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Commentaire composé rédigé

  • il y a 4 heures
  • 16 min de lecture

Améliorer ses compétences au bac avec la Dent d'or de Fontenelle.


Il vous est proposé de lire un commentaire composé entièrement rédigé qui respecte la to-do list de la méthode proposée par la Gazette littéraire.


une page blanche avec un titre en rouge et noir et le nom de l'auteur
M. de Fontenelle, Histoire des Oracles. La Haye, Gosse et Néalme, Édition nouvelle revue & corrigée par l'Auteur (1728)

Commentaire composé rédigé

Voici le texte qui appartient à la littérature d'idées :


Bernard Le Bovier de Fontenelle (1657-1757) est un écrivain et philosophe français, figure de transition entre le classicisme et les Lumières. Publié en 1687 dans Histoire des oracles, le texte intitulé "La Dent d’or" est un récit argumentatif à valeur d’apologue. Fontenelle y raconte une anecdote prétendument réelle : la découverte d’une dent en or chez un enfant, aussitôt interprétée par les savants comme un miracle, avant que l’on ne découvre une explication rationnelle.


  "Il serait difficile de rendre raison des histoires et des oracles que nous avons rapportés, sans avoir recours aux Démons, mais aussi tout cela est-il bien vrai ? Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la cause de ce qui n'est point.

     Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques savants d'Allemagne, que je ne puis m'empêcher d'en parler ici.

     En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d'or, à la place d'une de ses grosses dents. Horatius, professeur en médecine à l'université de Helmstad, écrivit, en 1595, l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu'elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les chrétiens affligés par les Turcs. Figurez vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens, et aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens, Rullandus en écrit encore l'histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant, écrit contre le sentiment que Rullandus avait de la dent d'or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme, nommé Libavius, ramasse tout ce qui avait été dit sur la dent, et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un orfèvre l'eût examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avec beaucoup d'adresse ; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.

     Rien n'est plus naturel que d'en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que non seulement nous n'avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux."

 

Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Histoire des Oracles, 1687


Dans un premier temps, nous analyserons la manière dont a été scrupuleusement respecté la to-do list, véritable fil directeur offrant un cadre méthodologique clair et structurant. Dans un second temps, vous découvrirez in extenso une copie intégralement rédigée.


  1. Le respect de la to-do list


  1. Inscrire d’abord son plan type CIIGARE sur son brouillon, en laissant beaucoup de place dans le tableau pour le compléter au fur et à mesure (rappel : 4 colonnes X 2),

  2. Bien lire le paratexte (texte introduisant le texte) en soulignant les mots clefs pour éviter les contresens et regardez la date de l’œuvre qui donne des indications sur le courant littéraire (siècle) : recherchez les mots-clés.


    Bernard Le Bovier de Fontenelle (1657-1757) est un écrivain et philosophe français, figure de transition entre le classicisme et les Lumières. Publié en 1687 dans Histoire des oracles, le texte intitulé « La Dent d’or » est un récit argumentatif à valeur d’apologue. Fontenelle y raconte une anecdote prétendument réelle : la découverte d’une dent en or chez un enfant, aussitôt interprétée par les savants comme un miracle, avant que l’on ne découvre une explication rationnelle.

  3. Bien lire le texte, surveillez-vous, évitez les contresens en vous posant des questions.

  4. Pour le 2A : se souvenir des éléments clés dans les fiches de révision pour colorier ce dont vous avez besoin : ici fiche argumentation

  5. Coloriez enfin selon le code couleurs avec la méthode des  6  GROSSES CLEFS en pensant à les placer d’abord dans les cases faciles du plan type : 1A et 1C et 2C. Attention : on ne fait pas un catalogue, on souligne ce qui est étonnant, ce qui n’est pas normal=original etc.


  Il serait difficile de rendre raison des histoires et des oracles que nous avons rapportés, sans avoir recours aux Démons, mais aussi tout cela est-il bien vrai ? Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la cause de ce qui n'est point.

     Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques savants d'Allemagne, que je ne puis m'empêcher d'en parler ici.

     En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d'or, à la place d'une de ses grosses dents. Horatius, professeur en médecine à l'université de Helmstad, écrivit, en 1595, l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu'elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les chrétiens affligés par les Turcs. Figurez vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux chrétiens, et aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens, Rullandus en écrit encore l'histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant, écrit contre le sentiment que Rullandus avait de la dent d'or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme, nommé Libavius, ramasse tout ce qui avait été dit sur la dent, et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un orfèvre l'eût examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avec beaucoup d'adresse ; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.

     Rien n'est plus naturel que d'en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que non seulement nous n'avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux.

 

Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Histoire des Oracles, 1687

 

 6. Faites la synthèse de votre coloriage en cherchant dans le procédé relevé les intentions de l'auteur :

4 paragraphes : plan construit de manière rigoureuse :

 

  • Introduction : principe de la raison le fait et la cause

  • accroche de la controverse savante du 16e siècle

  • l'événement : dent et la recherche de causes : paragraphe le plus long : insistance, ironie, dénonciation de l'ignorance des savants

  • conclusion et la morale

 

sujets :

-impersonnels : “Il serait”/”il est vrai” (paragraphe 1)

“Rien “(paragraphe 4) : pronom indéfini

-personnels : “nous”/”nous n'avons pas les principes” (paragraphes 1 et 4) : genre humain

“je” : argumentation personnelle de l’auteur (paragraphes 2 et 4).Les savants tous nommés : noms latins : Horatius, Rullandus, Ingolsteterus

"Figurez-vous" : le lecteur pris à parti par l’auteur

-connecteurs de temps : "au siècle dernier, 1593, 1595, deux ans plus tard, la même année" : précision sur les tenants et aboutissants de cette fausse controverse savante.

“aussitôt” : précipitation de la controverse irréfléchie

-connecteurs de lieu : “ici, Allemagne”, “Helmstadt” : France/ Allemagne

 

 

-phrases complexes : propositions juxtaposée “, il lui en était venu une d'or, “, coordonnées “mais aussi tout cela est-il bien vrai ?” a l’intérieur de ces propositions, on note des

propositions subordonnées relatives “des oracles que nous avons rapportés,”, conjonctive complétive : “il est vrai que”,

propositions subordonnées conjonctives circonstancielles de temps : “Quand un orfèvre l'eût examinée,” de but “afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens

proposition infinitive : “pour consoler”

: rythme descriptif, narratif : sorte d’intimité avec le lecteur

 

Connecteurs logiques : enfin, afin que, et puis, mais : recherche des causes

“mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.”

 

 

Une question rhétorique : “mais aussi tout cela est-il bien vrai ?” : introduction

 

Phrases négatives : modestie, usage de la raison non connaissante, démarche de doute

Je ne suis pas si convaincu

 

Superlatif : effet rhétorique

     “Rien n'est plus naturel que”

 

3 modes :

Conditionnel, indicatif, subjonctif : argumentation riche et développée

Début : il serait : conditionnel : introduction de l’exposé avec cette hypothèse réfutée par l’auteur.

Indicatif : mode de l’exposé des faits et qui est retenu par l’auteur

Temps présent : 2 valeurs :

vérité générale

“cette méthode est bien lente”/      Rien n'est plus naturel

Narration : pour donner de la vigueur au récit : “Rullandus en écrit encore l'histoire”/ “Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique”

 

Passé simple et imparfait : temps du récit achevé : description de la controverse

 

Subjonctif : “afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens,”: ironie de l’auteur

Oppositions sur ce que nous savons : éloge de la rationalité :


Fait/cause

Méthode lente/courir

Une dent d'or/des grosses dents

Enfant/savant.

Turcs/chrétiens

Entre les savants

Savants/orfèvre

Connu/inconnu

Vrai/faux

2 champs lexicaux

 

Religion : oracle, Dieu, histoires, chrétiens, Turcs, consolation, miraculeuse

 

Savoir : savants, université, écrit, ouvrages, réplique, historiens, ignorance, raison, méthode

 

3 sens : ouie, vue, toucher dans l’ordre d’explication de ce phénomène irrationnel :


Ouïe  : le bruit courut : rumeur, le fait divers s’est répandu par le bouche à oreille : sens trompeur

Vue : dent d’or : la couleur, la matière riche : sens de l’apparence

Toucher : “appliquée” orfèvre qui démonte la supercherie. Le toucher est un sens qui n’est pas trompeur à la différence des autres

 

Répétition :

dent, dent d’or, histoire, écrit, raison : insistance ironique avec les mêmes mots

 

antiphrase:”beaux ouvrages”/ “belle et docte réplique/””savant”/”grand homme”  : satirique du monde du savoir

 

antithèse : “malheur si plaisamment” : ridicule d’une controverse inutile

l’antithèse entre le vrai et le faux.

 

 

métaphores : « ramasse »

« courent » et « passent par-dessus la vérité »

  1. Complétez son plan type vide avec le coloriage fait (6 couleurs= 6 sous-parties, attention à les fractionner). Ne pas reprendre une idée déjà dite...

1A cadre spatio-temporel


Une dent d'or/des grosses dents

-connecteurs de temps : "au siècle dernier, 1593, 1595, deux ans plus tard, la même année" : précision sur les tenants et aboutissants de cette fausse controverse savante.

“aussitôt” : précipitation de la controverse irréfléchie

-connecteurs de lieu : “ici, Allemagne”, “Helmstadt” : France/ Allemagne


Passé simple et imparfait : temps du récit achevé : description de la controverse

2A originalité du texte


4 paragraphes : plan construit de manière rigoureuse :

 

  • Introduction : principe de la raison le fait et la cause

  • accroche de la controverse savante du 16e siècle

  • l'événement : dent et la recherche de causes : paragraphe le plus long : insistance, ironie, dénonciation de l'ignorance des savants

  • conclusion et la morale

    -personnels : “nous”/”nous n'avons pas les principes” (paragraphes 1 et 4) : genre humain

    “je” : argumentation personnelle de l’auteur (paragraphes 2 et 4).

    "Figurez-vous" : le lecteur pris à parti par l’auteur

"Figurez-vous" : le lecteur pris à parti par l’auteur


-phrases complexes : propositions juxtaposée “, il lui en était venu une d'or, “, coordonnées “mais aussi tout cela est-il bien vrai ?” a l’intérieur de ces propositions, on note des

propositions subordonnées relatives “des oracles que nous avons rapportés,”, conjonctive complétive : “il est vrai que”,

propositions subordonnées conjonctives circonstancielles de temps : “Quand un orfèvre l'eût examinée,” de but “afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens

proposition infinitive : “pour consoler”

: rythme descriptif, narratif : sorte d’intimité avec le lecteur



Temps présent : 2 valeurs :

vérité générale

“cette méthode est bien lente”/      Rien n'est plus naturel

Narration : pour donner de la vigueur au récit : “Rullandus en écrit encore l'histoire”/ “Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique”

1B intérêt du texte

Les savants : noms latins : Horatius, Rullandus, Ingolsteterus


antithèse : “malheur si plaisamment” : ridicule d’une controverse inutile


Entre les savants

Savants/orfèvre


Savoir : savants, université, écrit, ouvrages, réplique, historiens, ignorance, raison, méthode

2B argumentation de l'auteur


Religion : oracle, Dieu, histoires, chrétiens, Turcs, consolation, miraculeuse


Méthode lente/courir

Connecteurs logiques : enfin, afin que, et puis, mais : recherche des causes

“mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.”


Une question rhétorique : “mais aussi tout cela est-il bien vrai ?” : introduction

 

Phrases négatives : modestie, usage de la raison non connaissante, démarche de doute

Je ne suis pas si convaincu

 

Superlatif : effet rhétorique

     “Rien n'est plus naturel que”

 métaphores : « ramasse »

« courent » et « passent par-dessus la vérité »

1C 5 sens

Ouïe  : le bruit courut : rumeur, le fait divers s’est répandu par le bouche à oreille : sens trompeur

Vue : dent d’or : la couleur, la matière riche : sens de l’apparence

Toucher : “appliquée” orfèvre qui démonte la supercherie. Le toucher est un sens qui n’est pas trompeur à la différence des autres

2C registres


Répétition :

dent, dent d’or, histoire, écrit, raison : insistance ironique avec les mêmes mots


antiphrase:”beaux ouvrages”/ “belle et docte réplique/””savant”/”grand homme”  : satirique du monde du savoir

Vrai/faux : l’antithèse entre le vrai et le faux.

  1. Donnez des titres au 6 sous-parties (titres courts avec des mots simples)

1A. un phénomène extraordinaire

2A. Une argumentation convaincante

 

1B. une controverse ridicule

2B. un humanisme éclairé

 

1C. Le rôle des sens

2C. la variété des registres

 

  1. Donnez un titre aux 2 grandes parties (titres courts avec des mots simples)


I.              Un événement exceptionnel

II.           Remise en question de notre savoir

Posez la question (c'est votre problématique) qui conduit au 1/ et au 2/ :


Comment l’auteur convoquant paradoxalement le merveilleux développe une argumentation rationnelle ?


  1. Le commentaire intégralement rédigé


Voici donc une copie intégralement rédigée respectant les règles de forme : introduction, développement en deux parties et la conclusion. Nb : les lignes ne sont pas données compte tenu de l'absence de numérotation dans le texte.


Si la littérature d’idées vise à instruire, elle remplit pleinement sa mission lorsqu’elle combat les croyances néfastes de son temps. Ainsi, Fontenelle, figure de transition entre le classicisme et les Lumières, publie en 1687, dans Histoire des oracles, le texte intitulé "La Dent d’or ". Il y rapporte un fait singulier : la découverte d’une dent en or chez un enfant, qui sert de point de départ à sa réflexion. Cette œuvre invite à s’interroger sur la manière dont l’auteur, en convoquant paradoxalement le merveilleux, construit une argumentation rationnelle. Il expose d’abord l’événement exceptionnel de cette dent prodigieuse avant d’inciter le lecteur à remettre en cause son propre savoir.



Dans son argumentation, Fontenelle commence par présenter un fait extraordinaire. Il en décrit le phénomène, puis la controverse ridicule survenue, avant de montrer comment les sens permettent d’en révéler la vérité.

Fontenelle s’appuie sur des faits précis, situés dans un lieu et en un temps déterminés. Il présente la dent comme un phénomène prodigieux : " une d’or, à la place d’une de ses grosses dents". L’opposition entre la matière précieuse de cette dent et l’adjectif "grosses", qui qualifie les autres, souligne son caractère exceptionnel. Pour ancrer le récit dans la réalité, l’auteur peint le cadre spatio-temporel. Il mentionne des lieux comme "Allemagne " et l’université de "Helmstadt ", qu’il oppose implicitement à la France désignée par "ci ". Ce choix d’un pays étranger lui permet de critiquer plus librement, tout en évitant la censure. Le contexte historique est également indiqué, notamment par l’évocation des "Turcs " et des guerres de la chrétienté contre l’Empire ottoman. Les repères temporels sont nombreux : " au siècle dernier ", "1593 ", " 1595 ", "deux ans plus tard ", " la même année". Cette accumulation suggère l’inutilité des années occupées à cette vaine querelle. L’emploi du passé simple et de l’imparfait inscrit l’événement dans un récit structuré. Ce cadre précis prépare l’exposé de la controverse.

L’apparition de la dent " merveilleuse " provoque une querelle à l’université, temple du savoir. Fontenelle décrit longuement cette controverse pour mieux en souligner le ridicule. Il l’introduit par l’expression "malheur (...) si plaisamment", antithèse qui révèle l’ironie de l’auteur. Les savants sont nommés : " Horatius, Rullandus, Ingolsteterus, Libavius ". Leurs noms latinisés suggèrent l’érudition. Pourtant, leur désaccord montre la fragilité de leur savoir. Les écrits se répondent : "docte réplique ", "son sentiment particulier ". Le mot " sentiment " est vague, pour évoquer l’absence de raisonnement scientifique. Le premier savant affirme que la dent est "en partie naturelle, en partie miraculeuse ", puis ajoute qu’elle a été " envoyée de Dieu " pour consoler les chrétiens. Le passif du verbe "envoyer " renvoie à l’action divine et révèle une interprétation superstitieuse. Les autres savants prolongent la querelle par des livres et des "ouvrages ". Le verbe "écrit ", répété, montre que la discussion reste théorique. Le dernier savant "ramasse tout ce qui avait été dit ". La valeur métaphorique du verbe "ramasse " suggère péjorativement un amas confus d’idées. Fontenelle ridiculise ainsi ces débats savants, coupés du réel. La controverse se conclut par l’intervention d’un simple artisan.

Fontenelle convoque successivement l’ouïe, la vue et le toucher. D’abord l’ouïe : " le bruit se répandit ". Le mot " bruit " renvoie à la rumeur. La controverse repose donc sur un fait colporté, non vérifié. Ensuite la vue : la répétition de "dent " et "dent d’or", ainsi que l’adjectif " merveilleux ", insiste sur l’apparence. Les savants se fient à ce qu’ils ont entendu par l’entremise de ce que certains ont vu. Leurs théories se fondent donc sur des sources indirectes et donc sur de l’irrationnel. Enfin le toucher intervient grâce à un orfèvre. Opposé aux savants, l’artisan examine concrètement la dent. Il découvre qu’une pellicule d’or est simplement "appliquée " sur une dent ordinaire. Le toucher révèle donc la supercherie. C’est le sens le moins trompeur à l’origine d’une connaissance sérieuse. Ainsi, celui qui possède le moins de savoir théorique est le seul à établir la vérité, parce qu’il observe et vérifie les faits.

On a vu la manière avec laquelle Fontenelle s’emploie à raconter un phénomène extraordinaire avant de décrire la ridicule controverse qui s’en est suivie et le règlement naturel de cette affaire grâce à l’intervention d’un simple artisan. Mais derrière l’exposé de cette supercherie, se cache un appel à remettre en question notre manière de penser.

 

 

Fontenelle nous invite à remettre en question notre manière de penser au travers d’une argumentation convaincante, d’un plaidoyer pour un humanisme éclairé et enfin en s’appuyant sur une variété de registres.

L’argumentation de Fontenelle est directe : nous voyons en effet le pronom personnel je" aux paragraphes 2 et 4. Il adresse son discours à un auditoire déterminé, ses lecteurs, puisqu’il nous interpelle avec la tournure " figurez-vous ". Nous allons voir que l’auteur cherche à nous convaincre. Comment le fait-il ? En développant un récit bien construit, en recourant à différentes valeurs de temps, et en adoptant un rythme narratif enlevé reposant sur une variété de propositions. En premier lieu, il convient de regarder la structure du texte décomposé de manière logique en quatre paragraphes constituant quatre parties propres à une démonstration mathématique : l’introduction, l’amorce, l’exposé et la conclusion. Il emploie des tournures impersonnelles : " Il serait ", " il est vrai ", ainsi que le pronom indéfini " Rien ", qui donnent une portée universelle à ses propos. De plus, l’alternance du conditionnel " il serait " et de l’indicatif marque le passage de l’hypothèse au fait établi. Le présent de l'indicatif a deux valeurs : vérité générale "cette méthode est bien lente", "Rien n’est plus naturel " et présent de narration "Rullandus en écrit encore l’histoire ", qui dynamise le récit. Par ailleurs, les phrases complexes structurent le raisonnement. Fontenelle choisit un rythme enlevé. Ainsi l’on relève la présence de propositions juxtaposées : " il lui en était venu une d’or", avec de très nombreuses coordonnées "mais aussi tout cela est-il bien vrai ?”. Cela donne une vivacité à la narration. À l’intérieur de ces propositions, on note aussi des propositions subordonnées relatives : "des oracles que nous avons rapportés". De plus, on compte de très nombreuses propositions conjonctives complétives : "il est vrai que". Cela crée un une certaine distance avec le monde des faux savants. La proposition subordonnée circonstancielle "Quand un orfèvre l’eût examinée" marque un tournant décisif avec cette mise en apposition : la vérité vient de l’examen concret, non de spéculations. On est sur un discours argumenté vivant et non une leçon théorique. Enfin, la répétition de "écrit" ou "sentiment" réduit la controverse à un échange stérile. Fontenelle procède donc à une critique des faux savoirs de son temps tout en faisant l’éloge de l’humanisme éclairé.

À travers la critique des faux savants, Fontenelle défend une méthode fondée sur l’examen du réel : "cette méthode est bien lente". Il oppose ainsi la lenteur de la réflexion aux verbes de mouvement : "courir", "passent par-dessus la vérité du fait" : nous sommes en présence d’une métaphore épique. Le champ lexical religieux "oracle", "Dieu", "chrétiens", "miraculeuse" souligne le poids de la superstition dans l’appréciation des faits. L’auteur insiste sur la nécessité de vérifier : "Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause". Il émet un ordre de la pensée : d’abord la nature du fait avant la recherche des causes. Il critique justement l’inversion des priorités : “mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfèvre”. Les connecteurs “mais” et “et puis” traduisent l’absurdité de cette démarche. Le pronom “nous” dans la phrase “nous n’avons pas les principes” inclut l’humanité entière en créant une intimité entre lui et le lecteur. Fontenelle reprend à son compte l’attitude humaniste qui, elle-même, renvoie à la philosophie grecque et romaine. Qu’est-ce que je sais ? Qu’est-ce que je ne sais pas ? Fontenelle invite à l’humilité et au doute. Les formules négatives “Je ne suis pas si convaincu”, “celles qui ne sont point” rappellent les limites de notre savoir. L’antithèse entre le vrai et le faux fonde ainsi un éloge de la raison. La variété des registres nous éclaire aussi sur les intentions de l’auteur.

On note trois registres principaux : satirique, épidictique et didactique. Le registre didactique est propre à l’argumentation. Fontenelle cherche à nous délivrer un enseignement. L’originalité tient non à une théorie utilisée, mais à une histoire qui nous est racontée afin de nous instruire. Notons l’importance de ce sujet : “que je ne puis m’empêcher d’en parler ici.” C’est une manière rhétorique de susciter une intimité avec le lecteur. Le second registre, satirique, est celui qui est le plus développé dans ce texte. Il s’agit pour Fontenelle de dénoncer les faux savants des universités : pour cela, il emploie des antiphrases, consistant à l’inverse de ce que l’on pense : “autre savant”/“ne manquât pas d’historiens”/“Un autre grand homme,”. On retrouve le même procédé avec le groupe nominal : “beaux ouvrages”/“belle réplique” : le recours avec les adjectifs qualificatifs à l’esthétique montre le caractère parfaitement artificiel et donc inutile des livres. De plus, La chute du récit est évidemment satirique : “Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or”. La tournure impersonnelle et l’emploi du subjonctif, celui de la réflexion, visent à se moquer de l’attitude des sachants. Enfin le registre épidictique cherche à faire l’éloge de la raison. Il dit en effet : “Il serait difficile de rendre raison des histoires et des oracles que nous avons rapportés, sans avoir recours aux Démons, mais aussi tout cela est-il bien vrai ?”. L’auteur joue sur la locution “rendre raison”, signifiant expliquer. Dans le dernier paragraphe, ce sens est repris : “nous trouvons la raison”. Il utilise par ailleurs la faculté de réfléchir avec les termes “méthode(…) lente” et “principes”. C’est une véritable apologie de la rationalité qui est mise en place avec l’antithèse entre le vrai et le faux : “ n'avons pas les principes qui mènent au vrai, (…) d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux » : l’auteur nous incite à lutter sur ce qui nous mène vers l’erreur.

 

 

 

En conclusion, nous nous sommes interrogés sur la manière dont l’auteur conçoit de combattre les idées néfastes de son temps. Nous avons analysé l’exposé de l’événement exceptionnel que constitue la dent d’or avant d’étudier l’invitation vigoureusement de l’auteur à remettre en cause notre propre savoir. Ce texte annonce la satire des Lettres persanes de Montesquieu, où le détour par le merveilleux ou l’étrangeté sert à critiquer les erreurs des hommes.

 

 

 



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