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- Nos podcasts littéraires
Lire autrement... La Gazette littéraire vous propose une série de podcasts sur Spotify et sur Apple Podcast pour "lire" autrement des œuvres du patrimoine littéraire. C'est une invitation à entrer plus facilement dans un livre, sans crainte de l'ouvrir, de tourner la page et surtout de le finir. Un temps de lecture où vous êtes guidés dans la compréhension du texte et où vous pouvez lire à votre rythme. Un pan de la bibliothèque de la Gazette littéraire Podcasts littéraires 7e droit imprescriptible du lecteur : " Le droit de lire n'importe où." Daniel Pennac, Comme un roman Avec ce droit absolu découvrez les podcasts littéraires qui vous sont proposés pour vous permettre d'entrer dans une œuvre en étant accompagnés et à votre rythme. livres épisodes destination du public Apprendre à lire ? (teaser) Comment lire ? (5:17) Une "mauvaise" lectrice (O4:06) CP² (09:43) Premières stratégies pour lire (09:36) Comment je suis devenue une "bonne" lectrice (O5:36) Lire avec un crayon (06:43) La lecture à l'âge adulte (10:11) La création de la Gazette littéraire (12:26) Le pouvoir du livre (10:22) Toute personne qui souhaite reprendre la lecture ou améliorer ses performances. (gratuit) Discours de la servitude volontaire, de la Boétie introduction et exposé de la thèse de l'auteur (12:55) la perte de la liberté (12:29) la solution pour s'opposer au tyan et moyen pour ce dernier de conserver son pouvoir (12:19) pages 145 à 157 : le secret de la domination (05:23) Lycéens et adultes (gratuit) retrouvez les autres podcasts Vingt mille Lieues sous la mer, J. Verne, Le Mur invisible, M. Haushofer La Connaissance de la vie , Canguilhem élèves de Prépas scientifiques et adultes (contenu semi payant) Le Temps de l'innocence, Edith Wharton Le début de l’intrigue (chapitres 1 à 9) : 10:48 Spotify Apple Podcast L’émergence d’une passion (chapitres 10 à 14) : 09:01 Spotify Apple Podcast La tension amoureuse (chapitres 15 à 18) : 07:53 Spotify Apple Podcast Le pacte entre Newland Archer et Ellen Olenska (chapitres 19 à 25) : 10:29 Spotify Apple Podcast Le clan contre Ellen Olenska (chapitres 26 à 32) : 09:36 Spotify Apple Podcast Le dénouement (chapitres 33 et 34) : 06:56 Spotify Apple Podcast Tout public (gratuit) Ne partons pas sans méditer cette citation : "L'étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n'ayant jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture ne m'ait ôté." Montesquieu, Essai sur les causes qui peuvent affecter les esprits et les caractères.
- Lire "Le Temps de l’innocence" d’Edith Wharton (podcast)
Chef-d’œuvre d’Edith Wharton, Le Temps de l’innocence explore avec une finesse remarquable les tensions entre désir individuel et conventions sociales dans le New York de la fin du XIXᵉ siècle. Ce podcast à retrouver gratuitement sur Spotify et Apple Podcast propose une lecture guidée du roman : épisode après épisode, l’intrigue, les personnages et les enjeux du texte sont éclairés pour accompagner et enrichir la découverte de cette œuvre majeure. Édition Garnier-Flammarion Lire " Le Temps de l’innocence" d’Edith Wharton La Gazette littéraire vous propose une nouvelle lecture suivie : Le Temps de l’innocence d’Edith Wharton. Pourquoi lire ce roman, me direz-vous ? Pour découvrir cette singulière histoire d’amour située dans le vieux New York de la fin du XIXᵉ siècle et du début du XXᵉ, corseté par le puritanisme. Il nous offre une véritable satire sociale. Pourquoi lire Le Temps de l’innocence au XXIᵉ siècle ? Parce que c’est un chef-d’œuvre inépuisable, répondant à une question toujours d’actualité : comment s’empêche-t-on d’être heureux ? Ici, nous avons le parfait mode d’emploi. C’est également un livre passionnant sur le rapport entre l’individu et le groupe : on assiste à une lutte du pot de fer contre le pot de terre. Une histoire universelle, en somme. Pourquoi enfin lire ce roman en particulier ? Il existe par ailleurs tellement de romans d’amour. Nous allons découvrir son originalité, admirablement restituée de l’intérieur grâce au point de vue narratif choisi par l’autrice : le point de vue interne . Celui-ci nous place en effet dans la tête des personnages, et notamment dans celle du personnage principal, Newland Archer, ce qui nous permet de comprendre les ressorts compliqués de sa psyché. Ce choix s’explique aussi par l’exigence du roman : sa lenteur, ses détails apparemment insignifiants, enfin ses nombreux non-dits qu’il faut décrypter. Pour toutes ces raisons, je suis très heureuse d’effectuer cette lecture guidée avec vous. Avant de commencer, quelques précisions pratiques : j’ai choisi l’édition Garnier-Flammarion à laquelle je me réfère, mais cette lecture s’effectue chapitre par chapitre ; il vous sera donc facile de vous repérer dans votre propre édition. Il est inutile d’engager des frais : la lecture doit toujours être à la portée de toutes les bourses. Plan de lecture Lire "Le Temps de l’innocence" d’Edith Wharton : suivez pas à pas cette lecture guidée du roman à travers les différents épisodes de la Gazette littéraire librement accessible sur Spotify et Apple Podcast . Le début de l’intrigue (chapitres 1 à 9) : 10:48 Découverte du vieux New York, de ses codes sociaux et des premiers personnages : Newland Archer, May Welland et la mystérieuse Ellen Olenska. Spotify Apple Podcast L’émergence d’une passion (chapitres 10 à 14) : 09:01 Les premiers doutes d’Archer apparaissent. Derrière les conventions sociales naît une attirance troublante pour Ellen. Spotify Apple Podcast La tension amoureuse (chapitres 15 à 18) : 07:53 La relation entre Archer et Ellen devient de plus en plus intense, tandis que les contraintes sociales se resserrent autour d’eux. Spotify Apple Podcast Le pacte entre Newland Archer et Ellen Olenska (chapitres 19 à 25) : 10:29 Un équilibre fragile se met en place : aimer sans céder à la passion, rester proches sans franchir les limites imposées par la société. Spotify Apple Podcast Le clan contre Ellen Olenska (chapitres 26 à 32) : 09:36 La haute société new-yorkaise se referme. Les pressions du clan s’intensifient et menacent l’équilibre fragile des personnages. Spotify Apple Podcast Le dénouement (chapitres 33 et 34) : 06:56 Le destin des personnages se scelle. Entre choix personnels et poids des conventions, la fin du roman révèle toute la subtilité du chef-d’œuvre d’Edith Wharton. Spotify Apple Podcast Et si vous avez besoin d'un aperçu du roman ou envie d'en découvrir l'adaptation cinématographique après votre lecture, regardez la bande-annonce du film remarquable de Martin Scorsese avec Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer et Wiona Ryder. Bonne lecture !
- Moments forts ou découvertes littéraires
Actualité : cris et coups de cœur Retrouvez dans cette rubrique les émotions et les événements à résonance littéraire survenus durant l’année. Moments forts ou découvertes littéraires Dans cette rubrique, nous vous emmenons au cœur des événements ayant une résonance littéraire au fil du temps. Moments marquants, découvertes artistiques sous toutes ses formes, coup de cœur de textes au fil du temps : nous partageons avec vous ce qui nous a surpris, fait vibrer ou, hélas, rendus tristes. Chaque article est l’occasion de rendre compte de ces instants où la vie s’incarne dans les mots et où les mots résonnent à l'inverse dans le réel. Notre vocation est de vous transmettre notre passion pour ce monde tel qu’il est : cris d’indignation, éclats de rire ou coups de cœur… La Gazette littéraire vous propose un panorama vivant, sensible et engagé de la vie à retrouver dans cet index. Tableau Moments forts ou découvertes littéraires : An Nouvelle année avec Verlaine Art Sur les épaules d'Énée Jonquilles (Wordsworth) Lecture : le 10 mars je lis Saint-Valentin : lettre d'amour (Musset/Sand) Shakespeare : Hamnet aux origines d'"Hamlet" Vian (Boris) : la cité Véron en héritage (Paris 18e arrondissement)
- Journée de la lecture : vivez le plaisir de lire
Découvrez la Journée de la lecture avec La Gazette littéraire. Partagez vos livres préférés et plongez dans le plaisir de la lecture au quotidien. Voici ce que je lis aujourd'hui : Et vous que lisez-vous ?
- Boris Vian : la cité Véron en héritage
À la cité Véron, derrière le Moulin Rouge, le lieu où Boris Vian écrivit la plus grande partie de son œuvre échappe à la disparition. Cité Véron, 18e arrondissement de Paris Boris Vian : la cité Véron en héritage Le 10 mars 1920 naissait Boris Vian. Dans les années 1950, Boris Vian s’installe au 6 bis de la cité Véron, une petite impasse discrète située derrière le Moulin Rouge, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris. Son voisin n’est autre qu’un autre poète : Jacques Prévert. C’est dans cet appartement que Vian écrit une grande partie de son œuvre, notamment L’Écume des jours , roman devenu emblématique : une histoire d’amour tragique, plongée dans un univers empreint de fantaisie et d’influences surréalistes, marquant durablement plusieurs générations de lecteurs. Ce roman s’impose encore comme un classique de la littérature. Écrivain, musicien, ingénieur, critique et figure incontournable de la vie culturelle de l’après-guerre, Boris Vian laisse à sa mort en 1959 une œuvre foisonnante et inclassable. Son écriture, traversée par le rythme et l’invention, reflète l’énergie artistique de la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Lieu de mémoire Ses héritiers ont conservé l’appartement de la cité Véron, transformé au fil du temps, en lieu de mémoire ouvert au public. Le souvenir de Boris Vian s’est récemment retrouvé au cœur de l’actualité. En 2009, le cabaret du Moulin Rouge est devenu propriétaire de cet appartement ainsi que de celui de Jacques Prévert, tous deux conservés pour leur valeur mémorielle. Mais en 2025, la direction du Moulin Rouge a annoncé son intention de ne pas renouveler les baux afin de mener un projet de rénovation de la salle historique associée à la chanteuse Mistinguett. Les deux appartements se sont alors retrouvés menacés de disparition, une expulsion ayant même été fixée a u 31 mars 2026. Très vite, les familles Vian et Prévert ont mobilisé l’opinion publique ainsi que le ministère de la Culture pour s’opposer à ce projet. Cette mobilisation a porté ses fruits : le 19 décembre 2025, un accord de principe a été trouvé pour préserver les appartements des deux écrivains. Reste désormais à transformer cette promesse en décision concrète, afin que ces lieux chargés d’histoire soient définitivement reconnus comme un patrimoine littéraire majeur, une perspective qui maintient encore aujourd’hui les héritiers dans une vigilance attentive et nous aussi... Découvrez l'intérieur de cet appartement laissé en l'état. Boris Vian : la cité Véron en héritage :
- La Terre dans la littérature : de Gaïa à la modernité
De l’Antiquité à Zola : comment les écrivains ont représenté la terre, entre nature nourricière, paysage poétique et symbole du monde. Une Histoire littéraire de la Terre. Parc du château de Versailles La Terre dans la littérature La terre constitue l’un des quatre éléments de la philosophie antique, avec l’eau, le feu et l’air. Elle occupe une place essentielle dans l’imaginaire des écrivains. Ce sujet a été traité dans tous les genres littéraires : roman, poésie, théâtre et également la littérature d'idées. Voyons comment ce thème a évolué dans l’histoire littéraire à travers cette rétrospective composée de textes d’anthologie. Sous la plume des auteurs, la représentation de la terre est protéiforme : il existe autant de visions de la terre que d’œuvres de l’esprit. Tantôt divinité, tantôt paysage contemplé, espace de travail ou métaphore du monde, elle inspire des regards multiples. La Terre dans la littérature : nous commencerons, honneur aux Anciens, par la découverte de Gaïa chez Homère. Nous poursuivrons ensuite par différentes représentations de la terre : nourricière, enchantée, rude ou tragique selon le plan suivant : Plan : Ode à Gaïa (Homère) Alésia (J. César) La propriété privée (Rousseau) La terre et les lois (Montesquieu) La terre pour George Sand Le spectacle de la nature (Gautier) La chaleur torride (Gourmont) La prairie de Verhaeren L’apprenti horticulteur (Flaubert) Le théâtre du monde (Shakespeare) Le globe terrestre ( Tiouttchev) L’attachement à la terre (Zola) 1.Ode à Gaïa Dans l’Antiquité, la Terre n’est pas seulement une planète : elle est une divinité. Gaïa, mère de tous les êtres, incarne la puissance originelle du monde, comme le chante Homère dans les H ymnes homériques. Elle apparaît comme une divinité primordiale et majeure : la terre nourricière, source de toute vie. Un véritable culte de la fertilité lui était rendu. Découvrons l’ode dédiée à Gaïa par Homère : un poème plein de lyrisme. "Je chanterai Gaia, Mère de tous, aux solides fondements, très antique, et qui nourrit sur son sol toutes les choses qui sont. Et tout ce qui marche sur le sol divin, tout ce qui nage dans la mer, tout ce qui vole, se nourrit de tes richesses, ô Gaia ! De toi viennent les hommes qui ont beaucoup d’enfants et beaucoup de fruits, ô Vénérable ! Et il t’appartient de donner la vie ou de l’ôter aux hommes mortels." Homère, Hymnes homériques Mais la terre ne résiste pas toujours à la volonté de l’homme. 2. La terre d’Alesia De terre divinisée, elle devient progressivement terre dominée et façonnée par l’action humaine . Prenons un exemple tiré de l’antiquité romaine. Dans La Guerre des Gaules , Jules César décrit avec précision les gigantesques travaux entrepris pour assiéger les Gaulois retranchés à Alésia en 52 av. J.-C. La terre n’est plus ici objet de vénération : elle devient matière à creuser, à déplacer, à fortifier . Fossés, retranchements et remparts transforment le paysage en une véritable machine de guerre. L’unité de longueur indiquée dans le texte, le pied romain, équivaut à environ 29,6 cm. À vos calculettes et à vos relevés : "Il fit creuser un fossé large de vingt pieds, dont les côtés étaient à pic et la profondeur égale à la largeur. Tout le reste des retranchements fut établi à quatre cents pieds en arrière de ce fossé ; (...) Dans cet espace, César tira deux fossés de quinze pieds de large et d'autant de profondeur ; celui qui était intérieur et creusé dans les parties basses de la plaine, fut rempli d'eau tirée de la rivière. Derrière ces fossés, il éleva une terrasse et un rempart de douze pieds ; il y ajouta un parapet et des créneaux, et fit élever de grosses pièces de bois fourchues à la jonction du parapet et du rempart, pour en rendre l'abord plus difficile aux ennemis. Tout l'ouvrage fut flanqué de tours, placées à quatre-vingts pieds l'une de l'autre." Jules César, La Guerre des Gaules La terre peut être également source de conflits. 3. la propriété privée de Rousseau Rousseau voit dans la terre close et devenue ainsi une propriété privée la cause des misères humaines. Tant de sang a été versé pour maintenir ce droit : “Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne ! “ Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes Mais la nature de terre peut aussi déterminer la loi des hommes. 4. La terre de Montesquieu Il existe autant de lois que de sols. Pour Montesquieu, l'homme est déterminé par son milieu. Voici sa démonstration qui lit la richesse de la terre à un régime monarchique ou tyranique, soit un pouvoir détenu par un seul dirigeant et, à l'inverse, la pauvreté du sol à un régime démocratique soit une gestion multiple. Ainsi le gouvernement d’un seul se trouve plus souvent dans les pays fertiles, et le gouvernement de plusieurs dans les pays qui ne le sont pas, ce qui est quelquefois un dédommagement. Montesquieu, L’esprit des loirs, livre XVIII, chapitre 1 Mais la terre est également porteuse de promesses infinies . 5. La terre pour George Sand Elle offre à l’homme des ressources précieuses et un spectacle naturel inépuisable. George Sand a su décrire avec sensibilité la campagne berrichonne, harmonieuse et vivante. Dans son œuvre abondante, la nature apparaît comme un univers familier, intime, presque complice. Dans cet extrait de La Petite Fadette , l’héroïne rappelle à Landry que ceux qui savent regarder la nature y découvrent des richesses insoupçonnées. "Tu ne trouves point l'endroit agréable, reprit-elle, parce que vous autres riches vous êtes difficiles. Il vous faut du beau gazon pour vous asseoir dehors, et vous pouvez choisir dans vos prés et dans vos jardins les plus belles places et le meilleur ombrage. Mais ceux qui n'ont rien à eux n'en demandent pas si long à Dieu, et ils s'accommodent de la première pierre venue pour poser leur tête. Les épines ne blessent point leurs pieds, et là où ils se trouvent, ils observent tout ce qui est joli et avenant au ciel et sur la terre. (...) Moi, je sais, sans être sorcière, à quoi sont bonnes les moindres herbes que tu écrases sous tes pieds ; et quand je sais leur usage, je les regarde et ne méprise ni leur odeur ni leur figure». George Sand, La Petite Fadette , (chapitre XVIII) La terre devient également un spectacle pour celui qui prend le temps de l’observer. 6.Le spectacle de la nature : Théophile Gautier Dans ce poème de Théophile Gautier, le regard se porte au niveau du sol : la vie minuscule des insectes, la douceur de la mousse ou le bruissement de l’eau composent un tableau délicat et apaisant. Le poète parnassien célèbre la beauté du monde dans ses détails les plus humbles. "Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage, J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis, Loin des chemins poudreux, à demeurer assis Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse, Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse. Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi, Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe, Le puceron qui grimpe et se pende au brin d’herbe,La chenille traînant ses anneaux veloutés, La limace baveuse aux sillons argentés,Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole. Ensuite je regarde, amusement frivole, La lumière brisant dans chacun de mes cils, Palissade opposée à ses rayons subtils, Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;Et lorsque je suis las je me laisse endormir, Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir, Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette, Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette." Théophile Gautier (1811-1872), Farniente, Premières Poésies, La terre peut aussi être peinte sous son aspect suffocant. 7.La chaleur torride : Rémy de Gourmont Dans ce poème de Rémy de Gourmont, la chaleur accablante et l’atmosphère lourde transforment la nature en espace suffocant. La terre devient alors le théâtre d’une méditation sur la fragilité de la vie et l’approche de la mort. Moritura "Dans la terre torride, une plante exotique Penchante, résignée : éclos hors de saison Deux boutons fléchissaient, d'un air grave et mystique; La sève n'était plus pour elle qu'un poison. Et je sentais pourtant de la fleur accablée S'évaporer l'effluve âcre d'un parfum lourd, Mes artères battaient, ma poitrine troublée Haletait, mon regard se voilait, j'étais sourd. Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle, Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins : Elle s'abandonnait : un insensible râle Soulevait tristement la langueur de ses seins. Mais ses cheveux tombant en innombrables boucles Ondulaient sinueux comme un large flot noir Et ses grands yeux brillaient du feu des escarboucles Comme un double fanal dans la brume du soir. Les cheveux m’envoyaient des odeurs énervantes, Pareilles à l’éther qu’aspire un patient, Je perdais peu à peu de mes forces vivantes Et les yeux transperçaient mon cœur inconscient." Rémy de GOURMONT (1858-1915) Hiéroglyphes, recueil Divertissements La terre inspire également des tableaux bucoliques. 8. La prairie : Émile Verhaeren Dans ce sonnet de Verhaeren, la nature apparaît paisible et lente : les troupeaux descendent vers l’étang pour s’abreuver tandis que la lumière du soir enveloppe les paysages. Le poète restitue ainsi le rythme tranquille du monde rural. L'Abreuvoir En un creux de terrain aussi profond qu'un antre, Les étangs s'étalaient dans leur sommeil moiré, Et servaient d'abreuvoir au bétail bigarré, Qui s'y baignait, le corps dans l'eau jusqu'à mi-ventre. Les troupeaux descendaient, par des chemins penchants : Vaches à pas très lents, chevaux menés à l'amble, Et les bœufs noirs et roux qui souvent, tous ensemble, Beuglaient, le cou tendu, vers les soleils couchants. Tout s'anéantissait dans la mort coutumière, Dans la chute du jour: couleurs, parfums, lumière, Explosions de sève et splendeurs d'horizons; Des brouillards s'étendaient en linceuls aux moissons, Des routes s'enfonçaient dans le soir - infinies, Et les grands bœufs semblaient râler ces agonies. Émile VERHAEREN (1855-1916) LES FLAMANDES La terre peut être généreuse, mais elle exige savoir-faire et patience. 9. L’apprenti horticulteur : Flaubert Dans Bouvard et Pécuchet , Flaubert décrit avec ironie les tentatives horticoles maladroites de deux amateurs enthousiastes mais inexpérimentés. Malgré leurs efforts et leurs multiples expériences de greffes et de semis, leurs cultures tournent au désastre. La terre se révèle ici complexe révélant l’écart entre la théorie et la pratique. "Il eut la précaution pour les boutures d’enlever les têtes avec les feuilles. Ensuite, il s’appliqua aux marcottages. Il essaya plusieurs sortes de greffes, greffes en flûte, en couronne, en écusson, greffe herbacée, greffe anglaise. Avec quel soin il ajustait les deux libers ! comme il serrait les ligatures ! Quel amas d’onguent pour les recouvrir ! Deux fois par jour, il prenait son arrosoir et le balançait sur les plantes, comme s’il les eût encensées. À mesure qu’elles verdissaient sous l’eau qui tombait en pluie fine, il lui semblait se désaltérer et renaître avec elles. Puis, cédant à une ivresse, il arrachait la pomme de l’arrosoir et versait à plein goulot, copieusement. Au bout de la charmille, près de la dame en plâtre, s’élevait une manière de cahute faite en rondins. Pécuchet y enfermait ses instruments, et il passait là des heures délicieuses à éplucher les graines, à écrire les étiquettes, à mettre en ordre ses petits pots. Pour se reposer, il s’asseyait devant la porte, sur une caisse, et alors projetait des embellissements. Il avait créé au bas du perron deux corbeilles de géraniums ; entre les cyprès et les quenouilles, il planta des tournesols ; et comme les plates-bandes étaient couvertes de boutons d’or, et toutes les allées de sable neuf, le jardin éblouissait par une abondance de couleurs jaunes. Mais la couche fourmilla de larves ; malgré les réchauds de feuilles mortes, sous les châssis peints et sous les cloches barbouillées, il ne poussa que des végétations rachitiques. Les boutures ne reprirent pas, les greffes se décollèrent, la sève des marcottes s’arrêta, les arbres avaient le blanc dans leurs racines ; les semis furent une désolation. Le vent s’amusait à jeter bas les rames des haricots. L’abondance de la gadoue nuisit aux fraisiers, le défaut de pinçage aux tomates. Il manqua les brocolis, les aubergines, les navets, et du cresson de fontaine, qu’il avait voulu élever dans un baquet. Après le dégel, tous les artichauts étaient perdus. Les choux le consolèrent. Un, surtout, lui donna des espérances. Il s’épanouissait, montait, finit par être prodigieux et absolument incomestible. N’importe, Pécuchet fut content de posséder un monstre.(...)" Flaubert, Bouvard et Pécuchet, œuvre inachevée posthume La terre peut aussi devenir une métaphore du monde lui-même. 10. Le théâtre du monde : Shakespeare Dans le prologue de Henri V , Shakespeare évoque le théâtre du Globe, dont la scène circulaire est surnommée le " Wooden O" . Ce cercle de bois symbolise un monde miniature où l’imagination du spectateur recrée les vastes paysages de l’histoire. "LE CHOEUR. Cette arène à combats de coqs peut-elle contenir les vastes plaines de la France ? pouvons-nous entasser dans cet O de bois tous les milliers de casques qui épouvantèrent le ciel d'Azincourt? Pardonnez, si un chiffre si minime doit représenter ici, sur un petit espace, un million. Permettez que, remplissant l'office des zéros dans cet énorme calcul, nous fassions travailler la force de votre imagination. Supposez qu'en ce moment, dans l'enceinte de ces murs, sont enfermées deux puissantes monarchies, dont les fronts levés et menaçants, l'un contre l'autre opposés, ne sont séparés que par l'Océan, étroit et périlleux: réparez par vos pensées toutes nos imperfections : divisez un homme en mille parties; et voyez en lui une armée imaginaire : figurez-vous, lorsque nous parlons des coursiers, que vous les voyez imprimer leurs pieds superbes sur le sein foulé de la terre. C'est à votre pensée à orner en ce moment nos rois; qu'elle les transporte d'un lieu dans un autre, qu'elle franchisse les barrières du temps, et resserre les événements de plusieurs années dans la durée d'une heure. Pour suppléer aux lacunes, souffrez qu'un choeur complète les récits de cette histoire: c'est lui qui, dans cet instant, tenant la place du prologue, implore votre attention patiente, et vous prie d'écouter et de juger la pièce avec indulgence." Shakespeare, Prologue de Henri V, traduction François Pierre Guillaume Guizot, La littérature affectionne les grandes métaphores cosmologiques. 11.Le globe terrestre : Tiouttchev Dans ce poème du poète russe Fiodor Tiouttchev, la terre apparaît comme une île entourée par l’océan des songes. La nuit transforme le monde réel en espace mystérieux où se mêlent rêve et réalité. " Comme le globe terrestre est entouré par l’océan, — ainsi la vie terrestre est enveloppée de songes ; — vienne la nuit, et de ses vagues sonores — l’élément obscur bat son rivage." Fiodor Tiouttchev (1803-1873), Le globe terrestre Enfin, la terre peut susciter un attachement profond, presque charnel. L’attachement à la terre : Zola Dans La Terre , Émile Zola montre combien la possession de la terre peut devenir une passion dévorante. Elle représente pour les paysans des années de travail, de privations et d’espoir. La transmettre à ses héritiers revient alors à se séparer d’une part de soi-même. Mais ce qu'il ne disait pas, ce qui sortait de l'émotion refoulée dans sa gorge, c'était la tristesse infinie, la rancune sourde, le déchirement de tout son corps, à se séparer de ces biens si chaudement convoités avant la mort de son père, cultivés plus tard avec un acharnement de rut, augmentés ensuite de lopins à lopins, au prix de la plus sordide avarice. Telle parcelle représentait des mois de pain et de fromage, des hivers sans feu, des étés de travaux brûlants, sans autre soutien que quelques gorgées d'eau. Il avait aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. Ni épouse, ni enfants, ni personne, rien d'humain : la terre ! Et voilà qu'il avait vieilli, qu'il devait céder cette maîtresse à ses fils, comme son père la lui avait cédée à lui-même, enragé de son impuissance » Zola, La Terre (1ère partie, ch II)
- Comprendre la langue française
Lever les difficultés et savourer les richesses du français Connaître sa langue, par la recherche de l'histoire du mot, c'est approfondir sa pensée et sa capacité à interagir avec autrui. Mieux, notre représentation du monde se fait alors plus large. Le Grand Larousse illustré 2016 Comprendre la langue française La beauté de la langue française tient à l’évolution de ses mots. Derrière chacun d’eux se cache une histoire à travers les siècles, du grec au latin pour parvenir aux influences contemporaines. L’étymologie n’est pas un réflexe d'érudit : elle révèle à tous le sens profond, et éclaire les nuances. On ne subit plus, on apprivoise le français... Notre langue a certes ses difficultés lorsqu'on songe à ses accords exigeants, aux subtilités grammaticales, à son orthographe parfois déroutante, mais c’est dans la précision même que naît sa richesse. Comprendre la langue française, c'est approfondir sa pensée et sa capacité à interagir avec autrui. Mieux, notre représentation du monde se fait alors plus large. Retrouvez tous nos articles sur ce sujet : Absolu : lorsque la littérature part en quête d'absolu Origine du mot gazette du mot sport du mot utopie Précis de grammaire : grammaire pour tous quiz de fin d'année
- Lorsque la littérature part en quête d’absolu
La quête de l’absolu traverse la littérature. Emmanuel Godo présente ces écrivains habités par l’idéal dans "Les passeurs de l’absolu". Lorsque la littérature part en quête d’absolu L’absolu est la quête d’un idéal. Il s’adresse à ceux pour qui la vie ne saurait se réduire à ses attraits les plus immédiats. Vivre, ce n’est pas seulement consommer ; vivre, ce n’est pas simplement se plier aux injonctions sociales ; vivre, c’est plus que simplement exister. La littérature et l'absolu La littérature ne peut rester insensible à cette exigence. Elle témoigne d’une soif d’autre chose : de justice, de fraternité, de valeurs trop souvent piétinées par l'homme replié sur lui-même. Derrière cette aspiration se profile une quête généreuse, portée par le désir d’un absolu. Mais cette quête prend des formes multiples, aussi diverses que les écrivains qui la portent. C’est ce que montre Emmanuel Godo dans son excellent ouvrage Les passeurs de l’absolu (Artège, 2022). L’auteur y propose un parcours — non exhaustif — à travers plusieurs grandes figures de la littérature animées par cette passion de l’absolu : Hugo, Sand, Verlaine, Bernanos, et bien d’autres : table des matières Lorsque la littérature part en quête d’absolu : un livre aux entrées multiples, qui offre une belle invitation à la lecture.
- Thème de la terre
La vie aux champs, entre bonheur et malheur. Il vous est proposé la lecture croisée de deux romans La Petite Fadette de George Sand et La Terre de Zola dans cette même France rurale du XIXe siècle, enfermée dans ses croyances et souvent ses superstitions. Nous verrons la vision de chacun des deux écrivains qui ont chacun un point de vue bien différents : bonheur bucolique ou terre ingrate. La Ferté-Loupière, Bourgogne Thème de la terre Introduction Il est proposé ici une lecture croisée de deux romans majeurs du XIXᵉ siècle, La Petite Fadette de George Sand et La Terre d’Émile Zola. Ces œuvres s’inscrivent dans le cadre d’une France rurale encore largement enfermée dans ses croyances, souvent traversée par les superstitions. La paysannerie est soumise à un travail agricole exclusivement manuel, à une époque où la mécanisation est absente. Le labeur y est donc rude, exercé à la seule force des bras, et conditionne durablement l’existence humaine. Dès lors, une problématique s’impose : la vie aux champs est-elle source de bonheur ou de malheur ? Nous étudierons la vision contrastée de ces deux écrivains, dont les regards divergent profondément : d’un côté, une campagne idéalisée et bucolique ; de l’autre, une terre âpre, violente et impitoyable. Cette confrontation nous conduira enfin à une synthèse. La Petite Fadette de George Sand est un roman publié en 1848. Il s’inscrit dans le courant romantique et dans sa résurgence particulière, qualifiée de "sandienne", terme forgé pour évoquer la sensibilité naturelle, humaniste et fraternelle de l’autrice. La Terre d’Émile Zola, publié en 1887, appartient au cycle des Rougon-Macquart ; il en constitue le quinzième opus conçu par l’auteur sur la somme qui en contient vingt. Chef de file du naturalisme, Zola fonde son écriture sur l’observation scientifique et le déterminisme social. George Sand et Émile Zola proposent ainsi deux visions opposées de la nature et de la vie paysanne au XIXᵉ siècle. Il a souvent été affirmé que, bien que ces deux auteurs décrivent l’attachement profond de l’homme à son cadre de vie, leur compréhension du monde rural diverge radicalement : Sand peindrait un environnement enchanté, tandis que Zola dénoncerait la rudesse et la violence des mœurs paysannes. Toutefois, ces œuvres méritent davantage qu’un tel commentaire réducteur et gagnent à être redécouvertes dans leur originalité propre. Toutes deux placent, en effet, la Nature au premier plan, en tant que lieu où se déploient les relations humaines. Nous mettrons donc en évidence le rapport à la terre comme ciment entre les hommes. Le roman de George Sand peut être analysé comme une ode à la fraternité et à la liberté, tandis que La Terre donne à voir un lien charnel, exclusif et passionnel entre le paysan et son terroir. Thème de la terre : nous débuterons par l’étude du premier roman, si vous le voulez bien. 2. Un conte champêtre sur la fraternité et la liberté Avant d’analyser le personnage principal, l’importance du cadre champêtre et le rôle de la communauté humaine, il convient de rappeler le contexte de rédaction de l’œuvre. 2.1 Le contexte Le contexte historique éclaire aujourd’hui une dimension parfois oubliée du roman. L’engagement politique de George Sand et l’échec de la Révolution de 1848 la conduisent, de retour sur ses terres de Nohant, à composer ce conte dans la lignée d’un Rabelais qu’elle admirait profondément. En ces temps troublés, elle choisit délibérément une écriture apaisée, éloignée de toute violence polémique. Pour autant, La Petite Fadette se présente comme une véritable ode à la fraternité et à la liberté affranchie des préjugés. La lecture des préfaces de 1848 et de 1851 permet de dépasser l’image naïve souvent associée au roman champêtre. “ Prêcher l’union quand on s’égorge, c’est crier dans le désert. Il est des temps, où les âmes sont si agitées qu’elles sont sourdes à toute exhortation directe. Depuis ces journées de juin dont les événements actuels sont l’inévitable conséquence, l’auteur du conte qu’on va lire s’est imposé la tâche d’être aimable , dût-il en mourir de chagrin. Il a laissé railler ses bergeries , comme il avait laissé railler tout le reste, sans s’inquiéter des arrêts de certaine critique. Il sait qu’il a fait plaisir à ceux qui aiment cette note-là , et que faire plaisir à ceux qui souffrent du même mal que lui, à savoir l’horreur de la haine et des vengeances, c’est leur faire tout le bien qu’ils peuvent accepter (...)” Sand, La Petite Fadette, préface Il est désormais temps de pénétrer au cœur de l’œuvre, autour de deux pôles essentiels : la sauvageonne ainsi que l’union entre l’homme et la nature. 2.2 La Sauvageonne Françoise, dite la Petite Fadette, farfadet malicieux, vit en marge de la société berrichonne en raison de la réputation sulfureuse de sa mère et des talents de guérisseuse de sa grand-mère : cette dernière est perçue comme une sorcière. Son apparence jugée disgracieuse et ses facéties contribuent à son exclusion du village, jusqu’à ce qu’un profond retournement de situation vienne bouleverser le regard porté sur elle. “ Mais que cela voulût dire une petite fée, ou la femelle du lutin, chacun en la voyant s’imaginait voir le follet, tant elle était petite, maigre, ébouriffée et hardie. C’était un enfant très causeur et très moqueur, vif comme un papillon, curieux comme un rouge-gorge et noir comme un grelet.” Sand, La Petite Fadette, chapitre 8 2.3 Le cadre champêtre La nature occupe un rôle central dans l’œuvre, en ce qu’elle ne trahit jamais. Les scènes champêtres sont construites pour refléter une réalité volontairement idéalisée : un décor sublimé. La campagne berrichonne apparaît harmonieuse, douce et fraîche. Les rigueurs du travail agricole ne sont qu’évoquées incidemment, notamment pour justifier l’envoi d’un fils en apprentissage. Ce cadre bucolique convoque les souvenirs d’une enfance heureuse, invite à la rêverie et console des épreuves de l’existence. Le labeur de la terre et l’élevage ne sont pas présentés comme un fardeau, mais comme une activité porteuse de sens et d’équilibre. Un tel cadre suscite le respect de l'homme : "Enfin, il se trouva au droit du pré de la Joncière, et il y entra, parce qu'il se souvint qu'il y avait là un endroit que Sylvinet affectionnait. C'était une grande coupure que la rivière avait faite dans les terres en déracinant deux ou trois vergnes qui étaient restées en travers de l'eau, les racines en l'air. Le père Barbeau n'avait pas voulu les retirer. Il les avait sacrifiés parce que, de la manière qu'ils étaient tombés, ils retenaient encore les terres qui restaient prises en gros cossons dans leurs racines, (...)". Sand, La Petite Fadette, chapitre 8 2.4 Les hommes En contraste avec cette nature idéalisée, l’homme de la campagne semble souvent fruste et dur. Le cadre qui l’entoure n’éveille pas toujours sa sensibilité. Le roman met en lumière la force destructrice des préjugés. Les villageois portent un regard cruel sur la Petite Fadette, en raison de son apparence et de l’histoire de sa famille. Elle subit l’hostilité de ses pairs. "Landry le suivit deux ou trois pas, mais il se retourna en entendant une grande clameur ; et il vit la petite Fadette que Madelon et les autres filles avaient livrée aux moqueries de leurs galants, et que les gamins, encouragés par les risées qu'on en faisait, venaient de décoiffer d'un coup de poing. Elle avait ses grands cheveux noirs sur son dos et se débattait toute en colère et en chagrin ; car cette fois, elle n'avait rien dit qui lui méritât d'être tant maltraitée, et elle pleurait de rage, sans pouvoir rattraper sa coiffe qu'un méchant galopin emportait au bout d'un bâton (...)". Sand, La Petite Fadette, chapitre 16 2.5 L’union À partir du chapitre 18, une harmonie nouvelle s’installe entre l’homme et son environnement. Le ton et le rythme du roman se transforment. Les personnages gagnent en profondeur, tandis que la nature devient un critère moral pour juger les relations humaines. " Tu ne trouves point l'endroit agréable, reprit-elle, parce que vous autres riches vous êtes difficiles. Il vous faut du beau gazon pour vous asseoir dehors, et vous pouvez choisir dans vos prés et dans vos jardins les plus belles places et le meilleur ombrage. Mais ceux qui n'ont rien à eux n'en demandent pas si long à Dieu, et ils s'accommodent de la première pierre venue pour poser leur tête. Les épines ne blessent point leurs pieds, et là où ils se trouvent, ils observent tout ce qui est joli et avenant au ciel et sur la terre. (...) Moi, je sais, sans être sorcière, à quoi sont bonnes les moindres herbes que tu écrases sous tes pieds ; et quand je sais leur usage, je les regarde et ne méprise ni leur odeur ni leur figure». Sand, La Petite Fadette, chapitre 18 Ce roman, d’une fraîcheur intacte malgré les siècles, aborde des thématiques universelles qui dépassent largement le cadre de l’adolescence, bien qu’il soit souvent cantonné aux programmes du collège. Nous verrons à présent combien la vision de Zola s’éloigne de celle de George Sand. 3. Une terre adorée, mais ingrate : La Terre de Zola Dans ce roman naturaliste, le véritable personnage principal n’est autre que la Terre elle-même, incarnée par la Beauce et par la passion qu’elle suscite. 3.1 La Beauce L’action se déroule dans la plaine beauceronne, au cœur du Bassin parisien. Elle met en scène plusieurs générations d’une même famille paysanne. La question centrale est celle de la possession de terrains : transmission, héritage, conservation. Les personnages sont analysés avec finesse, sans manichéisme. La Terre, au sens plein du terme, s’impose comme le véritable protagoniste du roman. 3.2 La Terre La terre est adorée, notamment par le père Fouan, qui se dépouille de ses biens pour jouir d’un repos tardif. Cet attachement se révèle pourtant profondément ambivalent. " Il avait aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. Ni épouse, ni enfants, ni personne, rien d'humain : la terre ! Et voilà qu'il avait vieilli, qu'il devait céder cette maîtresse à ses fils, comme son père la lui avait cédée à lui-même, enragé de son impuissance." Zola, La Terre, 1ère partie, titre II. Le choix de la Beauce n’est pas anodin : région fertile, grenier de la France, elle offre l’image la plus favorable de la condition paysanne. "Cette Beauce plate, fertile, d'une culture aisée, mais demandant un effort continu, a fait le Beauceron froid et réfléchi, n'ayant d'autre passion que la terre". (1ère partie, titre III) 3.3 La passion L’amour de la terre engendre des passions dévastatrices. Tout devient légitime pour la posséder. Les scènes de violence extrême illustrent la brutalité des rapports humains. "Lise, à la volée, répondit par une gifle. Cette brutalité affola Françoise qui se rua sur elle. Les mains au fond des poches, Buteau ricanait, sans intervenir, en coq vaniteux pour lequel deux poules se battent. Et la bataille continua, enragée, scélérate, les bonnets arrachés, les chairs meurtries, chacune fouillant des doigts où elle pourrait atteindre la vie de l'autre." Zola, la Terre, 1e partie, chapitre 5 Indifférente, la terre ne rend jamais à la mesure de ce qu’on lui donne. " Combien pourtant elle était indifférente et ingrate, la terre ! On avait beau l'adorer, elle ne s'échauffait pas, ne produisait pas un grain de plus." Zola, la Terre, 1e partie, chapitre 5 Le sol devient ainsi le support idéal de la thèse naturaliste : l’homme est le produit de son milieu et de son hérédité, tout comme la terre est soumise aux caprices du climat. Conclusion George Sand et Émile Zola proposent deux visions radicalement opposées de la vie rurale. L’une célèbre l’harmonie, la fraternité et la liberté ; l’autre expose la violence, la convoitise et la fatalité. Ces deux œuvres, antagonistes, offrent une réflexion profonde sur le rapport que l’on entretient avec la nature et interrogent durablement la condition humaine. Il vous est proposé de retrouver un récapitulatif de l'étude effectuée. Synthèse Étude croisée des oeuvres La Petite Fadette SAND La Terre ZOLA Genre littéraire Conte bucolique Fresque réaliste sociale (15e sur les 20 constituant la fresque des Rougon – Macquart) Lieu du récit Berry Beauce Date du récit Début du XIXe siècle Début du XIXe siècle Personnages principaux 3 Fadette Les jumeaux + de 20 personnages (Tableau de la famille et du voisinage) Sentiments évoqués Jalousie, peur, exclusion, mépris, sagesse, amour. Possession, avarice, jalousie, vengeance, abandon, solitude, dénuement, désespoir. Aspects sociologique principaux Vie rurale, apprentissage, herborisation, guérisseur, élevage. Agriculture, élevage, vie politique locale, alcoolisme, succession.
- Préparation au bac de français
Préparez-vous au bac de français en maîtrisant d’abord la méthode pour réussir vos examens. Le commentaire et la dissertation n’auront plus de secrets pour vous : méthode détaillée, exercices pratiques, corrigés commentés… Vous approfondirez également les œuvres du programme, pour en saisir toutes les subtilités et mieux les comprendre. Fable de La Fontaine "le laboureur et ses enfants", dessin Grandville Préparation au bac de français Rien de tel que de placer cet article sous les auspices de La Fontaine, avec l’illustration du laboureur et ses enfants. Il vous faudra, en effet, travailler avec soin et régularité : un effort parfois source de tracas, mais qui apporte en retour son lot de récompenses. Pour vous aider, la Gazette vous propose une série d’articles dans votre préparation au bac de français. Il vous sera ainsi proposé des méthodes accessibles à tous pour comprendre l’enjeu de l’écrit et de l'oral et les maîtriser au mois de juin avec l'examen des œuvres au programme outre des entraînements à suivre durant l'année outre l'examen commenté de très bonnes copies et d'autres plus fragiles. Méthodes et exercices Dans ce tableau, découvrez les deux épreuves écrites avec leur méthode propre et leurs exercices d'application : Commentaire composé dissertation l a m éthode des 6 GR OS SES C LE FS © : Application en vidéo de la méthode (16:08) la méthode le plan type CIIGARE les deux types de plan les figures de style Les genres et les registres littéraires analyse du sujet, la question du plan to-do list to-do list Les 6 pièges à éviter fiche théâtre fiche poésie Fiche argumentation fiche roman la rédaction de l'introduction rédaction du développement rédaction de la conclusion, Entraînements durant l'année : la Dent d'or (Fontenelle) Entraînements durant l'année : Une excellente copie Manon Lescaut, Rimbaud Lettre d'une Péruvienne Sujets passés Sujets possibles Œuvres du programme Les œuvres du programme sont également à retrouver pour vous permettre d'en saisir toutes les subtilités et de mieux les comprendre. Faisant écho à la fable de la Fontaine illustrée dans notre article, découvrez les derniers vers, si justes : Que le travail est un trésor. La Fontaine "le laboureur et ses enfants",
- Réussir sa dissertation : les 6 pièges à éviter
Découvrez les 6 erreurs les plus fréquentes en dissertation et nos conseils méthodologiques pour les éviter et améliorer efficacement vos copies. Réussir sa dissertation : les 6 pièges à éviter La dissertation n’est pas une simple récitation de cours. Cette épreuve exige méthode, rigueur et réflexion personnelle. Pourtant, certains pièges reviennent fréquemment et peuvent pénaliser lourdement la copie. Réussir sa dissertation : les 6 pièges à éviter : pour réussir, il est essentiel de suivre une véritable to-do list méthodologique que propose la Gazette littéraire : analyse du sujet, élaboration de la problématique, construction du plan, puis rédaction structurée. Chaque étape est indispensable et doit être menée avec soin. Faisons d'abord le point sur les six principales erreurs à éviter avant d'examiner les pistes d’amélioration possibles avec l'accompagnement proposé. I. Les six fautes habituelles 1. Ne pas choisir le bon plan La première erreur, très fréquente, consiste à adopter un plan inadapté au sujet. Un bon plan doit répondre précisément à la problématique posée. Il ne s’agit pas d’appliquer mécaniquement un schéma appris par cœur, mais de construire une progression logique en lien direct avec la question. Exemple : Le roman de l’abbé Prévost ne vise-t-il que le plaisir du lecteur ? I.La société de l’époque II.Une passion amoureuse III.Le tragique Ici, il s'agit d'un plan thématique et non un plan dialectique (oui, mais, alors) qui aurait mieux convenu : reportez-vous au point 2 de la to-do list. 2. Mal interpréter le sujet Une mauvaise lecture du sujet conduit souvent à un contresens. Les termes clés doivent être définis, analysés et reformulés. Négliger cette étape donne l’impression que le candidat n’a pas réellement compris la question posée. Exemple : Le roman de l’abbé Prévost ne vise-t-il que le plaisir du lecteur ? Si l'on s'en tient au plan ci-dessus, on constate que la copie ne traite que de la passion amoureuse et non de l'effet que cette lecture procure sur le lecteur. Or c'est le véritable sujet de la dissertation. Reportez-vous au point 4. 3. Confondre sujet et problématique Le sujet ne constitue pas la problématique. La problématique est une question construite par vous à partir du sujet. Elle met en évidence une tension, un enjeu ou une difficulté. Elle oriente la réflexion et structure le plan. Les différentes parties du devoir doivent apporter des éléments de réponse à cette question centrale. Sujet : À la suite d’une fugue, Rimbaud écrit le 2 novembre 1870 à son professeur : « Que voulez-vous, je m’entête affreusement à adorer la liberté libre ». En quoi cette citation éclaire-t-elle votre lecture de l’œuvre ? Exemple : voici un extrait de l'introduction d'un élève : sa problématique est la suivante : “En novembre 1870, il fugue une fois de plus et envoie à son professeur : « Que voulez-vous, je m’entête affreusement à adorer la liberté libre ». Comment cette citation éclaire-t-elle la lecture de l’œuvre ? Afin de répondre à cette problématique , nous reprendrons, en premier lieu, l’importance de la liberté pour Rimbaud, que nous pouvons retrouver dans ses poèmes, notamment grâce à son amour de la nature, puis dans une seconde partie, nous nous interrogerons sur sa recherche d’émancipation dans son expression poétique de la liberté dans ces poèmes, grâce à son émancipation et ses innovations." Il n'y a pas de problématique, mais une reprise servile du sujet. Reportez-vous au point 8. 4. Réciter son cours Réciter des connaissances sans les adapter au sujet conduit au hors-sujet. Les références et notions mobilisées doivent toujours être mises au service de l’argumentation. Une dissertation réussie ne montre pas seulement que l’on sait, mais que l’on sait utiliser ce que l’on sait. 5. Manquer de rigueur argumentative Une idée doit toujours être développée en trois temps : utilisez le DCE Je dis : c’est le moment où vous affirmez une idée. Je cite : vous l’illustrez par une citation précise. J’explique : en quoi cet exemple justifie votre propos. Cette méthode garantit une argumentation claire et solide. Des phrases simples, reliées par des connecteurs logiques, permettent d’assurer la cohérence du raisonnement. Exemple : " Tout d'abord, on remarque que le temps employé, c'est le présent et le futur. D'après le texte nous sommes dans une pièce avec des chaises. D'après L6 “ En colère, court après elle autour de sa chaise” la didascalie nous a permis de trouver où se passe la pièce." Vous dîtes, mais vous n'expliquez pas. 6. Négliger l’orthographe et le style Une copie truffée de fautes d’orthographe ou de maladresses stylistiques nuit à la compréhension et donne une impression de négligence. La qualité de l’expression fait partie intégrante de l’évaluation. Une relecture attentive est donc indispensable. Exemple : “Rimbaud était un poète très libre dans c es idées. Ceci est visible par ses nombreuses fugues, mais également dans son opinion politique. Tandis que Napoléon III met en place la censure. (?) Rimbaud écrit de nombreux poèm e politiques a son sujet.” : Ce n'est pas clair du tout... II. Offres : Si vous souhaitez progresser et approfondir votre maîtrise de la méthode, découvrez en accès libre les conseils proposés par la Gazette ainsi que ses différentes formules d’accompagnement pour enfin maîtriser pleinement votre sujet.
- Pourquoi mars est-il le mois des jonquilles ?
Lorsque la littérature est sœur des saisons… Pourquoi le mois de mars est-il le mois des jonquilles ? Découvrez la symbolique de cette fleur annonciatrice du printemps. Voyons en elle une inspiration littéraire sous la plume du poète Wordsworth et découvrons aussi la campagne de l’Institut Curie "Une Jonquille contre le cancer" à soutenir. Parc Balbi, Versailles Pourquoi le mois de mars est-il le mois des jonquilles ? Fleur précoce, la jonquille surgit entre la fin de l’hiver et les premiers élans du printemps, comme une promesse de renouvellement. Après des mornes journées, elle perce la terre ramollie et clame le retour de la vie. Sa couleur d’or capte alors la lumière nouvelle et brille de mille feux. Institut Curie En France, le mois de mars est traditionnellement celui de la campagne de l’Institut Curie "Une Jonquille contre le cancer". Chaque année, des actions de sensibilisation et de collecte sont menées pour soutenir la recherche contre ce fléau. La fleur devient alors plus qu’un simple ornement : elle incarne la confiance en des jours meilleurs. Poème Mais la jonquille appartient également à la littérature. Comment ne pas penser au célèbre poème Daffodils de Wordsworth, poète romantique anglais du XIXe siècle ? L'auteur goûte une expérience sensible, celle d'un promeneur solitaire découvrant soudainement un massif jaune au bord d’un lac. Cette vision magnifique illumine son esprit bien après l’instant vécu : la nature, intériorisée, se transforme en une source durable de joie et de vie. La fleur n’est plus seulement un végétal, elle devient occasion de mémoire et de consolation. Retrouvez cette lecture sublime faite par l’acteur Jeremy Irons avec la traduction libre en français de la Gazette littéraire. J’ai erré seul comme nuage qui flotte sur de hautes vallées et collines Quand d’un seul coup j’ai vu une foule, Une étendue large de jonquilles d’or ; Près du lac, sous les arbres Flottant et dansant dans la brise. Intenses comme les étoiles qui brillent Et scintillent sur la Voie lactée, Elles se sont étendues en ligne sans fin Le long de la baie : D’un seul regard, j’en ai vu des dizaines de milliers s’élancer dans une danse vive. Les vagues près d’elles dansaient ; Mais elles se surpassaient en vagues scintillantes d’allégresse : Un poète ne pourrait qu’être heureux en une si gaie compagnie : J’ai contemplé et contemplé, mais peu pensé à la richesse que cette vision m’avait apportée : Souvent lorsque, sur mon divan, je m’étends l’esprit vide ou l’humeur songeuse, Elles illuminent alors mon cœur empreint de la béatitude procurée par la solitude, Et mon cœur se remplit alors de plaisir, Et danse avec les jonquilles. Emplissons donc nos yeux et nos cœurs de jonquilles !











