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"Lettres d'une Péruvienne" : dissertation


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"Lettres d'une Péruvienne" : dissertation


Au XVIIIᵉ siècle, le roman s’impose comme un moyen privilégié pour les écrivains des Lumières d’interroger le monde de l’Ancien Régime. Publié en 1747, Lettres d’une Péruvienne de Madame de Graffigny s’inscrit pleinement dans cette perspective. À travers le regard de Zilia, jeune Inca arrachée à son pays et confrontée aux mœurs françaises, l’autrice publie un roman s'insérant parfaitement dans la littérature d'idées. Le livre retrace ainsi l’évolution d’une héroïne découvrant un territoire nouveau, La France, tout en proposant une réflexion critique sur les valeurs, les comportements et les inégalités sociales du XVIIIᵉ siècle. Quoi de plus dérangeant que le renversement de perspective où les vaincus dont la culture a été réduite en cendres osent juger les vainqueurs et leur modèle de civilisation ? On peut alors se demander en quoi l’ouvrage de Madame de Graffigny constitue une dénonciation sans concession de la société française du XVIIIe siècle. L'examen des termes nous oblige à analyser sa vision critique à l'égard de la société de son temps. En reformulant, nous sommes ainsi amenés à mettre en regard le fond et la forme à l'appui de cette dénonciation. Nous nous demanderons alors sur quelle esthétique romanesque se fonde l'argumentation de Madame de Graffigny. Ainsi il s'agit de montrer que l’œuvre s’inscrit tout d’abord dans la tradition du roman d’éducation, puis de mettre en évidence ce regard étranger permettant une vision lucide et sans complaisance sur la civilisation française, avant de déduire le fait que l’ensemble conduit à une véritable réflexion dans l’esprit des Lumières.


I.             Un roman d’éducation


L’intérêt du roman d’éducation réside dans la perspective d’une démarche intellectuelle allant de l’ignorance à la connaissance : cette dynamique est au cœur de la stratégie argumentative de Françoise de Graffigny. Il faut entrer en premier lieu dans l’intimité de la jeune Zilia qui voit ses repères culturels devenir incertains avant de céder devant ce Nouveau Monde qui "s’est offert à (ses) yeux ". Enfin, ce roman d’apprentissage ne serait pas complet s’il n’évoquait pas l’importance du langage, à l'origine de la naissance de toute pensée critique.


1. A. Des repères incertains

Jeune Inca, Zilia est brutalement soustraite à son univers et dispose désormais de repères bien incertains. Sa capture par les Espagnols constitue un véritable traumatisme, l’enlèvement, survenu lors de la conquête du Pérou, se déroule dans la violence et l’humiliation : " Arrachée de la demeure sacrée, traitée ignominieusement hors du temple, j’ai vu pour la première fois le seuil de la porte céleste que je ne devais passer qu’avec les ornements de la royauté" (lettre 1). Elle connaît ainsi l’abaissement là où elle ne devait recevoir que des hommages. Sa dignité de "vierge du Soleil"  est bafouée par ceux qu’elle nomme des "barbares" . Réduite à l’état d’objet, elle est ensuite livrée à d’autres mains et embarquée sur un navire français. Cette expérience est pour elle une découverte angoissante, qu’elle décrit par des périphrases traduisant son incompréhension : "Cette maison comme suspendue, et ne tenant point à la terre, était dans un balancement continuel." (lettre 3). À cette violence s’ajoute une perte plus intime encore : la séparation d’avec son fiancé, Aza. Zilia prend conscience que l’océan les éloigne désormais irrémédiablement : "Que la mer abîme à jamais dans ses flots ma tendresse malheureuse, ma vie et mon désespoir. " (Lettre 6). Cette rupture la plonge dans un tel désespoir qu’elle tente de se suicider à la fin de cette même lettre. Face à cet effondrement, il ne lui reste que sa langue, dernier refuge contre les envahisseurs, "sourds à (son) langage" (lettre 1). L’ouvrage apparaît également comme un moyen de survie grâce aux quipos, cordelettes multicolores propres à la culture inca ; ils lui permettent d'écrire et ainsi de clarifier ses idées : "Ces nœuds qui frappent mes sens semblent donner plus de réalité à mes pensées." (lettre 5). La confiscation de ces quipos par les Français accroît sa détresse : "La privation de mes quipos manquait au comble de mes peines" (lettre 5). Bien qu’elle puisse ensuite les récupérer, elle craint, à la lettre 16, de ne plus pouvoir écrire. L’écriture est donc fragile, mais essentielle à son équilibre. À ce stade du roman, le texte que nous lisons provient de la traduction de ces quipos. Enfin, Zilia conserve un espoir fondé sur sa croyance religieuse : elle imagine que la terre vers laquelle on la mène appartient encore à l’Empire inca, car le Soleil l’éclaire : "Il est certain qu’on me conduit à cette terre que l’on m’a fait voir (…) puisqu’elle reçoit les rayons bienfaisants du Soleil" (Lettre 8). Cette certitude l’amène même à considérer la France comme une province soumise à l’Empire inca : "Je ne doute plus que le Cacique ne soit ton tributaire " (Lettre 15). Ces repères si fragiles céderont de son entrée dans ce Nouveau Monde à la fois étonnant et prodigieux.


1. B. L’admission dans un Nouveau Monde

À son arrivée à Marseille, Zilia tente de comprendre ce Nouveau Monde par comparaison avec son pays d’origine, mais elle ne trouve aucun point commun. Elle s’étonne notamment de la hauteur et de la richesse des maisons : "Celles-ci sont fort au-dessus par les prodiges dont elles sont remplies. " (Lettre 10). À l’image des Lettres persanes de Montesquieu, ce qu’elle ne peut expliquer rationnellement est désigné comme un "prodige". Cependant, la première véritable confrontation avec l’altérité ne se fait pas dans l’espace public, mais dans l’intimité des lieux clos. La scène du miroir, objet inconnu dans la civilisation inca, la bouleverse profondément : "Ces prodiges troublent la raison, ils offusquent le jugement " (lettre 10). Qu’y découvre-t-elle ? Sa propre image, mais également l’infériorité de ses connaissances techniques : "Je le vois avec douleur, mon cher Aza ; les moins habiles de cette contrée sont plus savants que tous nos Amautas " (lettre 10). Si ce choc provoque un sentiment mêlé d’étonnement et d’inquiétude, il marque aussi le début de son apprentissage. Peu à peu, Zilia se laisse toucher par la nature française : "Que les bois sont délicieux, mon cher Aza !"  (lettre 12). Elle poursuit son voyage jusqu’à Paris, découvre le carrosse qu’elle nomme "cabane roulante"  puis assiste à des tragédies et à l’opéra. Le caractère artificiel du premier genre la trouble profondément : "Pourrait-on croire (…) qu’un peuple entier se plaise à la représentation des malheurs ou des crimes ?" (lettre 16). C’est également à Paris qu’elle commence véritablement son apprentissage de la langue française.


1. C. la langue française

La langue française déroute d’abord Zilia, notamment par son rythme qu’elle compare défavorablement à l’espagnol : "Ils s’expriment avec tant de rapidité que je ne distingue pas même les inflexions de leur voix." (lettre 4). Pendant la traversée, une autre forme de discours se met en place, fondée sur la sensibilité : elle évoque des "entretiens muets" (lettre 7), révélant l’existence d’un langage des émotions. Pour comprendre la société française, Zilia s’appuie sur le lexique inca. Elle transpose ainsi ses catégories culturelles : "China", "Pallas", "Cacique" . Ces conversions linguistiques montrent que son regard demeure structuré par la grille de lecture péruvienne. Elle accède cependant à une communication universelle : la musique, qu’elle mesure instinctivement : "Il ne m’a pas été plus difficile de m’affecter des passions représentées que si elles eussent été exprimées dans notre langue" (lettre 17). L’apprentissage du français se fait avec un professeur qu’elle qualifie péjorativement de " sauvage" (lettre 16), renversant ainsi le vocabulaire colonial. La maîtrise de cette langue ouvre hélas sur une désillusion majeure : "Le soleil même m’a trompée" (lettre 18). Zilia comprend que l’Empire inca n’occupe qu’une portion du monde et qu’elle est définitivement en exil. Pourtant, le français lui permet désormais de comparer, juger et écrire : elle peut commencer à acquérir une autonomie intellectuelle. Elle pose alors un regard distancié sur la société française.

 

II. Un regard sans concession sur la société française

Désormais capable de lire, d’écrire et de parler français, Zilia observe l’univers qu’elle a sous les yeux. Cette réflexion est menée au couvent, lieu d’enfermement où paradoxalement sa vision s’élargit. Coupée du monde, elle dispose de temps pour s’instruire et penser. Elle analyse la société française, qui ne cesse de la heurter par ses profondes inégalités sociales. S’appuyant sur sa culture d’origine, elle élabore une critique sévère de la religion et de la monarchie françaises.


2. A. Le prisme inca

Zilia observe la France à travers les valeurs incas : simplicité, vérité et vertu ; elles constituent son cadre de référence. Cette grille de lecture l’amène à dénoncer l’artificialité des mœurs françaises, notamment féminines : "Toutes les femmes se peignent le visage de la même couleur ; elles ont toujours les mêmes manières et je crois qu’elles disent toujours les mêmes choses." (Lettre 16). Cette critique s’étend à l’éducation des femmes, que Zilia juge incomplète et inadaptée. Par un parallélisme implicite avec l’enseignement de la gent masculine, elle met en lumière l’injustice de cette instruction tournée vers l’apparence plutôt que vers l’intellect : "Le temps le plus précieux pour former l’esprit est employé à acquérir des talents imparfaits (…) qui deviennent des ridicules dans un âge plus avancé." (Lettre 34). Lorsqu’elle tente de partager ses convictions morales, modération, équité envers les inférieurs, fermeté face aux puissants corrompus, elle se heurte à l’incompréhension polie des femmes françaises : on relève l’ironie de Zilia : "Je remarque à leur air embarrassé qu’elles me soupçonnent de parler la langue péruvienne." (Lettre 34). Ce décalage révèle l’hypocrisie et la violence symbolique des mœurs françaises. À l’instar de La Bruyère dans Les Caractères, Graffigny dresse, par le biais de Zilia, un tableau sévère d’une société qui maltraite les plus faibles, comme en témoigne la célèbre dénonciation de la condition paysanne comparée à des bêtes de somme : "L’on voit certains animaux farouches…" (Les Caractères, 1688, "De l’homme").


2. B. Critique de la religion

La jeune Zilia se livre à une critique en règle de la religion. Si le couvent, dans lequel elle est enfermée avec Céline, lui semble d’abord offrir davantage de liberté que la réclusion des "vierges du Soleil", cette première impression laisse rapidement place à une interrogation profonde sur la religion chrétienne. Elle dénonce une foi qui impose l’abandon des facultés essentielles de l’être humain : "Le culte qu’on rend à la divinité du pays exige qu’on renonce aux connaissances de l’esprit, au sentiment du cœur et, je crois même, à la raison" (lettre 19). Cette condamnation se fonde également sur l’hypocrisie du clergé. La rencontre avec un prêtre chargé de la convertir révèle un double discours : "Si d’abord il m’a paru doux et sincère, je n’ai trouvé ensuite que rudesse et fausseté"(lettre 22). Zilia élargit enfin sa critique à l’éducation religieuse confiée à des individus finalement incapables d’ouvrir l’intelligence et de former les âmes : "On confie le soin d’éclairer leur esprit à des personnes auxquelles on ferait peut-être un crime d’en avoir".(lettre 34)


2. C. Critique de la monarchie

La dénonciation la plus virulente concerne le pouvoir politique. Zilia fait un parallèle entre le modèle européen et le modèle inca, fondé sur la responsabilité du monarque envers son peuple : "Le gouvernement de cet empire, entièrement opposé à celui du tien, ne peut manquer d’être défectueux."(Lettre 20). Alors que le Capa-Inca doit assurer la subsistance de ses sujets, les souverains européens vivent du travail de ces derniers. Cette injustice se double d’une inégalité sociale fondée sur le pouvoir de l’argent : "Sans avoir de l’or, il est impossible d’acquérir une portion de cette terre que la nature a donnée à tous les hommes." (lettre 20). Zilia éprouve une profonde compassion pour le peuple méprisé par les puissants. Étrangère et sans ressources, elle se reconnaît elle-même parmi les exclus : "Je n’ai ni or, ni terres, ni industrie (…) dans quelle classe dois-je me ranger ?" (lettre 20). Par cette expérience sensible de l’injustice, l’héroïne accède à un savoir fondé sur l’humanité et l’émotion, conformément à la pensée de Rousseau. Dans l’Émile (1762), le philosophe fonde en effet le lien social sur "la pitié" jouant un rôle unificateur. Ce renversement de perspective où les vaincus critiquent les vainqueurs suit une stratégie argumentative : un enseignement philosophique est conforme à l’idéal des lumières du XVIIIe siècle.


III. Un enseignement philosophique

Lettres d’une Péruvienne s’inscrit pleinement dans la littérature d’idées. L’argumentation y est indirecte : elle ne se présente jamais sous la forme d’un discours théorique, mais se déploie à travers la lecture attentive des lettres de Zilia. Françoise de Graffigny met ainsi en place une stratégie argumentative fondée sur l’observation du Nouveau Monde, la comparaison des deux cultures et enfin l’émotion suscitée. Son propos se déploie au travers d’une variété de registres et par une réflexion philosophique éclairée.


3. A. L’art de persuader

Zilia fonde son discours sur l’art de persuader résultant de son expérience personnelle et de ses émotions. Il ne s’agit pas pour elle de produire une analyse abstraite ou dogmatique, mais de persuader le lecteur en suscitant son empathie, et non de le convaincre par des raisonnements de la raison et de logique. Cette démarche confère à l’argumentation une force pleine de sensibilité. Le roman contient ainsi de nombreuses dénonciations, à commencer par celle de la violence exercée par les Européens lors de la conquête du Pérou : "Mais quel horrible spectacle s’offrit à mes yeux ! (…) les pavés du temple ensanglantés, l’image du Soleil foulée aux pieds, des soldats furieux poursuivant nos vierges et massacrant tout ce qui s’opposait à leur passage." (lettre 1). À cette violence s’ajoute la cupidité, présentée comme la cause première des exactions coloniales : "La soif de l’or était la seule cause de leur cruauté."(Lettre 21). En contrepoint, Françoise de Graffigny fait l’éloge de la civilisation inca, décrite comme juste, modérée et harmonieuse, fondée sur la solidarité et l’éducation morale : "On sait au Pérou (…) que pour préparer les humains à la pratique des vertus, il faut leur inspirer dès l’enfance un courage et une certaine fermeté (…) ; on l’ignore en France" (lettre 34). Cette stratégie argumentative est à destination d’un triple public. Dans un premier temps, cette stratégie argumentative est explicitement destinée à Aza, à qui Zilia relate ses découvertes et ses désillusions, jusqu’à la rupture amoureuse consommée à la lettre 36. Mais cette stratégie est également à l’intention de la rédactrice de la lettre : on peut y voir une forme d’auto persuasion. Zilia cherche à maîtriser le réel, à le comprendre et à l’envisager. La réalité l’oblige en premier lieu au milieu du récit à changer de support écrit : les quipos venant à manquer sont remplacés par le papier de correspondance. Sur le plan de la stratégie argumentative, ce changement n’est pas neutre : la langue péruvienne cède le pas au français ; infidèle, Aza laisse la place à Déterville. Ce double mouvement symbolise l’effort intellectuel et moral consenti par Zilia lui permettant d’accepter sa condition d’exilée sans jamais s’y résigner. Enfin cette argumentation s’adresse également au lecteur. Par le regard étranger de Zilia, Graffigny invite à un relativisme proche de celui de Montaigne, notamment dans Des Coches : "Je crains bien toutefois que nous ayons hâté le dépérissement et la ruine de ce dernier venu (…) et que nous lui ayons fait payer cher nos opinions et nos arts".


3. B. La diversité des registres

La richesse argumentative du roman repose aussi sur la variété des registres. Ainsi le registre lyrique s’exprime notamment dans la découverte de la nature française, source d’émotion et d’émerveillement : "S’il est des beautés du ciel et de la terre qui aient une puissance sur notre âme, celles des forêts (…) ne m’ont causé ni moins de plaisir ni moins d’étonnement." (lettre 12). Ensuite le registre didactique apparaît clairement dans le plaidoyer en faveur des femmes, développé dans la lettre 34 : "Il m’a fallu beaucoup de temps (…) pour approfondir la cause du mépris que l’on a presque généralement ici pour les femmes." Par ailleurs, le registre pathétique domine lorsque Zilia est rejetée par Aza, scène marquée par l’intensité de sa souffrance : "Aza infidèle ! que ces funestes mots ont de pouvoir sur mon âme… Mon sang se glace… un torrent de larmes…" (lettre 38). Enfin, le registre satirique permet une critique ironique des mœurs françaises, notamment de la pratique du duel : "Un homme est obligé d’exposer sa vie (…) s’il apprend que cet autre a tenu quelques discours contre lui." (lettre 33).


3. C. La portée de l’œuvre

Le thème du bonheur constitue l’un des axes majeurs du roman. Le dénouement exclut toute réunion amoureuse entre Zilia et Aza ; demeure l’amitié proposée à Déterville, choix qui interroge les normes sociales et affectives de l’époque. En possédant une maison et des terres, Zilia accède à une indépendance économique qui la libère de la tutelle masculine et qu’elle refuse de sacrifier par le mariage. Ce cadre bucolique rappelle la conclusion de Candide de Voltaire : "il faut cultiver son jardin". Graffigny esquisse ainsi une forme d’utopie : un lieu retiré du monde, où l’héroïne peut se préserver des vices de la société française et accéder au bonheur par l’exercice de son savoir. Dans la lettre 35, Zilia exprime son aspiration à une vie simple, à l’écart des passions et des corruptions sociales. Cette retraite est rendue possible par le parcours intellectuel accompli : passée de l’ignorance à la lumière, Zilia est désormais capable de réfléchir seule sur le monde et d’en proposer une lecture critique. À travers elle, Françoise de Graffigny s’inscrit pleinement dans le projet des philosophes des Lumières, en faisant de la littérature un instrument de réflexion, d’émancipation et de progrès grâce à l’art de la persuasion et à la variété des registres littéraires. 

 

En conclusion, nous nous sommes interrogés sur la manière dont le roman de Madame de Graffigny constitue une critique sans concession de la société française. Nous avons montré que Lettres d’une Péruvienne s’inscrit d’abord dans la tradition du roman d’éducation, en faisant de l’apprentissage de Zilia la source d’un constant étonnement philosophique. Nous avons ensuite mis en évidence le regard étranger de l’héroïne permettant une remise en question sans complaisance des mœurs et des valeurs de la civilisation française. Enfin, l’ensemble de l’œuvre conduit à une véritable réflexion philosophique, pleinement ancrée dans l’esprit des Lumières, notamment sur le bonheur et la liberté contenant un plaidoyer pour l’éducation féminine. Ces renversements de perspective conservent aujourd’hui toute leur force critique. Ils se prolongent notamment dans la littérature contemporaine, comme en témoigne le roman Civilizations de Laurent Binet, publié en 2019. Cette uchronie peint une Europe dominée par des conquistadors incas. À travers cette inversion historique, l’auteur renouvelle, à son tour, le questionnement porté par Madame de Graffigny sur l’ethnocentrisme européen et sur la relativité des civilisations.




 

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