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  • Le "Discours de la servitude volontaire " (La Boétie)

    La Gazette vous propose une fiche synthèse correspondant au parcours Défendre et Entretenir la liberté  ; elle est conçue pour vous aider à préparer votre dissertation avec des tableaux récapitulatifs et les thématiques principales. Mais en premier lieu, il vous est proposé d'effectuer une lecture expliquée et intégrale  de ce livre que vous pouvez retrouver gratuitement  sur   Spotify. "Discours de la servitude volontaire "(La Boétie) Les programmes officiels renouvellent, cette année, les œuvres appartenant à la littérature d'idées. L'argumentation est un genre difficile qui nécessite une compréhension fine de ce qui est exposé. S'agissant du "Discours de la servitude volontaire " (La Boétie), il est écrit au 16e siècle pose de nombreuses difficultés à cet égard tant sur le fond que sur la forme. Avant toute chose, la première difficulté consiste à être capable de le lire en entier. La  connaissance complète de ce livre est indispensable si vous souhaitez prendre cette épreuve au bac : retrouvez gratuitement la Gazette littéraire sur   Spotify   pour comprendre cette œuvre à l'aide de courts épisodes explicatifs. Il vous sera, en outre, proposé une fiche récapitulative correspondant au parcours  Défendre et Entretenir la liberté  : cette synthèse est destinée à vous aider à préparer votre dissertation avec des tableaux récapitulatifs et les thématiques principales. Spotify Devant un tel monument littéraire, il vous est proposé   un podcast gratuit   en 4 courts épisodes pour vous aider dans cette tâche.  Vous êtes prêts ? pages 107 à 117 : introduction et exposé de la thèse de l'auteur  (12:55) pages 117 à 131  : la perte de la liberté (12:29) pages 131 à 145 :   la solution pour s'opposer au tyan et moyen pour ce dernier de conserver son pouvoir (12:19) pages 145 à 157 : le secret de la domination (05:23) I.               Présentation générale Débutons par une brève présentation de l’auteur et l’examen des vicissitudes autour de la publication de l’œuvre avant d’entrer dans l’étude proprement dite.      1.1. La présentation de l’écrivain  On connait peu de choses de la vie de la Boétie, né à Sarlat en 1530 et décédé en 1563 à l’âge de 33 ans. Bref destin de l’auteur du Discours de la servitude volontaire, devenu spontanément une œuvre emblématique de résistance par-delà les crises religieuses et politiques du XVIe siècle, mais au-delà surtout des siècles (ex : La Résistance, Gandhi, Martin Luther King). Juriste et conseiller au Parlement de Bordeaux, il y rencontre Montaigne avec lequel il noue une amitié indéfectible. C’est un être sensible porté sur la lecture de textes latins qu’il traduit tout comme il aime écrire lui-même de la poésie. Il meurt terrassé par une maladie en instituant Montaigne comme son exécuteur testamentaire. 1.2   La publication de l’œuvre Dès 1571, Montaigne s’est chargé de la diffusion de certaines œuvres de La Boétie à l’exception du Discours de la servitude volontaire.  Pourquoi ? Il compte, en effet, l’insérer dans le premier livre de ses  Essais  à venir. Cependant, il est devancé par des personnes qui publient en 1574 un fragment du Discours en latin avant de le traduire en français, dans le recueil pamphlétaire protestant Le Réveille-matin des Français   et de leurs voisins . Le texte complet du Discours  qui porte alors le nom du Contr’un  est ensuite intégré en 1577 à Genève dans un autre recueil protestant, Les  Mémoires de l’État de France sous Charles IX, sous la plume de Simon Goulart. En 1579, par décision de justice, la totalité de ce recueil est brûlée en place publique à Bordeaux. C’est dans ces conditions que Montaigne choisit de publier en 1580 ses Essais sans  y insérer le Discours de la servitude volontaire . Il le remplace par la diffusion de poèmes de son ami. Il s’en excusera auprès de son public au motif que les troubles politiques (entendez entre protestants et catholiques) expliqueraient son renoncement. Le texte de la Boétie connaît au cours du siècle suivant une audience relative jusqu’à la nouvelle édition des Essais  de Montaigne en 1727 publiée en cinq tomes à La Haye, puis à Genève en 1739 et en 1745 à Londres étant traduite en anglais (villes sans censure). On y trouve le Discours de la servitude volontaire qui se diffuse alors largement.   Lors de la période révolutionnaire, le Discours se présente comme un manifeste contre l’absolutisme. Il faut attendre le XIXe siècle pour que le texte soit lu de manière indépendante de l’ouvrage de Montaigne. Il devient un hymne à la liberté sous la plume de son préfacier, Lamennais. Comme le dit Simone Goyard-Fabre : « la publication de l’œuvre de la Boétie s’est, en tout temps, toujours accompagnée d’intentions militantes, comme si l’essai secrétait un prosélytisme combatif. » (préface à l'édition)   II.            Étude du Discours de la servitude volontaire  Ce texte de la Boétie doit être analysé au regard du parcours : « défendre » et « entretenir » la liberté. L’auteur met en scène successivement ces deux axes de réflexion lorsqu’on comprend que : – le verbe défendre signifie la protection d’un droit, évoquant ainsi un but, – le verbe entretenir est tourné, lui, vers les moyens  tendant à la conservation de ce même droit. Il vous est proposé d’étudier ces deux notions comparativement au travers du plan suivant : 1.     La tyrannie : comprendre pour résister, 2.     Les procédés argumentatifs du discours : 2.1. Une argumentation directe, 2.2. Une stratégie argumentative :                         2.2.1. La raison mathématique,                         2.2.2. La persuasion,                         2.2.3. Les intentions de l’auteur :        a) les références à l’Antiquité,        b) les références à la Renaissance,              2.3. Les principales figures de style,              2.4. Les registres littéraires, 3.     Les ambiguïtés de l’œuvre, 4.     La portée philosophique de l’œuvre, Nous examinerons le premier point, si vous le voulez bien. 1.      La tyrannie Le tableau récapitulatif avec les citations justificatives vous permet de saisir les différents arguments développés par La Boétie. Ces derniers sont alors confrontés au visa de la thématique défendre et entretenir  : la défense repose sur la compréhension des mécanismes de la servitude tandis que le verbe « entretenir » met en lumière les moyens pour demeurer libre. Précisons que le terme tyran doit être entendu, dans l’esprit de La Boétie, comme le détenteur unique du pouvoir, sans tenir compte du caractère moderne du mot qui lui ajoute un aspect péjoratif. C’est ce système de concentration du pouvoir entre les mains d’un seul qui est appelé ici tyrannie. Arguments Comprendre les ressorts de la servitude Moyens pour l’homme de rester libre La nature de la tyrannie 3 types de tyrans : - celui qui gouverne un royaume par l'adhésion du peuple, -celui qui exerce le pouvoir mais par la force des armes -celui qui gouverne par hérédité « la succession de leur race »  (p. 121 ). Comprendre que toutes les tyrannies sont mauvaises : Dès lors on comprend bien qu'il n'y a pas de différence entre ces 3 sortes de tyrans : « toujours la façon de régner est quasi semblable » . (p.122) Le rôle des nombres Question d’arithmétique pure : -1 million de millions d'hommes (p. 109) face à un seul (tyran) -   « je voudrais sinon entendre (comprendre) comme (comment) il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs (villages), tant de villes, tant de nations endurent (supportent) quelques fois un tyran seul, qui n'a puissance que celle qu’ils lui donnent (… ) » (p. 109) - le titre de l’œuvre souvent utilisé par la suite « le Contr’Un »  montre ce paradoxe saisissant. La conséquence arithmétique : Déséquilibre des forces : l e rapport de force est en faveur du plus grand nombre et pourtant ce dernier n’en a pas conscience. Comprendre que l’importance du nombre soumis devant le tyran ne signifie pas que par nature les hommes soient lâches ; il n’y a pas de lâcheté collective : «   cela n'est pas couardise  » (=lâcheté) (p. 111) Refuser d’être sujet Du tyran Toute tyrannie est mauvaise  : en raison du pouvoir du tyran d’être bon ou mauvais s’il le veut : «  on ne se peut jamais assurer qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en sa puissance d'être mauvais quand il voudra »  (p. 108) Résister au tyran  : c’est le meilleur moyen de recouvrer sa liberté. Rejet de la violence. Action passive par la désobéissance collective : «   le pays ne consente (plus) à sa servitude ; Il ne faut pas lui ôter rien, mais ne lui donner rien  » (p 113)  «  si on ne leur bâille (donne) rien, si on ne leur obéit (pas) ; sans combattre sans frapper, ils demeurent nus et défaits  et ne sont plus rien sinon que comme la racine n'ayant plus d'humeur (substance) ou alignement la branche devient sèche et morte . » (p. 115) Responsabilité de la servitude Le peuple est responsable de ce qui lui arrive - Vision péjorative du peuple : «  gros populas, de regardant ce qui est devant leurs pieds  » (p. 131). - « ce sont donc les peuples mêmes qui se laissent ou plutôt se font gourmander (traiter durement) puisqu'en cessant de servir ils en seraient quittes  » (p.113). - «  c'est le peuple qui s'asservit, qui se coupe la gorge, qui ayant le choix ou d'être serf (cf. au Moyen Âge un paysan attaché à la terre du seigneur) ou d'être libre, quitte la franchise (ses droits) et prend le joug qui consent à son mal ou plutôt le pourchasse.  » (p 114). Composition du peuple : - les lâches ou les indifférents : « les lâches et engourdis ne savent ni endurer le mal ni recouvrer le bien  » (p 115). - les hardis : (courageux) - les avisés : (sages) Comprendre que la libération du peuple repose sur le courage de certains : -   les hardis (les courageux), les avisés (ceux qui ont de l'intelligence) vont se battre pour conserver leur liberté, «  les hardis, pour acquérir le bien qu’ils demandent, ne craignent point le danger ; les avisés ne refusent point la peine »   (p.115) La nature humaine Dualité de la nature humaine : contradiction entre être libre/supporter l’habitude « la nature de l'homme est bien d'être franc et de le vouloir être mais aussi sa nature est telle que naturellement il tient le pli que la nourriture lui donne  » (p.130) Considérer : - Le tyran comme un homme : «   Celui qui vous maîtrise tant n'a que deux yeux, n'a que deux mains, n'a qu'un corps et n'a autre chose que ce qu'à le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes sinon que l'avantage que vous lui faites pour vous détruire »  (p.116) - Le goût naturel de l’être humain pour la liberté : «  est amère la sujétion (le fait d’être un sujet et non libre) et plaisant d'être libre  » (p. 129). Cf : Illustration de ce goût naturel pour la liberté avec une pure hypothèse : « quelques gens tout neufs »  qui choisiraient la liberté (p.122) Cause de la servitude : La coutume - Intériorisation de la contrainte :  la contrainte n'en devient plus une. L’oubli de la liberté conduit à l’habitude de ne plus l’être :   « mais ceux qui viennent après servent sans regret  et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte  » (p. 124)   « on ne plaint jamais ce que l'on n'a jamais eu »  (p. 130). - Perte de sa qualité humaine : animalisation de l’homme devenu une bête, dénaturation (perte de la qualité naturelle) :   « ayant sur le col (cou) le joug  » (p.109) «  quel mal contre (événements fâcheux) a été cela qui a pu tant dénaturer  (changer la nature) l'homme, seul n'est devrait pour vivre franchement (avec ses droits) et lui faire perdre la   souvenance (le souvenir) de son premier être et le désir de le reprendre.  » (p 121). - Comparaison avec les animaux - équivalent à l’homme  : le bœuf (joug) : - supériorité de l’animal sur l’homme  : a) cri des animaux : « si les hommes ne font trop les sourds, leur crient : vive liberté ! »  (p.120) b) lutte des animaux avant  de mourir (poissons, oiseaux, gibier, éléphant) c) cas du cheval domestiqué qui lutte pour sa liberté : « et si ne le savons-nous si bien flatter que, quand ce vient à le dompter, ils ne mordent le frein qu'il ne rue contre l'éperon »  (p.120) d)l’homme est donc inférieur  car il ne se défend pas contre la tyrannie : cf. vers de la Boétie : «  Même les bœufs sous le poids du joug geignent/et les oiseaux dans la cage se plaignent »  (p. 121) - Rompre avec l’habitude et donc la coutume et rôle de l’éducation :   « à entretenir la liberté, ainsi appris effet dès le berceau  qu'il ne prendrait point tout le reste des faits illicites de la terre pour perdre le moindre de leur franchise  » (p 126). - Valorisation des hommes éduqués : «   ceux-là, quand la liberté serait entièrement perdue et toute hors du monde l'imaginent et la sentent en leur esprit et encore la savourent et la servitude ne leur est de goût pourtant bien qu'on l’accoutre (quelques assaisonnements qu'on lui donne) » (p. 131). Il a une vision aristocratique  de l’homme. - Redevenir un être humain : «  Combien qu'est-ce que l'homme doit avoir plus cher que de se remettre en son droit naturel  et par manière de dire, de bête revenir homme  ». (p.114) 1 e  conséquence pour le peuple  Restriction du droit de penser et de s’exprimer contribuant au maintien de l'asservissement général : « Ils deviennent tous singuliers en leur fantaisie »  (p.131)  Droit de comploter : Exemple :   décision faisant suite à un accord entre deux hommes, Brutus et Cassius, qui ont assassiné Jules César, au nom de la liberté : « Lorsqu’ils entreprirent la délivrance de Rome ou plutôt de tout le monde  » (p. 132). 2 e  conséquence pour le peuple - Lâcheté des hommes asservis (ce défaut n’est pas dans la nature humaine, mais survient du fait de la coutume) : «  les gens deviennent sous les tyrans, lâches et efféminés  »  (p. 133) Un peuple soumis : (ils) « ont le cœur bas et mol (mou) et incapable de toutes choses grandes » (p. 134) - Courage : Exemple  : Hippocrate, le père de la médecine, qui a refusé de soigner l’occupant : « il lui répondit franchement qu'il ferait grande conscience (il aurait des scrupules) de se mêler de guérir les Barbares qui voulaient tuer les Grecs et de bien servir par son art à lui qui entreprenait d'asservir la Grèce »  (p. 134) 1 e conséquence pour le tyran : maintenir son pouvoir - Fragilité du pouvoir du tyran : Exemple de Xénophon « Les tyrans qui sont contraints, faisant mal à tous se craindre (se méfier) »  de tous. (p.135) -   Choix du tyran d’engager des mercenaires pour se protéger et protéger son pouvoir  : «  Les mauvais rois se servent d'étrangers à la guerre et les soudoient (les payent), ne s’osant fier est de mettre à leur s gens, à qui ils ont fait tort, les armes en main »  (p. 135). - Abrutir les asservis :  l es occuper, les divertir pour qu’ils ne pensent pas à contester son pouvoir : « efféminer leurs gens » (p136) / « les peuples assotis  » (rendus sots, idiots). Exemple de Cyrus :   « y établit des bordeaux (des bordels), des tavernes et des jeux publics et fit publier une ordonnance que les habitants usent à en faire état ( devaient s'y rendre).  » Le résultat fut « que jamais depuis contre les Lydiens, il ne fallut tirer un coup d'épée  » (p 136) Exemple : Tibère et Néron avec des pains et des jeux pour abrutir le peuple. - Rappel de l’histoire : assassinats de tyrans Exemple  : Jules César poignardé (complot de Brutus et Cassius) - Révéler le “secret de la domination » (p145) : - rôle des favoris : « 4 ou 5 qui maintiennent tout le pays en servage »  (p.146 ) - Précarité des favoris qui sont moins libres que les autres hommes : «  en font pis que forçats et esclaves  » (p149) - création d’une sorte de pyramide  de la tyrannie, allant de haut en bas, de favoris en favoris : “ il verra que non pas les six mille, mais les cent mille, mais les millions, par cette corde  se tiennent au tyran s’aident d’icelle (de celle-ci)  » ( p.146). “ tyran”//tyranneaux”  (p.147) - Annonce d’une mort violente des favoris : « mange peuples  »   (p. 157) - Comprendre la solitude du tyran : - absence de toute forme de sincérité : “Le tyran n’est jamais aimé ni n’aime »,   - tyrannie, empêchement à l’amitié :  “ il  ne goûte pas à la vertu par excellence l’amitié” l’amitié, vertu cardinale : « c’est un nom sacré »  (p.153) - damnation éternelle des tyrans : “ que la tyrannie qu’il réserve là-bas à part, pour les tyrans et leurs complices, quelques peine particulière ” (p.157) 2 e  conséquence pour le tyran : Religion, nécessaire à la conservation du pouvoir politique Tyran, guérisseur « Par ce moyen, ils s’assuraient que le peuple se fierait plus (à) d’eux »  (p.139) «  ils voulaient mettre la religion devant pour garde-corps  » (p.142) Exemples : - rois d’Égypte - Pyrrhus - Jules César qualifié de « Père du peuple »  et à suite, tous les autres prirent le titre de tribun du peuple, (p.139) -Vespasien : “il addressait (redressait) les boiteux ” (p.141). -royauté française : saint-chrême etc… Avoir conscience de sa naïveté : « Toutefois ainsi le peuple sot fait lui-même les mensonges, pour puis après les croire »  (p.141) article suivant : les procédés de l'argumentation (La Boétie)

  • Parcours reprise de la lecture

    Lecture pour tous : Vous avez perdu l’envie de lire ? Les livres s’empilent sur vos étagères sans jamais être ouverts ? Pas de panique. Il est toujours temps de vous réconcilier avec la lecture. Sans pression, avec des textes qui font renaître la curiosité et le plaisir. La Gazette vous propose de retrouver en vidéo les deux premiers parcours de lecture à destination de ceux qui veulent se remettre à lire et qui peinent à trouver le "bon" livre : parcours progressifs établis en fonction de votre niveau, qui sont à la fois variés et à petits prix : découvrez les saisons 1 et 2. reprise de lecture Avez-vous perdu le goût de lire ? Vos étagères croulent de livres jamais ouverts, et l’abondance des nouvelles parutions vous laisse perplexe ? Les ouvrages qu’on vous offre, ou ceux que vous avez achetés sur recommandation, semblent parfois vous décourager. Au fond de vous, un complexe tenace s’est installé. Pas de panique : laissez-vous guider par le parcours d’une « mauvaise lectrice » qui saura vous sortir de ces ornières. Rien n’est jamais impossible pour celui ou celle qui veut retrouver le plaisir de lire. En effet, il est toujours temps de renouer avec le plaisir de la lecture. Ici, point de pression, seulement des textes capables de ranimer votre curiosité et votre plaisir. Chaque sélection proposée en fonction de votre niveau met à l’honneur des livres à petits prix, souvent courts, mais offrant un maximum d’émotion et de plaisir. Dans ces deux parcours de reprise de lecture, vous découvrirez un mélange savoureux d’œuvres françaises et étrangères, classiques et contemporaines : courts romans, nouvelles, essais… des lectures d’hier et d’aujourd’hui, pensées pour vous faire redécouvrir le goût des mots et des histoires. Vous êtes prêts ? Parcours débutant (#1) Il s'agit d'un premier parcours nécessaire pour reprendre la lecture : ce sont des livres intéressants et totalement abordables tant par l'écriture que par le sujet saisissant. Ce sont des ouvrages que vous pouvez trouver dans toutes les librairies ou bibliothèques : retrouvez ci-après le détail de la liste avec les références. tableau récapitulatif : Comme un roman , Pennac, folio Ici ça va, Thomas Vinau, 10x18 Mangez-le si vous voulez, Jean Teulé, Pocket Le puits Iván Répila, 10X18 Neige, Maxence Fermine, Points La reine des lectrices, Alan Bennett, folio Vent d’est, vent d’ouest Pearl Buck, livre de poche Khalil, Y. Kadra, Pocket La route Cormac McCarthy, Poche La peur Zweig, Poche La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry arriva le mardi… Rachel Joyce, Poche Les Sources, MH Lafon, Poche Parcours (#2) Pour les lecteurs occasionnels, désireux d'être plus réguliers, voici de nouvelles propositions de livres toujours accessibles... avec la liste récapitulative. Tableau récapitulatif : Le Bal,   Nemirovski, les Cahiers rouges de Grasset Par la force des arbres Édouard Cortès, pocket   Là où chantent les écrevisses , Delia Owens, points Chanson douce Leila Slimani, folio American Dirt Jeanine Cummins, 10X18 La panne Durrenmatt, Poche Gatsby le magnifique Fitzgerald, Poche   Les mains du miracle Kessel, folio Longtemps je me suis couché de bonne heure JP Gattégno, babel La vie clandestine Monica Sabolo, folio Watership down Richard Adam, Monsieur Toussaint Louverture Mahmoud ou la montée des eaux Antoine Wauters   folio

  • “Manon Lescaut” (Prévost) : marginalité et romanesque

    Bac : La notion de personnages en marge implique que les héros soient loin du centre et donc en périphérie. Il sera aussi question de montrer comment cette vie à l’écart du héros procure un agrément aux lecteurs. "Manon Lescaut", le roman de la transgression, un nouveau genre littéraire ? Entrant dans la composition d’une vaste œuvre intitulée Mémoires d’un homme de qualité, Manon Lescaut en constitue un 7e et avant-dernier tome, c’est un roman à part…   Manon Lescaut (Prévost) : marginalité et romanesque Il vous est proposé un dossier pour le bac de français consacré au roman de l’abbé Prévost . Les programmes officiels posent la problématique : personnages en marge, plaisirs du romanesque. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Cela signifie qu'il faut rechercher deux notions : " Manon Lescaut" (Prévost) : marginalité et romanesque. Voyons ces deux notions, si vous le voulez bien. Marginalité La notion de personnages en marge implique que les héros soient loin du centre et donc en périphérie. Il y a lieu de remplacer le centre par la norme ; les personnages sont créés pour être en rupture avec la manière de vivre de leurs contemporains. C’est cette opposition au reste du monde qui est au coeur de l’interrogation proposée au bac. Romanesque Il sera aussi question de montrer comment cette vie à l’écart du héros procure un agrément : cette fois-ci, c’est le rapport entre le personnage et le lecteur qui nous intéresse et c’est pour mieux souligner le travail de l’auteur : focalisation du récit, choix des aventures, registres littéraires convoqués… Plan et problématique Il ressort de ce qui précède que la problématique peut se formuler comme suit : Manon Lescaut, le roman de la transgression, un nouveau genre littéraire ? Il vous sera proposé un dossier contenant des articles suivants : Le choix du titre du roman Aujourd’hui, il est d’usage de parler du roman de Manon Lescaut et donc d’escamoter le titre qui est curieusement raccourci. Revenons à l’intention particulière de l’auteur dans l’intitulé complet de son roman qui évoque en réalité les deux principaux héros. Deux personnages Le titre de ce roman est le suivant : “La véritable Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut”. Nous allons le décomposer pour mettre en lumière trois éléments particuliers : véritable Histoire, chevalier des Grieux, Manon Lescaut. Histoire et Mémoires À la date de la publication de l'œuvre, en 1731, le roman n’est pas un genre littéraire majeur. L e XVIIIe siècle est, en effet, le siècle des idées philosophiques et non du roman, perçu comme une production somme toute légère, facile, voire vulgaire.  C’est la raison pour laquelle les écrivains choisissent des titres commençant par “Mémoires” ou “Histoire”, deux termes qui donnent des gages de “vérité” et donc de sérieux.  L’abbé Prévost (ou “l’auteur” de cette histoire comme nous verrons l'ambiguïté de la signature du roman au moment où il a été publié) nous en livre la double confirmation avec l'intitulé “La véritable Histoire”. Le “vrai” est paradoxalement à l’honneur dans cette pure fiction que ce soit dans le portrait des milieux sociaux, dans les détails géographiques, ou dans les portraits moraux des personnages souvent nommés comme s’ils existaient par des initiales : ex : M. B…, M de G…M… le père, G… M le jeune etc… Les lecteurs de l’époque aimaient percer l’identité réelle des personnages dans une ambiance de folles rumeurs, voire de controverses (etc…), propre à la vie bouillonnante des salons littéraires.  Le terme “histoire” donnait donc une impression de sérieux, échappant au préjugé défavorable du romanesque.  Une autre raison justifie ce titre ; il entre dans la composition d’une vaste œuvre intitulée Mémoires d’un homme de qualité et dont Manon Lescaut constitue le 7e et avant-dernier tome comme nous l’avons vu précédemment. L’abbé Prévost a choisi en outre de lier les deux héros dans le titre. Chevalier des Grieux C’est lui qui est nommé en premier dans le titre qui est évoqué en premier dans l’avis au lecteur. Pourquoi ? C’est parce que c’est le héros de l’action, celui qui raconte l’histoire de sa vie comme nous le verrons avec son statut de narrateur qu’il dispute à l’homme de qualité. Mais c’est par son attribut nobiliaire qu’il apparaît puisqu’il est chevalier de l’ordre de Malte. Et si ce titre est mentionné, c’est pour mieux l’opposer à la présentation de l’héroïne, Manon Lescaut.   Manon Lescaut Elle est présentée par son prénom et son nom. On souligne par là sa position sociale qui est inférieure à celle de son amant. Manon Lescaut est une fille du peuple qui n’a pas vocation à épouser Des Grieux. Des barrières sociales surgissent entre eux. Dans le titre, on relève donc à la fois la présence entre l’homme et la femme, mais surtout la provenance sociale qui les oppose.  Décadence Avec le titre complet, on comprend que le roman se fonde sur une déchéance sociale de Des Grieux. Il ne s’agit pas d’un roman d’amour ou d’aventure, mais d’un roman sur la remémoration d’une passion comme le dit Jean Sgard. Nous y reviendrons dans le dossier. La réduction du titre qui n’évoque désormais plus que l'héroïne pose en définitive des problèmes de compréhension véritable du roman. Découvrons le contexte historique du roman. sources : Sylviane Albertan-Coppola, Abbé Prévost : Manon Lescaut, Études littéraires, PUF Jean Sgard, Les labyrinthes de la mémoire, PUF Le contexte du roman Si le roman est écrit par l’abbé Prévost sous la Régence (1731) au temps du siècle des Lumières, il choisit de le situer sur une période antérieure, celle du Grand Siècle de Louis XIV et donc du XVIIe siècle. Commençons par la datation du récit, si vous le voulez bien. Datation du récit Jean Sgar* a examiné les aventures des héros en scrutant la chronologie des événements racontés : juillet 1712 : rencontre de Des Grieux et Manon ; vie commune à Paris, août 1712 - août 1713 : Des Grieux vit en reclus dans sa famille à Amiens  sept 1713-sept 1714  : Des Grieux vit à St Sulpice (Paris), sept 1714 : Des Grieux retrouve Manon, fuite des amants octobre 1714 : nouvelle vie commune à Chaillot, hiver 1714-1715 : ils vivent trois mois en prison à St Lazare et à l’Hôpital, 1e mois de 1715 : évasion et fragile bonheur du couple, décision de déporter Manon février 1715 : rencontre à Pacy entre Des Grieux et le narrateur : début du récit avril 1715 : deux mois de navigation jusqu’en Louisiane de Des Grieux et Manon,  juin 1715 à mars 1716 :  vie des deux amants à la Nouvelle Orléans  avril 1716 : mort de Manon, octobre 1716 : retour de Des Grieux et 2e rencontre à Calais avec le narrateur : suite du récit. Ainsi le roman se situe sur une durée de quatre ans et trois mois qui couvre essentiellement le règne de Louis XIV (qui décède le 1er  septembre 1715). La Régence, qui naît par la suite, ne concerne que la période se déroulant en Louisiane. À ce sujet, Jean Sgard note un anachronisme dans ce roman : la Nouvelle-Orléans a été créée en… 1717, soit deux ans plus tard par rapport à la date retenue par l’écrivain. Mais peu importe, car ce roman n’est pas un livre historique ainsi que nous le verrons. Pour comprendre ce livre, il convient de nous intéresser au contexte de la fin de règne de Louis XIV avant de mesurer les enjeux sous-jacents puisque les repères historiques donnés sont d’ordre symbolique.  Louis XIV Dans un article consacré à la Bruyère , nous avions évoqué le Grand Siècle depuis la Fronde jusqu'à l'édification du château de Versailles. Il convient de préciser l’atmosphère des dernières années du roi Soleil.  À Versailles, siège du pouvoir politique, il règne un climat figé : la cour est plongée dans un rigorisme religieux dûment prôné par madame de Maintenon (la seconde épouse, morganatique, du roi), les divertissements ne doivent pas détourner les courtisans de la recherche du salut.  Dans le royaume, la société est toujours corsetée dans des normes sociales étanches. Il n’y a pas de mobilité sociale comme on dirait de nos jours. On appartient ainsi à la classe qui vous a donné le jour sans possibilité d’évolution. On vit donc dans sa "caste" avec des gens qui vous ressemblent. Si l’on est un aristocrate, on fraye avec ses pairs ; si l’on est du peuple, on a très peu de contact avec la haute société.   Si l’on est bourgeois et que l'on s'élève socialement, c’est uniquement en raison d’une fortune nouvellement acquise, laquelle ne vous ouvrira pas les portes du “beau monde”. Mais il existe un lieu où ce climat diffère, c’est Paris. Paris Paris fait au contraire figure de lieu où recèlent de multiples divertissements. On y trouve des endroits licencieux avec des cercles de jeux et des maisons de prostitution ; par ailleurs, la corruption y est généralisée. Bref, c’est l’immoralité qui prévaut, ce qui est différent à l’époque de la Régence puisque la Cour de Philippe d’Orléans adoptera elle aussi des mœurs libertines.  Pourquoi l’auteur a-t-il donc choisi cette période en toile de fond ?  Pour montrer l’étendue du déclassement social de Des Grieux. Déclassement social Nous avons vu que ce roman se situe dans le contexte où l’entreprise de transgression commise par les deux amants se révèle choquante, ce qui ne serait pas aussi évident sous la Régence. Le monde de “Manon Lescaut” est celui où règne la stabilité, la morale et la religion. Voyons la géographie de ce roman. source : *Jean Sgard, Les labyrinthes de la mémoire , PUF La géographie du roman Si Manon Lescaut n’est pas un roman historique, il n’est pas davantage un roman d'aventures. Et pourtant, on y trouve beaucoup de péripéties, mais cela ne suffit pas à en faire un roman picaresque puisque ce n’est pas le but recherché par l’abbé Prévost.  Au même titre que la période historique dûment choisie, la géographie du roman ne doit rien au hasard : elle doit mettre en évidence les points suivants : le mouvement, la locomotion, le non-exotisme, la transgression, un dynamisme. Reprenons ces quatre points, si vous le voulez bien. Mouvement Manon Lescaut est un hymne au mouvement. Il vous est vivement conseillé de vous reporter au tableau synthétisant les péripéties du livre. Ces mouvements partent de l’extérieur pour aboutir jusqu’aux mouvements intérieurs du cœur. C’est particulièrement plaisant pour le lecteur qui ne s’ennuie pas. S’agissant des premiers, le roman regorge de fuites, d’enlèvements, de séquestrations, d’emprisonnement, d’évasion, etc… On assiste à de nombreux voyages de la province à Paris, de Paris à Chaillot (à l’époque un village tranquille hors de la capitale), de Paris à Pacy, du Havre à La Nouvelle-Orléans, et du retour en France. Même à Paris, on passe d’un lieu à un autre avec des précisions, théâtre, hôtel particulier de M de T…. Au début de l’histoire d’amour, le rythme est étourdissant et s’explique par le caractère léger de Manon qui n’aime pas demeurer longtemps dans un endroit ; elle s’y ennuie vite. Tout est donc divertissement, dont l’étymologie divertere signifie se détourner. Dans cette passion, le bonheur des amants ne dure jamais, connaît de nombreuses péripéties rocambolesques et finit dans des conditions dramatiques. Mais on assiste, à mesure de la lecture, à un ralentissement de l’action notamment en Louisiane où le mouvement se fait, par la force des choses, plus rare et paradoxalement plus intérieur. Les amoureux partagent enfin les mêmes élans de cœur.  Mais ce bonheur ne dure pas à nouveau et deux mouvements à la fois soudains et déterminants, le  duel et la fuite dans le désert, viennent redonner un rythme avant le terme de l’aventure.  Pour évoquer ces mouvements, l’abbé Prévost a investi le champ lexical de la locomotion. Locomotion La locomotion signe le mouvement. Et l’écrivain ne ménage pas sa peine pour narrer les aventures de ses héros empruntant des chevaux, des coches, des  carrosses, ou des chaises à porteurs. À l’époque, cette manière de voyager coûte excessivement cher ; cela constitue même un véritable luxe dans cette France de la  fin du XVIIe siècle. C’est un marqueur social fort pour Manon Lescaut qui ne rêve que de se promener en carrosse. Et c’est pourtant à pied que les deux personnages se trouvent à la fin appelés à se déplacer. C’est alors le signe d’une déchéance sociale pour les héros. Dans la description de la Nouvelle-Orléans, il faut noter le choix de l’abbé Prévost; Le non-exotisme L’auteur a entrepris de présenter cette contrée lointaine sous un jour défavorable. Il n’y a pas un seul élément d’exotisme. Tout y est hostile : la nature, les gens, l’habitat… C’est un immense terrain vague où le bonheur que connaissent les deux amants est là encore fugitif. La Nouvelle-Orléans est une utopie qui s’effondre et derrière cet échec, il y a la mort. La question qui peut se poser est celle de savoir le rôle de la géographie. Faisant le parallèle avec le contexte historique qui nourrit l’effroi de la transgression des deux amants, la géographie joue aussi un rôle de révélateur. La transgression, un dynamisme Si l’on part de lieux clos (France) pour aboutir à une immensité désolée (Amérique), c’est aussi pour montrer le dynamisme de la transgression qui a besoin de bornes à franchir pour exister. Mais lorsque l’ailleurs n’a pas de limites, il n’y a plus rien à transgresser : le duel, insolite dans cette terre lointaine, débouche sur le néant avec la mort de Manon. Voyons la question du narrateur dans ce roman. source : Jean Sgard, Les labyrinthes de la mémoire, PUF La question du "je" nous analyserons aujourd’hui la question du “je” dans le récit lui-même. Nous excluons l’auteur dans son avis qui sera traité dans l’article suivant. Perspective subjective Ce livre est écrit à la première personne du singulier. Il diffère des romans du XVIIe siècle rédigés de manière impersonnelle. L'abbé Prévost a choisi une perspective subjective qui crée une relation de confiance avec le lecteur  : il instaure un lien de connivence et de proximité dans le cadre de la lecture.  Mais pour autant, le recours à ce procédé stylistique qui est une singularité de cette œuvre bouleverse le genre romanesque. Pourquoi ? Narrateurs Il faut noter que ce n’est pas la même personne qui s’exprime tout le long du roman proprement dit (nous verrons le cas de l’avis de l’auteur dans un autre article) : on compte en réalité deux narrateurs dans l’ordre chronologique : monsieur de Renoncour, le chevalier Des Grieux, Si l’emploi du “je” constitue un point de vue subjectif, il n’en demeure pas moins que le narrateur s’exprime avec son propre point de vue, forcément interne, et avec ses émotions : c’est donc un narrateur peu fiable sur le plan de la vérité.  Nous verrons que Renoncour jure de sa bonne foi, à l’inverse de Des Grieux. Pour ce dernier, ce n’est pas cette objectivité qui est recherchée, c’est la remémoration de l’histoire passée.  Monsieur de Renoncour C’est le premier narrateur, il prend deux fois la parole  :  au début du livre, à la fin de la première partie. pour permettre au héros de se reposer et de dîner avec son auditoire Au début du roman, il évoque par allusion sa solitude, élément qui ne doit rien au hasard : c’est pour nous le présenter comme un être sensible, ce qui fait donc de lui le meilleur interlocuteur possible. De fait, Renoncour sait écouter et sait aider à l’occasion (cf. Il offre de l’argent à Des Grieux et aux gardes lors de l’épisode de Pacy).  C’est en outre celui qui est touché par la fin de l’histoire puisqu’il ne reprend plus la parole.  C’est enfin un homme de qualité qui s’efface devant son interlocuteur : il le fait avec des gages donnés au lecteur comme le confirme l’analyse du passage ci-après selon la   méthode des 6 GR OS SES   C LE FS ©.  Il s’agit de prendre le texte sous six angles à l'aide du moyen mnémotechnique suivant :           6           GR OS SES                                       C LE FS   Gr  : grammaire                               C  : Conjugaison OS : oppositions                            le : champ lexical  SE  : les 5 sens                            FS : figures de style   “Je   dois avertir   ici   le lecteur   que  j’écrivis  son   histoire presque aussitôt   après  l’avoir entendue , et   qu ’ on  peut   s’assurer,par conséquent ,  que rien n ’est  plus exact et plus fidèle  que cette narration.   Je  dis fidèle  jusque dans la relation des  réflexions et des sentiments   que  le jeune aventurier   exprimait  de la meilleure  grâce du monde. Voici   donc  son récit,  auquel je ne mêlerai,  jusqu’à la fin, rien qui ne soit de lui. “ Dans ce court extrait, Renoncourt précise le contour de son statut d’écrivain : c’est  l'ouïe qui est convoquée : le verbe entendre s’oppose au toucher avec “écrivis”. Tout le récit est fondé sur l’oralité de la confession de Des Grieux. Le narrateur exerce la fonction de rapporteur d’une histoire. Son statut l’oblige à préciser l’authenticité des propos rapportés.  La  problématique qui se pose est donc celle de sa transcription avec pour corollaire, son authenticité. Pour cela, trois points sont à relever : le facteur temps, l’interpellation du lecteur, les gages d’authenticité le temps Le narrateur cherche à gommer la barrière du temps entre ce qui a été dit et ce qui a été retranscrit. On trouve ainsi trois connecteurs précis “presque aussitôt après” qui  prouvent la prompte fixation du discours. L’emploi de l’infinitif passé  “après l’avoir entendue” joue un effet de redondance sur son caractère immédiat. Enfin l’emploi du passé simple, “j’écrivis son histoire” achève d’en faire une action soudaine : on comprend donc que le narrateur a restitué l’histoire en une seule fois, pour ne rien oublier. Ces précautions de langage sont associées à l’interpellation du lecteur interpellation du lecteur On peut dire que cette adresse directe au lecteur rappelle l’avertissement placé au début du roman. Mais nous verrons dans l'article suivant toute l'ambiguïté de cet “avis de l’auteur”.   On peut dire que Renoncour s’adresse directement au lecteur avec l’emploi du présent de l’indicatif qui résonne pour toute éternité : “Je dois” /”Je dis”. Ce dernier n’est plus passif dans cette lecture, il est interpellé par le narrateur avec les verbes “avertir” “s’assurer” : un pacte entre les deux se forme. gages donnés Le narrateur recourt à un effet logique entre le récit immédiatement couché sur le papier et son authenticité : il le fait grammaticalement avec l’emploi de deux propositions coordonnées “ je dois avertir” et “et qu’on doit s’assurer” donnant un effet de liaison à laquelle il adjoint la locution conjonctive “ par conséquent”.  Il nous assure ensuite de ce qu’il n’a pas commis  d’erreur sur le fond : il utilise des adjectifs redondants accentués par le comparatif de supériorité “plus exact et plus fidèle que cette narration”. avec l’adverbe “jusque” Il détaille en outre le degré de vérité du discours rapporté avec la répétition “je dis fidèle”: dans son esprit, il ne s’agit donc pas que des faits rapportés par celui qu’il nomme avec la périphrase “jeune aventurier”, mais aussi des impressions “des réflexions et des sentiments”. C’est ainsi un récit complet qui nous est donné à lire.  Le statut d’écrivain de cette histoire est paradoxalement limité à son seul rôle de transcripteur. Il l’indique curieusement avec la phrase déclarative négative “je ne mêlerai, jusqu’à la fin, rien” au futur faisant le pendant avec l’effet absolu du présent “je dois” qui ouvre sur la proposition relative toujours à la voix négative et au subjonctif : “rien qui ne soit de lui” : effet redondant garanti. Nous avons donc un narrateur qui s’efface devant le héros de cette histoire.  Évidemment, c’est une tournure de style puisque le récit est au contraire strictement construit et qu’il est fondé sur une analepse, le retour en arrière avec la rencontre de Manon et Des Grieux. Nous sommes dans une posture romanesque de Renoncour qui, loin d'être un simple scribe, joue un rôle trouble comme nous pouvons le voir avec l’avis de l’auteur. Il transgresse les lois de la vérité pour le plus grand plaisir du lecteur. Quant à Des Grieux, il n’y a pas d’objectivité dans son discours qui est tourné sur un autre objectif : comprendre ce qui lui est arrivé. Des Grieux C’est le héros qui s’exprime le plus ; il le fait à partir de sa rencontre avec Renoncour à Calais jusqu'à la fin du livre avec une suspension de ce dernier à la fin de la première partie  Il n’est jamais interrompu par son auditoire suspendu à ses lèvres. Le récit s’achève sur les seules paroles de De Grieux, sans qu’il n’ait été apporté une morale de l'histoire. Des Grieux procède avec de nombreux effets de prolepse, donnant le goût de poursuivre la lecture, par l’annonce de faits à venir.  Des Grieux narre ses aventures non pour les autres, mais au fond pour lui-même : il cherche à en comprendre le sens. Nous verrons ce point en détail dans un article dédié.  Découvrons l'ambiguïté de l’auteur dans l’avis au lecteur. sources : Jean Sgard, L es labyrinthes de la  mémoire,  PUF Sylviane Albertan-Coppola, Abbé Prévost :  Manon Lescaut, Études littéraires,  PUF L'ambiguïté de "l'auteur" Il existe  une troisième voix dans ce roman avant que ne s’expriment Renoncour et Des Grieux : il se nomme "l'auteur". Qui est donc cet “auteur” ?  Si de nos jours, cette question semble, voire stupide parce que le nom de l’écrivain, l’abbé Prévost, est mentionné, il n’en était pas de même au moment où le roman a été publié.  Contexte Ce livre a été publié à Amsterdam en 1731 avec la mention du nom de Prévost d’Exiles comme éditeur. On rappelle que c’est le 7e tome des Mémoires d’un homme de qualité. Logiquement, le roman est donc la suite de l’autobiographie et son auteur ne serait que… Renoncour.  C’est dans cet esprit qu’il faut lire cet avis en nous rappelant que nous sommes au temps de la censure où toute œuvre est soumise à l'examen de l’Etat. Cet avis joue donc un rôle très important pour échapper à son interdiction : il nous renseigne sur les objectifs poursuivis par son auteur.  La problématique qui se pose est celle de révéler ce que veut dire vraiment l’auteur dans le style du XVIIIe siècle : bref, nous devons lire entre les lignes et relever l’art d’écrire qui sous-tend cet avis. Nous verrons deux points : un auteur fictif, la description faussement péjorative de l'œuvre et sa condamnation morale.   Analysons ensemble ce texte avec la méthode des 6 GR OS SES   C LE FS ©.  Il s’agit de prendre le texte sous six angles à l'aide du moyen mnémotechnique suivant :           6           GR OS SES                                       C LE FS   Gr  : grammaire                               C  : Conjugaison OS : oppositions                            le : champ lexical  SE  : les 5 sens                            FS : figures de style   “/ Quoique  j’ eusse pu   faire entrer  dans mes Mémoires les aventures du chevalier des Grieux,/ / il m’ a semblé/ que, n’ y ayant   point  un rapport nécessaire , le lecteur trouverait   plus de satisfaction à les voir séparément .  Un  récit de cette longueur aurait interrompu  trop longtemps le fil de ma propre histoire. Tout éloigné que  je  suis  de prétendre à la qualité d’écrivain exact , je n’ ignore point  qu’une  narration  doit   être déchargée des circonstances qui  la rendraient pesante et embarrassée ; c’est le précepte  d’Horace  : Ut jam nunc dicat jam nunc debentia dici, Pleraque differat, ac praesens in tempus omittat. Il n ’est pas même besoin d’une  si grave autorité   pour  prouver une vérité si simple   ; car  le bon sens  est  la première source de cette r ègle./ /Si  le public  a trouvé quelque chose d’agréable et d’intéressant  dans l’histoire de ma vie, j ’ose  lui promettre qu’ il ne sera pas moins satisfait  de cette  addition.  Il verra  dans la conduite de M. des Grieux un exemple terrible de la  force d es passions. J ’ai à peindre un jeune   aveugle qui refuse  d’être heureux pour   se précipiter volontairement dans les dernières infortunes  ; qui , avec toutes les qualités dont se forme  le plus brillant   mérite ,   préfère par choix une vie obscure et  vagabonde  à tous les avantages de la fortune et de la nature ; qui  prévoit ses malheurs sans vouloir les éviter  ;   qui  les sent et qui en est accablé sans  profiter des remèdes  qu’ on lui offre sans cesse , et   qui  peuvent à tous moments les fin ir ; enfin u n caractère ambigu, un mélange de vertus et de vices, un contraste perpétuel de bons sentiments et d’actions mauvaises  : tel est  le fond du tableau que je présente ./  Les personnes de bon sens ne regarderont  point un ouvrage de cette nature comme  un travail inutile. Outre  le plaisir d’une lecture agréable, on  y trouvera peu d’événements qui ne puissent servir à l’instruction des mœurs ; et c’est rendre, à mon avis, un service considérable au public que de l’instruire en l’amusant.”/ https://fr.wikisource.org/wiki/Manon_Lescaut/Avis_de_l’Auteur 1.Un auteur fictif La démarche de Prévost est de se cacher derrière le personnage de son œuvre, monsieur de Renoncour. Cet univers de fiction prend donc une autre dimension : le flou s’installe. On entre donc dans une fausse réalité qui atténue la portée des objectifs littéraires affichés. Trois arguments sont utilisés pour justifier, “prouver”, la publication séparée de ce récit : un argument lié à sa singularité, à sa longueur et enfin au respect des règles classiques. - sa singularité La singularité vient de l’opposition entre l’autobiographie de Renoncour “mes mémoires” et l’histoire de Des Grieux “les aventures”, soit deux genres distincts : l’un subjectif, l’autre rapporté. On sait que ce sont deux oeuvres totalement fictives, ce qui en réalité détruit la portée de cet argument.  Dans cette première phrase, nous voici en présence de ce style, si distinctif, créé à partir d’une seule phrase complexe comprenant trois subordonnées, et employant trois modes de conjugaison, le subjonctif, l’indicatif et le conditionnel. Cette manière d’écrire se retrouve tout le long du roman se fondant sur la forme qui comprend des tournures de style, des redondances formant un rythme bancal qui vise au fond à exprimer plus de nuances. Ainsi “l’auteur” met en apposition une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de concession pour souligner son importance. “Quoique j’eusse pu”. La conjonction “quoique” signifie que la cause n'entraîne pas la conséquence attendue. En l’occurrence, le reste de la phrase va nous démontrer que cette solution n’a jamais été vraiment envisagée : c’est donc une formule de style. Comme l’emploi du subjonctif plus-que-parfait le révèle : rappelons que le subjonctif est le mode de la réflexion. Le choix du temps, le plus-que-parfait, a pour effet de souligner une action très incertaine. Cela revient à dire que l’auteur n’a en fait jamais sérieusement considéré l’option d’insérer Manon Lescaut qui s’oppose par sa singularité à l'œuvre totale. Comment le voit-on ? Par la concordance des temps qui est volontairement bancale : normalement, c’est l’imparfait qui aurait dû figurer, “il me semblait”.  Or, la principale est au passé composé de l’indicatif : “il m’a semblé”. La valeur de ce temps évoque une action qui vient de de se passer, ce qui donne une forme de spontanéité de l’écrit. Nous verrons que cette fausse spontanéité est une constante dans ce roman.  Nous avons donc affaire à un début de phrase alambiqué ; ce côté sinueux se poursuit avec l’emploi de deux verbes à l’infinitif ‘faire entrer” donnant une impression de lourdeur. La principale “il m’a semblé que” introduit une proposition subordonnée complétive qui, elle-même, ouvre sur une subordonnée participiale “n’y ayant point un rapport nécessaire”. On est donc sur une accumulation de propositions affirmative, négative, affirmative qui s'emboîtent pour ralentir le rythme de la phrase volontairement lent et haché. L’emploi de la forme négative ” ne… point”, de l’adverbe “y” et le participe présent “ayant” donne un effet purement déclaratif : rien n’est démontré, mais posé comme une évidence. On note la périphrase “rapport nécessaire” pour évoquer la différence qui sera répétée avec l’adverbe "séparément" donnant un effet de redondance.  “L'auteur" fait ensuite un lien entre le lecteur dont il lit les pensées et les deux récits avec le pronom personnel “les” : “que le lecteur trouverait plus de satisfaction à les voir séparément.” Le conditionnel présent a pour valeur d'émettre une probabilité certaine qui va de pair avec le comparatif de supériorité “plus que”.  - la longueur du texte  L’auteur fait en outre état d’une raison pratique : le confort du lecteur qu’il affiche comme justification. Notons que cet argument sur la longueur est exprimé paradoxalement en une seule phrase simple. Il repose sur l’opposition entre la “longueur” du texte et la durée de la lecture “longtemps”. Le plaisir du lecteur est donc le but recherché par l’auteur. Mais un troisième argument d’ordre théorique est censé emporter définitivement la conviction du lecteur : la tradition. - la tradition littéraire L’auteur cite le poète latin Horace, mais sans se comparer à lui :  “Tout éloigné,” prétendre” “écrivain exact” : il le prend comme figure tutélaire pour justifier de son choix. On peut traduire la citation latine : qu'il dise tout de suite ce qu'il est nécessaire de dire immédiatement et remette le reste à plus tard.  Qu'est-ce qu’on peut en déduire ? L’auteur révèle en fait toute l’importance de ce récit de Des Grieux à ses yeux. Il parle cette fois pour lui-même et non pour le lecteur.  Le champ lexical de l’écriture domine dans ce paragraphe avec des verbes de mouvement : “faire entrer”, “voir”, “interrompu”, “éloigné” “déchargée” "embarrassée". Cette référence renvoie la suite des mémoires “ma propre histoire” à un autre volume.  Après avoir asséné cette citation élevée au rang de précepte, l’auteur dit l’exact contraire dans la phrase suivante : il le fait avec le présent de vérité générale et deux verbes être qui sont des verbes d’état et non de mouvement. La figure tutélaire est renvoyée d’un revers de main avec la phrase déclarative à la forme négative : “Il n’est pas mêmebesoin d’une si grave autorité”. Cela donne un effet péjoratif conforté par l’adverbe “même”.  Pire le rapport de cause à effet est là encore faussé : pas besoin d’une si grave autorité /pour vérité si simple. On note l’opposition entre “grave” et si simple”. La fausse proposition de coordination introduite par “car” vient ajouter de la confusion. La théorie ne sert à rien, “le bon sens” suffit.  2. La description méliorative de l’œuvre  C’est en établissant un parallèle entre les Mémoires et les aventures de Des Grieux que l’auteur décrit la vie du héros : il utilise une métaphore filée, expose les péripéties sous un angle "publicitaire" avant d’exposer la morale. -la métaphore filée Il le fait avec le comparatif d’égalité “’il ne sera pas moins satisfait “. Notons que l’auteur change d’échelle du lecteur, on passe au “public”, auditoire plus large. Pour cela, il recourt à la métaphore filée de l’art : “peint”/”fond du tableau” : la description est en effet visuelle et le héros est présenté sous l’angle de la vue “un jeune aveugle”, une métaphore pour désigner ses erreurs. -Une "publicité" On a affaire à une sorte de réclame pour le livre qui doit tenir ses promesses :  “promettre” avec la redondance “agréable et d’intéressant”. D’emblée, c’est sous le signe du “plaisir” du lecteur que ce récit est placé.  Pour susciter l’envie, l’auteur évoque en premier lieu, une analepse, la fin de l’histoire présentée d’une manière plaisante avec le verbe au futur “il verra” et l’opposition entre : “exemple terrible” et “la force des passions.” Le sujet romanesque rend la lecture captivante : on est dans le registre de la passion qui au XVIIIe siècle est un thème en vogue.  Ensuite, la description des diverses aventures donnent un avant-goût du plaisir de la lecture. On retrouve la tournure grammaticale particulière déjà utilisée  : la succession de propositions juxtaposées se décomposant elles-mêmes en d’autres, créant ainsi un jeu de miroir. On a un effet de mise en valeur des péripéties. Ainsi la principale “J’ai à peindre un jeune aveugle” ouvre sur une multitude de propositions subordonnées relatives “qui refuse d’être heureux”/ “qui, avec toutes les qualités”/”, “qui prévoit ses malheurs sans vouloir les éviter ; qui les sent et qui en est accablé “. Ces propositions relatives se décomposent elles-mêmes en subordonnée infinitive “pour se précipiter volontairement”, ou en propositions relatives “dont se forme le plus brillant”/ ”qu’on lui offre sans cesse, et qui peuvent à tous moments les finir” : le rythme est enlevé, distrayant, les aventures nombreuses. La richesse narrative résulte des oppositions entre les termes “heureux”/infortunes”, “brillant/obscure”, “vertus/vices”, "bons sentiments et d’actions mauvaises”. On voit enfin que la description, loin d’être condamnable, repose sur une présentation méliorative : “force des passions”, “qualités”, ”le plus brillant mérite”/ “accablé”. On entre dans le registre lyrique et pathétique. Ce que recherche l’auteur, c’est de montrer le mouvement, l’oscillation “contraste perpétuel” entre le bien et le mal. C’est la vie qui est en elle-même le sujet du récit. Après avoir exposé le résumé, “commercial”, de l'œuvre, l’auteur nous invite à en découvrir la morale. -la morale L’avertissement débouche sur la morale de l’histoire, laquelle devrait aboutir à un jugement sévère. Paradoxalement, c’est une fausse condamnation, car le champ du plaisir est convoqué en premier “ le plaisir d’une lecture agréable” avant l’évocation même des “mœurs”. La morale ne peut être comprise, non plus par “le public”, mais par “les personnes de bon sens”, périphrase pour parler de personnes éduquées. L’emploi du futur fait ici fonction de certitude “regarderont “.  Pour les besoins de la cause, c'est-à-dire passer la censure, l’auteur reprend la tradition du fameux “placere et docere”, “plaire” pour instruire, cher à Horace qui n’est pas expressément nommé. Mais on sent trop de légèreté dans cette affirmation pour qu’elle soit prise réellement au sérieux. Pour donner le change, l’auteur évoque le rôle instructif de la littérature avec le champ lexical de l’utilité :  non un “travail” qui n’est pas “inutile”, tournure sous forme de litote,  procédé repris “n'y trouvera peu d’événements qui ne puissent servir”. Enfin on obtient une redondance avec “rendre une service considérable”. On retrouve “le public” qui redevient le cœur de cible du roman. Dans le paragraphe suivant, nous verrons comment ce roman est celui de la transgression sociale. article à suivre : les transgressions dans "Manon Lescaut"

  • La grammaire française

    Nous avons passé des années sur les bancs de l’école à écouter des leçons de grammaire aussi vite apprises qu’oubliées. La maîtrise grammaticale conditionne pourtant notre réussite dans notre vie professionnelle, mais également pour les candidats à des épreuves de fin de second cycle ou au niveau des études supérieures. Et si la langue française n’était pas si difficile qu’elle en a l’air ?  Grammaire française En dépit des années passées sur les bancs de l’école , pouvons-nous répondre à ces deux questions : combien de mots existe-t-il dans la langue française ? Pourquoi accordons-nous tel terme et pas un autre ? Admettons que peu d’entre nous savent répondre, car il ne nous reste que peu de notions claires, seulement des automatismes. Encore sommes-nous heureux de faire moins de fautes que nos contemporains.  La maîtrise grammaticale conditionne pourtant notre réussite dans notre vie professionnelle, mais également pour les candidats à des épreuves de fin de second cycle ou au niveau des études supérieures. Technologie À l’heure des correcteurs orthographiques et de l’IA, ce besoin de replonger dans la grammaire française parait incongru, voire totalement dépassé. Il n’en est rien au contraire. Il convient de se réapproprier nos bases pour ne pas être dépendants de la technologie. S’abandonner dans les mains des machines contribue à nous déshumaniser : cela formate nos esprits au point de nous rendre bêtement semblables.  La grammaire expliquée Et si nous la maîtrisions enfin pour nous aider à réfléchir et à apporter de la nuance à nos propos comme le dit un grand auteur :  Je regarde la grammaire comme la première partie de l'art de penser" Condillac, Cours d'étude pour l'instruction du prince de Parme. Cherchons ensemble à appréhender l’architecture générale de notre langue. Cela nous permettra de comprendre l’origine de nos erreurs de syntaxe avant de les corriger. Pas besoin, pour autant, de devenir un linguiste distingué, revenons seulement à nos fondamentaux grâce à ce précis grammatical. Il s’agit de manière synthétique de reprendre les bases de notre savoir avec des trucs et astuces pour les retenir. Une grammaire pour tous en somme est à découvrir sur ce site. Bac Par ailleurs, la Gazette littéraire travaille depuis des années pour nos amis lycéens dans la préparation de leurs deux épreuves du bac, à savoir l’écrit et l’oral. Elle se fonde sur l’utilisation de la grammaire pour comprendre l’enjeu du texte. Retrouvez, en outre, toutes ses fiches méthodologiques et synthétiques   pour soutenir les candidats indépendamment de l’analyse des œuvres au programme.  Par ailleurs, il est proposé des entraînements à l’écrit durant toute l'année ainsi que des solutions clé en main pour comprendre les erreurs dans sa propre copie. (offres payantes) Prépas scientifiques La Gazette accompagne également les étudiants de prépas scientifiques avec ses podcasts comprenant des épisodes de lecture suivie des livres au programme et d’analyse comparée dans leur épreuve de français-philosophie sur spotify.

  • "L’écorce" (H.Dorion)

    L’auteure a choisi « l’écorce » pour faire écho à la première partie du recueil ; elle convoque ainsi l’ouïe et le toucher, place l’homme dans la nature avant de montrer le pouvoir des forêts sur la nature humaine : on assiste ainsi à un triple mouvement poétique : extérieur/intérieur/extérieur. détail de "forêt", litteratus "L’écorce" (H.Dorion) On voit dans ce poème, "L’écorce" (H.Dorion), un texte court de sept vers. L’auteure a choisi « l’écorce » pour faire écho à la première partie du recueil ; elle convoque ainsi l’ouïe et le toucher, place l’homme dans la nature avant de montrer le pouvoir des forêts sur la nature humaine : on assiste ainsi à un triple mouvement poétique : extérieur/intérieur/extérieur. L'écorce : Débutons notre analyse par un premier texte du recueil situé dans la première partie, elle-même intitulée l’écorce incertaine , le poème consacré à  l’écorce . Nous utiliserons un outil basé sur  la méthode des 6 GR OS SES   C LE FS   de la Gazette. Il s’agit de colorier  le texte sous six angles à l’aide du moyen mnémotechnique suivant :      6           GR OS SES                                        C LE FS Gr : grammaire                               C : Conjugaison OS : oppositions                            le : champ lexical    SE : les 5 sens                              FS : figures de style   L’ écorce  un   b ruit  de  sc ie  b rouille  l e s i l en c e  per c e   l e  mur  de nos  frê l e s   i ll us i ons  les  forêts   g rin ce nt  et   ce  gémi sse ment  s ecoue nos   s olitudes Commentaire "L’écorce" (H.Dorion) est composé de sept vers qui sont libres, ce qui n’exclut pas des procédés classiques tels que les enjambements et le jeu de sonorités, les figures de style tout en présentant une originalité liée à un triple mouvement :  extérieur/intérieur/extérieur.   Il se décompose en deux parties inégales :  l’activité forestière : les 4 premiers vers, le pouvoir de la forêt : les 3 derniers vers La problématique choisie s’articule autour de la question de savoir comment le dérèglement du monde extérieur produit un effet sur l’intime.  La première partie de ce poème permet de mettre au jour une évocation complexe de la vie au travers d’une triple action extérieur/intérieur/extérieur. La seconde reprend ce schéma de manière plus concise.   Analyse linéaire  l’activité forestière On voit que l’auteure a choisi un titre faisant écho à la première partie du recueil, elle convoque deux sens particuliers avant de placer l’homme au cœur de la nature. a) Le titre On notera l’emploi de l’article défini « l’écorce » renvoyant à l’enveloppe du tronc ou des branches. Ce choix donne à ce poème un aspect universel.  La lecture de ce texte tranche avec le titre. Il traite davantage de l’abattage de l’arbre et moins de la destruction de son écorce. On est en présence d’une synecdoque qui évoque une partie pour parler d’un tout. L’auteure a voulu présenter l’écorce comme une barrière de protection. Elle reprend cette idée avec la métaphore du « mur » qui va dans le même sens comme nous le verrons ci-après. Mais comment cette écorce est-elle fragilisée ? b) Les deux sens La poétesse utilise un nom « un bruit » et deux verbes « brouille » et « perce » pour évoquer l’ouïe qui décrit donc une atmosphère désagréable.  On note l’allitération en b, qui est brutale et qui oppose la douceur du s de « silence »/ » perce »/« scie » avec l’aspect dérangeant du z « frêle s  illu si ons » : il y a un travail poétique sur les sonorités.   Elle emploie, en outre, la valeur du présent comme une vérité générale. L’action humaine joue ainsi un rôle dévastateur sur la nature.  Le sens de l’ouïe est utilisé avec « brouille » et « perce » selon un procédé d’enjambement avec un contre-rejet : l’idée est d’accentuer le poids des deux verbes.  Notons le double sens du terme « perce » qui fait surgir le toucher.  Ces deux sens sont donc convoqués comme des opérations extérieures et violentes. Notons que le premier verbe fait entrer de la confusion là où il y avait une unité verticale avec l’emploi du nom « le silence », le second suggère un acte de destruction qui est horizontal.  La nature est donc cernée de toute part par l’activité humaine. Elle est ainsi empêchée par la main de l’homme.  c) la présence de l’homme "L’écorce" (H.Dorion) met en scène deux représentations opposées de l’homme, le forestier et le genre humain. Si l’un n’est pas nommé pour contester sa force, l’autre l’est pour en souligner paradoxalement sa fragilité. Dans le vers 1, la poétesse évoque l’action du forestier sans jamais le nommer expressément. En effet, c’est l’outil qu’il tient dans sa main qui est le sujet de l’action « une scie ». Avec l’emploi du déterminant indéfini, c’est un objet de force menant à la destruction. Le procédé choisi est donc allusif, péjoratif en l’espèce, car il est destiné à critiquer. À l’opposé, on note le genre humain qui est nommé avec l’emploi de « nos frêles illusions « . C’est une volonté de l’auteure de le valoriser avec la répétition du déterminant possessif « nos ». Cet emploi de la première personne du pluriel permet d’établir une intimité entre la poétesse et les hommes en soulignant leur proximité.  Cette vision suggère non la force comme dans le vers 1, mais au contraire la fragilité au vers 4 avec l’emploi de "frêles" qui constitue un enjambement avec un contre-rejet, ayant une valeur de mise en valeur. Ce groupe nominal comporte une opposition : l’épithète « frêle » renvoie à une apparence physique alors que les « illusions » évoquent, à l’inverse, l’esprit. Hélène Dorion montre ainsi la confusion de la nature humaine et donc sa faiblesse. Mais cette faiblesse est cachée à l’homme lui-même qui s’est créé une protection avec le mot « mur » qu’il faut prendre au sens métaphorique.  « Le mur » suggère une structure dure et rigide faite pour se protéger. De quoi se protège-t-on ? L’auteure joue sur les termes « silence/illusions » : on note l’opposition entre le singulier qui est défini « le silence », c’est-à-dire l’unité et le pluriel, « nos illusions » pour signifier la confusion.  On comprend ainsi que l’homme se fuit lui-même, se coupe de son intériorité avec « le silence » pour vivre à l’extérieur de lui-même dans le mensonge « illusions ». On a une référence pascalienne dans ce passage (cf. le divertissement). On voit que c’est le vers le plus long du poème à l’image du rapport faussé que la nature humaine entretient avec la vérité.  Mais chez Hélène Dorion, tout est dualité : là où l’activité nous éloigne de nous-mêmes, «brouille l e silence “, elle nous permet aussi d’y revenir comme le dit "perce le mur/de nos frêles illusions" : on obtient un mouvement extérieur/intérieur/extérieur. Le registre se fait lyrique. On note ainsi la singularité poétique de l’auteure qui se fonde sur un équilibre impossible : cela figure la complexité de la vie.  Voyons le pouvoir de la forêt. 2. Le pouvoir de la forêt La suite du poème donne un effet de concision. Le centre de gravité quitte l’arbre pour englober, cette fois, les forêts.  Le schéma extérieur/intérieur/extérieur est repris.  a) la concision Ce qui frappe dans ces trois derniers vers, c’est la recherche de simplicité : si on relève deux propositions simples comme dans la première partie, l’absence d’adjectif permet d’obtenir un effet de concision. Pourquoi ? Hélène Dorion évoque, cette fois, la nature qui s’oppose aux faux-semblants des hommes. Cette nature nous est donnée à voir sans artifice. Qu’est-ce qu’elle a donc à nous apporter ? b) les forêts On est ainsi passé de l’écorce d’un arbre (une partie) à l’ensemble des arbres (le tout) : c’est encore une synecdoque. Cela donne au poème un angle plus large d’autant plus large qu’il ne s’agit pas de la forêt au singulier, mais du pluriel, "les forêts". Le déterminant défini nous situe donc sur une vaste échelle, le monde. Alors que dans la première partie, la nature était l’objet de l’action humaine, l’auteure en fait désormais le premier sujet de l’action "les forêts  g rin ce nt’"au vers 4. Au vers suivant, on passe au singulier avec "ce gémi sse ment" : l’auteure joue sur la dualité de la vie. Il s’agit de considérer le pouvoir des arbres sans l’homme, de redonner à la nature sa place. Quelle est donc sa place ? Loin de proposer une vision classique, contemplative, Hélène Dorion insiste sur un aspect désagréable de la nature : elle  reprend le sens de l’ouïe avec le verbe "grincent" et le nom "ce gémissement" qui est une personnification.  Notons la gradation entre le premier qui évoque du bruit indistinct et le second qui indique, cette fois, un bruit précis, une plainte : on est en effet passé d’un bruit de la nature à une récrimination comme le ferait un homme.  Les forêts ont ainsi un message triste et douloureux à délivrer. Cette note négative est contrebalancée par la reprise de l’allitération en s : la douce sonorité en s est amplifiée au dernier vers où il apparaît à deux reprises :  "grincent/gémissement/secoue/solitudes".  Cela donne au texte un effet lyrique. Par ailleurs, le toucher avec le verbe "secoue", verbe qui fait l’objet d’un enjambement avec contre-rejet pour exprimer une certaine violence, est encore présent : on est sur une continuité poétique comme l’indique la repétition du triple mouvement. c) reprise du mouvement  Le schéma extérieur/intérieur/extérieur est repris de manière condensée.  C’est l’extérieur, par l’intermédiaire de deux bruits, celui désagréable des arbres "grincent" et celui plaintif "ce gémissement", qui entre en résonance avec notre intériorité. Celle-ci est exprimée par le groupe nominal "nos solitudes" : là encore, le déterminant possessif renvoie au commun destin de l’humanité.  C’est alors que le dernier vers "secoue nos solitudes" prend la forme d’une invitation positive à sortir de nous-mêmes pour être en harmonie avec  l’extérieur.  Le rôle des forêts est donc d’offrir le meilleur rapport de soi au monde.  article à suivre : Il fait un temps de bourrasques”  (3e partie)

  • Sélection de livres sortis en 2025

    Comme chaque année, la Gazette vous propose un choix de livres sortis au cours de l'année : il s'agit d'ouvrages de fiction ou d'essais disponibles grâce à la formidable production éditoriale française. Sélection de livres 2025 La Gazette vous propose une sélection de livres 2025 que ce soit des ouvrages de fiction ou des essais publiés cette année grâce à la formidable exception française. Il s'agit de livres choisis et lus de manière indépendante au gré de mes intuitions et de mes découvertes. Bonne découverte ! Tableau Fiction Non-fiction Le Chant du prophète Paul Lynch Albin Michel En Irlande, dans une époque qui nous est contemporaine, comment s'efface subrepticement la démocratie. Lutte éternelle entre le pot de terre et le pot de fer Quand j'étais licorne, Michel Zink Bestial JC Lattès   Le mythe de la licorne vu par ce grand médiéviste, qui y ajoute, avec beaucoup esprit, le souvenir de cette passion atypique et toute personnelle pour cet animal symbolique...  Vivre tout bas, Jeanne Benameur Actes Sud Le relèvement d'une mère après la mort violente de son fils... Notre Guerre quotidienne Andreï Kourkov Noir sur blanc Récit journalier de la guerre entre août 2022 et février 2024 : un témoignage de résistance... L'Or de Jérusalem Nathalie Cohen Flammarion Un couple en fuite se trouve en Judée à l'époque où la Rome de Néron cherche à mater la révolte des juifs... Autocratie(s) : quand les dictateurs s'associent pour diriger le monde  Anne Applebaum Grasset Un examen passionnant de l'association de fait des autocrates et aussi des pistes de réflexion pour lutter contre ce fléau (actions collectives notamment contre la kleptocratie et protection de l'information...) L'Inventaire des rêves  Chimanda Ngozi Adichie Gallimard le rêve américain partagé par quatre femmes issues du continent africain... La Bible : qu'est-ce que ça change ? Thomas Römer Labor et fides Un ouvrage de culture générale, passionnant... Giovanni Falcone Roberto Saviano Gallimard Récit de la lutte menée par des juges intègres et courageux contre la mafia sicilienne, et combat dans lequel s'inscrit le juge Falcone qui, sans jamais faiblir, le mène au sacrifice de sa vie... Le Jardin anglais Charles Wright Albin Michel Partez sur les routes anglaises avec l'auteur et son père et savourez le charme so british de leurs rapports familiaux si pudiques et pourtant si profonds...  Immortels Camille Kouchner Seuil Récit d'une complicité entre deux jeunes élevés ensemble dans une atmosphère familiale délétère... La Nef de Géricault Patrick Grainville, Julliard Récit autour de la conception et l'exécution du  Radeau de la Méduse,  tableau iconique du Louvre..., Mirages et naufrages Giosuè Calaciura Notabilia Recueil de nouvelles autour de la mer... L'Accident Jean-Paul Kauffmann Equateurs littérature Pour comprendre comment l'auteur a fait preuve de résilience durant ses trois années de captivité, récit poignant d'une France des années 1950... L'affaire de la rue Transnonain Jérôme Chantreau La Tribu Un fait divers survenu le 14 mars 1834 à Paris cachant une bavure militaire couverte par le pouvoir... L'Heure des Prédateurs Giuliano Da Empoli Gallimard Une galerie de portraits des prédateurs de notre époque à la lumière de la vie de César Borgia ... Rendez-vous ici David Nicolls Belfond Un week-end de marche dans le nord de l'Angleterre, entre humour et gravité : une romance qui ne cède pas à la facilité... Une nuit au cap de la Chèvre François Cheng, Gallimard Méditations du poète à la pointe du Finistère : recherche de l'unité entre la pensée occidentale et orientale... Haute-Folie Antoine Wauters Gallimard Rentrée littéraire :  un secret de famille pèse sur deux générations qui cherchent à s'en libérer par différents moyens... Toutes les époques sont dégueulasses, Laure Murat, Verdier Un essai littéraire qui a le mérite de revenir sur la question des adaptations des  classiques  pour tenir compte des  sensitive readers... La Maison vide Laurent Mauvignier les Éditions de minuit Rentrée littéraire : un chef-d'œuvre, un coup de cœur tant sur le fond que sur la forme : une famille française sur quatre générations avec ses injonctions, ses failles, ses trahisons, ses non-dits... Émile de Girardin : le Napoléon de la presse Adeline Wrona Gallimard Biographie d'un Rastignac de la Presse devenue une figure incontournable du XIXe siècle Nourrices Séverine Cressan Dalva   Dans une langue exceptionnelle, le récit de ces femmes autrefois employées à nourrir les enfants des autres : entre nécessité économique et attachement à un enfant qui n'est pas le sien... J'ai choisi la vie Monique Lévi-Strauss Plon    Parcours personnel de cette femme juive-américano-belge en Allemagne durant la 2e Guerre mondiale, avant sa rencontre donnant lieu à une vie commune avec le célèbre anthropologue... Tant mieux Amélie Nothomb Albin Michel Hommage à la mère de l'auteure dont le parcours de vie est narré à la première personne du singulier... Le Buveur de brume Guillaume Gallienne Stock Dans cette collection, l'auteur a relevé le défi de passer une nuit dans un musée, pas n'importe lequel, celui où est exposé le tableau de son aïeule à Tbilissi en Géorgie : récit intime avec émotions et autodérision au cours duquel l'auteur revisite son histoire personnelle et familiale. Des Enfants uniques Gabrielle de Tournemire Flammarion   Comment une histoire d'amour entre deux jeunes handicapés  demeure sous le contrôle de la société et de leurs familles... L'Ours et le Dragon Russie-Chine : histoire d'une amitié sans limites ? Sylvie Bermann Tallandier Essai Analyse des relations sino-russes depuis le 17e siècle à nos jours : une vassalisation à géographie variable  L'homme qui lisait des livres Rachid Benzine Juillard L'histoire d'une famille palestinienne racontée par un libraire à Gaza... Folcoche Emilie Lanez Grasset Un sordide règlement de compte familial entre Hervé Bazin, au casier judiciaire bien rempli, et sa mère devenue -sous sa plume rageuse-, u ne Folle cochonne  (abréviation:  Folcoche ) : un "meurtre" littéraire bien documenté à partir d'archives de police et de la famille réduite au silence... Les Preuves de mon innocence Jonathan Coe Gallimard Une narration enlevée autour d'un crime  commis sous l'ère de Liz Truss... La Collision Paul Gasnier Gallimard   À la suite de l'accident survenu entre un jeune garçon et la mère de l'auteur, enquête sur deux France séparées... Passagères de nuit Yanick Lahens Sabine Wespieser Lignée matriarcale de femmes ayant vécu sous le joug de l'esclavage... Pour l'amour du peuple Marc Lazar Gallimard Histoire du populisme en France du XIXe-XXe siècle La thèse de cet ouvrage vise à montrer que le populisme n'est pas une nouveauté mais un mal récurrent s'épanouissant dans les périodes de crise démocratique... Adieu Kolyma Antoine Sénanque Grasset À Budapest occupée par les chars russes en 1956, d'anciens détenus du goulag vivant cachés voient leur haine se raviver...  38 rue de Londres Philippe Sands Albin Michel Récit autour de l'arrestation en 1998 de Pinochet à Londres et de la protection que ce dernier a accordé dès son accession en 1973 à un ancien SS Rauff au Chili : deux impunités scandaleuses...  Les Éléments John Boyne, JC Lattes L'eau, la terre, le feu et l'air à l'épreuve d'une tragédie familiale en Irlande... Le Christ de Camus, Véronique Albanel, Desclée de Brouwer, Vénération de l'auteur pourtant non chrétien pour le Christ au travers de ses écrits... Gabriel's Moon William Boyd Seuil Un roman d'espionnage qui conduit un journaliste-écrivain pendant la Guerre froide à effectuer des missions dangereuses... Avec les grands livres , Emmanuel Godo, éditions de l'Observatoire, sur l'importance de ces œuvres intemporelles d'hier et d'aujourd'hui et les ressources qu'elles offrent pour toute une vie...

  • Prépas scientifiques

    Concours 2026 : retrouvez les trois ouvrages (Haushofer, Verne, Canguilhem) au programme de l'année dans une série d'épisodes consacrés à la lecture approfondie des œuvres et à leur analyse croisée. Puis appliquez la bonne méthode pour maîtriser l'art de la dissertation dans l'épreuve français-philosophie des prépas scientifiques. Retrouvez, en outre, des sujets d'entraînements pour être prêts le jour J... Sur Spotify Prépas scientifiques La Gazette vous propose une série d'épisodes consacrés à la lecture accompagnée des trois œuvres au programme, puis à l'analyse comparée. Dans un second temps, nous ferons un point méthodologique pour maîtriser les règles de la dissertation avec des sujets d'entraînement. Lecture suivie Retrouvez le détail des épisodes et leur durée : il s'agit de podcast en accès mi gratuit, mi payant. Le Mur invisible, M. Haushofer présentation, (8 :50 ) l'évènement du 30 avril , (5:36) un nouveau mode de vie , (9:17) d'une vie heureuse au projet de l'alpage, (10:15) la vie dans l'alpage, (6:27) retour au chalet, (9:24) l'intrusion funeste, (6:52) Vingt mille lieues sous la mer, J. Verne À la recherche d'une baleine inconnue, (11:15) , L'entrée dans la Nautilus, (12:21) , le début des explorations (9:43) , Premier incident (05:51) , De l'Océan Indien à la Mer Rouge (07:46), De la Méditerranée à l'Atlantique (05:57) , De l'Atlantique au Pole Sud (14:03), Dernière péripétie (09:27) La Connaissance de la vie, Canguilhem introduction et méthode (18:45) , l'aspect du vitalisme (09:24) machine et organisme (15:50) , Le vivant et son milieu (12:57) , Le normal et le pathologique (06:52) , la monstruosité et le monstrueux (06:1) , Analyse comparée Vous trouverez en outre les podcast consacrés à l'analyse comparée de ces trois œuvres : Plan de l'étude (02 :42) , analyse du sujet face au genre littéraire (09:33) , nature et cadre de l'expérimentation (24:41) , les différents types d'expérimentation et leurs conséquences (15:43), Conception du monde et éthique (17:33) , Nature et culture/registres littéraires (16:06) Épreuve philosophie-français : méthode Il est important de rappeler la nature de l’épreuve : il s’agit d’une dissertation d’abord de philosophie (i.e. réflexion argumentée personnelle) illustrée à partir d’exemples pertinents tirés exclusivement du programme de français et non l’inverse. C’est pourquoi il est plus simple de renommer cette épreuve philosophie-français pour éviter toute confusion. Voyons la méthode qui fait gagner du temps : retour sur ses exigences et la durée requise pour bien la maîtriser avant de découvrir une sélection de sujets d'entrainement pour vous exercer utilement. 3.1 Méthode I. Analyse du sujet : citation à décomposer selon la méthode suivante : Sachez que vous allez réutiliser certaines de ces étapes dans votre introduction. 1. relevez en soulignant selon la méthode des 6  GR OS SES   C LE FS  © applicable au commentaire de texte pour bien comprendre le sujet : (durée 2mn) La ponctuation, Les sujets, Les verbes aux modes et temps utilisés, Les adverbes, Les compléments, Les connecteurs logiques, Les oppositions. 2. reliez la citation au thème général Expériences de la nature (1mn) (à insérer dans l'intro) 3. recherchez les mots-clefs essentiels (importance des verbes et des négations etc.) (2mn) 4. définissez les mots-clefs de manière complète : définition positive/négative (3 mn) : (à insérer dans l'intro) 5. reliez les termes prédéfinis suivants au thème : (2mn) : (à insérer dans l'intro) : Nature de l’expérimentation Cadre de l’expérimentation Types d’expérimentation Les conséquences sur la nature, La conception du monde, Les questions d'ordre éthique, Le rapport nature/culture thèmes :  environnement, science, le droit, le devoir, la transgression, 6. problématique : demandez-vous quelle est la question  qui est sous-jacente à la citation. Trouvez ensuite une opposition ou un paradoxe à partir de votre analyse (4 mn) : indiquez thème principal mis en évidence, puis développez-le sous forme de paradoxe à l’aide d’interrogations dans votre introduction. II. Recherche du plan : en 3 parties avec chacune 2 sous-parties (10mn) Ce plan de philosophie part d’une réponse évidente aboutissant à une limite (I). Cela conduit à la IIe partie qui développe les difficultés posées par le I, mais cette deuxième partie présente, elle-même, des limites. C’est alors la IIIe partie qui cherche à sortir de l’impasse par le choix d’un autre point de vue. Vous devez justifier tous vos arguments à l’aides d’exemples tirés des trois œuvres au programme combinées. Pour schématiser, cela donne 3 parties :   I. Certes  : partie la plus simple de la démonstration : réponse évidente  A/ arguments évidents à développer et à illustrer avec une, deux ou les trois œuvres du programme, B/ nouvel argument à expliquer sur les limites de l’évidence et à illustrer avec les œuvres du programme,   II. Mais : on ne dit surtout pas l’inverse du I, on change juste de niveau de réflexion laquelle est plus poussée : le cœur du sujet A/ arguments philosophiques à démontrer et à illustrer avec une, deux ou les trois œuvres du programme, B/ argument expliquant les limites du A et à justifier avec une, deux ou les trois œuvres du programme.   III. Alors : on ne peut pas revenir au I et au II : pour sortir de l’impasse : on s’intéresse aux aspects posés par le sujet (on questionne finalement le sujet) : 3 possibilités dans cette dernière partie toujours à expliquer avec une, deux ou les trois œuvres du programme ou on montre en quoi la solution se trouve dans un point de vue éthique (=la morale) ou on montre que la solution se trouve dans une démarche philosophique, méthodique etc….  ou on montre en quoi la solution se trouve au niveau esthétique recherche d’exemples précis dans les trois œuvres pour compléter le plan détaillé (5mn) : retrouvez le podcast de la Gazette littéraire    3.2 Rédaction de la dissertation Utilisez le DEC pour chaque argument : D ire (philo) E xpliquer (philo) C iter (français) Pour éviter le charabia : obligez-vous à formuler avec une phrase simple (1 verbe conjugué) = 1 idée. Utilisez des mots de liaison et des connecteurs logiques, Pensez enfin à vous relire (vérifier accords sujet/verbe et nom et adjectif).   Sujets possibles  Exercez-vous avec les sujets proposés ci-après : "Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d’un bout vers l’autre. Quelque terme où nous pensons nous attacher et nous affermir, il branle et nous quitte et si nous le suivons, il échappe à nos prises,nous glisse et fuit d’une fuite éternelle. Rien ne s’arrête pour nous. C’est l’état qui nous est naturel, et toutefois le plus contraire à notre inclination ; nous brûlons de désir de trouver une assiette ferme, et une dernière base constant epour y édifier une tour qui s’élève à l’infini ; mais tout notre fondement craque, et la terre s’ouvre jusqu’aux abîmes." Pascal, Pensées, fragment 200 (Brunchwicg) - 347 Lafuma p.168 "La nature offre dans ses phénomènes une immensité à laquelle aucune mesure déterminée ne peut être adéquate.La vue d’une mer sans limites, d’une hauteur qui s’élève jusqu’aux nuages, ou d’un espace s’étendant à l’infini, fait naître en nous le sentiment de notre petitesse sensible, mais aussi celui de la supériorité de notre raison, qui conçoit l’infini sans jamais pouvoir le voir. " Kant, Critique de la faculté de juger, §25 "Le monde est ma représentation. – Cette proposition est une vérité pour tout être vivant et pensant, bien que, chez l’homme seul, elle arrive à se transformer en connaissance abstraite et réfléchie. Dès qu’il est capable de l’amener à cet état, on peut dire que l’esprit philosophique est né en lui. Il possède alors l’entière certitude de ne connaître ni un soleil ni une terre, mais seulement un œil qui voit ce soleil, une main qui touche cette terre ; il sait, en un mot, que le monde dont il est entouré n’existe que comme représentation, dans son rapport avec un être percevant, qui est l’homme lui-même. S’il est une vérité qu’on puisse affirmer a priori, c’est bien celle-là ; car elle exprime le mode de toute expérience possible et imaginable, concept de beaucoup plus général que ceux même de temps, d’espace et de causalité qui l’impliquent." Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, ch 1   "La vie est une tendance à l’action, et l’univers tout entier la continue. "  Bergson, L’Évolution créatrice  (1907), chap. I

  • Apprendre à lire ? (podcast)

    La Gazette littéraire vous propose un  podcast sur Spotify   consacré à notre rapport avec la lecture. Et si vous suiviez l’itinéraire d’une mauvaise lectrice qui s’adresse à vous aujourd’hui ? Elle vous donnera également ses trucs et ses astuces pour lire de manière fine et efficace. Elle vous parlera enfin de son drôle de rapport au livre qui n’a jamais cessé de faire d’elle une mauvaise lectrice. Disponible gratuitement sur Spotify Apprendre à lire Que nous soyons de grands lecteurs, de lecteurs occasionnels ou de mauvais lecteurs, nous avons été nécessairement exposés à une œuvre qui a décidé un jour du rapport que nous entretenons actuellement  avec la lecture :  un roman, une pièce de théâtre qui nous a touchés, ou une poésie qui nous a émus, ce peut être ce même roman, cette même pièce de théâtre ou cette poésie-là qui nous a, au pire, dégoutés, au mieux rendus indifférents à ce type de texte. Rapprochons-nous de ce temps précis et remémorons-nous la disposition d’esprit dans laquelle nous nous sommes trouvés à ce moment-là. Peut-être avons-nous le souvenir d'une émotion positive ou d'une émotion négative à la lecture de cette œuvre : il n'est pas impossible que ce rapport à la lecture ait découragé certains d'entre vous qui ont été confortés dans l'idée que lire n'était pas pour eux. C’est rappeler l’importance de l’enseignement du français dans la transmission non d’un seul savoir, mais du goût de lire. Si l'on apprend à lire, on apprend si peu à aimer lire… Données Rappelons des données sociologiques élémentaires : si nous avons la chance de vivre dans un environnement familial où il existe des livres, nous serons plus disposés à être lecteur que ceux qui n’ont pas eu cette chance. Enfin, cela était vrai avant l’arrivée du smartphone et des réseaux sociaux qui perturbent nos habitudes de lecture quelle que soit notre origine culturelle. Désormais, l’écrit est concurrencé par l’image avec sa présence immédiate, facile et hypnotique, alors qu’il faut bien reconnaître que le texte avec ses signes oblige à effectuer un effort qui n’a rien d’immédiat, de facile et …d’hypnotique.  Il s’avère que les écrans fatiguent, au sens physique et moral du terme. Une cure nous permettrait de souffler. On entend partout dire que le livre est un outil formidable.  l'univers du livre Et si nous prenions donc un livre en mains ?  Bonne idée, mais lequel ?  Lorsqu’on n’est pas un grand lecteur, on ne sait pas choisir dans la profusion d'offres. Les émissions littéraires semblent souvent rébarbatives et les livres semblent inatteignables. Les médiathèques ne sont-elles pas vues comme des lieux où l'on emmène davantage ses enfants que soi-même ? D’ailleurs, il faut posséder une carte. Une contrainte de plus. La bibliothèque est un peu ce lieu obscur où l’on n’est pas à l’aise avec ce silence si particulier. Un lieu à part. Il reste les librairies, le temple du livre, si l’on ose y pénétrer et où l’on peut demander des conseils. Encore faut-il oser dire que l’on n’est pas un grand lecteur, pour ne pas dire autrement que l’on ne lit pas ou peu… Dans nos sociétés, cela nous fait passer pour des idiots, des incultes. On ne le crie donc pas sur les toits. Souvent on préfère dire que l’on n’a pas le temps , ou de manière offensive que c’est une activité réservée à des oisifs alors que l’on se rengorge d'être, au contraire, dans le concret, dans l’action, dans la vie en somme… Il reste enfin le bouche à oreille, la meilleure option finalement. On est vite, comme on dit "pitché", sans chichi, souvent avec beaucoup d’enthousiasme et cela donne carrément envie ! Banco ! Nous voilà donc avec l’objet prêté et nous voici aussi avec de sourdes attentes de notre préteur. On n'imagine pas les froissements de susceptibilités, les querelles ou les brouilles autour d’un livre proposé, d’une part, et mal reçu, d’autre part. Des amitiés peuvent en être rompues… Décidément le monde du livre n’est pas un long fleuve tranquille. Notre rapport au livre tourne autour de cet adage : Dis-moi ce que tu lis, je te dirais qui tu es.  Le  rapport au livre nous définit assez finement… Dans le fond de nous-mêmes, on aimerait quand même bien goûter aux fruits de la lecture : on entend partout les bienfaits pour la santé mentale, pour nos facultés cognitives…  Mais comment faire ?  Mémoires d'une mauvaise lectrice Et si vous suiviez l’itinéraire d’une mauvaise lectrice qui s’adresse à vous aujourd’hui ? Elle vous narrera ses difficultés avec la lecture dans ses études avant sa vie professionnelle et avant la création de la  Gazette littéraire  en 2009. Vous aurez compris que je suis cette mauvaise lectrice, Je vous donnerai également ses trucs et ses astuces pour lire de manière fine et efficace. Apprendre à lire ? Et si une méthode vous permettait de bien choisir le bon livre pour vous ? Et si vous découvriez les techniques pour commencer et finir sans peine un ouvrage. Je vous parlerai enfin de mon drôle de rapport au livre qui n’a jamais cessé de faire de moi une mauvaise lectrice. Mais loin d’en avoir honte comme autrefois, j'assume cette qualification qui fait de moi une lectrice compulsive et exigeante, une lectrice avec un fort “mauvais” esprit. Je vous donne rendez-vous dans les neuf épisodes de ce podcast gratuit pour vous aider à reprendre la lecture sans complexe et avec beaucoup de plaisir : Comment lire ? (5:17) Une "mauvaise" lectrice (O4:06) CP² (09:43) Premières stratégies pour lire (09:36) Comment je suis devenue une "bonne" lectrice (O5:36) Lire avec un crayon (06:43) La lecture à l'âge adulte (10:11)   La création de la Gazette littéraire (12:26) Le pouvoir du livre (10:22)

  • Portée du "Menteur"(Corneille)

    Bac : quelle est la portée de la pièce ? Quelle est sa morale ? Quelle est la fonction de la comédie cornélienne ? Quel rôle joue le mensonge ? Enfin comment décrire le héros cornélien ? source Gallica Portée du "Menteur"(Corneille) Nous allons chercher à comprendre la portée du "Menteur"(Corneille), c'est-à-dire l'enjeu de la pièce au regard des aspects suivants : La morale de la pièce Le sujet de la pièce invite à se questionner sur la morale posée par la pièce. On rappelle le propos de la comédie de Corneille tourne autour du mensonge qui est vu, du point de vue de la morale, comme un vice.  Le Menteur serait-il donc une comédie immorale ? Contexte  Dans le contexte du XVIIe siècle, il faut rappeler l'influence morale de deux courants : les jansénistes et les jésuites. Les jansénistes condamnent le genre théâtral considéré comme un divertissement frivole au sens pascalien du terme : la littérature, en général, et le théâtre, en particulier, ne créent que du mensonge en croyant imiter le vrai. Cette circonstance détourne ainsi l'homme de sa quête personnelle de la vérité.   Le courant jésuite, réputé trop laxiste, est critiqué par les jansénistes avant que ce dernier mouvement ne soit condamné par Louis XIV.  Il a fallu pour les théoriciens de la morale justifier du bien-fondé de la littérature théâtrale. Aubignac a ainsi cherché à promouvoir l’idée que la littérature a pour mission noble d’enseigner de grandes vérités aux hommes. On a ainsi conçu le théâtre comme un moyen d'expression destiné à corriger l'homme. Castigat ridendo mores , le rire corrige les mœurs, ce qui est le propre du théâtre de Molière.  La comédie, de ce point de vue, est censée inviter l'homme à s’amender, à corriger ses défauts par le rire.  On voit donc l'enjeu moral qui sous-tend le théâtre au 17e siècle. Qu'en est-il chez Corneille ? Comédie cornélienne Intéressons-nous, si vous le voulez bien, à la dernière tirade de l’acte V mise dans la bouche du valet, Cliton : analysons-la selon l a m éthode des 6 GR OS SES   C LE FS ©  :  Gr  : grammaire                               C  : Conjugaison OS : oppositions                            le : champ lexical  SE  : les 5 sens                            FS : figures de style CLITON , seul. Comme en sa propre fourbe un  menteur s’ embarrasse  ! Peu   sauraient comme   lui  s’en tirer avec grâce. Vous  autres qui  doutiez   s’ il en pourrait sortir, Par un si rare exemple apprenez  à mentir.   Le dernier vers surprend sur le plan de la morale. Le Menteur serait-il donc une comédie immorale ? On souligne l’habileté de la tirade reposant sur une maxime morale (a), sur une double interpellation (b) et enfin sur la dispensation d’un conseil apparemment immoral ©. a) une maxime Le premier vers est amené par le résumé de la comédie. “Comme en sa propre fourbe un menteur s’embarrasse !“. Avec cette phrase exclamative, Corneille évoque les pièges du mensonge ou, pour le dire autrement, le risque du menteur d’être pris à ses propres mensonges. Il s'agit pour lui de poser une maxime ayant une valeur de vérité générale dite au mode indicatif présent. On est donc dans une posture morale, dissuasive en somme. Mais la suite de la tirade sort de ce champ avec une double interpellation. b) une double interpellation Dans les deux vers suivants, Corneille interpelle à la fois le genre humain  “peu”, mais également les spectateurs “vous autres” dans un face à face avec le valet dont la didascalie nous dit qu’il est “seul” : on a donc une gradation descendante. Par ailleurs, il recourt au mode conditionnel, celui de l’hypothèse. Ainsi on a une opposition dans la quantité avec l’adverbe “peu” signifiant une quantité moindre et “vous autres” avec le pronom personnel 2e personne du pluriel, indiquant, à l’inverse, une grande quantité. C’est dans les deux cas l’évocation d'une impossibilité  avec l’utilisation du mode conditionnel, celui de l’hypothèse avec “sauraient/pourrait”. Les deux propositions subordonnées successives, l’une relative “qui doutiez” à l'imparfait de l'indicatif marquant la suspicion du public et, l'autre, interrogative indirecte au conditionnel “ s’il en pourrait sortir,” sont destinées à montrer l’imbroglio des mensonges et le talent du personnage principal. Cette double interpellation du genre humain et du public laisse la victoire au héros cornélien avec la comparaison avec l’adverbe “comme lui”. On aurait pu en rester là, mais Corneille va plus loin… c) Immoralité ? On aboutit enfin à un changement de ton, l’impératif “apprenez à mentir” qui est mis en fin de vers. Notons l'insistance sur l’exemplarité mise en avant : quelle est donc la valeur de ce mode ?  Comme vous le savez, l’impératif renvoie à l’ordre ou au conseil. Il s'agit de déterminer ce point pour voir la valeur morale ou immorale de cette comédie en particulier et de la comédie en général. Il existe une nuance de taille : Si c’est un ordre, c’est nécessairement immoral ; Si c’est un conseil, on entre alors dans un domaine qui dépasse la morale. Qu’en est-il ?  À la lecture fine de ce dernier vers, on note une ambiguïté : “Par un si rare exemple apprenez à mentir.”, Deux sens sont, en effet, à relever :  soit si vous voulez mentir, mentez bien sinon abstenez-vous : conseil pratique plutôt immoral, soit si vous voulez mentir compris comme une volonté de créer une œuvre de fiction, soyez crédible :  c’est évidemment un conseil, non immoral, mais d’ordre esthétique. C’est évident le second sens qui prévaut et renvoie à la fonction de la comédie dévolue par Corneille La fonction de la comédie cornélienne Plaisir Au XXe siècle, on a estimé que Corneille a dispensé des idées morales et politiques, mais c'est sans compter sur ses nombreuses dénégations formulées de son temps. Tout au long de sa carrière, il n'a cessé, en effet, de dire que la fin ultime de son théâtre n'avait rien à voir avec l'instruction morale ou civique du spectateur.  Il se sert des travers humains pour nourrir sa comédie :  il fait donc de la comédie à partir des mœurs de la société de son temps. Mais ce n'est que son matériau et non une fin en soi. Pour Corneille, le théâtre doit ainsi obéir à un seul impératif : le plaisir. Il considère qu'une œuvre doit procurer au spectateur un divertissement. Il faut aussi rappeler qu’au moment du Menteur triomphe alors, depuis la Fronde, la comédie burlesque espagnole, au rire plus fin, plus délicat que celui de la commedia dell’arte italienne.  Epître Pour s’en convaincre, relevons ses propos dans l’épître précédant sa pièce en coloriant les points les plus importants selon  l a m éthode des 6 GR OS SES   C LE FS ©  :  Gr  : grammaire                               C  : Conjugaison OS : oppositions                            le : champ lexical  SE  : les 5 sens                            FS : figures de style “ J ’ ai fait   Pompée   pour   satisfaire à ceux   qu i ne trouvaient pas  les vers de Polyeucte   si  puissants que  ceux de Cinna ,  et leur montrer que  j’en saurais  bien retrouver la pompe quand le sujet le pourrait  souffrir  ;  j’ai fait   le Menteur   pour contenter les souhaits de beaucoup d’autres   qui,  suivant l’humeur des Français, aiment le changement , et après tant de poèmes graves   dont nos meilleures plumes  ont enrichi la scène, m’ont demandé quelque chose   de plus enjoué   qui   ne   servît   qu’ à les divertir. “ https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Menteur_(Corneille,_Marty-Laveaux,_1862)/%C3%89p%C3%AEtre Le  Menteur (Corneille, Marty-Laveaux, 1862)/Épître - Wikisource La problématique qui se pose est celle de savoir sur quoi se fonde la singularité de la comédie singulière. Nous verrons qu’elle repose sur l’opposition entre les deux genres littéraires (a), sur le public de la comédie (b) et l’objectif poursuivi ©. a) tragédie/comédie On voit une argumentation reposant sur une volonté de convaincre par une construction en miroir, avec deux phrases juxtaposées reposant sur la répétition du verbe de création “j’ai fait” au passé composé, temps proche du présent.  Corneille dresse, en effet, un parallèle entre deux genres littéraires, ses tragédies et sa dernière comédie, reposant sur une même volonté de plaire comme le suggère les deux propositions infinitives “pour satisfaire/pour contenter”.  On relève aussi une critique ironique en ce qui concerne la réception de ses œuvres tragiques par ses pairs qui ne le ménagent pas “ à ceux   qu i ne trouvaient pas “ : il s’en moque en recourant à une tournure négative et des pronoms produisant un effet impersonnel ; par ailleurs il utilise trois propositions relatives et conjonctives complétives et circonstancielles pour donner un effet de fausse justification reposant sur l’utilisation du conditionnel produisant un effet de litote “ que  j’en saurais  bien retrouver la pompe quand le sujet le pourrait  souffrir  “.   Notons enfin l’opposition entre “à ceux”  pour les tragédies et “ beaucoup d’autres” en faveur de la comédie. Corneille cherche désormais à se justifier positivement et à donner un sens à la comédie.  b) le public de la comédie Sa première idée consiste à privilégier les bénéficiaires de ses pièces :  pour cela, on retrouve la même construction avec les propositions subordonnées destinées, cette fois, après une gradation montante entre ceux/beaucoup d’autres et enfin le peuple, à mettre en valeur le public “ des Français ”. C’est donc non pour plaire aux critiques, mais aux hommes que la comédie cornélienne est destinée.  Et après sa destination, il y voit une fonction singulière : “ quelque chose   de plus enjoué   qui   ne   servît   qu’ à les divertir. On avait vu dans un autre article l’emploi de périphrase qu’il reprend ici pour parler du genre de la comédie “quelque chose”. Et cette manière de nommer est méliorative, car elle est associée à  un superlatif “de plus enjoué” qui s’oppose de manière péjorative aux “tant de poèmes graves (...) nos meilleures plumes” avec de l’ironie en prime à l'adresse de ses contemporains. Dans l’esprit de Corneille, le champ lexical de la réjouissance est à relever : “contenter”/”souhaits”/”humeur”/”changement”/” enjoué ”/” divertir”. Pour que son argumentation soit claire, il emploie la tournure restrictive avec le mode subjonctif, celui du jugement de valeur : “ ne   servît   qu’ à les divertir. Il ne voit donc qu’une seule et unique fonction à la comédie, celle d’être simplement plaisante. pour le dire autrement, la comédie cornélienne n’entre pas dans le champ de l’édification des consciences ; elles ne visent pas à instruire. Elle a sa propre esthétique dépassant la fonction morale, ce qui est novateur à l’époque.  Il ne déviera jamais de cet objet dans l'épître de la Suite du Menteur (sa dernière pièce comique) : “ Je voudrais que le peuple y eût trouvé autant d’agréable, afin que je vous pusse présenter quelque chose qui eût mieux atteint le but de l’art. Telle qu’elle est, je vous la donne, aussi bien que la première, et demeure de tout mon cœur,” https://fr.wikisource.org/wiki/La_Suite_du_Menteur/%C3%89p%C3%AEtre Les différentes formes d'altération de la vérité Il résulte de la lecture de cette pièce  que nous ne sommes pas en présence d'un seul menteur mais de plusieurs. En effet, tous à différents niveaux entrent dans une stratégie de la dissimulation de la vérité pour obtenir un objectif déterminé. Vous pourrez retrouver dans cette synthèse les trois procédés à l'œuvre dans cette comédie : les mensonges, les feintes et les quiproquos. Les mensonges Voici le premier procédé dans les cinq actes de la pièce : Procédés Temporalité Caractère Effets   Mensonges         N°1 : Dorante : Soldat et amour secret Acte 1, scène 3 : Durée variable : -4 ans/ 1 an Exotisme et la vaillance   Intérêt suscité   N°2 : Dorante : Organisateur de la fête Acte 1, scène 5 1 mois Acte 3 scène 1 Féérie, illusion Jalousie d’Alcippe Réconciliation avec Alceste N°3 : Géronte   Mariage forcé Deux actes : Acte 2, Scène 1 (projet) scène 5 (concrétisation) Manipulation Identification de Dorante N°4 : Dorante Mariage secret Un acte : Acte 2, scène 5 Défensif et offensif avec le récit épique du mariage secret mettant fin au déshonneur Contentement du père N°5 : Dorante : la femme mariée Acte 3, scène 2 : Amitié Réconciliation avec Alcippe N°6 Clarice qui joue l’indifférente Acte 4, Sc9 Rivalité : dissimulation de sa jalousie Laisse le champ libre à Lucrèce. N°7 Lucrèce joue l’indifférente Acte 4, Sc9 Rivalité : dissimulation de son amour Lucrèce manœuvre pour gagner Dorante. N° 8 : Dorante : duel sanglant et magique Acte 4, scène 3 Illusion, conte Mise en scène démasquée par Cliton N°9 : Dorante et sa femme enceinte/nom du beau-père Acte 4, scène 4 Acte V, scène 1 Défensif Contentement du père, Colère du père N°10 :  Sabine lettre de Dorante déchirée sans avoir été lue par Lucrèce Acte 5 scène 5     Offensif Mensonge à peine dit qu’il est démenti par Sabine N°11 : Dorante qui aime la vraie Lucrèce tout en flirtant avec Lucrèce Acte 5, scène 6 Défensif et spirituel Cette version est confortée par l’annonce de Géronte du mariage organisé entre Dorante et Lucrèce Mensonge n°12 obéissance au père Acte 5, scène 7 Défensif Défaite de Clarice Mensonge n°13 Obéissance au père Acte 5, scène 7 Offensif Victoire de Lucrèce Les feintes Feintes       N°1 : Clarice  Faux-pas Acte 1, scène 2, instantanée Maniérée Déclenchement de l’action N°2 Isabelle Projet de rendez-vous galant Acte 2 scène 4 Manipulation poursuite du quiproquo sur les identités amoureuses N°3 Clarice qui va chez Lucrèce Acte 3 scène 3 Manipulation Clarice alimente le premier quiproquo N°4 Lucrèce qui cherche à ravir Dorante (lettre) à son amie et acceptation de la méprise qui l’arrange Acte 3 scène 3 manipulation Rivalité avec Clarice N°5 Lucrèce qui donne des consignes à Sabine Acte 3 , scène 8 Impératif Obtention des informations sur l’amour de Dorante pour elle. N°6 Sabine fait semblant d’être là par hasard Acte 4, scène 6, intuitive Elle rapproche Lucrèce et Dorante N° 7 Dorante : soudoie Sabine Acte 4, scène 1 Corruption Information sur le demi amour de Lucrèce.   N°8 : Dorante avoue son amour pour Lucrèce Acte 5, scène 3 Défensif Chantage au mariage du père N°9 Dorante prévoit une ruse finale pour Acte 5 scène 6 ingénieux Ne pas perdre la face les quiproquos Quiproquos       N°1 : Dorante confond les deux amies, Clarice et Lucrèce  Acte 1, Scène 4 Qui va durer jusqu’à l’acte 5, scène 6 jugement fondé sur la beauté     Confusion et rivalité des amies N°2 Clarice ne sait pas que Dorante les confond Acte 3, scène 5 Il n’est jamais levé… Symétrique Confusion de Dorante, éclaircissement pour les amies : colère de Clarice et contentement de Lucrèce Silences :       Lucrèce Long durant les scènes 2 et 3 de l’acte I Passive Mise en place du quiproquo Lucrèce Acte 3 scène 5 Active Elle écoute les déclarations d’amour qu’elle prend pour elle Clarice Acte 5, scène 7 Passive Son orgueil est blessé Lucrèce Acte 5, scène 7 Active La situation l’enchante Analyse de la portée des " mensonges" des effets paradoxalement positifs Le mensonge, au sens large dans la pièce de Corneille, c'est-à-dire l’altération volontaire de la vérité (duperie par des mots, manipulation), le quiproquo et la feinte présentent un caractère actif ou passif avec des effets paradoxalement positifs. L’esthétique de la pièce, le schéma actanciel, l’effet comique, le caractère plaisant de la comédie recherchée reposent sur le caractère des procédés et leurs effets. Caractère Si l'on regarde le tableau, on peut considérer l'imbrication des deux caractères actif/attaquant ou défensif/passif : on ment donc de sa propre initiative ou l’on ment pour se sortir de l'embarras. C’est l’alternance entre les deux qui donne la dynamique de la comédie.  Rappelons que l'intrigue démarre à partir d'une action positive, c'est-à-dire d'une feinte voulue délibérément par Clarice, qui fait naître le mensonge tout aussi volontaire de Dorante. Le ressort comique résulte de l'utilisation du mensonge lorsqu'il est employé à titre purement défensif comme une réaction impulsive destinée à éviter la colère du père ou l’aveu d'un orgueil blessé (Clarice) ou un triomphe modeste (Lucrèce) etc…  Par ailleurs, ces mensonges présentent des caractéristiques positives,  ce qui est paradoxal s'agissant d'un vice de l'homme. Ainsi le mensonge de Dorante conduit à susciter de l'illusion, les exagérations, un imaginaire fantasmagorique. Lorsqu’il suscite de la jalousie avec Alcippe, un nouveau mensonge permet de conforter la réconciliation.  Chez les autres personnages, les mensonges ou les feintes ont pour objectif de faire révéler une vérité sous-jacente. Si nous reprenons les différents personnages, nous pouvons relever les différents objectifs poursuivis.  Ainsi, il s'agit pour Clarice, qui souhaite ne pas être dupée, de mettre à l'épreuve son galant et cette mise à l'épreuve consiste à jouer de la feinte pour forcer Dorante à se trahir,  à montrer ses vrais sentiments. Chez Lucrèce, la question consiste à ne pas se dévoiler dans cette rivalité entretenue avec Clarice. Pour les deux jeunes filles, il s’agit, en toute hypothèse, de faire éclore l’amour. À l’inverse, on a vu la pure manipulation de Géronte vis-à-vis de Dorante consistant à l'amener sous la fenêtre de celle qu'il escompte marier à son fils. Il s’agit pour lui d’un acte égoïste puisqu’il veut avoir une descendance ; par ailleurs, il fait preuve d’autoritarisme en désavouant son fils par un odieux chantage. Cette situation se fait jour lorsque le faux mariage inventé de toute pièce est enfin révélé.   Effets La comédie cornélienne s'appuie sur le mensonge au sens large pour produire des effets sur le schéma actanciel de la pièce.  Le mensonge produit paradoxalement des résultats positifs pour celui qui s'y emploie : cette absence d'échec dans le mensonge des uns et des autres personnages contribue à en susciter d’autres et donc à faire avancer l'action qui devient ainsi périlleuse.  L’essentiel des mensonges aux actes 1 et 2 produisent du charme : ainsi le père est content du pseudo mariage de son fils et Clarice tout comme Lucrèce sont charmées devant le nouveau galant. Le mensonge de Dorante le rend finalement agréable aux yeux de tous avant la découverte de son caractère affabulateur (par Philiste dès l’acte I) et Clarice (à l'acte III), ce qui n’empêche pas Lucrèce de l’aimer malgré le doute. C'est dans ces conditions qu’elle va s’employer à clarifier la situation avec l’aide de Sabine. Mais à ce jeu extrêmement fin, il n’y a pas que des gagnants : on a vu l’échec du duo Clarice/Isabelle. Géronte et Lucrèce sont en revanche clairement gagnants dans l'opération. Reste le sort de Dorante qui se trouve marié pour échapper à la colère de son père. On sait que dans la suite de la pièce, il s’enfuira avant sa noce. (CF la suite du Menteur ). Il reste que le mensonge contribue à forger le héros cornélien comme nous le verrons.   Le héros cornélien Un menteur, admirable héros ? Il sera question de se demander comment le menteur peut devenir un héros admirable. Cette problématique trouve sa réponse dans le statut de l’honneur et dans sa volonté de devenir ce qu’il s’imagine. 1.Honneur Le héros cornélien du  Menteur ne fait pas injure à la notion d’honneur. S'il ment, ce n'est pas du fait d’une intention malicieuse, pour obtenir indûment un bénéfice. Dorante sait se montrer brave lorsqu'il se bat en duel avec Alcippe : il respecte les codes de l'honneur.  Il peut même être un homme de parole dans les moments où il n'affabule pas. Avec élégance, il dédouane ainsi Clarice de la fête galante pour rassurer son amant.  Par ailleurs, il respecte son père, selon l'usage de l'époque, où il est nécessaire que le fils soit soumis à son géniteur pour préserver l’honneur familial qui dépasse tout. (cf le Cid) Il est en fait totalement dans son rôle lorsqu'il entreprend des manœuvres de galanterie propre à son rang.  Et pour autant Dorante entretient un rapport tronqué avec la vérité. Pourquoi ment-il donc ? Il faut chercher la réponse dans l'enjeu du mensonge qui réside dans une quête d'identité entreprise par notre héros. Identité Dorante se présente comme un personnage en quête de lui-même. Le mensonge constitue une conquête non du monde, mais d’un autre lui-même. Il a hâte d'être un héros et non plus un simple étudiant arrivé à Paris en provenance de Poitiers. Comme l'indique Starobinski, le théâtre cornélien comprend deux personnages clés :  Matamore ( dans l'Illusion comique ) et Dorante. La ressemblance entre les deux est frappante puisqu'ils ont un rapport tronqué avec la réalité. Comment comprendre le positionnement du menteur cornélien ?  Le héros cornélien s'invente perpétuellement : il cherche un modèle qui le satisferait : les exagérations et les affabulations entrent dans cette stratégie de devenir ce qu'il voudrait être.   Dorante ne se montre pas tel qu'il est, mais tel qu'il voudrait être :  on est sur une construction d'une identité imaginaire. Il cherche avant tout à se plaire à lui-même, à dépasser une réalité ennuyeuse.  Il est épris de rêve de conquête, non du monde, mais de lui-même ; pour ce faire, il a recourt à une imagination folle.  Ce débordement d'esprit, de création chimérique, fait de lui un menteur, mais également un héros par rapport à une réalité sublimée.   Il croit ses mensonges en dépit de sa lucidité comme on l'a vu avec son valet : ce qui l'intéresse, c'est ce qu'il peut être le temps d'un instant volé  à un présent en devenir.   Sa parole finalement le projette bien en amont de ce qu'il est, et surtout de ce qu'il pourra être.   Son mensonge n'est que temporaire face à la conquête de lui-même qu'il cherche à entreprendre. Il est l'inventeur de lui-même grâce au pouvoir du langage qui joue parallèlement le même rôle que l’exploit héroïque. On voit la richesse d’un personnage qui s’invente sur scène sous nos yeux. Source : Starobinski, l’oeil vivant,  Gallimard

  • Acte V du "Menteur" de Corneille

    Bac : étudions ensemble le dénouement de la pièce. Dans le cadre de l'étude comédie et mensonge, il s'avère que les moments de vérité vont clarifier la situation sans pour autant faire disparaître... le mensonge. Illustrations, Pauquet, 1851 Acte V du "Menteur" de Corneille Nous achevons avec ce dernier acte la première partie de notre dossier consacrée au mensonge comme moyen utilisé dans la stratégie de la comédie. Depuis le début,  ainsi que vous le savez, la Gazette vous propose un tableau d'analyse qui reprend le code couleur vu dans les précédents actes : vérité /  mensonge/  quiproquo /  artifice, ce qui permet de mesurer l'avancée des procédés de tromperie dans chaque scène. Retrouvons-les dans l' Acte V du "Menteur" de Corneille : Actes/ lieu/ personnages   fin de matinée place royale Dorante Confrontation avec son père (Sc3) :”Qui vous dit que je mens”  V1528 Aveu d’amour pour Lucrèce : “Non la pure vérité”  Sc 3 V1558.  Pour garant de sa confession : cf. son valet  Sc 3 V 1580 Peur  du Père : Sc4 V 1601 : “ D'un trouble tout nouveau j'ai l'esprit agité” Sentiment exagéré  pour Lucrèce   : “Il ne m'aurait pas cru si je ne l'avais fait” Sc 4 V 16 27 Aveu : “C'était le seul moyen d'apaiser sa colère” Sc 4 V1629 Hésitation du coeur  : “Avec ce faux hymen j'aurais eu le loisir/ D'en consulter mon cœur, et je pourrais choisir” Sc 4 V1631 confusion Sc 4 1635 conversation avec Sabine : demande encore son intervention (Sc 5) Dorante plaide sa cause à Clarice au lieu de Lucrèce sc 6 V 1672 : il lui révèle son amour et ses mensonges à cette fin. Il comprend le quiproquo : Lucrèce/Clarice  il ne veut pas perdre la face et se rabat sur la vraie Lucrèce : “Bonne bouche, j’en tiens ; mais l'autre la vaut bien Sc6 V1724.  Annonce de sa ruse : “ Tu vas me voir, Cliton, jouer un nouveau jeu” Sc6 V17 28 duperie de Dorante envers Clarice pour cacher son véritable amour pour Lucrèce : “Elle avait mes discours mais vous aviez mon cœur.”  (Sc6 V1768)  preuve de sa bonne foi : demande en mariage de son père à celui de Lucrèce sc 6 V 1677) Clarice conseil à son amie : “Il peut te dire vrai, mais ce n'est pas son vice (Sc6 V1670)  double quiproquo : Dorante s’adresse à Clarice au lieu de Lucrèce :   On dirait qu'il m'en veut, et c'est moi qui le regarde. (sc 6 V 1673) Rivalité entre amies Sc6 V1684 Pour elle, nouveau mensonge de Dorante Sc7 v1686 : “Il te flatte de nuit, et mon compte de jour” SC7 V1689 Confrontation sur les deux amours en balance sc 6 confusion avant d’interpeller Lucrèce Sc6 V 1717 annonce de son mariage et de celui de son amie : silence :  explication : “Mon père a sur mes vœux une entière puissance” sc7 V1793 Lucrèce incrédulité obstinée : quiproquo : “Quelques regards sur toi sont tombés par mes gardes/voyons s'il continue. (Sc 6 V 1674)  Rivalité entre amies (Sc 6 V168o 1681) Confusion, volonté de vengeance Sc6 V1693) annonce de son mariage et de celui de son amie : silence :  explication : “Le devoir d'une fille est dans l'obéissance” Cliton conseil à son maître : “Dites que le sommeil vous l'a fait oublier” Sc 3 1531 ironie : Appeler la mémoire ou l'esprit au secours ( Sc 3 V1536 rappel du v 1261 raillerie (sc 4 V 1603). Défiance sur les sentiments de son maître pour Lucrèce : nouvelle ruse (Sc 4 V 1610).  Exagération des sentiments si nouveau pour elle  (Sc 4 V 1625) lucidité sur le nouveau mensonge : paradoxe : “Quoi même en disant vrai vous mentiez en effet (Sc 4 1628) lucidité du valet et révélation de la feinte des femmes. (Sc 6 V 1721) anti-morale du valet : “apprenez à mentir” (SC 7 V 1804) Alcippe confirmation par les parents du prochain mariage avec Clarice. critique du silence des deux femmes.  Philiste il révèle à Géronte le mensonge du mariage de Dorante : Sc1 : “ Mais il a le talent de bien imaginer” V 1476 Isabelle / Analyse Nous parvenons au dénouement de la pièce. Dans le cadre de l'étude comédie et mensonge , il s'avère que les moments de vérité vont clarifier la situation sans pour autant faire disparaître le mensonge. a) La vérité Ainsi la vérité commence à se faire jour et rattrape le héros cornélien. Dès la scène 1, Géronte apprend de Philiste la mystification du mariage secret : "Mais il a le talent de bien imaginer.” (scène 1 v. 1476) Cela donnera lieu à une confrontation violente entre le père et le fils à la scène 3. À cette occasion, Dorante ne s'exprime pas avec sincérité. Il essaye encore de donner le change en répliquant à son père : "Qui vous dit que je mens ? " (sc 3, v 1528). Puis devant la colère paternelle, il se sent obligé de dire enfin la vérité, qui n'est pas formellement exacte puisqu’il reprend le quiproquo initial dans son aveu d'amour à Lucrèce : pour lui, il s’agit de « …la pure vérité » (v1558). C'est encore un ressort de la comédie. La situation de la pièce se change puisque le fils se met à éprouver de la crainte vis-à-vis de son père qui, jusque-là, était complaisant : ce dernier, en le désavouant, revêt le rôle traditionnel du père autoritaire exerçant un droit de vie ou de mort. Sur le plan de la comédie cornélienne, nous nous trouvons en en présence d'un véritable péril lorsqu’il est dit : "Je jure les rayons du jour qui nous éclaire/Que tu ne mourras point que de la main d'un père/Et que ton sang indigne à mes pieds répandu/rendre à prompte justice à mon honneur perdu " (sc 3, v 1597) Dorante en est tout retourné lorsqu’il confie à son valet à la scène suivante : "D’un trouble tout nouveau j'ai l'esprit agité " (sc 4, v1601).   Il faut questionner la démarche de vérité entreprise par Dorante et la scène 4 nous permet de lire dans le cœur du héros cornélien grâce au dialogue sans fard avec son valet, sur le schéma de celui des actes 1, 2,3. La révélation de l’amour envers Lucrèce, aveu de sincérité ou résultat d’une contrainte ? Il s'avère que c'est la contrainte qui a joué dans la confession du fils. On apprend, en effet, qu’il s'agit d'une feinte puisqu'il dit : "C'était le seul moyen d'apaiser sa colère " (Sc 4, V1629). Dorante a remarqué la vraie Lucrèce par mimétisme avec son valet. Il explique que le mariage secret avait pour finalité de lui permettre de gagner du temps pour choisir entre les deux jeunes filles : "Avec ce faux hymen j'aurais eu le loisir/ D’en consulter mon cœur, et je pourrais choisir. " (Sc 4 V 1631). Il est donc pris au piège par son père et cet aveu ne se comprend que dans les limites évoquées. Pour l’heure, il est coincé et croit choisir la vraie Lucrèce puisque le premier quiproquo persiste à la scène 3. C'est dans cet esprit que l'on comprend que Dorante plaide sa cause avec sincérité tandis que Clarice-Lucrèce se positionne face à lui à la scène 6 : cette dernière déclaration joue un rôle décisif : il va enfin se rendre compte de sa méprise. En révélant son amour et ses mensonges, en regardant Clarice, le jeu de scène et les paroles échangées entre elles par les deux jeunes filles montrent le décalage entre celui qui dit les mots et celle qui prétend les recevoir. Il finit par s’en apercevoir. Et c'est alors que le premier quiproquo disparaît. Ne voulant pas perdre la face, il réagit vite en disant : " Bonne bouche, j’en tiens ; mais l’autre la vaut bien " (Sc 6 V 1724). Il en profite pour échafauder une nouvelle feinte comme il le dit à son valet : "Tu vas me voir, Cliton, jouer un nouveau jeu " ( sc 6 V1728.) Il s'en sort grâce à son esprit vif et par un nouveau mensonge : il utilise le vocabulaire galant pour persuader les deux jeunes filles de sa sincérité : "Elle avait mes discours, mais vous aviez mon cœur " (Sc 6, V 1768). Et cet aveu trouve sa confirmation par la demande en mariage en bonne et due forme faite, au préalable, par Géronte au père de Lucrèce. Il s'agit d'un véritable tour de force du héros cornélien qui échappe au péril. Notons que le deuxième quiproquo ne sera, lui, jamais levé : les jeunes filles ne sauront jamais la méprise de Dorante à leur égard. Dans cet acte, un autre personnage mène l’intrigue : Sabine. b) Sabine Cette dernière ment à la scène 5 en indiquant à Dorante que sa lettre a été déchirée sans avoir été lue. Mais ce mensonge est bref puisqu'elle le révèle en disant : " Elle m'avait donné charge de vous le dire " (v.1654) : C'est l'heure de la révélation, mais nous verrons à la dernière scène que le mensonge n'a pas totalement disparu. En effet, le ressort comique persiste avec les deux derniers mensonges émanant de Clarice et de Lucrèce. Il faut noter que le coup de théâtre produit chez elles des sentiments contrastés. L'auteur nous révèle la profondeur de leur surprise relevée par Alcippe qui dit : "êtes-vous aujourd'hui muette toutes deux ?" (scène 7, V 1792). Cette réplique a valeur d'interpellation. Prise sur le fait, elles vont s'exprimer, de manière commune, par un dernier mensonge. Clarisse dit : "mon père assure mes vœux une entière puissance " ; Lucrèce, dans le même ordre, indique faussement : "le devoir d'une fille est dans l'obéissance " . Il s'agit de deux mensonges tirés d'une fausse soumission au père alors qu'elles ont entrepris, l'une comme l'autre, des démarches pour choisir leur futur mari. Pour Clarice, c'est la défaite ; pour Lucrèce c'est la victoire. Il s'agit, pour l'une, de cacher son orgueil blessé, et pour l'autre, de dissimuler sa victoire complète. Dans un prochain article, nous analyserons dans notre parcours le mensonge comme une fin en soi... Repère à suivre : le rôle du mensonge,

  • Acte III du "Menteur" de Corneille

    Bac : l’acte III, du Menteur de Corneille voit l'action se situer toujours place royale, mais en début de soirée. Le thème mensonge et comédie se décline autour de Dorante et de Clarice, s'agissant du mensonge, mais aussi autour de la feinte avec Isabelle et de Lucrèce. Enfin c'est à ce stade de la comédie que le 2e quiproquo s'installe : tout comprendre... Détail du frontispice du Menteur de Corneille Acte III du "Menteur" de Corneille Continuons, si vous le voulez bien, l'étude de la comédie à l'aide du tableau explicatif des scènes de l' Acte III du "Menteur" de Corneille  : pour cela, je vous rappelle le code couleur choisi pour vous aider à vous repérer : vérité mensonge quiproquo artifice  Vous trouverez, après le tableau, l'analyse qui reprend les différentes stratégies mensongères dans cet acte : Actes/lieux/personnages   place royale début de soirée   Dorante duel achevé = égale vaillance avec Alcippe (sc1) recherche des causes du duel auprès d’Alcippe sc1)   Extravagance  : confirmation de la fête, mais à l'égard d'une “femme mariée” (Sc 1 v 764) : la fête= jalousie et réconciliation Art du mensonge :  “Il faut promptitude, esprit, mémoire, soin,  Ne se brouillez jamais et rougir encore moins  (Sc 4 v.935) Confiance de Dorante en lui-même :  “Ne t'épouvante point,  tout vient en sa saison (Sc 5, V995) déclaration d’amour à Lucrèce sous les traits de Clarice (sc 5) Dénégation de son mariage  (SC5 v965) puis aveu du mensonge : “Je l'ai fait, et ma feinte à vos mépris m'expose/Mais si de ces détours vous seul étiez la cause ? (sc 5 v1002 ) Sentiment de se perdre  (Sc 6) : aveu de vérité  “Je disais la vérité” v1078 Espoir dans la nuit qui vient : réflexion Clarice feinte en allant chez Lucrèce  ( Scène 3) et rencontre de Dorante sous le nom de Lucrèce.(scène 5 Affirmation de l’identité de personnage entre le galant et le fils de Géronte : 3 mensonges  éventés soldat/durées/mariage secret Acceptation de la rencontre avec “Lucrèce” montre “qu’il est fourbe” (Sc 3 v 858) comme tout son discours (fête et premier mariage) : volonté de confronter Dorante ( Sc 3 v913 ) Elle démasque Dorante et ses mensonges  Sc 5  V984 Méfiance à l’égard de Dorante : “Il fait une pièce nouvelle, écoutons  (Sc 5 V1009) Elle le met à l’épreuve s’agissant du mariage avec Clarice.  2e quiproquo : Clarice ne sait pas que Dorante les confond et que les déclarations d’amours à Lucrèce lui sont en fait destinées : symétrie dans le quiproquo soit double quiproquo. En tant que Lucrèce, elle le congédie de jalousie en le traitant de menteur en lui rappelant la  scène du faux pas de Clarice (sc2, Acte 1). Lucrèce Duplicité avec l’épisode de la lettre en son nom : “ sur l'heure” sc3 V 849 : la positionnant en rivale de Clarice Elle veut connaître les intentions de Dorante par l’entremise de Lucrèce qui se fait passer pour elle : “Mais parle sous mon nom, c'est à moi de me taire”  Sc 5 V 942 Jeu de séduction dans le mensonge : “Il aime à promener sa fourbe et son amour  (Sc5 v956) Dans le silence, Lucrèce entend les mots d’amour qui lui sont destinés et qui commencent à la toucher : “ “Plût à Dieu! “ (didascalie “en elle-même”-Sc5 V 1033) Cliton Information sur la famille de Lucrèce (sc4) Avertissement réalisé : “ Si vous vous en tirez, je vous tiens habile homme” Sc 5 v 996 Ironie du valet :  (Sc6  V1069) et “ quand un menteur l'a dit/ En passant par sa bouche, elle perd son crédit.” (Sc5 V1080) Alcippe duel achevé = égale vaillance avec Dorante (Sc1) Motif du duel expliqué à Dorante (sc1) Après les explications de Dorante, maintien du doute à l'égard de Clarice (sc2) doute sur les mensonges de Dorante :  “La valeur n'apprend point la fourbe en son école  tout homme de courage est homme de parole.”  (Sc 2 v 813/814) volonté de se faire pardonner par Clarice (Sc 2) Philiste Médiateur entre Dorante et Alcippe ( sc1) Erreur manifeste du page (sc2) lucidité par la découverte du mensonge  de Dorante(Sc 2 v 809) qui  “Est vaillant par nature et menteur par coutume  (Sc 2, V 819) “machine” (Sc 2) Isabelle rapporte l’épisode de la lettre écrite sans contestation par Lucrèce à la demande de Clarice  duplicité de Lucrèce mise à jour “sur l’heure”  (Sc3 V848) qui a aussi connaissance de l’identité de personnage entre le galant et Dorante Art de la séduction passe par le mensonge : Sc3  v859 Mensonges de Dorante = aveu d’amour pour Clarice Géronte / Sabine / Lycas / Analyse À l’acte 3, l'action se situe toujours place royale, mais en début de soirée. Le thème mensonge et comédie se décline autour de Dorante et de Clarisse, s'agissant du mensonge, mais aussi autour de la feinte avec Isabelle et de Lucrèce. Enfin c'est à ce stade de la comédie que le 2e quiproquo s'installe. Reprenons, si vous le voulez bien. a) Dorante Dorante qui s'est battu vaillamment en duel avec Alcippe finit par confesser un faux aveu : il indique, en effet, qu'il ne s'agissait pas de Lucrèce à la fête grandiose, mais d'une femme mariée (sc 2v 764). Là où la fête a conduit à la jalousie d'Alcippe, la fête mène maintenant à la réconciliation entre les deux amis : c'est un effet comique puisque dans les deux cas, c'est le même mensonge qui est maintenu.  Le héros cornélien continue dans sa lancée, en dissertant sur l'art de mentir qu'il dispense à son valet Cliton. Pour lui, quatre éléments sont nécessaires :   “Il faut promptitude, esprit, mémoire, soin, /Ne se brouillez jamais et rougir encore moins.”  (Sc 4 v.935). b) Clarice De son côté, Clarice ruse en décidant d’aller chez Lucrèce, sa voisine (scène 3). Nous avons aussi le 2e quiproquo qui se met en place depuis celui de l’acte I, scène 3 au cours duquel Dorante se méprenait entre les deux jeunes filles. D’ailleurs, Clarice alimente ce quiproquo en se faisant passer pour Lucrèce aux yeux de Dorante. Elle le met à l'épreuve en évoquant ses trois mensonges. Mais elle en crée un second, sans le savoir, dans la mesure où elle ne sait pas que Dorante les confond. On obtient ainsi un double quiproquo qui est parfaitement symétrique. Clarice ne sait pas qu’en réalité les déclarations d’amour à Lucrèce lui sont destinées. Jalouse, elle le congédie, en le traitant de menteur. On a donc un double quiproquo réciproque, dans ce trio amoureux. L'effet comique repose sur le procédé utilisé par Dorante qui consiste à dire la vérité. Cette dernière n'est pas comprise pire, elle lui est reprochée sans qu'il n'en comprenne les raisons. Il se trouve ainsi victime de la vérité qu'il a combattue jusqu'alors. Il est découragé, ce qui n’est pas dans sa nature, et contrevient à la typologie du héros. c) Lucrèce On a aussi une feinte inattendue de Lucrèce et jusque là était silencieuse. On apprend à la scène 3 dans la bouche d'Isabelle que Lucrèce s'est empressée de rédiger la lettre de rendez-vous. La suivante laisse ainsi entendre que l'amitié entre les deux amies se trouve aux prises avec une rivalité amoureuse. Dorante ne laisserait pas indifférente Lucrèce. Ce point nous est confirmé à la scène 5 lorsqu'elle enjoint son amie de parler à sa place : "Mais parle sous mon nom, c'est à moi de me taire” (Sc 5 V 942). Lucrèce joue donc un rôle actif dans le travestissement de la vérité. Elle assiste aussi à la scène en silence prenant pour elle les mots d’amour prononcés par Dorante. « Plût à Dieu », aveu d’amour assorti de la didascalie, « en elle-même » au vers 1033. Notons aussi le rôle d’Isabelle. d) Isabelle C'est à elle qu’échoit le rôle d'expliquer l'art de la séduction à la place de Dorante. Elle tente de convaincre sa maîtresse que les mensonges de Dorante constituent bel et bien un aveu d’amour (sc 3 v 859). e) Vérité Dans notre thème mensonge et comédie, il convient de relever l'importance dans cet acte des moments de vérité qui font avancer l’action. On a ainsi Le duo d'amis, Alcippe et Philiste. Le premier ne peut pas croire au mensonge de Dorante compte tenu de sa vaillance durant le duel. Cela constitue à ses yeux un brevet d’honorabilité : « La valeur n'apprend point la fourbe en son école/Tout homme de courage est homme de parole.”  (Sc 2 v 813/814).  On retrouve le rapport aristocratique entre la parole donnée et le courage. Mais il n’est pas partagé par Dorante : ce dernier estime avec lucidité que s’il est effectivement brave, il ne peut s’empêcher de mentir. Et Philiste partage ce point de vue puisqu’il a découvert toutes ses affabulations, avec le terme “machine” (Acte III, scène2). Nous avons aussi les trois mensonges de Dorante  (soldat/durées -4 ans et 1 an- mariage secret) qui sont mis à jour par Clarice et connus, dès lors, de Lucrèce ainsi que leurs deux servantes. Dans un prochain article, nous verrons l'avancement de l'action à l'acte IV. Repère à suivre :   compréhension de l'acte IV

  • Acte IV du "Menteur" de Corneille

    Bac : l 'acte IV se situe toujours place royale, mais le lendemain matin. On voit monter en puissance l'action mise en œuvre par Lucrèce et par sa servante, Sabine. A contrario, on voit le retrait du duo Clarice/Isabelle : elles ont manifestement perdu la main. Autre frontispice du "Menteur" de Corneille Acte IV du "Menteur" de Corneille Nous travaillons, depuis le début, avec un tableau qui reprend le code couleur vu dans les précédents actes : vérité /  mensonge/  quiproquo /  artifice.  Examinons ensemble l'avancée des procédés de tromperie dans cette comédie en regardant attentivement chaque scène de l' Acte IV du "Menteur" de Corneille avant de pouvoir en faire une analyse. Actes/ lieu/ personnages   place royale   le lendemain matin Dorante Reprise de  la conquête de Lucrèce avec la volonté de corrompre les serviteurs : “Mais ces gens ont des mains”  (Sc 1 V1104) : attente de Sabine pour la soudoyer. extravagance  : récit imaginaire du duel avec Alcippe réputé mort “ il tombe dans son sang” (Sc1, V 1143) persistance du mensonge “source de vie”  (sc 3 V 1181) au pouvoir de guérison ( ressusciter)  formule magique, “le secret” en hébreux (sc 3 V 1196). Polyglotte (10 langues) (sc 3 V 1200) reproche à son valet : “Quoi ! mon combat te semble un conte imaginaire ? Sc 3 V 1073) Énervement contre la présence de son père (Sc 4).  Sa femme enceinte de six mois. (Sc 4 V1227). changement du nom de son beau-père. piège  évité : “L'esprit a secouru le défaut de mémoire” Sc 5 V  1261. Argent donné à Sabine en échange d’une réponse à Lucrèce :  “le secret a joué ” (SC 6 v 1301) Clarice Acceptation de sa défaite Sc 9 V1389 acceptation de son sort avec son projet de mariage avec Alcippe Sc 9 V1390 Avertissement à Lucrèce sur Dorante :  “une étrange conquête” Sc 9 V1394 rivalité avec Lucrèce : “Que qui se croit aimée aime bientôt après”  Sc 9 V1408 orgueil : “Curiosité pure avec dessin de rire/ de tous les compliments qu'il aurait pu me dire” SC9 V 14 21 jalousie : “En l'état où je suis, j'en parle sans envie” Sc 9 V 1430 Lucrèce artifice : mettre sa servante en présence de Dorante : “Elle a voulu qu’exprès je me sois fait paraître (Sc 7 V 1346) Lecture de la lettre de Dorante. Sc 8 Doute persistant : Sc 8 V 1361 : “Et je ne suis pas fille à croire ses paroles” Lettre déchirée et soi-disant non lue (Sc 8 V 1374) Consignes pour rencontrer Dorante :  "Et l'avertis surtout des heures et des lieux  Où par rencontre il peut se montrer à mes yeux". Sc 8 V1379 “Donne lui de l’espoir avec beaucoup de crainte” SC8 V1386 Besoin d’être rassurée : "Parce qu'il est grand fourbe il faut que je m'assure”  Sc 8 V1381 Orgueil : Elle feint de ne pas l’aimer auprès de Clarice : “Et tu dois seulement présumer que je penche à le croire, et non pas à l'aimer  Sc 9 V1403 rivalité avec Clarice : “Était-ce amour alors,  ou curiosité ?” Sc 9 V1420 Orgueil : Je fais de ce billet même chose à mon tour/ je l'ai pris, je l'ai lu mais le tout sans amour :” sc9 V1423  Réitération des consignes à Sabine  Sc9 V1436 Cliton rumeur sur le duel : demande d’explication à son maître ironie : “les gens que vous tuez se portent assez bien “ (Sc 2 V1164) Ironie : “Il faut une bonne mémoire après qu'on a menti “ (Sc 4 V1260) morale : Les menteurs les plus grands disent vrai quelquefois  (Sc 7 V1336)  Alcippe Arrivée d’Alcippe bien vivant annonçant la venue de son père pour conclure son mariage avec Clarice. (Sc2) Philiste / Isabelle / Géronte Sc 4 : Lettre au père de sa “belle-fille” pour la connaître et la recevoir. Joie d’être un futur grand-père. Sabine acceptation des pièces de Dorante et de la mission auprès de Lucrèce.  rusée : “Je sais bien mon métier et ma simplicité/ Joue aussi bien son jeu que ton avidité  (Sc 7 V1311)  Confidence sur le demi-amour de Lucrèce pour Dorante qui connaît ses mensonges de la veille. présence de  Sabine voulue par sa maîtresse qu’elle voit Dorante et donne des informations sur son amour pour elle (Sc 7 V 1346).  Sc 8 remise de la lettre de Dorante. preuve d’amour des pistoles : “Si qui donne à vos gens est sans amour pour vous (Sc 8 V1368)  lucidité : rivalité entre les deux amies Lycas / Analyse L'acte se situe toujours place royale, mais le lendemain matin. On voit monter en puissance l'action de la part de Lucrèce et de sa servante Sabine. A contrario, on voit en retrait Clarice et Isabelle qui ont manifestement perdu la main. a) Clarice Notons que Clarice, si elle accepte manifestement la défaite à la scène 9 (v 1389), son orgueil est, quant à lui, durement blessé. Sa jalousie demeure intacte " En l’état où je suis, j’en parle sans envie " (Sc 9, V 1430). Contrainte par les événements, elle laisse donc le champ libre à Lucrèce. Sur le plan de notre thématique mensonge et comédie, c'est donc du côté de l'autre duo qu'il faut que nous regardions désormais. b) Lucrèce Cette dernière échafaude des ruses pour attirer l'attention de Dorante sur sa personne. Elle donne une mission précise à sa servante, Sabine, et notamment s’agissant de la lettre de Dorante qu’elle est censée avoir déchirée sans l'avoir lue (sc 8, vers 1374). La consigne générale est la suivante : "Donne lui de l’espoir avec beaucoup de crainte” Sc 8 V1386 Le rôle réservé à la servante est donc très important puisqu'elle doit appliquer à la lettre les consignes de Lucrèce qui sont toutes des ruses : “Et l'avertis surtout des heures et des lieux/ Où par rencontre il peut se montrer à mes yeux”. (Sc 8 V1379) Lucrèce a besoin d'être rassurée face aux affabulations de Dorante. Mais dans cet acte, on voit qu'elle entre activement en rivalité avec son amie. En effet, on assiste à un mensonge qui a la particularité de n'être pas adressé à Dorante. Lucrèce ment, en réalité, à Clarisse lorsqu'elle lui dit : «  …et tu dois seulement présumer/Que je penche à le croire et non pas à l'aimer » ( Sc 9, V 1403). Elle réitère son mensonge : “Je fais de ce billet même chose à mon tour;/Je l'ai pris, je l'ai lu, mais le tout sans amour :” sc 9 V1423. Voyons l’autre personnage de ce duo, Sabine. c) Sabine En effet, la servante se trouve envoyée en mission par sa maîtresse : "elle a voulu qu'exprès je me sois fait paraître " scène 6, v 1346. Nous avons donc une feinte qui se met en place. Et c'est précisément ladite servante qu'attendent Dorante et Cliton au début de l'acte. Elle doit notamment livrer des confidences sur le demi-amour de Lucrèce pour Dorante à Cliton, le valet. Or, on peut faire un parallèle avec ce dernier, puisqu'elle fait également preuve d’initiative et de clairvoyance, considérant à bon droit que le fait de la soudoyer constitue pour Dorante un aveu d'amour : " si qui donne à vos gens est sans amour pour vous " (sc 8 V 1368). Voyons Dorante. d) Dorante À ce stade de la pièce, on voit que le jeune homme perd de sa superbe  :  on a vu que la scène de la veille l’a laissé dans la plus grande confusion, c’est un sentiment qu’il ne connaît pas d'habitude, tant son assurance est en général grande. Mais en ce lendemain, il n’est plus dans le même état d’esprit : il cherche à agir et va le faire de manière cachée. C’est ainsi qu’il utilise des artifices pour arriver à ses fins. Il entreprend, en effet, de  corrompre la servante de Lucrèce. Il emploie la métonymie suivante : "Mais ces gens ont des mains " (Sc 1, V 1104). Mais le naturel revient au galop à la scène 3 où, contrairement aux différentes scènes entre le maître et le valet, Dorante se plaît à mentir à Cliton : il lui fait ainsi le récit du duel avec Alcippe où un tout nouvel imaginaire est convoqué avec le champ lexical de la magie : il excipe de son pouvoir de guérison (ressusciter), de formule magique, “le secret” en hébreux (sc 3 V 1196). Rien n’est trop beau pour enjoliver la situation : il se voit en polyglotte (maîtrise de 10 langues à la scène 3 (V. 1200). On est dans le domaine de l’extravagance qu’il ne quitte jamais vraiment, tout en se défendant d’être un affabulateur : “Quoi ! mon combat te semble un conte imaginaire ?" ( Sc 3 V 1073). Il joue avec la réalité, il crée un exploit de toute pièce. À la scène 4, il ment une nouvelle fois à son père, pris dans l’engrenage de son pseudo mariage secret. Agissant de manière défensive, il improvise, comme la stratégie du vers unique le montre amplement, là où les longues tirades signent sa passion active pour l’affabulation : on a ainsi, en trois temps, le déploiement ramassé du mensonge : “elle est grosse.” (V 1227) qu’il complète deux vers plus tard, “Et de plus de six mois” (V1229) et enfin : ”Vous ne voudriez pas hasarder sa grossesse ?” (V1229). Il est un peu plus loquace s’agissant du deuxième mensonge relatif au changement de nom du père de sa prétendue femme (v1242).  On assiste donc à un effort laborieux consenti par Dorante pour sortir du piège de son mariage secret. À la scène 5, il pousse un cri de soulagement : “Enfin j’en suis sorti” (sc 5 V1259). e) Vérité Dorante ne poursuit ses mensonges qu’à l’égard de son père et de son valet : pour les autres personnages, la vérité est désormais révélée. f) Doute Il reste que les propos sortant de la bouche de Dorante sont sujets à caution : on est donc sur le doute, qui est à mi-chemin entre la vérité et le mensonge. Ce doute participe à la stratégie de la comédie. Pourquoi ? Il a pour effet de conduire à l’instigation de feintes nécessaires pour percer le coeur du jeune héros cornélien. Passons à l’acte final dans l'article suivant. repère à suivre :  compréhension de l'acte V

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