l'histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant, écrit contre le sentiment que Rullandus avait de la dent d'or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme, nommé Libavius, ramasse tout ce qui avait été dit sur la dent, et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un orfèvre l'eût examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avec beaucoup d'adresse ; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.      Rien n'est plus naturel que d'en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que non seulement nous n'avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux."   Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Histoire des Oracles,  1687 Dans un premier temps, nous analyserons la manière dont a été scrupuleusement respecté la to-do list , véritable fil directeur offrant un cadre méthodologique clair et structurant. Dans un second temps, vous découvrirez in extenso  une copie intégralement rédigée. Le respect de la to-do list Inscrire d’abord son  plan type CIIGARE sur son brouillon, en laissant beaucoup de place dans le tableau pour le compléter au fur et à mesure ( rappel : 4 colonnes X 2), Bien lire le paratexte (texte introduisant le texte) en soulignant les mots clefs pour éviter les contresens et regardez la date de l’œuvre qui donne des indications sur le courant littéraire (siècle) : recherchez les mots-clés. Bernard Le Bovier de Fontenelle (1657-1757) est un écrivain et philosophe français, figure de transition entre le classicisme  et les Lumières . Publié en 1687  dans Histoire des oracles, le texte intitulé « La Dent d’or » est un récit argumentatif  à valeur d’ apologue . Fontenelle y raconte une anecdote prétendument réelle : la découverte d’une dent en or chez un enfant, aussitôt interprétée par les savants comme un miracle, avant que l’on ne découvre une explication rationnelle . Bien lire le texte, surveillez-vous, évitez les contresens en vous posant des questions. Pour le 2A : se souvenir des éléments clés dans les fiches de révision pour colorier ce dont vous avez besoin : ici fiche argumentation Coloriez enfin selon le code couleurs avec la méthode des   6  GR OS SES   C LE FS en pensant à les placer d’abord dans les cases faciles du plan type : 1A et 1C et 2C. Attention : on ne fait pas un catalogue, on souligne ce qui est étonnant, ce qui n’est pas normal=original etc.   Il serait  difficile de rendre raison des histoires et des oracles que   nous avons rapportés, sans avoir recours aux Démons, mais  aussi tout cela est-il   bien vrai ? Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter   de la cause.  Il est vrai que  cette méthode  est bien lente  pour la plupart des gens, qui   courent naturellement à la cause, et   passent par -dessus la vérité du  fait   ; mais   enfin   nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la  cause  de ce qui n' est point.       Ce malheur   arriva si plaisamment  sur la fin du siècle passé à quelques savants d'Allemagne, que  je ne puis m'empêcher d'en parler  ici.      En 1593, le bruit  courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie,  âgé de sept ans, il  lui en était venu une  d'or , à la place d'une de ses grosses dents. Horatius, professeur en médecine à l 'université  de Helmstad , écrivit, en 1595, l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie naturelle,  en partie  miraculeuse , et qu'elle  avait été envoyée de  Dieu à cet enfant pour c onsoler les chrétiens   affligés par les Turcs.  Figurez vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens, et aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens, Rullandus en écrit   encore l'histoire. Deux ans après,   Ingolsteterus ,  autre savant, écrit   contre le sentiment que   Rullandus   avait de la dent d'or, et Rullandus fait   aussitôt une  belle et docte réplique. Un autre grand homme ,  nommé Libavius,   ramasse tout ce qui avait été dit sur la dent, et y ajoute son  sentiment particulier. Il ne  manquait autre chose à tant de beaux ouvrages , sinon qu'il fût vrai que la dent était  d'or. Quand un orfèvre   l'eût examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée  à la dent avec beaucoup d'adresse ; mais   on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.       Rien n 'est plus naturel que d'en faire autant sur toutes sortes de matières . Je   ne  suis pas  si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont,  et dont la raison nous est inconnue,  que par celles qui ne sont point ,  et dont nous trouvons la raison . Cela veut dire que non seulement nous  n 'avons pas   les principes   qui mènent au vrai, mais que nous en avons d'autres   qui s'accommodent très bien avec le faux.   Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Histoire des Oracles,  1687    6. Faites la synthèse de votre coloriage en cherchant dans le procédé relevé les intentions de l'auteur : 4 paragraphes : plan construit de manière rigoureuse :   Introduction : principe de la raison le fait et la cause accroche de la controverse savante du 16e siècle l'événement : dent et la recherche de causes : paragraphe le plus long : insistance, ironie, dénonciation de l'ignorance des savants conclusion et la morale   sujets : -impersonnels : “Il serait”/”il est vrai”  (paragraphe 1) “Rien “(paragraphe 4) : pronom indéfini -personnels : “nous”/” nous n 'avons pas   l es principes” (paragraphes 1 et 4) : genre humain “je” : argumentation personnelle de l’auteur (paragraphes 2 et 4).Les savants tous nommés : noms latins : Horatius,   Rullandus,   Ingolsteterus "Figurez-vous" : le lecteur pris à parti par l’auteur -connecteurs de temps : "au siècle dernier, 1593, 1595, deux ans plus tard, la même année" : précision sur les tenants et aboutissants de cette fausse controverse savante. “aussitôt” : précipitation de la controverse irréfléchie -connecteurs de lieu : “ici, Allemagne”, “Helmstadt” : France/ Allemagne     -phrases complexes : propositions juxtaposée “ , il  lui en était venu une  d'or , “, coordonnées “ mais  aussi tout cela est-il bien vrai ?” a l’intérieur de ces propositions, on note des propositions subordonnées relatives “ des oracles que  nous avons rapportés,”, conjonctive complétive : “il est vrai que”, propositions subordonnées conjonctives circonstancielles de temps : “Quand un orfèvre   l' eût examinée,” de but “ afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens proposition infinitive : “ pour c onsoler” : rythme descriptif, narratif : sorte d’intimité avec le lecteur   Connecteurs logiques : enfin, afin que, et puis, mais : recherche des causes “mais   on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.”     Une question rhétorique : “ mais aussi tout cela est-il  bien vrai ?” : introduction   Phrases négatives : modestie, usage de la raison non connaissante, démarche de doute Je   ne  suis pas  si convaincu   Superlatif : effet rhétorique       “Rien n 'est plus naturel que”   3 modes : Conditionnel, indicatif, subjonctif : argumentation riche et développée Début : il serait : conditionnel : introduction de l’exposé avec cette hypothèse réfutée par l’auteur. Indicatif : mode de l’exposé des faits et qui est retenu par l’auteur Temps présent : 2 valeurs : vérité générale “cette méthode est bien lente”/      Rien n'est plus naturel Narration : pour donner de la vigueur au récit : “Rullandus en écrit encore l'histoire”/ “Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique”   Passé simple et imparfait : temps du récit achevé : description de la controverse   Subjonctif : “ afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens,”: ironie de l’auteur Oppositions sur ce que nous savons : éloge de la rationalité : Fait/cause Méthode lente/courir Une dent d'or/des grosses dents Enfant/savant. Turcs/chrétiens Entre les savants Savants/orfèvre Connu/inconnu Vrai/faux 2 champs lexicaux   Religion : oracle, Dieu, histoires, chrétiens, Turcs, consolation, miraculeuse   Savoir : savants, université, écrit, ouvrages, réplique, historiens, ignorance, raison, méthode   3 sens : ouie, vue, toucher dans l’ordre d’explication de ce phénomène irrationnel : Ouïe  : le bruit courut : rumeur, le fait divers s’est répandu par le bouche à oreille : sens trompeur Vue : dent d’or : la couleur, la matière riche : sens de l’apparence Toucher : “appliquée” orfèvre qui démonte la supercherie. Le toucher est un sens qui n’est pas trompeur à la différence des autres   Répétition : dent, dent d’or, histoire, écrit, raison : insistance ironique avec les mêmes mots   antiphrase:”beaux ouvrages”/ “belle et docte réplique/””savant”/”grand homme”  : satirique du monde du savoir   antithèse : “malheur si plaisamment” : ridicule d’une controverse inutile l’antithèse entre le vrai et le faux.     métaphores : « ramasse » « courent » et « passent par-dessus la vérité » Complétez son plan type vide avec le coloriage fait (6 couleurs= 6 sous-parties, attention à les fractionner). Ne pas reprendre une idée déjà dite... 1A cadre spatio-temporel Une dent d'or/des grosses dents -connecteurs de temps : "au siècle dernier, 1593, 1595, deux ans plus tard, la même année" : précision sur les tenants et aboutissants de cette fausse controverse savante. “aussitôt” : précipitation de la controverse irréfléchie -connecteurs de lieu : “ici, Allemagne”, “Helmstadt” : France/ Allemagne Passé simple et imparfait : temps du récit achevé : description de la controverse 2A originalité du texte 4 paragraphes : plan construit de manière rigoureuse :   Introduction : principe de la raison le fait et la cause accroche de la controverse savante du 16e siècle l'événement : dent et la recherche de causes : paragraphe le plus long : insistance, ironie, dénonciation de l'ignorance des savants conclusion et la morale -personnels : “nous”/” nous  n 'avons pas   l es principes” (paragraphes 1 et 4) : genre humain “je” : argumentation personnelle de l’auteur (paragraphes 2 et 4). "Figurez-vous" : le lecteur pris à parti par l’auteur "Figurez-vous" : le lecteur pris à parti par l’auteur -phrases complexes : propositions juxtaposée “ , il  lui en était venu une  d'or , “, coordonnées “ mais  aussi tout cela est-il bien vrai ?” a l’intérieur de ces propositions, on note des propositions subordonnées relatives “ des oracles que  nous avons rapportés,”, conjonctive complétive : “il est vrai que”, propositions subordonnées conjonctives circonstancielles de temps : “Quand un orfèvre   l' eût examinée,” de but “ afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens proposition infinitive : “ pour c onsoler” : rythme descriptif, narratif : sorte d’intimité avec le lecteur Temps présent : 2 valeurs : vérité générale “cette méthode est bien lente”/      Rien n'est plus naturel Narration : pour donner de la vigueur au récit : “Rullandus en écrit encore l'histoire”/ “Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique” 1B intérêt du texte Les savants : noms latins : Horatius,   Rullandus,   Ingolsteterus antithèse : “malheur si plaisamment” : ridicule d’une controverse inutile Entre les savants Savants/orfèvre Savoir : savants, université, écrit, ouvrages, réplique, historiens, ignorance, raison, méthode 2B argumentation de l'auteur Religion : oracle, Dieu, histoires, chrétiens, Turcs, consolation, miraculeuse Méthode lente/courir Connecteurs logiques : enfin, afin que, et puis, mais : recherche des causes “mais   on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.” Une question rhétorique : “ mais  aussi tout cela est-il  bien vrai ?” : introduction   Phrases négatives : modestie, usage de la raison non connaissante, démarche de doute Je   ne  suis pas  si convaincu   Superlatif : effet rhétorique       “Rien n 'est plus naturel que”   métaphores : « ramasse » « courent » et « passent par-dessus la vérité » 1C 5 sens Ouïe  : le bruit courut : rumeur, le fait divers s’est répandu par le bouche à oreille : sens trompeur Vue : dent d’or : la couleur, la matière riche : sens de l’apparence Toucher : “appliquée” orfèvre qui démonte la supercherie. Le toucher est un sens qui n’est pas trompeur à la différence des autres 2C registres Répétition : dent, dent d’or, histoire, écrit, raison : insistance ironique avec les mêmes mots antiphrase:”beaux ouvrages”/ “belle et docte réplique/””savant”/”grand homme”  : satirique du monde du savoir Vrai/faux : l’antithèse entre le vrai et le faux. Donnez des titres au 6 sous-parties (titres courts avec des mots simples) 1A.  un phénomène extraordinaire 2A.  Une argumentation convaincante   1B. une controverse ridicule 2B. un humanisme éclairé   1C. Le rôle des sens 2C.  la variété des registres   Donnez un titre aux 2 grandes parties (titres courts avec des mots simples) I.              Un événement exceptionnel II.           Remise en question de notre savoir Posez la question (c'est votre problématique) qui conduit au 1/ et au 2/ : Comment  l’auteur convoquant paradoxalement le merveilleux développe une argumentation rationnelle ? Le commentaire intégralement rédigé Voici donc une copie intégralement rédigée respectant les règles de forme : introduction, développement en deux parties et la conclusion. Nb : les lignes ne sont pas données compte tenu de l'absence de numérotation dans le texte. Si la littérature d’idées vise à instruire, elle remplit pleinement sa mission lorsqu’elle combat les croyances néfastes de son temps. Ainsi, Fontenelle, figure de transition entre le classicisme et les Lumières, publie en 1687, dans Histoire des oracles , le texte intitulé "La Dent d’or ". Il y rapporte un fait singulier : la découverte d’une dent en or chez un enfant, qui sert de point de départ à sa réflexion. Cette œuvre invite à s’interroger sur la manière dont l’auteur, en convoquant paradoxalement le merveilleux, construit une argumentation rationnelle. Il expose d’abord l’événement exceptionnel de cette dent prodigieuse avant d’inciter le lecteur à remettre en cause son propre savoir. Dans son argumentation, Fontenelle commence par présenter un fait extraordinaire. Il en décrit le phénomène, puis la controverse ridicule survenue, avant de montrer comment les sens permettent d’en révéler la vérité. Fontenelle s’appuie sur des faits précis, situés dans un lieu et en un temps déterminés. Il présente la dent comme un phénomène prodigieux : " une d’or, à la place d’une de ses grosses dents". L’opposition entre la matière précieuse de cette dent et l’adjectif "grosses", qui qualifie les autres, souligne son caractère exceptionnel. Pour ancrer le récit dans la réalité, l’auteur peint le cadre spatio-temporel. Il mentionne des lieux comme "Allemagne " et l’université de "Helmstadt ", qu’il oppose implicitement à la France désignée par "ci ". Ce choix d’un pays étranger lui permet de critiquer plus librement, tout en évitant la censure. Le contexte historique est également indiqué, notamment par l’évocation des "Turcs " et des guerres de la chrétienté contre l’Empire ottoman. Les repères temporels sont nombreux : " au siècle dernier ", "1593 ", " 1595 ", "deux ans plus tard ", " la même année". Cette accumulation suggère l’inutilité des années occupées à cette vaine querelle. L’emploi du passé simple et de l’imparfait inscrit l’événement dans un récit structuré. Ce cadre précis prépare l’exposé de la controverse. L’apparition de la dent " merveilleuse " provoque une querelle à l’université, temple du savoir. Fontenelle décrit longuement cette controverse pour mieux en souligner le ridicule. Il l’introduit par l’expression "malheur (...) si plaisamment", antithèse qui révèle l’ironie de l’auteur. Les savants sont nommés : " Horatius, Rullandus, Ingolsteterus, Libavius ". Leurs noms latinisés suggèrent l’érudition. Pourtant, leur désaccord montre la fragilité de leur savoir. Les écrits se répondent : "docte réplique ", "son sentiment particulier ". Le mot " sentiment " est vague, pour évoquer l’absence de raisonnement scientifique. Le premier savant affirme que la dent est "en partie naturelle, en partie miraculeuse ", puis ajoute qu’elle a été " envoyée de Dieu " pour consoler les chrétiens. Le passif du verbe "envoyer " renvoie à l’action divine et révèle une interprétation superstitieuse. Les autres savants prolongent la querelle par des livres et des "ouvrages ". Le verbe "écrit ", répété, montre que la discussion reste théorique. Le dernier savant "ramasse tout ce qui avait été dit ". La valeur métaphorique du verbe "ramasse " suggère péjorativement un amas confus d’idées. Fontenelle ridiculise ainsi ces débats savants, coupés du réel. La controverse se conclut par l’intervention d’un simple artisan. Fontenelle convoque successivement l’ouïe, la vue et le toucher. D’abord l’ouïe : " le bruit se répandit ". Le mot " bruit " renvoie à la rumeur. La controverse repose donc sur un fait colporté, non vérifié. Ensuite la vue : la répétition de "dent " et "dent d’or", ainsi que l’adjectif " merveilleux ", insiste sur l’apparence. Les savants se fient à ce qu’ils ont entendu par l’entremise de ce que certains ont vu. Leurs théories se fondent donc sur des sources indirectes et donc sur de l’irrationnel. Enfin le toucher intervient grâce à un orfèvre. Opposé aux savants, l’artisan examine concrètement la dent. Il découvre qu’une pellicule d’or est simplement "appliquée " sur une dent ordinaire. Le toucher révèle donc la supercherie. C’est le sens le moins trompeur à l’origine d’une connaissance sérieuse. Ainsi, celui qui possède le moins de savoir théorique est le seul à établir la vérité, parce qu’il observe et vérifie les faits. On a vu la manière avec laquelle Fontenelle s’emploie à raconter un phénomène extraordinaire avant de décrire la ridicule controverse qui s’en est suivie et le règlement naturel de cette affaire grâce à l’intervention d’un simple artisan. Mais derrière l’exposé de cette supercherie, se cache un appel à remettre en question notre manière de penser.     Fontenelle nous invite à remettre en question notre manière de penser au travers d’une argumentation convaincante, d’un plaidoyer pour un humanisme éclairé et enfin en s’appuyant sur une variété de registres. L’argumentation de Fontenelle est directe : nous voyons en effet le pronom personnel je" aux paragraphes 2 et 4. Il adresse son discours à un auditoire déterminé, ses lecteurs, puisqu’il nous interpelle avec la tournure " figurez-vous ". Nous allons voir que l’auteur cherche à nous convaincre. Comment le fait-il ? En développant un récit bien construit, en recourant à différentes valeurs de temps, et en adoptant un rythme narratif enlevé reposant sur une variété de propositions. En premier lieu, il convient de regarder la structure du texte décomposé de manière logique en quatre paragraphes constituant quatre parties propres à une démonstration mathématique : l’introduction, l’amorce, l’exposé et la conclusion. Il emploie des tournures impersonnelles : " Il serait ", " il est vrai ", ainsi que le pronom indéfini " Rien ", qui donnent une portée universelle à ses propos. De plus, l’alternance du conditionnel " il serait " et de l’indicatif marque le passage de l’hypothèse au fait établi. Le présent de l'indicatif a deux valeurs : vérité générale "cette méthode est bien lente", "Rien n’est plus naturel " et présent de narration "Rullandus en écrit encore l’histoire ", qui dynamise le récit. Par ailleurs, les phrases complexes structurent le raisonnement. Fontenelle choisit un rythme enlevé. Ainsi l’on relève la présence de propositions juxtaposées : " il lui en était venu une d’or", avec de très nombreuses coordonnées "mais aussi tout cela est-il bien vrai ?”. Cela donne une vivacité à la narration. À l’intérieur de ces propositions, on note aussi des propositions subordonnées relatives : "des oracles que nous avons rapportés". De plus, on compte de très nombreuses propositions conjonctives complétives : "il est vrai que". Cela crée un une certaine distance avec le monde des faux savants. La proposition subordonnée circonstancielle "Quand un orfèvre l’eût examinée" marque un tournant décisif avec cette mise en apposition : la vérité vient de l’examen concret, non de spéculations. On est sur un discours argumenté vivant et non une leçon théorique. Enfin, la répétition de "écrit" ou "sentiment" réduit la controverse à un échange stérile. Fontenelle procède donc à une critique des faux savoirs de son temps tout en faisant l’éloge de l’humanisme éclairé. À travers la critique des faux savants, Fontenelle défend une méthode fondée sur l’examen du réel : "cette méthode est bien lente". Il oppose ainsi la lenteur de la réflexion aux verbes de mouvement : "courir", "passent par-dessus la vérité du fait" : nous sommes en présence d’une métaphore épique. Le champ lexical religieux "oracle", "Dieu", "chrétiens", "miraculeuse" souligne le poids de la superstition dans l’appréciation des faits. L’auteur insiste sur la nécessité de vérifier : "Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause". Il émet un ordre de la pensée : d’abord la nature du fait avant la recherche des causes. Il critique justement l’inversion des priorités : “mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre”. Les connecteurs “mais” et “et puis” traduisent l’absurdité de cette démarche. Le pronom “nous” dans la phrase “nous n’avons pas les principes” inclut l’humanité entière en créant une intimité entre lui et le lecteur. Fontenelle reprend à son compte l’attitude humaniste qui, elle-même, renvoie à la philosophie grecque et romaine. Qu’est-ce que je sais ? Qu’est-ce que je ne sais pas ? Fontenelle invite à l’humilité et au doute. Les formules négatives “Je ne suis pas si convaincu”, “celles qui ne sont point” rappellent les limites de notre savoir. L’antithèse entre le vrai et le faux fonde ainsi un éloge de la raison. La variété des registres nous éclaire aussi sur les intentions de l’auteur. On note trois registres principaux : satirique, épidictique et didactique. Le registre didactique est propre à l’argumentation. Fontenelle cherche à nous délivrer un enseignement. L’originalité tient non à une théorie utilisée, mais à une histoire qui nous est racontée afin de nous instruire. Notons l’importance de ce sujet : “que je ne puis m’empêcher d’en parler ici.” C’est une manière rhétorique de susciter une intimité avec le lecteur. Le second registre, satirique, est celui qui est le plus développé dans ce texte. Il s’agit pour Fontenelle de dénoncer les faux savants des universités : pour cela, il emploie des antiphrases, consistant à l’inverse de ce que l’on pense : “autre savant”/“ne manquât pas d’historiens”/“Un autre grand homme,”. On retrouve le même procédé avec le groupe nominal : “beaux ouvrages”/“belle réplique” : le recours avec les adjectifs qualificatifs à l’esthétique montre le caractère parfaitement artificiel et donc inutile des livres. De plus, La chute du récit est évidemment satirique : “Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or”. La tournure impersonnelle et l’emploi du subjonctif, celui de la réflexion, visent à se moquer de l’attitude des sachants. Enfin le registre épidictique cherche à faire l’éloge de la raison. Il dit en effet : “Il serait difficile de rendre raison des histoires et des oracles que nous avons rapportés, sans avoir recours aux Démons, mais aussi tout cela est-il bien vrai ?”. L’auteur joue sur la locution “rendre raison”, signifiant expliquer. Dans le dernier paragraphe, ce sens est repris : “nous trouvons la raison”. Il utilise par ailleurs la faculté de réfléchir avec les termes “méthode(…) lente” et “principes”. C’est une véritable apologie de la rationalité qui est mise en place avec l’antithèse entre le vrai et le faux : “ n'avons pas les principes qui mènent au vrai, (…) d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux » : l’auteur nous incite à lutter sur ce qui nous mène vers l’erreur.       En conclusion, nous nous sommes interrogés sur la manière dont l’auteur conçoit de combattre les idées néfastes de son temps. Nous avons analysé l’exposé de l’événement exceptionnel que constitue la dent d’or avant d’étudier l’invitation vigoureusement de l’auteur à remettre en cause notre propre savoir. Ce texte annonce la satire des Lettres persanes  de Montesquieu, où le détour par le merveilleux ou l’étrangeté sert à critiquer les erreurs des hommes.

  • Étymologie de utopie

    La littérature aux risques de l'invraisemblable. Le terme utopie est un cas d'école en littérature. Il s'agit d'un mot créé de toutes pièces à partir d'un paradoxe. Mais nous verrons que cette étrangeté l'est encore plus si l'on examine le nombre de recours à ce terme. Tout comprendre sur le terme utopie et son emploi dans la littérature. Extrait du Grand Larousse illustré 2016 Étymologie de Utopie Au XVIe siècle, Thomas More a inventé ce mot qui signifie étymologiquement :   ou,  non, topos,  lieu, C'est-à-dire un non-lieu,  soit un endroit qui littéralement n'existe pas. Un mot qui porte en lui-même un paradoxe : parler d'un lieu irréel. Le caractère invraisemblable aurait pu conduire à l'écriture d'ouvrages où le merveilleux le disputerait au conte d'enfant. Il n'en est rien. Usage littéraire Il s'avère que la littérature dite "sérieuse" fait un usage répété de ce terme pour illustrer ou renforcer son propos. Étymologie de utopie : retrouvez dans nos colonnes l'occurrence de ce mot : La symbolique de l’île en littérature Le concept d’utopie Histoire littéraire : l'île "L’île d’Utopie a deux cent mille pas dans sa plus grande largeur, située à la partie moyenne (...) " (Thomas More) Différence entre registres et genres littéraires Argumentation indirecte :     L’utopie   "Lettres d'une Péruvienne" : dissertation Graffigny esquisse ainsi une forme d’utopie  : un lieu retiré du monde, où l’héroïne peut se préserver “Manon Lescaut” (Prévost) : marginalité et romanesque La Nouvelle-Orléans est une utopie qui s’effondre et derrière cet échec, il y a la mort.

  • Des pistes de lecture

    Un choix de livres pour tous Dans cette catégorie, nous vous invitons à découvrir nos sélections de livres parus au fil de l’année, ainsi que des bibliographies soigneusement composées à l’issue de nos explorations thématiques. Bonne lecture ! Librairie Kleber, Strasbourg Des pistes de lecture Dans cet article, vous aurez la faculté de chercher votre prochaine lecture en vous repérant parmi : les sélections de livres parus au fil des ans, les bibliographies classées par thèmes. Des pistes de lecture : laissez-vous guider à travers un vaste éventail de lectures, pensé pour éveiller toutes les curiosités, embrasser tous les genres littéraires et s’adapter à toutes les bourses. Sélection de livres parus annuellement 2025 sélection 2026 sélection (en cours) Bibliographies classées par thèmes Amitié Animaux Argent Art Atelier (Ponge) Autobiographie Autrui     Bac Bibliothèque   Carnet de voyage (1) : Tour de France Littéraire Carnet de voyage (2): de Marseille à Port Saïd Carnet de Voyage (3):Tour d'Angleterre Carnet de voyage (4): Tour de Grèce Ciel "Comédie humaine" (Balzac) Comédie sociale (La Bruyère) Commerce Corps Correspondance crise personnelle/familiale (Lagarce)   Demeure Dispute (Sarraute) Divertissement     Ecole Égalité (Gouges) Les éléments émancipation (Rimbaud) Energie (Balzac) Esprit Esthétique (Stendhal) Examens Famille Fait divers Femme Fête Finance Forêt (Dorion) Fratrie Grammaire Guerre Héritage Héros (Stendhal)  Humour Île Illusion Industrie Jardin Jeunesse Jeu (Musset) Journal Justice Langage Livre Maître et valet (Beaumarchais) Maladie  Mariage Mathématiques Mémoire Mensonge (Corneille) Mer Mère Modernité poétique (Apollinaire) Monde (Nouveau-Montaigne) Monde (célébration) -Colette) Mouvement Musique Mythe Nature Nourriture Paris Partage Passion Personnages en marge (Prévost) Peuple Père Pont Porte Pouvoir Résilience Ridicule Rire et savoir (Rabelais) Saisons Sand (George) Sens Silence Soi Soi-même comme autre (Yourcenar) Spectacle et comédie (Molière) Sport Stratagème (Marivaux) Temps Travail   Vieillesse Voyage

  • Saint-Valentin : lettre d'amour

    La déclaration d'amour d'Alfred de Musset à George Sand C’est à travers la voix vibrante d’Alfred de Musset que nous redécouvrons l’un des aveux les plus sincères de la littérature française : la déclaration d’amour adressée à George Sand en 1833, donnant naissance à une passion de deux années aussi fulgurante que tumultueuse. Se nourrissant de leurs expériences, certaines de leurs œuvres rendent compte de la singularité de cette relation. Saint-Valentin : lettre d'amour En prévision de la Saint-Valentin, la Gazette littéraire remonte le temps pour célébrer l’amour. Bien avant les cartes toutes faites et les messages échangés publiquement sur les réseaux sociaux, les sentiments se révélaient à la plume, dans le secret d’une correspondance où chaque phrase finement ciselée engageait le cœur. C’est à travers la voix vibrante d’Alfred de Musset que nous redécouvrons l’un des aveux les plus sincères de la littérature française : l a déclaration d’amour adressée à George Sand en 1833, donnant naissance à une passion aussi fulgurante que tumultueuse.   Contexte En 1833, Alfred de Musset n’a que vingt-trois ans. Aux yeux de la loi, il est mineur pour deux années encore. Ami de l’écrivain Sainte-Beuve, c’est par son intermédiaire qu’il est présenté à l'autrice lors d’un dîner organisé par la Revue des Deux Mondes . George Sand a six ans de plus que lui, une renommée s’affirmant déjà, et elle mène une vie libre, affranchie des conventions de son temps. Les deux auteurs se rapprochent. George Sand reçoit Musset dans la célèbre mansarde bleue, lieu d’échanges passionnés où la littérature nourrit l’admiration réciproque. Les conversations s’animent autour de Lélia , le dernier livre de la romancière, qui enthousiasme le poète. De cette complicité intellectuelle naît un sentiment plus profond. C’est alors que Musset se résout à écrire cette déclaration, à la fois tremblante et sincère. DÉCLARATION  " Mon cher George, J'ai quelque chose de bête et de ridicule à vous dire. Je vous l'écris sottement, au lieu de vous l'avoir dit au retour de cette promenade, j'en serai désolé ce soir. Vous allez me rire au nez, me prendre pour un faiseur de phrases dans tous mes rapports avec vous jusqu'ici. Vous me mettrez à la porte et vous croirez que je mens :  je suis amoureux de vous, je le suis depuis le premier jour où j'ai été chez vous. J'ai cru que je m'en guérirais, en vous voyant tout simplement à titre d'ami. Il y a beaucoup de choses dans votre caractère qui pouvaient m'en guérir. J'ai tâché de me le persuader tant que j'ai pu ; mais je paye trop cher les moments que je passe avec vous. J'aime mieux vous le dire, et j'ai bien fait, parce que je souffrirai bien moins pour m'en guérir à présent, si vous me fermez votre porte. Cette nuit j'avais résolu de vous faire dire que j'étais à la campagne ; mais je ne veux pas vous faire de mystères ni avoir l'air de me brouiller sans sujet. Maintenant George, vous allez dire : "Encore un qui va m'ennuyer", comme vous dîtes. Si je ne suis pas tout à fait le premier venu pour vous, dîtes-moi, comme vous me l'auriez dit hier en me parlant d'un autre, ce qu'il faut que je fasse ; mais, je vous en prie, si vous voulez me dire que vous doutez de ce que je vous écris, ne me répondez plutôt pas du tout. Je sais comme vous pensez de moi, et j'espère rien en vous disant cela. Je ne puis qu'y perdre une amie et les seules heures agréables que j'aie passées depuis un mois. Mais je sais que vous êtes bonne, que vous avez aimé, et je me confie à vous non pas comme à une maîtresse, mais comme un camarade franc et loyal.  George, je suis fou de me priver du plaisir de vous voir pendant le peu de temps que vous avez encore à passer à Paris avant votre voyage à la campagne et votre départ pour l'Italie, où nous aurions passé de belles nuits, si j'avais de la force. Mais la vérité est que je souffre et que la force me manque. Alfred de Musset" Paul Marieton, Une histoire d'amour, George Sand et Alfred de Musset,  (1897) Lettre du 29 juillet 1833, Saint-Valentin : lettre d'amour : Musset se livre sans masque. Il confesse son amour, craint d'être repoussé, et s’abandonne à une souffrance qu’il juge inévitable.   L'auteur s’adresse à George Sand comme à une égale, une amie, un "camarade franc et loyal ". Cette sincérité, tendre et douloureuse, confère à la lettre une modernité troublante. Qui ne serait pas ému ? Certainement pas George Sand dont l’acceptation mène à l’émergence d’une passion tourmentée les obligeant à quitter soudainement Paris afin de faire taire le scandale. C'est alors l’épisode de Venise, où les amants terribles ne cessent de se déchirer avant de rompre définitivement deux ans plus tard. Influences   Si l’on évoque ce lien entre ces deux auteurs, c’est pour indiquer l’incidence directe dans leur travail d’écriture. Si George Sand peint l’ardeur de Musset durant leur relation dans un certain nombre de ses personnages, elle s’éloigne progressivement du modèle de masculinité à la fois romantique et tourmentée. Du côté de Musset, l’influence est plus nette. Dans On ne badine pas avec l’amour (1834), il transpose de nombreux éléments autobiographiques , directement inspirés de sa relation avec George Sand. Il reprend même des éléments de leur correspondance. Bien que fictionnelle, la pièce est nourrie de son expérience amoureuse.

  • Bibliographie : thème de l'île

    Une sélection de livres autour de la thématique de l'île. Pour achever notre dossier, il vous est proposé de parcourir une sélection d’ouvrages sur le thème qui nous occupe. îles de Croatie Bibliographie : thème de l'île Découvrez en un tableau une sélection de livres de tous les genres et de toutes les époques avec leurs références. Cette liste sera appelée à être complétée au fil des lectures. Tableau Bibliographie : thème de l'île : un choix varié. L’Odyssée , Homère                      Folio classique L’Utopie, Thomas More Folio classique Voyages de Gulliver, Swift Hachette Livre BNF tomes 1 et 2 L’île des esclaves, Marivaux, Petits classiques Larousse cf.étude L’île mystérieuse, Jules Verne La Pléiade : un classique en son genre L’île de Sakhaline , Tchekhov Folio classique : sur les traces d’une île de la déportation et du bannissement...   L’île aux trente cercueil , Leblanc LDP Frissons garantis... Les îles, Grenier L’imaginaire Gallimard Un essai : vagabondage d’île en île... Vendredi ou les limbes du pacifique , Michel Tournier Folio cf. étude L’arche des Kerguelen : voyage aux îles de la désolation de JP Kauffman Table ronde Un voyage magnifique sur ces terres désolées... La grande île, C. Signol LDP Une île sur la Dordogne.... L’île des oubliés, V. Hislop LDP Une île grecque peuplée par des personnes atteintes de la peste : une histoire trouble... L’Île Stuparich, Verdier poche  Retour sur une île choisie par un père mourant pour y habiter avec son fils...

  • L'île, un symbole littéraire

    Dans le prolongement de la première partie, nous achevons notre étude sur le thème de l'île. Nous montrerons que ce sujet est un symbole littéraire majeur de nature à interroger le pouvoir de l'homme de nommer, le rôle de la tenue vestimentaire, de revenir sur le sujet de l’esclavage, et enfin de considérer autrui compris comme un autre soi-même. Nous conclurons par une synthèse. Lombok, Indonésie L'île, un symbole littéraire Il a été indiqué dans  l’article précédent  que la Gazette vous propose une étude sur le thème de l'île comme symbole en littérature. Pour cela, deux œuvres sont confrontées : L’île des esclaves , comédie de Marivaux, jouée pour la première fois en 1725. Vendredi ou les limbes du Pacifique,  roman de Michel Tournier, publié en 1967. Une même question se pose, au travers de la symbolique de l'île, celle de savoir ce qui fait de chacun d’entre nous des êtres humains. Nous poursuivons notre étude qui a donné lieu d'ores et déjà à l'examen des trois premiers points suivants : 1. Le sentiment d’abandon et de désespoir, 2. Le concept d’espace, l’utopie, 3. Le concept du temps. Il nous appartient désormais d’examiner : 4.L e pouvoir de nommer, 5.L e rôle de la tenue vestimentaire, 6.La question de l’esclavage, 7.Enfin autrui, l’autre soi-même. L'île, un symbole littéraire : n ous conclurons avec une synthèse. Le pouvoir de nommer Dans les deux ouvrages, c'est un trait commun aux hommes que de nommer ce qui les entoure, mais avec des différences notables. 4.1 Le pouvoir de nommer des hommes Chez Marivaux, cette faculté de l’homme de nommer les êtres humains apparaît dès le début de la comédie. Mais c'est pour la tourner en dérision. En effet, derrière cette facétie théâtrale, on découvre en réalité le ressort principal de l’intrigue. 4.1 1 des sobriquets Gouverneur de l'île des esclaves, Trivelin demande à Arlequin son nom avant que ce dernier ne déclare n’en avoir aucun. L’effet comique surgit dès que l’ancien esclave énonce les sobriquets que son maître a l’habitude de l'affubler pour l’appeler : " Non, mon camarade ; je n’ai que des sobriquets qu’il m’a donnés ; il m’appelle quelquefois Arlequin, quelquefois Hé." (scène II). Le même procédé, cette fois plus accentué, est utilisé pour le duo de femmes Cléanthis, l’esclave, et Euphrosine, la maîtresse. La première révèle les "surnoms " dont elle est affublée par la seconde : " J’en ai une liste : Sotte, Ridicule, Bête, Butorde, Imbécile, et cætera. "(Scène III). Marivaux n’a plus qu’à procéder à une inversion des noms pour que l’on mesure la critique sociale sous-jacente. En effet, sur cette île décidément très particulière, on voit ainsi le maître endosser une nouvelle identité, celle de son ancien esclave lequel prend alors le nom de son maître. Cette mise en scène est donc censée permettre aux anciens maîtres de se corriger : "Souvenez-vous en prenant son nom, mon cher ami, qu’on vous le donne bien moins pour réjouir votre vanité que pour le corriger de son orgueil." (scène 2). 4.1.2 le procès théâtral C’est ainsi que débutera le " procès " tout théâtral, sans complaisance pourtant, d’une aristocratie du XVIIIe siècle, indolente et inutile, critiquée par les deux serviteurs. La critique de Cléanthis s'avère la plus humiliante : " Madame se lève ; a-t-elle bien dormi, le sommeil l’a-t-il rendu belle, se sent-elle du vif, du sémillant dans les yeux ? vite sur les armes ; la journée sera glorieuse. Qu’on m’habille ! Madame verra du monde aujourd’hui ; elle ira aux spectacles, aux promenades, aux assemblées ; son visage peut se manifester, peut soutenir le grand jour, il fera plaisir à voir, il n’y a qu’à le promener hardiment, il est en état, il n’y a rien à craindre." (scène 3) Mais nous verrons qu’une nouvelle mise en scène nécessitant le changement de vêtements est nécessaire pour parfaire l’inversion totale des rôles. La question du nom revêt une importance toute différente dans le roman de Michel Tournier. 4.2 Nommer pour s'approprier Cet art de nommer revêt une importance cruciale pour notre héros solitaire. En désignant une chose, on la fait entrer sous son propre contrôle. Nommer une chose, c’est en quelque sorte se l’approprier. Cette question est majeure pour Robinson. 4.2. 1 les choses Il éprouve le premier besoin de nommer le lieu de son désespoir ; il a pris soin de "baptiser" son île : Désolation. Il appelle l’embarcation qu’il fait de ses mains, l’Évasion . Deux termes d’une connotation péjorative qui vont conduire notre personnage à adopter une attitude plus positive. Réalisant qu’il ne peut pas s’échapper de l’île, il doit se donner les moyens de survivre par le biais de l’agriculture et de l’élevage. Il domestique dès lors la nature hostile et les bêtes sauvages en les nommant. Comme dans la pièce de Marivaux, on rebaptise aussi les choses. Le changement de perspective l’oblige en effet à renommer son île devenue Speranza, l’espérance : "Ayant été frappé en lisant la Bible de l’admirable paradoxe par lequel la religion fait du désespoir le péché sans merci et de l’espérance l’une des trois vertus théologales, il décida que l’île s’appellerait désormais Speranza, nom mélodieux et ensoleillé qui évoquait en outre le très profane souvenir d’une Italienne qu’il avait connue à jadis quand il était étudiant à l’université de York. " (page 45) En nommant ainsi son île, il recourt à une personnification : Speranza passe du statut de chose à l’incarnation d’une femme, celle avec laquelle il s’unit. (Chapitre V) 4.2.2 l'homme Ce pouvoir de nommer et de s’approprier se poursuit également lors de sa rencontre avec l’indien métis, arriéré de son point de vue, qui échappe au massacre de sa tribu grâce à lui. Cette rencontre oblige notre héros à le nommer pour pouvoir l’appeler de manière pratique. Il réfléchit à ce nom qu’il se veut le plus juste possible. Derrière le mot, se profile également une nette volonté de domination de l'homme blanc, voulue par l'auteur : "Je crois avoir résolu assez élégamment ce dilemme en lui donnant le nom du jour de la semaine où je l’ai trouvé : Vendredi. Ce n’est ni un nom de personne, ni un nom commun, c’est à mi-chemin entre les deux, celui d’une entité à demi vivante, à demi abstraite fortement marquée par son caractère temporel, fortuit et comme épisodique. "(page 148) Cette relation avec Vendredi constitue un véritable bouleversement dans l’ordonnancement de la vie sur Speranza, mais aussi dans sa perception de l’autre et de lui-même. Nous verrons à cet égard l’importance de la tenue vestimentaire. L e rôle de la tenue vestimentaire Pour nos personnages, l’apparence vestimentaire pourrait apparaître particulièrement secondaire et donc totalement superflue au regard de la nécessité de survivre. Les deux œuvres nous administrent la plus parfaite leçon contraire. L’habit revêt, en effet, une fonction symbolique pour l’être humain. On verra que chez Tournier, l’habillement est important pour la question de l’image de soi alors que ce point est totalement ignoré chez Marivaux ; en revanche, ce dernier reprend un classique du genre, l’échange de vêtements, que nous retrouverons dans les deux œuvres. 5.1 L'image de soi Chez Tournier, la question de l’habillement se pose déjà pour Robinson alors qu’il est encore seul sur l’île. Cette même question prendra une autre importance avec l’arrivée de Vendredi. L’habillement participe à la création de l’image de soi. Le héros solitaire qui a pu se négliger durant ses nombreuses périodes d’abattement s’oblige à des règles. La tenue vestimentaire participe à l’humanisation du personnage désocialisé. C’est ainsi que dès le samedi soir, Robinson s’oblige à revêtir son "habit de cérémonie " (page 71). Il s’agit de recouvrer la dignité humaine mise à mal après des jours de labeur, de découragement ou d’excès en tout genre dans sa "cité-jardin ". Le vêtement le ramène à sa condition humaine.  Le vêtement lui permet aussi d’endosser un rôle lorsqu’il se proclame — avec un rien de folie — général ou gouverneur de l’île. Cette même coutume vestimentaire ne varie pas avec l’arrivée de Vendredi que Robinson s’empresse d’habiller dès la première rencontre à l’aide d’un pantalon de marin. De sauvage, il prend "l’apparence " d’humain. Cependant, Robinson ne s’en tient pas là ; il pousse en effet le symbole vestimentaire à son paroxysme en lui donnant une connotation — cette fois — sociale : il lui fait porter tous les soirs une livrée d'apparat lorsqu’il sert le repas, donnant à la scène une théâtralisation. (Chapitre 7) C'est ainsi que Vendredi revêt la tenue de serviteur pour servir son maître. Mais cette question de l’habillement permet aux deux auteurs de jouer habilement sur la distribution des rôles dans la société. 5.2 Une inversion des rôles Cette inversion des rôles opérée par le changement vestimentaire se trouve dans les deux œuvres. Chez Marivaux, c’est bien l’échange de vêtements qui parachève l’échange des rôles alors que chez Tournier, c'est la tenue de Vendredi qui sera adoptée par Robinson. Pour les deux auteurs, le même adage : l'’habit fait le moine. 5.2.1L’échange de vêtements Les lois de la République des esclaves édictent cette règle implacable : "Vous aurez soin de changer d’habit ensemble, c’est l’ordre. " (Scène 1). Ceci se fera à l’acte V pour le duo masculin et il faudra attendre la scène IX pour que chacun endosse enfin ses habits d’origine mettant fin à l’inversion des rôles. Quatre scènes sont nécessaires à l'éducation des maîtres. Le pardon accordé par les anciens esclaves conduit au retour à l’ordre initial des choses et à l’annonce du retour à Athènes. On voit donc l’aspect symbolique que revêt le costume chez Marivaux. 5.2.2 la nudité Chez Tournier, il faut attendre le chapitre 8 pour voir Vendredi –en l’absence de son maître-s’emparer de la malle composée notamment de riches étoffes. Il va en parer les végétaux avant de disparaître durant plusieurs jours. Robinson le retrouve en " homme-plante", dansant — entièrement nu — d’une manière frénétique. Si le roman fait naître à plusieurs reprises des tensions entre l’habit et la nudité, c’est qu’il s’agit de se débattre entre ce qui reste d’humain et ce qui le différencie de la bête. Mais ce schéma n’aura plus cours au chapitre 9 : l’explosion de la grotte fait voler en éclat l’ordre établi de main de maître par Robinson. À partir de cet instant, l’importance vestimentaire devient nulle ; on arrache les loques carbonisées dévoilant le corps qui n’est plus caché. Tous les vêtements sont en effet devenus des hardes sans que cela ne dérange plus le cours des choses. C’est précisément le moment où l’harmonie s’installe entre les deux hommes au travers de la nature qui reprend ses droits. On assiste alors à une inversion des rôles, mais en l’absence de tout vêtement. La nudité n'est autre que le code vestimentaire de Vendredi : il devient symboliquement le "vêtement" de l'homme libre. Le " nouveau Robinson " (page 189) se dévêt de tout avant de prendre le soleil dans le plus simple appareil. Il revit en glorifiant son corps buriné par l’astre lumineux. La question de l’esclavage Le renversement des rôles traite, en réalité, du rapport de force entre le maître et l’esclave dans les deux ouvrages. 6. 1 La guérison des maîtres La comédie de Marivaux repose exclusivement sur cette opposition. L’île est précisément le lieu où les esclaves ont pu exercer leur vengeance avant de se soumettre à une nouvelle loi fondée sur la Raison (scène 2). Les maîtres ne sont plus appelés à être tués, mais à être guéris de leurs vices. Le champ lexical employé par Trivelin relève bien de  la médecine . Le traitement consiste à leur infliger  la même humiliation  que celle qu’ils ont infligée à leurs esclaves. On assiste alors à l’administration de ce terrible remède qui cause bien des affres aux anciens maîtres. La leçon est certes rude. Chez Marivaux,  la dialectique hégélienne*  du maître et de l’esclave n’aurait guère de sens. Outre l’anachronisme manifeste, Marivaux n’en tire aucune conséquence radicale. Au contraire. S’il reconnaît — avant l’heure — qu’il n’existe pas  de grand homme   pour le serviteur,  il prouve aussi que les serviteurs  ne sont pas forcément meilleurs  que leurs maîtres qu’ils peuvent singer à l’occasion. Le prétexte de l’île permet à l’auteur de traiter habilement des rapports sociaux du XVIIIe siècle. Loin de les fustiger de manière manichéenne, Marivaux en dresse au contraire un constat qu'il souhaite équilibré. En ce début de siècle, l’auteur prône non une révolution politique et sociale, mais une réformation morale des comportements, prônant la vertu. La fonction du pardon a pour objet de réformer les hommes. Iphicrate "(…) Va, mon cher enfant, oublie que tu fus mon esclave, et je me ressouviendrai toujours que je ne méritais pas d’être ton maître. "(Scène IX )  Chez Tournier, on ne se trouve pas dans cette dernière configuration. 6.2 l'éveil de la conscience de Robinson On peut noter l’existence de cette relation maître/esclave qui consiste pour le maître à  domestiquer   le "bon" sauvage. Il ne craint pas de lui infliger des humiliations et des châtiments corporels. L’esclave obéit, travaille sans relâche et se soumet sans rechigner aux ordres du maître. Mais loin de le contenter, cet abandon à l’homme blanc pose à ce dernier des cas de conscience : " Évidemment, il m’obéit au doigt et à l’œil, et je suis bien étrange de m’en plaindre. Mais il y a dans cette soumission quelque chose de trop parfait, de mécanique même qui me glace — (…)  " (page 153) Robinson est néanmoins prêt à exercer son droit de vie ou de mort sur Vendredi qui le supplie : "Maître, ne me tue pas !  " (Page 177). Si le terme de maître est utilisé par Vendredi, l'emprise de l'homme blanc n'est pas absolue : l'esclave reste toujours imprévisible. C’est au  chapitre 9  que la fantaisie de Vendredi, basée sur l’envie d’imiter son maître, va conduire à une inversion des rôles. En fumant la pipe de Robinson, il la jette dans la grotte qui contient de la poudre. L’explosion qui s’ensuit détruit les provisions et surtout l’ordre patiemment construit par Robinson. C’est alors que l’esclave va prendre des initiatives pour leur survie commune. Il soigne l’ancien maître et chasse pour leur subsistance quotidienne : " Le soir, il jetait le produit de cette chasse nonchalante aux pieds de Robinson qui ne demandait plus si ce geste était celui d’un chien fidèle qui rapporte, ou au contraire celui d’un maître si impérieux qu’il ne daigne même plus exprimer ses ordres . "(Page 190) Les choses ont changé : le statut entre les deux hommes s’inverse pour finir par trouver l’équilibre. Vendredi devient un " compagnon"  pour Robinson, puis  " son frère  " (page 191). Ce dernier l’initie à une autre vie en communion avec la nature et les astres. Les deux hommes rendus à la vie sauvage ont d’autres occupations que le labeur et l’accumulation de biens ; ils pratiquent de l’exercice physique, ils lézardent au soleil. Ils se disputent même à l’occasion : " Autrefois-avant l’explosion — il ne pouvait pas y avoir vraiment de dispute entre eux. Robinson était le maître, Vendredi n’avait qu’à obéir. Robinson pouvait réprimander ou même battre Vendredi. Maintenant que Vendredi  était libre et l’égal  de Robinson, ils pouvaient se fâcher l’un contre l’autre.  " (page 209) Nos deux personnages en viennent surtout à instaurer  un jeu ritue l permettant de se souvenir du temps ancien. Chacun joue le rôle de l’autre  : Vendredi exécutant le rôle de Robinson et vice versa. Ce rituel apaise bien des tensions sur l’île. Les deux hommes revisitent les épisodes de leur passé, convoquant à la fois la mémoire et s’en servent d’exutoire. C’est ce qui permet à ce nouvel équilibre de tenir : " Robinson avait compris que ce jeu faisait du bien à Vendredi parce qu’il le libérait du mauvais souvenir qu’il gardait de sa vie d’esclave. Mais à lui aussi Robinson, ce jeu faisait du bien, parce qu’il avait toujours un peu de remords de son passé de gouverneur et de général.  " (Page 213) Il restera dans le dernier article à comprendre la représentation de l’Autre…. ______________________________ *  "Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre, dit un proverbe connu. J’ai ajouté — et Gœthe l’a redit deux ans plus tard — que s’il en est ainsi ce n’est pas parce que celui‑là n’est pas un héros, mais parce que celui‑ci n’est qu’un valet. Ce dernier ôte les bottes du héros, l’aide à se coucher, sait qu’il préfère le champagne, etc. Pour le valet de chambre, les héros n’existent pas ; en effet, ils n’existent que pour le monde, la réalité, l’histoire.  " Hegel ,  La Raison dans l’Histoire , 1822-1830, Chapitre II. La réalisation de l’Esprit dans l’histoire,  Trad. Kostas Papaioannou, 10x18  p. 127.   Venons-en à la question de l’Autre dans ces deux ouvrages. Autrui, l’autre soi-même C’est en définitive le thème de l’Autre que l’on trouve paradoxalement dans le thème de l'île. Il participe à la constitution de notre humanité : une même vision traitée différemment dans ces deux ouvrages. 7.1 L’empathie Chez Marivaux, la question de l’altérité passe par l’inversion des rôles  : comment savoir ce que l’autre ressent si l’on ne se met pas à sa place ? Arlequin est capable de cette distanciation une fois qu’il a endossé le rôle de son maître. Son expérience finit par l’aveu suivant de l'aveu d'Arlequin : "Ne dites donc point comme cela, mon cher patron : si j’avais été votre pareil, je n’aurais peut-être pas mieux valu que vous. C’est à moi à vous demander pardon du mauvais service que je vous ai toujours rendu. Quand vous n’étiez pas raisonnable, c’était ma faute. " (Scène IX) À l’inverse, Euphrosine est vaincue devant la confession fort émouvante de se servante. Elle conclut : "La reconnaissance me laisse à peine la force de te répondre. Ne parle plus de ton esclavage, et ne songe plus désormais qu’à partager avec moi tous les biens que les dieux m’ont donnés, si nous retournons à Athènes. "(Scène X)  C’est le sens du pardon que les personnages de la pièce s’accordent mutuellement. La réconciliation conduit à l’adoption d’un sentiment nouveau : l’empathie vers laquelle doivent tendre tous les hommes en société. Cette empathie n’est pas si éloignée dans le projet de Michel Tournier. 7.2 L'importance de l'autre Le roman vise dans un premier temps à nous faire sentir l’importance de l’Autre dans la constitution de notre humanité, puis à décrire un nouveau schéma de vie éloigné des normes de la société occidentale. 7.2.1 L’expérience de la vie sans l'autre Le titre de l’œuvre met l’accent sur l’altérité avec la présence de Vendredi. La première partie de l’œuvre nous conduit à comprendre comment sans un autre soi-même sur une île déserte, l’homme se trouve démuni dans sa perception du temps, dans son aptitude au langage,  dans sa capacité à rire, dans ses besoins sexuels. Robinson connaît des accès de dépression et de folie ; le suicide reste souvent une option…. C’est au prix d’un effort surhumain qu’il doit réinventer un ordre social où il règne. Il s’agit moins de domestiquer la nature que se maintenir dans une humanité. L’équilibre reste bien précaire en vérité puisqu’ainsi que nous l’avons vu, une explosion réduit en cendres toute l’organisation civilisée mise durement en place. 7.2.1 la critique des valeurs occidentales Mais c’est l’arrivée de Vendredi dans la vie de Robinson qui éclaire mieux la question de l’Autre et conduit à une remise en question des valeurs de la civilisation occidentale. Robinson a créé un ordre économique basé sur l’abondance (les réserves sont pleines) et l’intrusion de Vendredi fait progressivement tout voler en éclats. C’est ainsi que l’indien-métis se voit allouer le rôle de l’esclave, participant à l’entreprise de l’exploitation de l’homme par l’homme ; sa présence permet aussi à Robinson de faire l’expérience de l’argent. L’homme blanc, colonialiste, reproduit sur son île le schéma de la société économique et sociale de son temps. Cependant, cela ne va pas sans questionnement et sans peine. Vendredi lui apparaît comme un facteur de troubles dans l’ordonnancement de la "cité-jardin ". La vitalité de l’indien saccage cultures et objets, ce qui représente en vérité des années de labeur sous le soleil. Il comprend que la "domestication " du "bon" sauvage s’avère un complet échec. L’autre constitue une menace pour l’équilibre précaire de Speranza. Après la menace vient le temps de la disparition totale de la cité... C’est alors que l’Autre devient l’initiateur d’un autre schéma de vie fondé sur le besoin, sur l’économie de moyens, sur la préservation de la nature, sur la digne célébration des astres. Il renverse totalement les valeurs économiques, sociales et religieuses. Il s’agit d’opérer un véritable retour à la Nature : on y célèbre les vertus écologiques avant l’heure. Le roman échafaude le plan d’une société sobre et idéale où la main de l’homme se fait moins rude sur son environnement et sur autrui. On y célèbre l’harmonie entre les hommes et la Nature. Cette société idéale ne peut plus être abandonnée par Robinson qui décide de ne pas repartir sur le Whitebird, autant parce qu’elle le rend heureux que parce qu’il est désormais totalement inadapté à son ancienne vie. On est fort éloigné de la fin de la pièce de de Marivaux où l’expérience vécue n’est pas à un frein au retour à la vie d'avant. Il reste que Vendredi, lui, est prêt pour une nouvelle vie dans la société marchande. Il porte en lui un monde parfait sur lequel la société occidentale, qui a déjà cherché à le domestiquer, n’aura finalement aucune prise…. 8.La synthèse La Gazette vous propose une étude comparative de deux œuvres que nous venons d'étudier. Étude croisée des œuvres L’île des esclaves,  Marivaux Vendredi ou les limbes du Pacifique,  Tournier Genre littéraire Comédie   Roman Lieu du récit Ile près de la Grèce   Ile perdue dans le Pacifique Date du récit Antiquité   2e moitié du XVIII siècle Personnages principaux 5 personnages principaux   2 personnages principaux Sentiments principaux évoqués Peur, vengeance, étonnement, honte, humiliation, jubilation, jubilation, émotion, repentir, pardon. Peur, désespoir, folie, effort, peine, souffrance, frustration, domination, orgueil, calcul, curiosité, colère, rage, abandon, amitié, fraternité, harmonie, paix.   Thèmes principaux L’île, l’utopie, le maître/l’esclave, la réformation de la société, la vertu.   L’Ile, l’utopie, le maître/L’esclave, la nature, société occidentale.

  • Histoire littéraire : l'île

    La représentation de l'île dans l'histoire de la littérature. La notion d’île a inspiré une profusion d’auteurs avec des objectifs divers. Trois grandes conceptions se dégagent : un lieu symbolique, un lieu d'aventures et un lieu poétique. Une vue de l'île de Capri, Italie Histoire littéraire : l'île Dans cet article, nous analyserons le traitement du thème de l'île au travers de trois clefs de lecture : Un lieu symbolique, Un lieu d’aventures, Un lieu poétique. Retour sur l'histoire littéraire : l'île. 1. L’ÎLE, UN SYMBOLE Ce thème s’inscrit très tôt dans une symbolique précise. L’île n’est pas un lieu comme les autres ; il s’y passe toujours des évènements hors du commun. L’île permet donc aux héros d’effectuer un  parcours initiatique  imaginé par les auteurs notamment de l’Antiquité. Relevons aussi que le sujet de l’île s’incarne tout naturellement dans la géographie grecque : l’Odyssée  d’Homère illustre les diverses péripéties d’Ulysse qui séjourne  malgré lui  d’île en île avant de parvenir à Ithaque, chez lui. L’île s’associe à une  quête de sens  pour le héros antique qui voit son destin bouleversé par des dieux jaloux. 1.1 LES PÉRIPÉTIES D’ULYSSE Revenant de Troie, à la suite d’une guerre qui aura duré dix ans, Ulysse se voit contraint de dériver d’île en île et de subir un voyage retour de la même durée. Il doit vaincre bien des dangers avant de pouvoir rejoindre les siens à Ithaque. On note l’importance symbolique de ces épreuves imposées au héros et la place prépondérante des éléments et des îles dans cette narration. Dans l’extrait qui vous est proposé, Ulysse arrive avec ses compagnons dans  l’île d’Ea  après avoir affronté la mer démontée ; ils ont besoin de victuailles. Les hommes se divisent en deux groupes. L’un découvre le palais de la magicienne Circé qui les y attire par son chant mélodieux pour leur plus grand malheur…          "Circé les introduit, et les fait asseoir sur des trônes et sur des sièges ;  puis elle mêle du fromage, de la farine d’orge et du miel nouveau avec du vin de Pramne,  et elle ajoute ensuite à cette préparation des plantes funestes afin que mes compagnons perdent entièrement le souvenir de leur patrie. Quand elle leur a donné ce breuvage, qu’ils boivent avec avidité,  elle les frappe de sa baguette et les enferme dans l’étable ; car mes guerriers étaient alors semblables à des porcs par la tête, la voix, les poils et le corps, mais leur esprit conserva toujours la même force. Malgré leurs gémissements, ils sont enfermés dans une étable. Circé leur jette pour nourriture des glands, des faines et des fruits du cornouiller, seuls mets que mangent les porcs qui couchent sur la terre ." Odyssée, chant X, Homère Venons-en au mythe de l’Atlantide, fameuse citée engloutie par la mer. 1.2 Atlantide de Platon Mais où se localise cet endroit unique ? Vaste débat qui a alimenté les discussions et les écrits de nombreux auteurs durant des siècles. Atlantide, mythe ou réalité ? Les dernières recherches archéologiques ont mis en évidence une série de faits rendant plausible une  Atlantide sur le plan géologique. Revenons au récit proprement dit. L’Atlantide se présente à nous au travers d’un discours indirect de Platon qui reprend des faits émanant de Solon qui — lui-même — les tenait d’une source égyptienne. Il s’agit d’une  civilisation conquérante , voire orgueilleuse, logée sur une île engloutie mystérieusement avec tous ses trésors sous la colère du dieu Poséidon. Notons ensemble comment Platon la décrit : “En effet, les monuments écrits disent que votre cité détruisit jadis une immense puissance qui marchait insolemment sur l’Europe et l’Asie tout entières, venant d’un autre monde situé dans l’océan Atlantique. On pouvait alors traverser cet Océan  ; car il s’y trouvait une île devant ce détroit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Héraclès. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. De cette île on pouvait alors passer dans les autres îles et de celles-ci gagner tout le continent qui s’étend en face d’elles et borde cette véritable mer.” Timée , Platon (traduction Chambry) Quittons  l’Antiquité  avec la fonction symbolique ou mythique des îles et découvrons quelques siècles plus tard une île qui porte un nom devenu désormais célèbre : Utopie.  Thomas More a inventé ce terme qui signifie — étymologiquement  ou,  non, et  topos,  lieu, c'est-à-dire un non-lieu, soit un endroit inexistant. 1.3 Découverte d’une île idéale L’auteur y développe une cité idéale fondée sur l’harmonie entre les hommes, la possession commune des choses. Tout y minutieusement décrit, sa taille, sa forme, ses villes, l’architecture de ces dernières, des maisons, etc. L’île correspond au meilleur endroit possible pour établir un tel modèle : un lieu clos perdu au milieu de l’eau.  Un environnement parfait qui s’oppose aux états bien réels qu’il serait bon de corriger. L’art d’écrire au XVIe siècle implique le recours à l’imaginaire pour faire habilement passer un message critique. "L’île d’Utopie a deux cent mille pas dans sa plus grande largeur, située à la partie moyenne. Cette largeur se rétrécit graduellement et symétriquement du centre aux deux extrémités, en sorte que l’île entière s’arrondit en un demi-cercle de cinq cents miles de tour, et présente la forme d’un croissant, dont les cornes sont éloignées de onze mille pas environ. Utopie,  Thomas More Il a été indiqué que Thomas More a inventé le terme d'utopie en créant une île idéale, voyons le cas de Marivaux qui a choisi, lui aussi, l’insularité mais le registre de la comédie pour critiquer le comportement des hommes.    1.4 UNE ÎLE ATYPIQUE L’auteur donne un cadre à sa satire,  l’île des esclaves,  située en Grèce en prenant soin de replacer l’action dans l’Antiquité pour éviter de choquer ses contemporains. Ce lieu atypique, comme son nom l’indique, est constitué d’anciens esclaves qui ont pris le pouvoir contre les citoyens d’Athènes. Découvrons ensemble le projet réformiste qui les anime. Précisons que la Gazette vous proposera une  étude approfondie  de cette comédie dans la deuxième partie de ce numéro. Pour l’heure, Trivelin, représentant de la République, justifie le mauvais traitement imposé. Cela passera par une inversion des rôles, les esclaves devenant les maîtres et ces derniers devenant à leur tour des esclaves. "(…) Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons ; ce n’est plus votre vie que nous poursuivons, c’est la barbarie de vos cœurs que nous voulons détruire ; nous vous jetons dans l’esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu’on y éprouve ; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l’avoir été. Votre esclavage, ou plutôt votre cours d’humanité, dure trois ans, au bout desquels on vous renvoie, si vos maîtres sont contents de vos progrès ; et si vous ne devenez pas meilleurs, nous vous retenons par charité pour les nouveaux malheureux que vous iriez faire encore ailleurs, (…)” L’île des esclaves,  Marivaux (scène 2) Nous avons évoqué le rôle de l’île dans la comédie de Marivaux, voyons aussi une nouvelle expérience proposée un auteur anglais du XVIIIe siècle dont les œuvres ont été trop vite classées dans la littérature enfantine : Jonathan Swift. 1.5 Lilliput, l’île de l’infiniment petit Dans les deux premiers récits du docteur Gulliver, l’auteur choisit de placer son personnage dans différentes dimensions. Intéressons-nous à son premier voyage. Le cadre de la narration a lieu dans un endroit particulier : une île de l’infiniment petit . Naufragé, Gulliver se trouve alors face à face avec de petites créatures humaines. Il va devoir se faire accepter d’eux… "J’entendis un bruit confus autour de moi, mais, dans la posture où j’étais, je ne pouvais rien voir que le soleil. Bientôt je sentis remuer quelque chose sur ma jambe gauche, et cette chose, avançant doucement sur ma poitrine, monter presque jusqu’à mon menton. Quel fut mon étonnement lorsque j’aperçus une petite figure de créature humaine haute tout au plus de trois pouces, un arc et une flèche à la main, avec un carquois sur le dos ! J’en vis en même temps au moins quarante autres de la même espèce." Voyage à Lilliput, Swift Après avoir abordé la représentation symbolique de l’île dans la pensée de Jonathan Swift, découvrons le cadre enchanté planté par Bernardin de Saint-Pierre au XVIIIe siècle dans son roman  Paul et Virginie. 1.6 L’île, un paradis Ce roman, plein de fraîcheur, retrace l’amour impossible entre deux adolescents élevés ensemble sur l’île de France (devenue l’île Maurice). Présentons, si vous le voulez bien, cette île luxuriante, à peine habitée et — abîmée — par l’homme : et si le paradis perdu était une île ? "Les pluies que leurs pitons attirent peignent souvent les couleurs de l’arc-en-ciel sur leurs flancs verts et bruns, et entretiennent à leurs pieds les sources dont se forme la petite rivière des Lataniers. Un grand silence règne dans leur enceinte, où tout est paisible, l’air, les eaux et la lumière. À peine l’écho y répète le murmure des palmistes qui croissent sur leurs plateaux élevés, et dont on voit les longues flèches toujours balancées par les vents. Un jour doux éclaire le fond de ce bassin, où le soleil ne luit qu’à midi ; mais dès l’aurore ses rayons en frappent le couronnement, dont les pics s’élevant au-dessus des ombres de la montagne, paraissent d’or et de pourpre sur l’azur des cieux. " Paul et Virginie, Bernardin de Saint-Pierre La représentation de l’île s’est en quelque sorte banalisée pour devenir un simple sujet de roman d’aventures. Ces derniers ne manquent pas en effet dans l’histoire littéraire. Nous verrons que nous sommes bien pourvus avec  Robinson Crusoé  de Daniel Defoe et les héros  de l’île au trésor  de Stevenson. Nous montrerons aussi le caractère terrible de ces îles introuvables avec  les aventures   d’Arthur Gordon Pym,  unique roman d’Edgar Poe. 2. Un lieu d’aventures Nous voici entrés dans la deuxième sous-partie de notre présentation du thème au travers de l’histoire de la littérature. Après la conception de l’île sous sa forme symbolique, attachons-nous à la découverte de ce thème sous un autre angle : l’aventure. Pensons à tous ces récits exotiques qui ont marqué des générations de lecteurs. La narration qui vient le plus communément à l’esprit concerne les aventures de Robinson Crusoé de Daniel Defoe (1660-1731) publié en 1719.  2.1 les aventures de Robinson Crusoé Ce personnage mythique a donné lieu à diverses réinterprétations. La Gazette a choisi dans le cadre de son étude de vous proposer de retrouver  Vendredi ou les limbes du Pacifique  de Michel Tournier.  Mais pour l’heure, intéressons-nous à la genèse de ce roman magnifique. Sait-on que Robinson Crusoé doit tout à un homme bien réel,  Alexandre Selkirk  (1860 -1721), qui a vraiment expérimenté la solitude sur une île ? 2.1.1 L’aventure réelle d’Alexandre Selkirk Alexandre Selkirk  est un matelot écossais, bagarreur et forte tête, qui passe plus de quatre ans (52 mois) sur une île d’Amérique du Sud perdue dans l’Océan Pacifique au large du Chili près des îles Juan Fernandez. Ce n’est pas à la faveur d’un naufrage qu’il se voit contraint de vivre dans la solitude, mais à un débarquement forcé d’un trublion par le capitaine du bateau. Le malheureux marin, à la différence du héros de Defoe, reste seul sur son île sans rencontrer le moindre humain ; il réussit à domestiquer des animaux en subsistant grâce aux produits de ses récoltes. De retour dans sa patrie, Selkirk raconte son incroyable histoire qui vient aux oreilles de l’écrivain : ce dernier en tire le noyau de son récit.  2.1.2 arrivée de Robinson Dans l’extrait qui vous est proposé, découvrons Robinson qui raconte dans le détail les conditions de son arrivée sur l’île : " Absorbé dans la contemplation de ma délivrance, je me promenais çà et là sur le rivage, levant les mains vers le ciel, faisant mille gestes et mille mouvements que je ne saurais décrire ; songeant à tous mes compagnons qui étaient noyés, et que pas une âme n’avait dû être sauvée excepté moi ; car je ne les revis jamais, ni eux, ni aucun vestige d’eux, si ce n’est trois chapeaux, un bonnet et deux souliers dépareillés. " Robinson Crusoé , Defoe (chapitre 9) traduction Petrus-Borel Après avoir abordé l’origine du mythe de Robinson Crusoé, découvrons aussi la richesse de ces récits d’explorations en la compagnie d’Edgar Poe (1809-1849). Connu largement pour ses nouvelles, ce dernier a publié en 1838 un seul roman,  les aventures d’Arthur Gordon Pym . 2.2 Le roman d’exploration : Edgar Poe Cette œuvre atypique n’a pas rencontré les faveurs de la critique guère habituée, chez cet auteur, aux récits d’aventures. Il a ouvert pourtant la voie à d’autres possibilités de récits comme ceux de Jules Verne. Voyons aujourd’hui un extrait de ces aventures qui se déroulent dans  les îles de Tristan da Cunha,  situées dans l’océan Atlantique, à proximité de l’île Sainte Hélène. Découvrons aujourd’hui les observations du narrateur du spectacle qu’il a sous ses yeux  : "Les côtes de ces îles abondent, dans la saison favorable,  en lions marins, éléphants marins, veaux marins et phoques à fourrure, ainsi qu’en oiseaux océaniques de toute sorte. La baleine aussi est fréquente dans le voisinage.  La facilité avec laquelle on s’emparait autrefois de ces différents animaux fit que ce groupe fut, dès sa découverte, fréquemment visité. (…)" Les aventures d’Arthur Gordon Pym,  Poe (traduction Baudelaire) 2.3 L’île au trésor (Stevenson) Découvrons le premier regard porté sur cette île par notre jeune narrateur :  "À perte de vue, les terres étaient couvertes de bois, sur la teinte sombre desquels tranchait le sable jaune de la plage. Çà et là s’élevaient de grands arbres de l’espèce des pins, parfois isolés, parfois groupés en bouquets. L’ensemble était monotone et triste. Toutes les hauteurs qui le dominaient avaient des formes bizarres et se composaient de rochers nus entassés en amphithéâtre. La Longue-Vue, qui avait au moins trois cents pieds de plus que les autres, était aussi la plus étrange, presque à pic de tous côtés, et coupée net au sommet comme le piédestal d’une statue. " Stevenson, l’île au trésor,  chapitre XIII   3. Un lieu poétique. C’est bien l’univers poétique qui s’intéressera à la thématique de l’île dans les recueils de Baudelaire, Verlaine, Hugo et d’un poème mal connu de Stefan Zweig. 3.1   Le retour de Victor Hugo à Jersey  Nous débutons la dernière partie de notre représentation de l’île dans l’histoire de la poésie. Le romantisme au XIXe siècle tourné vers l’expression libre de ses sentiments et de ses émotions dans la célébration de la nature a trouvé dans ce thème une véritable inspiration. Nous retrouvons chez Victor Hugo cette évocation de l’île en ajoutant l’importance du choix du lieu. Il s’agit de l’île anglo-normande de Jersey qui a donné l’hospitalité à la famille Hugo après la proscription décrétée par Napoléon III de 1851 à 1870. Dans ces colonnes, nous avions déjà évoqué cet exil notamment à Guernesey. Le poète revient à Jersey vingt ans après... Dans cet extrait, vous pourrez constater le champ lexical du Souvenir avec l’emploi de l’imparfait et la répétition du mot « même » à chaque vers. On arrive de manière chromatique à la description d’une île en partant du particulier pour embrasser une vision globale, de la « chambre » (vers 3), d’un lieu calme et clos à une île effrayante et sauvage dévorée par  «  l’âpre mer » (vers 38). C’est une opposition finale qui nous est proposée par le poète lequel différencie la  permanence  d’un spectacle enchanteur et effrayant du  simple passage  des hommes. "Je la revois, après vingt ans, l'île où Décembre Me jeta, pâle naufragé. La voilà ! c'est bien elle. Elle est comme une chambre Où rien encor n'est dérangé. Oui, c'était bien ainsi qu'elle était ; il me semble Qu'elle rit, et que j'aperçois Le même oiseau qui fuit, la même fleur qui tremble, La même aurore dans les bois ; Il me semble revoir, comme au fond d'un mirage, Les champs, les vergers, les fruits mûrs, Et dans le firmament profond le même orage, Et la même herbe au pied des murs, Et le même toit blanc qui m'attend et qui m'aime, Et, par delà le flot grondeur, La même vision d'un éden, dans la même Éblouissante profondeur.(…)" Hugo, 8 août 1872, en arrivant à Jersey." Toute la lyre, recueil posthume  V.Hugo (vers 36) Après avoir évoqué  l’île de Jersey , fidèle à elle-même, sous la plume de Victor Hugo, découvrons chez Baudelaire le sentiment inverse, c’est-à-dire la transformation morbide du spectacle d’une île. 3.2 UNE ÎLE DÉSOLÉE Là encore, il ne s’agit pas de n’importe quelle île, mais celle de  Cythère au sud du Péloponnèse  qui renvoie à la mythologie grecque qui a traversé les siècles : une île sacrée dédiée à Aphrodite et à l’amour. Une nature enchantée a donc symbolisé le décor de Cythère. Découvrons à présent la représentation de l’île de Cythère sous la plume de Baudelaire : on assiste à une description bien morbide. Ce poème iconoclaste résulte  d’un fait divers  rapporté par Nerval ; C’est bien une vision tragique qui apparaît de la lecture de ces vers dont le champ lexical est celui du supplicié : celui-ci est composé d’oppositions nombreuses entre les vestiges de son passé «  Belle île  aux myrtes verts » (vers 13) et le regard du poète « quelle est donc  cette île triste et noire  ? » (vers 5). Plus on avance, plus on sombre dans le macabre… UN VOYAGE À CYTHÈRE   Mon cœur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux Et planait librement à l’entour des cordages ; Le navire roulait sous un ciel sans nuages, Comme un ange enivré du soleil radieux. Quelle est  cette île triste et noire  ? — C’est Cythère, Nous dit-on, un pays fameux dans les chansons, Eldorado banal de tous les vieux garçons. Regardez, après tout, c’est une pauvre terre. — Île des doux secrets et des fêtes du cœur ! De l’antique Vénus le superbe fantôme Au-dessus de tes mers plane comme un arome, Et charge les esprits d’amour et de langueur. Belle île aux myrtes verts , pleine de fleurs écloses, Vénérée à jamais par toute nation, Où les soupirs des cœurs en adoration Roulent comme l’encens sur un jardin de roses Ou le roucoulement éternel d’un ramier ! — Cythère n’était plus qu’un terrain des plus maigres, Un désert rocailleux troublé par des cris aigres. J’entrevoyais pourtant un objet singulier ! Ce n’était pas un temple aux ombres bocagères, Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs, Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs, Entre-bâillant sa robe aux brises passagères ; Mais voilà qu’en rasant la côte d’assez près Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches, Nous vîmes que c’était un gibet à trois branches, Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès. (...) Baudelaire  Un voyage à Cythère, Les fleurs du mal,   3.3 l’île de Cythère de Verlaine Nous avons présenté Cythère sous  son aspect le plus sombre.  Il faut attendre le célèbre poème de Verlaine et son recueil intitulé  les fêtes Galantes  pour restituer la beauté à l’île. À la lecture de ce court poème particulièrement suggestif, on constate que, là, tout y est enchantement. Les sens sont véritablement présents :  la vue, le goût, l’ouïe, l’odorat et… le toucher. Une île qui offre en définitive les délices de la volupté…             CYTHÈRE "Un pavillon à claires-voies Abrite doucement nos joies Qu’éventent des rosiers amis ; L’odeur  des roses, faible, grâce Au vent léger d’été qui passe , Se mêle aux parfums qu’elle a mis ; Comme  ses yeux  l’avaient promis, Son courage est grand et  sa lèvre Communique une exquise fièvre ; Et l’Amour comblant tout,  hormis La Faim , sorbets et confitures Nous préservent des courbatures." Fêtes Galantes,  Verlaine Après avoir vu les délices de Cythère, achevons si vous le voulez bien, notre présentation par un poème d’un auteur davantage célèbre pour ses nouvelles : Stefan Zweig. 3.4 Les cloches de l’île Ce poème nous offre une évocation intime de l’insularité avec l’emploi de la première personne du singulier. On sent toute la solitude d’un homme perdu dans l’obscurité d’un lieu, qui est, lui,  obstinément régulé par la tranquillité d’une vie rythmée par le bruit des cloches… "J’entends, par-dessus les campagnes, Planer les cloches du pays Et déjà je ne peux plus voir Les contours des tours rondes. La nuit, la mer, deux rubans bleus Qu’ornemente l’or des étoiles, Ont roulé dans leurs plis Les bords de l’île. Tout s’éloigne, Tout se coule dans le silence. Près de ma bouche, Muets, les vents se penchent. Tout cela qui m’échappe, Me parait éloigné et comme sans retour (...) Ile tranquille (Bretagne)  Stefan Zweig, traduction Henri Guilbeaux Une étude comparée Dans une deuxième partie, nous vous proposerons  une étude d e deux ouvrages sur le thème de l’île : L’île des esclaves,   comédie de Marivaux, jouée pour la première fois en 1725. Vendredi ou les limbes du Pacifique,  roman de Michel Tournier, publié en 1967. Il sera question de mettre en avant sept points de comparaison entre ces deux œuvres, apparemment si différentes… Cette étude sera suivie d’une  synthèse  et  d’une bibliographie.

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