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Saint-Valentin : lettre d'amour

La déclaration d'amour d'Alfred de Musset à George Sand


C’est à travers la voix vibrante d’Alfred de Musset que nous redécouvrons l’un des aveux les plus sincères de la littérature française : la déclaration d’amour adressée à George Sand en 1833, donnant naissance à une passion de deux années aussi fulgurante que tumultueuse. Se nourrissant de leurs expériences, certaines de leurs œuvres rendent compte de la singularité de cette relation.


feuille blanches avec des mentions manuscrites écrites à la plume


Saint-Valentin : lettre d'amour


En prévision de la Saint-Valentin, la Gazette littéraire remonte le temps pour célébrer l’amour.


Bien avant les cartes toutes faites et les messages échangés publiquement sur les réseaux sociaux, les sentiments se révélaient à la plume, dans le secret d’une correspondance où chaque phrase finement ciselée engageait le cœur.


C’est à travers la voix vibrante d’Alfred de Musset que nous redécouvrons l’un des aveux les plus sincères de la littérature française : la déclaration d’amour adressée à George Sand en 1833, donnant naissance à une passion aussi fulgurante que tumultueuse.

 

Contexte


En 1833, Alfred de Musset n’a que vingt-trois ans. Aux yeux de la loi, il est mineur pour deux années encore. Ami de l’écrivain Sainte-Beuve, c’est par son intermédiaire qu’il est présenté à l'autrice lors d’un dîner organisé par la Revue des Deux Mondes.


George Sand a six ans de plus que lui, une renommée s’affirmant déjà, et elle mène une vie libre, affranchie des conventions de son temps.


Les deux auteurs se rapprochent. George Sand reçoit Musset dans la célèbre mansarde bleue, lieu d’échanges passionnés où la littérature nourrit l’admiration réciproque. Les conversations s’animent autour de Lélia, le dernier livre de la romancière, qui enthousiasme le poète.


De cette complicité intellectuelle naît un sentiment plus profond. C’est alors que Musset se résout à écrire cette déclaration, à la fois tremblante et sincère.



DÉCLARATION 


" Mon cher George,


J'ai quelque chose de bête et de ridicule à vous dire. Je vous l'écris sottement, au lieu de vous l'avoir dit au retour de cette promenade, j'en serai désolé ce soir. Vous allez me rire au nez, me prendre pour un faiseur de phrases dans tous mes rapports avec vous jusqu'ici. Vous me mettrez à la porte et vous croirez que je mens : je suis amoureux de vous, je le suis depuis le premier jour où j'ai été chez vous. J'ai cru que je m'en guérirais, en vous voyant tout simplement à titre d'ami. Il y a beaucoup de choses dans votre caractère qui pouvaient m'en guérir. J'ai tâché de me le persuader tant que j'ai pu ; mais je paye trop cher les moments que je passe avec vous. J'aime mieux vous le dire, et j'ai bien fait, parce que je souffrirai bien moins pour m'en guérir à présent, si vous me fermez votre porte.

Cette nuit j'avais résolu de vous faire dire que j'étais à la campagne ; mais je ne veux pas vous faire de mystères ni avoir l'air de me brouiller sans sujet.

Maintenant George, vous allez dire : "Encore un qui va m'ennuyer", comme vous dîtes. Si je ne suis pas tout à fait le premier venu pour vous, dîtes-moi, comme vous me l'auriez dit hier en me parlant d'un autre, ce qu'il faut que je fasse ; mais, je vous en prie, si vous voulez me dire que vous doutez de ce que je vous écris, ne me répondez plutôt pas du tout. Je sais comme vous pensez de moi, et j'espère rien en vous disant cela. Je ne puis qu'y perdre une amie et les seules heures agréables que j'aie passées depuis un mois. Mais je sais que vous êtes bonne, que vous avez aimé, et je me confie à vous non pas comme à une maîtresse, mais comme un camarade franc et loyal. George, je suis fou de me priver du plaisir de vous voir pendant le peu de temps que vous avez encore à passer à Paris avant votre voyage à la campagne et votre départ pour l'Italie, où nous aurions passé de belles nuits, si j'avais de la force. Mais la vérité est que je souffre et que la force me manque.

Alfred de Musset"




Saint-Valentin : lettre d'amour : Musset se livre sans masque.


  • Il confesse son amour, craint d'être repoussé, et s’abandonne à une souffrance qu’il juge inévitable.

     

  • L'auteur s’adresse à George Sand comme à une égale, une amie, un "camarade franc et loyal ".


  • Cette sincérité, tendre et douloureuse, confère à la lettre une modernité troublante.


Qui ne serait pas ému ?


Certainement pas George Sand dont l’acceptation mène à l’émergence d’une passion tourmentée les obligeant à quitter soudainement Paris afin de faire taire le scandale.


C'est alors l’épisode de Venise, où les amants terribles ne cessent de se déchirer avant de rompre définitivement deux ans plus tard.


Influences

 

Si l’on évoque ce lien entre ces deux auteurs, c’est pour indiquer l’incidence directe dans leur travail d’écriture.


Si George Sand peint l’ardeur de Musset durant leur relation dans un certain nombre de ses personnages, elle s’éloigne progressivement du modèle de masculinité à la fois romantique et tourmentée.


Du côté de Musset, l’influence est plus nette. Dans On ne badine pas avec l’amour (1834), il transpose de nombreux éléments autobiographiques, directement inspirés de sa relation avec George Sand.


Il reprend même des éléments de leur correspondance.


Bien que fictionnelle, la pièce est nourrie de son expérience amoureuse.

 

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