Histoire littéraire : l'île
- Marie-Noëlle Parisot-Schmitt
- il y a 12 heures
- 13 min de lecture
La représentation de l'île dans l'histoire de la littérature.
La notion d’île a inspiré une profusion d’auteurs avec des objectifs divers. Trois grandes conceptions se dégagent : un lieu symbolique, un lieu d'aventures et un lieu poétique.

Histoire littéraire : l'île
Dans cet article, nous analyserons le traitement du thème de l'île au travers de trois clefs de lecture :
Un lieu symbolique,
Un lieu d’aventures,
Un lieu poétique.
Retour sur l'histoire littéraire : l'île.
1. L’ÎLE, UN SYMBOLE
Ce thème s’inscrit très tôt dans une symbolique précise. L’île n’est pas un lieu comme les autres ; il s’y passe toujours des évènements hors du commun. L’île permet donc aux héros d’effectuer un parcours initiatique imaginé par les auteurs notamment de l’Antiquité.
Relevons aussi que le sujet de l’île s’incarne tout naturellement dans la géographie grecque : l’Odyssée d’Homère illustre les diverses péripéties d’Ulysse qui séjourne malgré lui d’île en île avant de parvenir à Ithaque, chez lui.
L’île s’associe à une quête de sens pour le héros antique qui voit son destin bouleversé par des dieux jaloux.
1.1 LES PÉRIPÉTIES D’ULYSSE
Revenant de Troie, à la suite d’une guerre qui aura duré dix ans, Ulysse se voit contraint de dériver d’île en île et de subir un voyage retour de la même durée. Il doit vaincre bien des dangers avant de pouvoir rejoindre les siens à Ithaque. On note l’importance symbolique de ces épreuves imposées au héros et la place prépondérante des éléments et des îles dans cette narration.
Dans l’extrait qui vous est proposé, Ulysse arrive avec ses compagnons dans l’île d’Ea après avoir affronté la mer démontée ; ils ont besoin de victuailles. Les hommes se divisent en deux groupes. L’un découvre le palais de la magicienne Circé qui les y attire par son chant mélodieux pour leur plus grand malheur…
"Circé les introduit, et les fait asseoir sur des trônes et sur des sièges ; puis elle mêle du fromage, de la farine d’orge et du miel nouveau avec du vin de Pramne, et elle ajoute ensuite à cette préparation des plantes funestes afin que mes compagnons perdent entièrement le souvenir de leur patrie. Quand elle leur a donné ce breuvage, qu’ils boivent avec avidité, elle les frappe de sa baguette et les enferme dans l’étable ; car mes guerriers étaient alors semblables à des porcs par la tête, la voix, les poils et le corps, mais leur esprit conserva toujours la même force. Malgré leurs gémissements, ils sont enfermés dans une étable. Circé leur jette pour nourriture des glands, des faines et des fruits du cornouiller, seuls mets que mangent les porcs qui couchent sur la terre."
Venons-en au mythe de l’Atlantide, fameuse citée engloutie par la mer.
1.2 Atlantide de Platon
Mais où se localise cet endroit unique ? Vaste débat qui a alimenté les discussions et les écrits de nombreux auteurs durant des siècles. Atlantide, mythe ou réalité ? Les dernières recherches archéologiques ont mis en évidence une série de faits rendant plausible une Atlantide sur le plan géologique.
Revenons au récit proprement dit. L’Atlantide se présente à nous au travers d’un discours indirect de Platon qui reprend des faits émanant de Solon qui — lui-même — les tenait d’une source égyptienne. Il s’agit d’une civilisation conquérante, voire orgueilleuse, logée sur une île engloutie mystérieusement avec tous ses trésors sous la colère du dieu Poséidon. Notons ensemble comment Platon la décrit :
“En effet, les monuments écrits disent que votre cité détruisit jadis une immense puissance qui marchait insolemment sur l’Europe et l’Asie tout entières, venant d’un autre monde situé dans l’océan Atlantique. On pouvait alors traverser cet Océan ; car il s’y trouvait une île devant ce détroit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Héraclès. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. De cette île on pouvait alors passer dans les autres îles et de celles-ci gagner tout le continent qui s’étend en face d’elles et borde cette véritable mer.”
Quittons l’Antiquité avec la fonction symbolique ou mythique des îles et découvrons quelques siècles plus tard une île qui porte un nom devenu désormais célèbre : Utopie. Thomas More a inventé ce terme qui signifie — étymologiquement ou, non, et topos, lieu, c'est-à-dire un non-lieu, soit un endroit inexistant.
1.3 Découverte d’une île idéale
L’auteur y développe une cité idéale fondée sur l’harmonie entre les hommes, la possession commune des choses. Tout y minutieusement décrit, sa taille, sa forme, ses villes, l’architecture de ces dernières, des maisons, etc.
L’île correspond au meilleur endroit possible pour établir un tel modèle : un lieu clos perdu au milieu de l’eau. Un environnement parfait qui s’oppose aux états bien réels qu’il serait bon de corriger. L’art d’écrire au XVIe siècle implique le recours à l’imaginaire pour faire habilement passer un message critique.
"L’île d’Utopie a deux cent mille pas dans sa plus grande largeur, située à la partie moyenne. Cette largeur se rétrécit graduellement et symétriquement du centre aux deux extrémités, en sorte que l’île entière s’arrondit en un demi-cercle de cinq cents miles de tour, et présente la forme d’un croissant, dont les cornes sont éloignées de onze mille pas environ.
Il a été indiqué que Thomas More a inventé le terme d'utopie en créant une île idéale, voyons le cas de Marivaux qui a choisi, lui aussi, l’insularité mais le registre de la comédie pour critiquer le comportement des hommes.
1.4 UNE ÎLE ATYPIQUE
L’auteur donne un cadre à sa satire, l’île des esclaves, située en Grèce en prenant soin de replacer l’action dans l’Antiquité pour éviter de choquer ses contemporains. Ce lieu atypique, comme son nom l’indique, est constitué d’anciens esclaves qui ont pris le pouvoir contre les citoyens d’Athènes.
Découvrons ensemble le projet réformiste qui les anime. Précisons que la Gazette vous proposera une étude approfondie de cette comédie dans la deuxième partie de ce numéro.
Pour l’heure, Trivelin, représentant de la République, justifie le mauvais traitement imposé. Cela passera par une inversion des rôles, les esclaves devenant les maîtres et ces derniers devenant à leur tour des esclaves.
"(…) Nous ne nous vengeons plus de vous, nous vous corrigeons ; ce n’est plus votre vie que nous poursuivons, c’est la barbarie de vos cœurs que nous voulons détruire ; nous vous jetons dans l’esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu’on y éprouve ; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l’avoir été. Votre esclavage, ou plutôt votre cours d’humanité, dure trois ans, au bout desquels on vous renvoie, si vos maîtres sont contents de vos progrès ; et si vous ne devenez pas meilleurs, nous vous retenons par charité pour les nouveaux malheureux que vous iriez faire encore ailleurs, (…)”
Nous avons évoqué le rôle de l’île dans la comédie de Marivaux, voyons aussi une nouvelle expérience proposée un auteur anglais du XVIIIe siècle dont les œuvres ont été trop vite classées dans la littérature enfantine : Jonathan Swift.
1.5 Lilliput, l’île de l’infiniment petit
Dans les deux premiers récits du docteur Gulliver, l’auteur choisit de placer son personnage dans différentes dimensions.
Intéressons-nous à son premier voyage. Le cadre de la narration a lieu dans un endroit particulier : une île de l’infiniment petit.
Naufragé, Gulliver se trouve alors face à face avec de petites créatures humaines. Il va devoir se faire accepter d’eux…
"J’entendis un bruit confus autour de moi, mais, dans la posture où j’étais, je ne pouvais rien voir que le soleil. Bientôt je sentis remuer quelque chose sur ma jambe gauche, et cette chose, avançant doucement sur ma poitrine, monter presque jusqu’à mon menton. Quel fut mon étonnement lorsque j’aperçus une petite figure de créature humaine haute tout au plus de trois pouces, un arc et une flèche à la main, avec un carquois sur le dos ! J’en vis en même temps au moins quarante autres de la même espèce."
Après avoir abordé la représentation symbolique de l’île dans la pensée de Jonathan Swift, découvrons le cadre enchanté planté par Bernardin de Saint-Pierre au XVIIIe siècle dans son roman Paul et Virginie.
1.6 L’île, un paradis
Ce roman, plein de fraîcheur, retrace l’amour impossible entre deux adolescents élevés ensemble sur l’île de France (devenue l’île Maurice). Présentons, si vous le voulez bien, cette île luxuriante, à peine habitée et — abîmée — par l’homme : et si le paradis perdu était une île ?
"Les pluies que leurs pitons attirent peignent souvent les couleurs de l’arc-en-ciel sur leurs flancs verts et bruns, et entretiennent à leurs pieds les sources dont se forme la petite rivière des Lataniers. Un grand silence règne dans leur enceinte, où tout est paisible, l’air, les eaux et la lumière. À peine l’écho y répète le murmure des palmistes qui croissent sur leurs plateaux élevés, et dont on voit les longues flèches toujours balancées par les vents. Un jour doux éclaire le fond de ce bassin, où le soleil ne luit qu’à midi ; mais dès l’aurore ses rayons en frappent le couronnement, dont les pics s’élevant au-dessus des ombres de la montagne, paraissent d’or et de pourpre sur l’azur des cieux. "
La représentation de l’île s’est en quelque sorte banalisée pour devenir un simple sujet de roman d’aventures. Ces derniers ne manquent pas en effet dans l’histoire littéraire. Nous verrons que nous sommes bien pourvus avec Robinson Crusoé de Daniel Defoe et les héros de l’île au trésor de Stevenson. Nous montrerons aussi le caractère terrible de ces îles introuvables avec les aventures d’Arthur Gordon Pym, unique roman d’Edgar Poe.
2. Un lieu d’aventures
Nous voici entrés dans la deuxième sous-partie de notre présentation du thème au travers de l’histoire de la littérature. Après la conception de l’île sous sa forme symbolique, attachons-nous à la découverte de ce thème sous un autre angle : l’aventure.
Pensons à tous ces récits exotiques qui ont marqué des générations de lecteurs. La narration qui vient le plus communément à l’esprit concerne les aventures de Robinson Crusoé de Daniel Defoe (1660-1731) publié en 1719.
2.1 les aventures de Robinson Crusoé
Ce personnage mythique a donné lieu à diverses réinterprétations. La Gazette a choisi dans le cadre de son étude de vous proposer de retrouver Vendredi ou les limbes du Pacifique de Michel Tournier.
Mais pour l’heure, intéressons-nous à la genèse de ce roman magnifique.
Sait-on que Robinson Crusoé doit tout à un homme bien réel, Alexandre Selkirk (1860 -1721), qui a vraiment expérimenté la solitude sur une île ?
2.1.1 L’aventure réelle d’Alexandre Selkirk
Alexandre Selkirk est un matelot écossais, bagarreur et forte tête, qui passe plus de quatre ans (52 mois) sur une île d’Amérique du Sud perdue dans l’Océan Pacifique au large du Chili près des îles Juan Fernandez.
Ce n’est pas à la faveur d’un naufrage qu’il se voit contraint de vivre dans la solitude, mais à un débarquement forcé d’un trublion par le capitaine du bateau.
Le malheureux marin, à la différence du héros de Defoe, reste seul sur son île sans rencontrer le moindre humain ; il réussit à domestiquer des animaux en subsistant grâce aux produits de ses récoltes.
De retour dans sa patrie, Selkirk raconte son incroyable histoire qui vient aux oreilles de l’écrivain : ce dernier en tire le noyau de son récit.
2.1.2 arrivée de Robinson
Dans l’extrait qui vous est proposé, découvrons Robinson qui raconte dans le détail les conditions de son arrivée sur l’île :
" Absorbé dans la contemplation de ma délivrance, je me promenais çà et là sur le rivage, levant les mains vers le ciel, faisant mille gestes et mille mouvements que je ne saurais décrire ; songeant à tous mes compagnons qui étaient noyés, et que pas une âme n’avait dû être sauvée excepté moi ; car je ne les revis jamais, ni eux, ni aucun vestige d’eux, si ce n’est trois chapeaux, un bonnet et deux souliers dépareillés. "
Après avoir abordé l’origine du mythe de Robinson Crusoé, découvrons aussi la richesse de ces récits d’explorations en la compagnie d’Edgar Poe (1809-1849). Connu largement pour ses nouvelles, ce dernier a publié en 1838 un seul roman, les aventures d’Arthur Gordon Pym.
2.2 Le roman d’exploration : Edgar Poe
Cette œuvre atypique n’a pas rencontré les faveurs de la critique guère habituée, chez cet auteur, aux récits d’aventures. Il a ouvert pourtant la voie à d’autres possibilités de récits comme ceux de Jules Verne.
Voyons aujourd’hui un extrait de ces aventures qui se déroulent dans les îles de Tristan da Cunha, situées dans l’océan Atlantique, à proximité de l’île Sainte Hélène. Découvrons aujourd’hui les observations du narrateur du spectacle qu’il a sous ses yeux :
"Les côtes de ces îles abondent, dans la saison favorable, en lions marins, éléphants marins, veaux marins et phoques à fourrure, ainsi qu’en oiseaux océaniques de toute sorte. La baleine aussi est fréquente dans le voisinage. La facilité avec laquelle on s’emparait autrefois de ces différents animaux fit que ce groupe fut, dès sa découverte, fréquemment visité. (…)"
2.3 L’île au trésor (Stevenson)
Découvrons le premier regard porté sur cette île par notre jeune narrateur :
"À perte de vue, les terres étaient couvertes de bois, sur la teinte sombre desquels tranchait le sable jaune de la plage. Çà et là s’élevaient de grands arbres de l’espèce des pins, parfois isolés, parfois groupés en bouquets. L’ensemble était monotone et triste. Toutes les hauteurs qui le dominaient avaient des formes bizarres et se composaient de rochers nus entassés en amphithéâtre. La Longue-Vue, qui avait au moins trois cents pieds de plus que les autres, était aussi la plus étrange, presque à pic de tous côtés, et coupée net au sommet comme le piédestal d’une statue. "
3. Un lieu poétique.
C’est bien l’univers poétique qui s’intéressera à la thématique de l’île dans les recueils de Baudelaire, Verlaine, Hugo et d’un poème mal connu de Stefan Zweig.
3.1 Le retour de Victor Hugo à Jersey
Nous débutons la dernière partie de notre représentation de l’île dans l’histoire de la poésie. Le romantisme au XIXe siècle tourné vers l’expression libre de ses sentiments et de ses émotions dans la célébration de la nature a trouvé dans ce thème une véritable inspiration. Nous retrouvons chez Victor Hugo cette évocation de l’île en ajoutant l’importance du choix du lieu.
Il s’agit de l’île anglo-normande de Jersey qui a donné l’hospitalité à la famille Hugo après la proscription décrétée par Napoléon III de 1851 à 1870. Dans ces colonnes, nous avions déjà évoqué cet exil notamment à Guernesey. Le poète revient à Jersey vingt ans après...
Dans cet extrait, vous pourrez constater le champ lexical du Souvenir avec l’emploi de l’imparfait et la répétition du mot « même » à chaque vers. On arrive de manière chromatique à la description d’une île en partant du particulier pour embrasser une vision globale, de la « chambre » (vers 3), d’un lieu calme et clos à une île effrayante et sauvage dévorée par « l’âpre mer » (vers 38).
C’est une opposition finale qui nous est proposée par le poète lequel différencie la permanence d’un spectacle enchanteur et effrayant du simple passage des hommes.
"Je la revois, après vingt ans, l'île où Décembre
Me jeta, pâle naufragé.
La voilà ! c'est bien elle. Elle est comme une chambre
Où rien encor n'est dérangé.
Oui, c'était bien ainsi qu'elle était ; il me semble
Qu'elle rit, et que j'aperçois
Le même oiseau qui fuit, la même fleur qui tremble,
La même aurore dans les bois ;
Il me semble revoir, comme au fond d'un mirage,
Les champs, les vergers, les fruits mûrs,
Et dans le firmament profond le même orage,
Et la même herbe au pied des murs,
Et le même toit blanc qui m'attend et qui m'aime,
Et, par delà le flot grondeur,
La même vision d'un éden, dans la même
Éblouissante profondeur.(…)"
Hugo, 8 août 1872, en arrivant à Jersey."
Après avoir évoqué l’île de Jersey, fidèle à elle-même, sous la plume de Victor Hugo, découvrons chez Baudelaire le sentiment inverse, c’est-à-dire la transformation morbide du spectacle d’une île.
3.2 UNE ÎLE DÉSOLÉE
Là encore, il ne s’agit pas de n’importe quelle île, mais celle de Cythère au sud du Péloponnèse qui renvoie à la mythologie grecque qui a traversé les siècles : une île sacrée dédiée à Aphrodite et à l’amour. Une nature enchantée a donc symbolisé le décor de Cythère.
Découvrons à présent la représentation de l’île de Cythère sous la plume de Baudelaire : on assiste à une description bien morbide. Ce poème iconoclaste résulte d’un fait divers rapporté par Nerval ;
C’est bien une vision tragique qui apparaît de la lecture de ces vers dont le champ lexical est celui du supplicié : celui-ci est composé d’oppositions nombreuses entre les vestiges de son passé « Belle île aux myrtes verts » (vers 13) et le regard du poète « quelle est donc cette île triste et noire ? » (vers 5). Plus on avance, plus on sombre dans le macabre…
UN VOYAGE À CYTHÈRE
Mon cœur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux
Et planait librement à l’entour des cordages ;
Le navire roulait sous un ciel sans nuages,
Comme un ange enivré du soleil radieux.
Quelle est cette île triste et noire ? — C’est Cythère,
Nous dit-on, un pays fameux dans les chansons,
Eldorado banal de tous les vieux garçons.
Regardez, après tout, c’est une pauvre terre.
— Île des doux secrets et des fêtes du cœur !
De l’antique Vénus le superbe fantôme
Au-dessus de tes mers plane comme un arome,
Et charge les esprits d’amour et de langueur.
Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où les soupirs des cœurs en adoration
Roulent comme l’encens sur un jardin de roses
Ou le roucoulement éternel d’un ramier !
— Cythère n’était plus qu’un terrain des plus maigres,
Un désert rocailleux troublé par des cris aigres.
J’entrevoyais pourtant un objet singulier !
Ce n’était pas un temple aux ombres bocagères,
Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs,
Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
Entre-bâillant sa robe aux brises passagères ;
Mais voilà qu’en rasant la côte d’assez près
Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches,
Nous vîmes que c’était un gibet à trois branches,
Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès. (...)
Baudelaire Un voyage à Cythère, Les fleurs du mal,
3.3 l’île de Cythère de Verlaine
Nous avons présenté Cythère sous son aspect le plus sombre. Il faut attendre le célèbre poème de Verlaine et son recueil intitulé les fêtes Galantes pour restituer la beauté à l’île.
À la lecture de ce court poème particulièrement suggestif, on constate que, là, tout y est enchantement. Les sens sont véritablement présents : la vue, le goût, l’ouïe, l’odorat et… le toucher. Une île qui offre en définitive les délices de la volupté…
CYTHÈRE
"Un pavillon à claires-voies
Abrite doucement nos joies
Qu’éventent des rosiers amis ;
L’odeur des roses, faible, grâce
Au vent léger d’été qui passe,
Se mêle aux parfums qu’elle a mis ;
Comme ses yeux l’avaient promis,
Son courage est grand et sa lèvre
Communique une exquise fièvre ;
Et l’Amour comblant tout, hormis
La Faim, sorbets et confitures
Nous préservent des courbatures."
Après avoir vu les délices de Cythère, achevons si vous le voulez bien, notre présentation par un poème d’un auteur davantage célèbre pour ses nouvelles : Stefan Zweig.
3.4 Les cloches de l’île
Ce poème nous offre une évocation intime de l’insularité avec l’emploi de la première personne du singulier. On sent toute la solitude d’un homme perdu dans l’obscurité d’un lieu, qui est, lui, obstinément régulé par la tranquillité d’une vie rythmée par le bruit des cloches…
"J’entends, par-dessus les campagnes,
Planer les cloches du pays
Et déjà je ne peux plus voir
Les contours des tours rondes.
La nuit, la mer, deux rubans bleus
Qu’ornemente l’or des étoiles,
Ont roulé dans leurs plis
Les bords de l’île.
Tout s’éloigne,
Tout se coule dans le silence.
Près de ma bouche,
Muets, les vents se penchent.
Tout cela qui m’échappe,
Me parait éloigné et comme sans retour (...)
Une étude comparée
Dans une deuxième partie, nous vous proposerons une étude de deux ouvrages sur le thème de l’île :
L’île des esclaves, comédie de Marivaux, jouée pour la première fois en 1725.
Vendredi ou les limbes du Pacifique, roman de Michel Tournier, publié en 1967.
Il sera question de mettre en avant sept points de comparaison entre ces deux œuvres, apparemment si différentes…
Cette étude sera suivie d’une synthèse et d’une bibliographie.







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