Scandales littéraires : Verlaine et Oscar Wilde
Lorsque les écrivains deviennent bien malgré eux des personnages de faits divers : retour sur les affaires judiciaires de Verlaine et d’Oscar Wilde, entre vie privée, et scandale.
Scandales littéraires : Verlaine et Oscar Wilde
Dans l’article précédent, nous avons précisé le rôle du fait divers dans l’essor de la presse au XIXe siècle. Nous découvrirons aujourd’hui que la littérature peut aussi entrer dans la rubrique des scandales. Nous l’avons vu dernièrement avec l’affaire Orélien et le soupçon d’écriture du roman par l’IA.
La littérature ne demeure pas dans des contrées épurées. Elle se nourrit de la chair de l’homme. Il en est de même pour les écrivains qui peuvent eux-mêmes se voir traités comme des auteurs de faits divers. On pense au procès de Flaubert pour la publication de Madame Bovary et de Baudelaire pour Les Fleurs du mal.
Scandales littéraires : Verlaine et Oscar Wilde : découvrons aujourd’hui deux autres affaires exceptionnelles dans le monde des lettres, la première relative au poète français dans le cadre de sa relation amoureuse avec Rimbaud et la seconde à l'écrivain anglais à la célébrité bien établie.
Procès de Verlaine
On connaît le plus célèbre fait divers littéraire français. Il opposa Verlaine et Rimbaud le 10 juillet 1873, à Bruxelles, et entraîna la poursuite du premier pour coups et blessures volontaires ainsi que sa condamnation à deux ans d’emprisonnement à Mons.
En dépit de nos recherches dans les bases de données belges et françaises, il n’existe pas d’articles de presse sur cette affaire. Cette dernière n’a pris de l’importance qu’a posteriori et à l’aune du succès de l’œuvre des deux poètes.
Pour vous permettre d’en savoir plus sur ce terrible cas, vous pourrez retrouver les pièces du dossier. Vous pourrez constater avec effarement le rigorisme absolu d’une justice qui l’a poursuivi, en dépit de l’acte de désistement de Rimbaud…
L’affaire Oscar Wilde
À la différence du scandale cité plus haut, la presse française rend largement compte de l’affaire Wilde, qui se déroule en 1895. Le premier procès s’ouvre le 3 avril 1895 et concerne la plainte pour diffamation formée par l’écrivain contre le marquis de Queensberry.
Ce procès s’achève sur un coup d’éclat, tel que rapporté en page une, par le journal Le Matin dans son édition du 6 avril 1895 que vous pourrez lire ci-après :
Oscar Wilde est donc arrêté et mis en détention pour outrage public à la pudeur et sodomie. Les gazettes poursuivent la couverture du sujet, qui sera suivi d’une troisième procédure faute de pouvoir trancher. L’homme de lettres est enfin condamné à deux années de travaux forcés à la prison de Reading.
Une pétition, à l’initiative de Stuart Merrill, est lancée pour demander à la reine Victoria sa clémence.
En France, Henry Bauër la relaie.
François Coppée, poète, déplore dans Le Journal du 30 novembre 1895 de voir son nom figurer dans l’article sans avoir été consulté. Avec une perfidie teintée d’une franche homophobie, il écrit :
" Oscar Wilde a peut-être du génie. Comment le saurais-je ? (…) Ce que je sais fort bien, par exemple c’est qu’Oscar Wilde-avant ses malheurs- était absolument inconnu chez nous. Il avait pourtant déjà fait un séjour à Paris et il y avait laissé le souvenir d’un insupportable poseur, voilà tout. Depuis son aventure -n’insistons pas sur cette ignoble histoire- depuis son aventure seulement il a été promu homme de génie.
Convenez que c’est bizarre, tout de même. "
Coppée, Le Journal, 30 novembre 1895
Dans l’article suivant, nous verrons de quelle manière la littérature s’est emparée du fait divers.
Sources :
Bernard Bousmane, Verlaine en Belgique, cellule 252, turbulences poétiques




Commentaires