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  Les procédés argumentatifs (La Boétie)

Dernière mise à jour : il y a 24 heures

Nous verrons qu’il s’agit d’une œuvre reposant sur une argumentation directe. L'auteur a mis au point une stratégie précise pour entraîner l'adhésion de son public : recours à la raison mathématique et à la technique de la persuasion, utilisation de figures de style déterminées et de registres littéraires précis.


un bronze avec le profil d'un homme de la renaissance

 

Les procédés argumentatifs (La Boétie)


Il vous est proposé de poursuivre l'étude du Discours de la servitude volontaire de la Boétie au travers du plan suivant : nous verrons aujourd'hui le 2e point.


2.     Les procédés argumentatifs du discours :

2.1. Une argumentation directe,

2.2. Une stratégie argumentative :

                        2.2.1. La raison mathématique,

                        2.2.2. La persuasion,

                        2.2.3. Les intentions de l’auteur :

       a) les références à l’Antiquité,

        b) les références à la Renaissance,

             2.3. Les principales figures de style,

             2.4. Les registres littéraires,



2.     Les procédés argumentatifs

 

Nous verrons qu’il s’agit d’une argumentation directe, avant de voir la stratégie argumentative reposant sur des ressorts précis.

 

     2.1  Argumentation directe :

La présence du pronom personnel « je » indique qu’il s’agit d’une prise de position personnelle de l’auteur ; ainsi on note les expressions telles que : " je crois" (p.108), "si ne veux-je pas, pour cette heure, débattre cette question tant pourmentée " (p.108), "pour ce coup, je ne voudrais (rien) sinon entendre"(p.108). Ce sont bien les propos de La Boétie.

Par ailleurs, le discours est un genre argumentatif que l’on définit comme "un développement oratoire " (définition du Robert) s’adressant à un auditoire déterminé : il s’agit de ses lecteurs. Il leur expose son analyse et donc sa propre vision des choses.

S’agissant d’un discours et non d’un pur enseignement professoral, académique, il procède par apostrophe, c’est-à-dire "d’une manière brusque et peu courtoise" (cf. définition du Larousse). Il parle donc directement de cette manière au peuple comme on le relève avec le pronom personnel « vous » :

"Pauvres et misérables peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien, vous vous laissez emporter devant vous le plus beau et le plus clair de votre revenu, piller vos champs, voler vos maisons et les dépouiller des meubles anciens et paternels ! " (p.116)

Il s’agit d’une mise en accusation du peuple, dévalorisé avec le terme péjoratif de "populas"répété. Le peuple est donc responsable de l’oppression qu’il subit alors que le rapport est en sa faveur du fait de la question arithmétique des forces en présence (cf. article précédent).

Le titre de l’œuvre souvent utilisé par la suite "le Contr’Un " montre parfaitement ce paradoxe saisissant : comment le plus grand nombre accepte-t-il de se laisser assujettir par un seul homme ?

Deux réponses s’imposent :

  • l’ignorance de l’homme de son droit naturel à la liberté. Cette ignorance provient de l’oubli de cet état premier,

  • l’habitude de servitude qui s’est transformée en coutume et partant, en normes.

Enfin, il conclut avec l’impératif à la première personne du pluriel :

"Apprenons donc quelquefois, apprenons à bien faire " (p.157).

L’auteur se joint à son auditoire dans une forme de proximité. Il ne domine plus la situation ; en bon humaniste, il rejoint la confrérie des hommes.

 

2.2 Stratégie argumentative.

Une stratégie précise est à l’œuvre puisqu’il s’agit de faire sortir l’être humain de son ignorance. Il s’agit d’analyser les intentions de la Boétie vis-à-vis de son auditoire, les figures de style et enfin les registres littéraires.

Sur le premier point, l’auteur utilise la raison avant d’axer son argumentation sur l’art de la persuasion.

 

    2.2.1. La raison mathématique

Au début du discours, La Boétie entend nous convaincre, en se situant sur le plan de la raison et de la logique. La référence aux nombres fonde une logique mathématique. Voyons la manière employée par l'auteur reposant sur cinq étapes :

–       les premières données ;

–       Un calcul effectué ;

–       Un paradoxe absolu ;

–       Une conséquence étonnante ;

–       Une recherche de causes et de conséquences.

 

a)     Les premières données :

Nous pouvons lire : "Un million de millions d’hommes " face à "un seul " (tyran) (p. 109). On assiste à une décomposition des nombres avec "si deux, si trois, si quatre ne se défendent d’un ". (p.111).

Par la suite, La Boétie recompose revient à une échelle plus large mais inférieure au "million de millions d'hommes" : on passe ainsi de milliers à des millions :

"cent pays, mille villes, un million d’hommes n’assaillir pas un seul » (p.111).

Pourquoi procède-t-il ainsi ?

Il s’agit d’établir un constat de départ en comptant les forces en présence sous différents angles.

b)    Le calcul effectué

La Boétie réalise un simple calcul arithmétique en soulignant le fait que le rapport de force se trouve en faveur du plus grand nombre :

"Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps et n’a autre chose que ce qu’à le moindre homme du grand et infini nombre de nos villes sinon que l’avantage que vous lui faites pour vous détruire ." (p.116).

Ce point parfaitement logique a été bien perçu par ceux qui ont choisi de renommer l’œuvre en lui conférant le titre du « Contr’Un ».

Notons l’omission du nom "peuple", soit d'une entité indénombrable. Pourquoi La Boétie ne fonde-t-il pas son argumentation sur l'ensemble d'une population ? Parce qu'elle serait alors égale arithmétiquement au tyran : nous aurions le peuple face au tyran soit un contre un.

En choisissant, au contraire, des données fondées des entités humaines variables, parfaitement dénombrable, il est plus à même de montrer le rapport de force favorable au plus grand nombre dans la lutte contre le tyran. CQFD.

c)     Un paradoxe absolu

On en arrive logiquement à l’établissement d’un paradoxe. U n paradoxe se définit comme la conclusion illogique d’un raisonnement. Il procure donc de l'étonnement.

On peut en poser les bases dans ces termes suivants : si un grand nombre d’hommes est par définition plus fort qu’un homme seul, comment ce plus grand nombre n’est-il pas capable de lui résister ? C’est le sens de la phrase interrogative indirecte posée par l’auteur :

" je voudrais sinon entendre (comprendre) comme (comment) il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs (villages), tant de villes, tant de nations endurent (supportent) quelques fois un tyran seul, qui n’a puissance que celle qu’ils lui donnent (…) " (p. 109)

d)    Une conséquence étonnante

La conclusion de cette démonstration est étonnante puisqu’elle ne va pas dans le sens d’une logique d’affrontement comme l’histoire nous l’enseigne. Il ne s’agit pas d’écraser le tyran par la force du nombre, mais d’obtenir la liberté en cessant de le servir.

L’auteur dit, en effet, à la première personne du singulier :

" je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre »  « Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres. " (p117).

Il s’agit là de la résistance passive qui produit logiquement un effet implacable.

 

     e) une recherche de causes et de conséquences

 L’argumentation raisonnée de la Boétie ne s’arrête pas là. L’auteur entend désormais procéder à un examen de la cause qui a conduit à l’apathie générale du peuple :

" cherchons donc par conjecture, si nous en pouvons trouver, comment s’est ainsi si avant enraciné cette opiniâtre volonté de servir. (p.117)

Il va ensuite s’employer à déterminer les conséquences pour le peuple et pour le tyran avant d’évoquer les ressorts de la domination avec le rôle des favoris et de la pyramide de la contrainte de haut en bas de la société.

 

    2.2.2 les intentions persuasives de La Boétie :

L’auteur cherche également à susciter des émotions auprès de son auditoire. Il veut, cette fois, nous persuader en jouant non plus sur la raison, mais sur les sentiments. On peut schématiquement dire que l’auteur ne parle plus seulement à notre esprit, mais également à notre cœur. Quelle émotion principale entend-il faire surgir ?

Il cherche à susciter une émotion de nature à faire naître une prise de conscience. Pour ce faire, le ton change avec la forme. La Boétie cherche à réveiller le lecteur : il emploie un ton passionné : 

" C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d’être esclave ou d’être libre, quitte la liberté et prend le joug." 

Parfois il use d’un ton ironique avec notamment l’expression " le noble peuple" pour parler de Rome à l’époque de Néron. Il s’indigne aussi du fait que Brutus et Cassius aient payé de leur vie l’assassinat de Jules César. Il s’interroge avec lyrisme : "Ô bon Dieu ! que peut-être cela ? " (p.110). Il fait enfin honte aux hommes d’accepter la servitude au point de les comparer de manière désavantageuse aux animaux.

Il développe, sur le fond, une argumentation destinée à révéler les ressorts cachés de l’état de soumission du peuple face au tyran. Il va utiliser tout au long de son discours des arguments tirés de l’Antiquité se déclinant sous forme de références poétiques, historiques et philosophiques.


a)     Arguments tirés de l’Antiquité

La Boétie s’appuie sur des arguments tirés de l’héritage littéraire, mais aussi de l’histoire gréco-romaine pour persuader son auditoire. Le poids de l’histoire peut susciter, en effet, une prise de conscience : la lutte universelle pour la liberté. Ce sont des illustrations destinées à entraîner l’adhésion de ses lecteurs. Pour ce faire, il procède à des digressions historiques dont il s’excuse à deux reprises :

"mais pour revenir à notre propos, duquel je m’étais quasi perdu " (p. 133).)/" Mais pour retourner d’où je ne sais comment j’avais détourné le fil de mon propos ". (p.145).

Évidemment, il s’agit de pures formules de style, car ces références à des époques passées servent précisément à conforter son argumentation. La période de l’Antiquité est citée alors que l’on note deux brèves mentions de la Renaissance, soit le temps contemporain à l’écriture de ce discours.

Vous noterez que pour l’argumentation de l’auteur, ces illustrations constituent le plus souvent non des exemples à suivre, mais des contre-exemples à ne pas imiter. Voyons dans le détail les références littéraires avant d’examiner les références historiques.

 

Les références poétiques

 

Homère est cité trois fois, Virgile une fois. Et une de ces illustrations est utilisée à titre de contre-exemple. L’auteur situe son argumentation sur la servitude dans les périodes de paix et non de guerre.

 

Auteur

Lutte pour la liberté

Moyens pour rester libre

Homère

Contre-exemple : citation introductive : « Qu’un, sans plus (du moins), soit le maître et qu’un seul soit le roi » (Iliade). Pour La Boétie : « il en faudrait d’aventure (peut-être) excuser Ulysse. » (p.107)

(en pleine guerre de Troie)

 

/

Homère

/

Mémoire vive : Ulysse qui regarde en direction d’Ithaque, rêvant à sa liberté.

Virgile, l’Enéide

Exemple de lutte contre la tyrannie :

Vers du poète latin (p. 142) Référence à Salmonée condamné aux enfers pour s’être pris pour Jupiter  

/

Homère

Exemple de lutte contre la tyrannie :

Référence à Homère évoquant Jupiter se « vante de tirer la chaîne et d’emmener vers soi tous les dieux » (p.146) :

/

 

Les digressions historiques

 

On trouve de très nombreuses références à l’histoire antique qu’elle soit grecque ou romaine. Il s’agit d’épisodes de guerre le plus souvent : là encore, on a des illustrations allant dans le sens de l’auteur et de contre-exemples destinés à nous en détourner.

 

Période

Lutte pour la liberté (but)

Moyens pour conserver la liberté

Guerre Athènes

Vs/

Sparte

Contre-exemple : le peuple face aux tyrans : souveraineté d’Athènes remise entre les mains de 30 tyrans (période de guerre).

 

Guerre Athènes Sparte vs/

Les Perses

– Discours positif : paroles des Grecs adressées au représentant des Perses : « Pour ce que le bien que tu nous promets, tu l’as essayé, mais celui dont nous jouissons, tu ne sais que c’est » (p.128)

– action : défilé de Thermopyles : Léonidas avec une poignée d’hommes a réussi à retarder l’avance des Perses : « La victoire de la liberté sur la domination, de la franchise (limitation du pouvoir royal) sur la convoitise. » (p 113).

Contre-exemple : soumission des vaincus entretenue par le tyran (paix)

Cyrus, roi de Perse pour maintenir la soumission des Lydiens : « Il y établit des bordeaux (des bordels), des tavernes et des jeux publics et fit publier une ordonnance que les habitants usent à en faire état (devaient s’y rendre). (p.136) 

Sparte

Contre-exemple : la domestication d’animaux :

Lycurgue à Sparte nourrissant deux chiens de la même portée : rôle de l’habitude dans l’aptitude à la servitude/la liberté

 

 

 

 

 

 

 

Grecque

Contre-exemple : abandon volontaire de la liberté du peuple confiée à un tyran (guerre)

Le peuple confiant le pouvoir au tyran Denis, à Syracuse en Sicile.

 

Contre-exemple : servitude comme un poison : le roi Mithridate : immunisation par absorption quotidienne de poison pour éviter un empoisonnement : « pour nous apprendre à avaler et ne trouver point amer le venin de la servitude » (p.124)

 

Contre-exemple : le caractère sacré du pouvoir, justifiant la servitude (paix) :

– le « gros doigt de Pyrrhe faisait des miracles et guérissait les malades”  (p.141)

– Hippocrate, le père de la médecine, qui a refusé de prêter son concours au pouvoir en place : « il lui répondit franchement qu’il ferait grand conscience (il aurait des scrupules) de se mêler de guérir les Barbares qui voulaient tuer les Grecs et de bien servir par son art à lui qui entreprenait d’asservir la Grèce » (p. 134)

 

 

Guerre Sparte, Athènes vs

Alexandre

Le Grand

Contre-exemple : Sparte et Athènes ont été réduites à l’asservissement par Alexandre Le Grand,

 

 

Romaine

– action : Caton qui éprouve du dégoût face à la tyrannie de Sylla au point de proposer, pour le bien de tous, de l’éliminer avec un poignard : « que ne me donnez-vous un poignard ? » (p. 129).

– action : complot de Brutus et de Cassius qui ont assassiné Jules César, au nom de la liberté : « Lorsqu’ils entreprirent la délivrance de Rome ou plutôt de tout le monde » (p.132)

 

– Contre-exemple : abrutissement du peuple  (paix) :

Tibere et Néron ont donné du pain et des jeux pour s’attacher la population ainsi soumise.

 

– Contre-exemple : caractère sacré du pouvoir  (paix) :

– Jules César qualifié de « Père du peuple » (p139) et tous ses successeurs, tribuns du peuple.

– l’empereur Vespasien qui « adressait (redressait) les boiteux » (p.141).

– Contre-exemple : caractère sanglant du pouvoir tyrannique :  (paix)

Agrippine qui finit par être assassinée par son fils, Néron.

Égyptienne

 

Contre-exemple : caractère sacré du tyran (paix) : les premiers rois égyptiens qui obtenaient « de leurs sujets quelque révérence et admiration » (p. 140)

 

 

 

Biblique

Contre-exemple : l’histoire biblique : « ceux d’Israël » (p. 123), choisissant un roi (et non plus un prophète)

 

 

 

 

La philosophie grecque


Concept de l’amitié

La lutte pour la liberté

Les moyens de conserver


Contre-exemple : l’amitié vue comme l’admiration pour un grand homme à qui on remet les rênes du pouvoir et qui installe une tyrannie.




Action : harmonie sociale : l’amitié pour compenser l’inégalité entre les hommes :

« la fraternelle affection » dont le but

« les uns, puissance de donner aide, les autres besoin d’en recevoir » (p. 118) :

 

 

b)    Les arguments tirés de la Renaissance


On note les trois références suivantes :

– L’Enfer de Dante : épisode du mégalomane Salmonée, tyran fou, qui imitait Jupiter

– La Franciade de Ronsard (poème épique sur l’histoire de France) et du Bellay : volonté de l’auteur de les comparer aux poètes de l’Antiquité.

– La république de Venise, modèle politique idéal pour La Boétie.

 

  

2.3 Les figures de style 


La Boétie argumente en se fondant essentiellement sur des figures de style frappant l’imaginaire du lecteur. Pour cela, il recourt essentiellement à des métaphores, des gradations et des oppositions.

 

2.3.1 les métaphores.

On compte quatre types de métaphores.

a) les métaphores animalières

Elles sont très nombreuses. Le parallèle hommes/animaux est saisissants : " Ils s’enchaînent eux-mêmes et se laissent dompter. " La Boétie pique la fierté de l’homme en le dévalorisant, en montrant la supériorité de l’animal puisqu'il ne se défend pas contre la tyrannie. 

 

Bœuf :

« le joug » : parallèle entre l’homme et la pièce de bois sur la tête du bœuf nécessaire à l’attelage pour le labourage des champs.

Poissons

 

« comme le poisson quitte la vie aussitôt que l’eau, pareillement celles-là quittent la lumière et ne veulent point survivre à leur naturelle franchise. » (p.120) : pas de lutte pour la survie.

Bétail,

Gibier

Oiseaux

« Les autres, des plus grandes jusqu’aux plus petites, lorsqu’on les prend, font si grande résistance d’ongles, de cornes, de bec et de pieds, qu’elles déclarent assez combien elles tiennent cher ce qu’elles perdent » (p.120) : lutte des animaux avant de mourir à la différence des hommes qui ne se battent pas pour leur liberté.

Éléphant

« Que veut dire autre chose l’éléphant qui, s’étant défendu jusqu’à n’en pouvoir plus, n’y voyant plus d’ordre, étant sur le point d’être pris, il enfonce ses mâchoires et casse ses dents contre les arbres, sinon que le grand désir qu’il a de demeurer libre » (p.120) : lutte des animaux avant de mourir à la différence des hommes qui ne se battent pas pour leur liberté.

Cheval

« et si ne le savons-nous si bien flatter que, quand ce vient à le dompter, ils ne mordent le frein qu’il ne rue contre l’éperon » (p.120) : cas du cheval domestiqué qui lutte pour sa liberté :

:

 

Bœufs et oiseaux

Vers de la Boétie :

« Même les bœufs sous le poids du joug geignent/et les oiseaux dans la cage se plaignent » (p. 121)

 

 

Notons, à côté de ces métaphores animalières, une personnification avec l’évocation du cri des bêtes lancé aux êtres humains :

" si les hommes ne font trop les sourds, leur crient : vive liberté ! " (p.120)

 

b) les métaphores champêtres :

La Boétie utilise ainsi des métaphores agricoles qui frappent l’imagination des lecteurs de la France rurale du 16e siècle. On relève ainsi une référence aux racines d’un arbre :

" comme la racine n’ayant plus d’humeur (substance) ou alignement la branche devient sèche et morte. " (p 115).

Il passe aussi aux plantes :

" les herbes ont chacune leurs propriétés, leur naturel et singularité ; mais toutefois le gel, le temps, le terroir ou la main du jardinier y ajoute ou diminue beaucoup de leur vertu " (p.125).

Enfin, il évoque le feu :

" comme le feu d’une petite étincelle devient grand et toujours se renforce, et plus il trouve de bois, plus il est prêt d’en brûler (…) Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur bail (donne), plus on les sert " (p.114).

Au travers de ces illustrations, c’est encore la question de la liberté (plante qui grandit seule) ou de la servitude (l’étouffement de la racine, le feu, les contraintes environnementales ou la volonté du jardinier, du tyran) qui est posée.

 

c)     Les métaphores guerrières

Ce sont des métaphores récurrentes avec des visions de défaites et de sang destinées à émouvoir le lecteur :

" Les peuples se laissent piller, égorger, massacrer, non par une grande force ennemie, mais presque de leur plein gré. "

La Boétie envisage la soumission comme une bataille perdue sans combat.

 

d)    Les métaphores médicales

La Boétie utilise des métaphores médicales pour susciter le dégoût : il considère que l’homme asservi est un malade incurable :

" Il ne sent plus son mal, cela montre assez que sa maladie est mortelle " (p.117).

La tyrannie est donc une maladie et la liberté apparaît comme un état sain qu’il faut retrouver. Pour dénoncer la corruption de la cour du tyran : il évoque même les « parties véreuses » (p.147).

 

2.3.2 les oppositions

Toute l’argumentation de La Boétie repose sur l’opposition entre le peuple et le tyran. On a ainsi de nombreuses antithèses ; celle qui résume le mieux le fond de la pensée de l’auteur :

" Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres. "

 

2.3.3 les gradations et les répétitions :

La Boétie élabore des phrases éloquentes reposant sur des effets crescendo souvent joints à des répétitions lancinantes :

" que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations " 

cela donne une impression de grandiloquence et de martèlement de la pensée.

 

2.4 Les registres :

Quatre registres principaux sont à noter : les registres didactique et épique, le registre lyrique et enfin satirique.

 

2.4.1 registre didactique

Cette œuvre a une visée d’abord didactique, destinée à nous délivrer un message.

On peut considérer la volonté de l’auteur de rechercher strictement la cause première de la servitude :

"cherchons donc par conjecture, si nous en pouvons trouver, comment s’est ainsi si avant enraciné cette opiniâtre volonté de servir." (p.117)

Le même registre est employé pour la recherche des conséquences. L’excipit est enfin du même ordre :

Apprenons donc quelquefois, apprenons à bien faire."

 

2.4.2 registre épique

Un autre registre est celui épique avec les nombreuses références aux batailles et guerres antiques :

"Qu’on mette d’un côté cinquante mille hommes en armes, d’un autre autant ; qu’on les range en bataille ; qu’ils viennent à se joindre, les uns libres, combattant pour leur franchise, les autres pour la leur ôter : auxquels promettra-l’on par conjecture la victoire ? "(p.112).

 2.4.3 registre pathétique

La souffrance du peuple est au cœur de ce discours. L’auteur cherche à éclairer les hommes pour montrer la soumission du peuple :

"C’est le peuple qui s’asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d’être esclave ou d’être libre, quitte la liberté et prend le joug".

La pitié est un sentiment éprouvé par la Boétie :

"mais parce que je suis d’avis qu’on ait pitié de ceux qui, en naissant, se sont trouvés le joug sous le col." (p.129).

 

2.4.4 registre lyrique

Enfin, l’auteur utilise le registre lyrique pour exprimer les émotions sensibles, telle que la joie ou la souffrance. Il s’interroge avec lyrisme :

"Ô bon Dieu ! que peut-être cela ? " (p.110).

Il recourt à ce registre pour évoquer le sacrifice de héros qui sont ainsi célébrés : Ulysse, Léonidas, Brutus et Cassius "Lorsqu’ils entreprirent la délivrance de Rome ou plutôt de tout le monde"(p.132) etc.

Enfin, le discoureur cite Homère à de nombreuses reprises et se fait lui-même poète avec des expressions lyriques telles que "l’ombre de la liberté " (p.129). Il cite également ses propres vers :

"même les bœufs sous le poids du joug geignent,/Et les oiseaux dans la cage se plaignent." (p.121)

 

2.4.5 La satire

Ce registre est à relever lorsque l’auteur évoque le pouvoir politique en France :

"ayant toujours eu des rois si bons en la paix et si vaillants en la guerre encore qu’ils naissent rois’" (p. 143).

Sur le pouvoir religieux exercé par les rois, il ajoute perfidement :

"les nôtres semèrent en France je ne sais quoi tel, des crapauds, des fleurs de lis, l’ampoule et l’oriflamme."(p.143)

 


notes

 

[1] La Boétie, Discours de la servitude volontaire, présentation et édition de Simone Goyard-Fabre, Garnier Flammarion, p. 28 à 46,

[2] Op.cit, p. 45

 


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