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Le cancre dans la littérature : Prévert, Pennac

il y a 20 heures
3 min de lecture

Le cancre, figure familière de la littérature scolaire, n’est pas toujours celui que l’on croit. Derrière l’élève dissipé ou réfractaire se cachent parfois l’ennui et le sentiment de ne pas trouver sa place. De Prévert à Daniel Pennac, la littérature donne une voix à ces élèves en marge et interroge le regard porté par l’école sur ceux qui peinent à apprendre.


Âne gris debout dans l’herbe, regardant l’objectif, devant des arbustes et arbres, ambiance calme et naturelle.

Le cancre dans la littérature


Après avoir envisagé l’école comme lieu d’émancipation, de souvenirs et d’ascension sociale, il convient d’en voir l’envers plus douloureux. La figure du cancre, souvent réduite à une image comique ou paresseuse, révèle en réalité une expérience plus complexe : celle de l’élève qui ne trouve pas sa place, qui résiste à l’institution ou qui souffre de ne pas parvenir à répondre à ses attentes. 


La littérature permet ainsi de dépasser le simple jugement pour entendre ce que l’échec peut révéler d’un enfant, de son rapport au savoir et du regard que le système éducatif porte sur lui.


Cette souffrance dans le monde scolaire revêt différentes natures. Elle peut résulter de difficultés dans l’apprentissage même. 


Dans cette catégorie, nous verrons deux types de cancres : celui qui refuse le système scolaire pour lui préférer l’école buissonnière, et celui qui souffre de ne pouvoir réussir.


Prévert


Les difficultés d’apprentissage nous ramènent à l’archétype du mauvais élève, plus connu sous le vocable de cancre. Un poète célèbre a consacré ses vers à cet élève récalcitrant, dont nous vous proposons un court extrait analysé selon notre méthode:


" Il dit non avec la tête

Mais il dit oui avec le cœur

Il dit oui à ceux qui l’aiment

Il dit non au professeur

Il est debout

On le questionne

Et tous les problèmes sont posés

Soudain le fou rire le prend

Et il efface tout. (…)”

Prévert, Le Cancre, Paroles, 1946


Il s’agit d’un poème autobiographique, Prévert s’ennuyait en effet fortement à l’école. Il la quitta dès l’âge de quinze ans, ce qui ne l’a pas empêché de devenir un homme de lettres du XXe siècle, reconnu à travers le monde.


On relève dans ce texte l’anaphore il dit qui donne un aspect lyrique, ainsi que le présent de vérité générale, qui lui confère une portée universelle. L’opposition répétée entre le oui et le non, le cœur et la tête, le professeur, vu aussi sous le pronom personnel indéfini "on ", et les camarades, signe la dénonciation du caractère répressif de l’établissement d’autrefois avec " les menaces du maître".


Le poète célèbre, lui, le temps de l’enfance, de la joie et du bonheur, si peu respectés en régime scolaire.


Un autre auteur fait figure de cancre : Daniel Pennac dans son récit : Chagrin d’école.


Daniel Pennac


Dans ce livre, l’écrivain évoque pour la première fois son parcours académique chaotique. Ses années de collège et de lycée se révèlent être autant d’années de souffrances et d’échecs, avec des apprentissages ratés en mathématiques.


Il faudra l’intervention inespérée d’un professeur de mathématiques en première pour débloquer enfin l’élève qui obtient son baccalauréat.


C’est également le souvenir de cet élève-là qui a conduit Daniel Pennac à s’engager en enseignant le français, notamment dans des établissements avec des enfants de milieux sociaux défavorisés.


Ce récit insolite et courageux de la part d’un écrivain reconnu devient rapidement un best-seller tant ses difficultés ont suscité un vif écho chez ses lecteurs.


Un lent apprentissage de la lecture 


Ces souffrances d’école, l’auteure de ces lignes peut aussi en témoigner comme elle l’a fait dans son podcast : comment lire ? qui reprend la genèse de son désamour pour le livre à la suite d’un apprentissage raté de la lecture.




Le cancre dans la littérature : la figure du cancre ne se réduit pas à une simple incapacité à apprendre ni à une opposition plus ou moins joyeuse à l’institution scolaire. Elle révèle d’abord une blessure : celle de l’élève qui se sent jugé, assigné à son échec, parfois enfermé dans une image dont il ne peut plus se défaire. Du rire libérateur de Prévert au chagrin douloureux de Pennac, la littérature nous invite à écouter ce que l’école peut créer comme solitude lorsque l’enfant ne parvient pas à s’intégrer dans les apprentissages.


Mais cette souffrance ne naît pas seulement du face-à-face avec les savoirs ou avec les maîtres. Elle peut également surgir du regard des autres élèves, dans ces rebuffades, ces vexations et ces discriminations qui blessent d’autant plus qu’elles se jouent au quotidien, dans la cour, les couloirs ou la classe. Après le cancre empêché par ses difficultés scolaires, il faut donc considérer l’élève atteint dans sa personne même, exposée aux moqueries, au rejet ou à l’humiliation de ses pairs. C’est cette douleur de l’école, moins institutionnelle, mais tout aussi profonde, que nous allons aborder dans l’article suivant.

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