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Ambigüités et portée de l'œuvre (La Boétie)

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Le contexte historique du Discours de la servitude volontaire s’inscrit dans le contexte des guerres de religion au XVIe siècle. Des interprétations diverses ont émergé dès le 19e siècle.  Retour sur les ambigüités de cette œuvre et sa portée sur le plan philosophique.

statue d'un homme de la renaissance tenant une plume rouge
Statue de La Boétie à Sarlat


Ambigüités et portée de l'œuvre (La Boétie)

Il vous est proposé d'achever l'étude du Discours de la servitude volontaire de la Boétie qui suit le plan suivant : nous avons abordé les deux premiers points, il nous reste à conclure sur cette œuvre.


2.1. Une argumentation directe,

2.2. Une stratégie argumentative :

                        2.2.1. La raison mathématique,

                        2.2.2. La persuasion,

                        2.2.3. Les intentions de l’auteur :

        a) les références à l’Antiquité,

        b) les références à la Renaissance,

             2.3. Les principales figures de style,

             2.4. Les registres littéraires,

3.     Les ambiguïtés de l’œuvre,

4.     La portée philosophique de l’œuvre,


Ambigüités et portée de l'œuvre (La Boétie) : nous verrons ensemble la dernière partie de notre étude.


3.     Les ambiguïtés de l’œuvre :

 

Pierre Mesnard [3] écrivait que :

"tout reste à dire sur ce petit ouvrage entouré de mystère : […] Nous ne connaissons avec certitude aucun élément de l’ouvrage, ni le texte même, ni la date, ni par le fait son sens exact."

Il faut préciser le contexte historique du Discours de la servitude volontaire qui s’inscrit dans le contexte des guerres de religion au XVIe siècle. Des interprétations ont émergé dès le 19e siècle.  

De nos jours, Bernardette Gadonski [4] considère, dans sa thèse, que La Boétie aurait été acquis aux thèses des réformés dans le contexte de la répression des protestants en Aquitaine. Elle estime que le Discours serait en réalité un texte codé afin d’échapper aux foudres de la censure ; les références à l’antiquité seraient faites pour noyer le caractère sulfureux de la thèse principale. L’auteur liste ce qu’elle considère comme un double langage. Ainsi cherche-t-elle les allusions dans ce sens telles que la référence au papillon :

"ainsi le papillon qui, espérant jouir de quelque plaisir, se jette au feu, pour ce qu’il reluit, il éprouve l’autre vertu, celle qui brûle, comme dit le poète toscan" (Dante p.155).

Il s’agirait d’une référence aux parpaillots (les protestants) qui signifie papillon en italien classique.

Par ailleurs, Bernadette Gadonski se fonde sur le rôle de Montaigne lui-même. Ce dernier aurait cherché à brouiller les pistes en niant la véritable portée de l’œuvre, en la rabaissant à un simple exercice scolaire : dans ses Essais, il dit en effet :

"Il l’escrivit par manière d’essay, en sa premiere jeunesse, [5] (…)"

ce qui lui permet habillement de changer l’âge de l’auteur au moment de la rédaction du Discours, passant de 18 ans à 16 ans.


Pour Philippe Desan [6], il est toujours difficile de connaître avec certitude les intentions de la Boétie : il préfère s’attacher à décrire les récupérations de ce texte par des partis opposés, les protestants puis par les catholiques.

Il indique que le massacre de la Saint-Bathélémy en 1572 a fait passer ce texte pour un pamphlet réformé, lequel brûlé en place public a conduit Montaigne à renoncer à l’intégrer dans ses Essais.

 

4.     La portée philosophique de l’œuvre :

 

Penseur de la Renaissance qui influença Montaigne, La Boétie inaugure une philosophie moderne du politique.


La liberté est conçue comme un droit naturel, qui ne peut être aboli par un gouvernement tyrannique. C’est un droit parfaitement inaliénable. Mais c’est aussi un penseur de la réalité humaine : nul n’échappe aux règles édictées par la société. Les lois s’imposent à tous. C’est davantage sur la philosophie générale que ce texte s’impose.


L’être humain doit être capable de réfléchir et de penser la liberté. C’est en partant de cette disposition d’esprit portée à l’exercice de sa raison que l’être peut concevoir la pensée comme un affranchissement possible, un idéal. Comme le dit Philippe Desan :

"cette possible liberté tient lieu de liberté pour La Boétie comme pour Montaigne, et préfigure sur bien des points les thèses de John Locke sur la liberté individuelle. »

De nombreux penseurs iront dans le sens de la détestation de la tyrannie comme Montesquieu qui, dans l’Esprit des lois (1748), propose une séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire) pour lutter précisément contre la tyrannie.


________________________________________


[3] Pierre Mesnard, Essor de la philosophie politique au XVIe siècle, Vrin, 1969 p.389

[4] Bernardette Gadonski, La Boétie, penseur masqué, l’Harmattan 2007

[5] Montaigne, les Essais, chapitre 28

[6] Philippe Desan, Le Discours de la servitude volontaire et la cause protestante : les paradoxes de la réception de La Boétie, DOI : https://doi.org/10.58282/colloques.2491

 

 

 

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