Affaire Orélien : un scandale littéraire
Dernière mise à jour : il y a 5 heures
L’affaire Thélyson Orélien avec son roman, C’était ça ou mourir, secoue le monde littéraire : des soupçons d’écriture par IA, les accusations de plagiat, pour finir par le retrait du Goncourt...

Affaire Orélien : un scandale littéraire
Loin de vivre dans des contrées éthérées, la littérature n’échappe pas aux problèmes de notre temps ni aux scandales.
L’affaire a secoué au mois de septembre 2026 le microcosme germanopratin avec le soupçon de fraude à l’IA et les accusations de plagiat.
L'émoi autour de C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien a commencé après un encensement général (Prix Fnac 2026) par une vaste campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux œuvrant, comme à leur habitude, en meute.
L’auteur et sa maison ont tenté d’apporter des dénégations, en vain.
Nous avons assisté à un procès médiatique sans juges, sans contradictoire, mais non sans sentence. Le 25 septembre dernier, de manière inédite, l’Académie Goncourt a décidé de le retirer de sa liste pour les deux motifs suivants :
• les plagiats précédents,
• la convergence de fraude par plusieurs détecteurs d'IA.
Il a été de surcroît été éliminé de la 2e sélection du prix Fémina. À l'inverse, le Prix Médicis a maintenu le roman dans sa sélection. Et le Renaudot l'a même ajouté à sa liste le 7 octobre au motif.
Le scandale n'a pas eu d'incidence sur les ventes où le livre se situe dans le classement des cinq premiers au 7 octobre 2026.

Analyse
Dans l'effervescence que suscite cette affaire, rappelons que bon nombre de livres régulièrement publiés ne sont pas écrits par leurs auteurs sans que jamais personne ne s'en émeuve.
Il peut s'agir d’ouvrages rédigés intégralement par une plume littéraire pour le compte de personnalités médiatiques ; il peut s'agir aussi d'un travail de collaboration de plusieurs écrivains, dont un seul appose sa signature : c'est le cas d'Alexandre Dumas au XIXe siècle avec notamment Auguste Maquet (mais il y en a eu bien d'autres, dont Gérard de Nerval), dont le rôle a été si décisif dans ses vastes fresques historiques.
À l'inverse, nous avons eu affaire à une mystification avec Emile Ajar dans le cadre de la publication de la Vie devant soi, prix Goncourt 1975 : Romain Gary, en quête de reconnaissance, propose à son neveu Paul Pavlowitch d'endosser la paternité de son roman.
Ainsi, ce n'est pas la première fois que nous lisons des livres composés par des individus différents de l’écrivain estampillé.
C'est dans ces conditions que l'on peut conclure que le contrat de confiance liant l'auteur et son public a été dès lors vicié à plusieurs reprises. Le phénomène est toujours en cours.
Le problème de l'affaire ne repose donc pas sur cette confiance, sur cette soi-disant sincérité, mais sur un nouveau point, particulièrement saillant : l'édition d'un texte, produit d'une activité autre que celle de l'esprit humain.
L'IA
L'IA s'avère être la source de la rédaction du roman de Thélyson Orélien en tout ou partie selon les détecteurs. Il s’agit, en effet, d’un précédent dans l'histoire littéraire.
Cette révolution technologique est en marche et concerne tous les secteurs, dont celui que l'auteur de ces lignes occupe. Pour les besoins du référencement, du SEO, l'IA constitue une aide précieuse et un gain manifeste de temps.
Presque tout le monde recourt ou recourra à cette intelligence pour faciliter sa tâche. Ne pas le reconnaitre, c’est faire preuve d’une grande hypocrisie.
La question est celle de savoir jusqu'où l'utiliser et surtout à quel moment l'admettre.
Utilisation
Sur le fond du texte, les recherches des auteurs s'effectuent pour bon nombre d’entre eux non plus en bibliothèque, mais déjà en ligne pour les besoins de leur documentation. La matière littéraire ne résulte pas d'une seule et pure inspiration.
L’IA rendra cette documentation toujours plus fine, ce qui menace malheureusement les sources à l’origine de ces informations.
Ce qui met en danger la création, c'est lorsque l’on se situe au niveau de la rédaction du texte. On sait que l’écriture constitue un travail lent et ingrat. Certains ont la tentation d’aller plus vite et jouent ainsi avec le feu.
Sur la forme, notons que les auteurs bénéficient d'une aide technologique. Le traitement de texte, le correcteur orthographique plus ou moins intelligent s'offre à nous tous. Il existe plus d'un pas entre le manuscrit d'origine et celui issu des outils informatiques intégrés :
Est-ce déjà faire preuve d'une imposture littéraire ?
Il faudrait donc se poser cette question dans le flot des réactions de tous ces puristes un peu hypocrites.
Le problème de l'affaire Orélien concerne un vrai danger largement occulté.
Police du texte
Nous allons paradoxalement déléguer aux détecteurs d'IA la police non des mœurs, mais des textes. Pour le dire autrement, nous abandonnons ce qui relève normalement du rôle de l'humain à la technologie. Cette capitulation devant la machine constitue en soi un véritable scandale.
Par ailleurs, l’IA risque de devenir prescriptive de style, avec les accommodements à venir plus ou moins obligés, conscients ou non des auteurs. C’est un autre motif à s’émouvoir.
Si nous devions nous montrer parfaitement sincères, nous devrions admettre si l’IA a concouru en tout ou en partie dans l’élaboration d’un courrier, d'un article, d’un livre et préciser à quel moment elle est intervenue.
C’est l’occasion de montrer l’exemple : la Gazette reconnaît qu’elle fait des recherches avec ou sans IA et qu’elle utilise un logiciel de correction, Antidote. Pour autant, la machine n’est qu’un auxiliaire, nullement un maître…
Si chacun nettoyait devant sa porte, cela permettrait de désamorcer la crise, qui constitue une mauvaise nouvelle pour l’industrie du livre, déjà en difficulté. En effet, on aura enfin une bonne raison de ne plus lire, puisque, dit-on, ce n'est pas vraiment un texte....
Notons enfin une initiative remarquable.
Labellisation
Les éditions de l’Observatoire ont décidé de concevoir un label sans IA ; d’autres vont certainement suivre.
Affaire Orélien : un scandale littéraire : reste désormais à savoir si ce type d’engagement suffira à préserver la confiance du public. Il faut néanmoins continuer à y croire.


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