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Les premiers écrits de George Sand

  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 15 heures

Avant de devenir George Sand, la baronne Dudevant découvre peu à peu que l’écriture peut être à la fois un refuge et une ressource. Ses premiers textes naissent de l’ennui, du besoin d’argent et d’une facilité nouvelle à manier la plume. Encore gardés dans les tiroirs, ils annoncent pourtant déjà l’écrivaine à venir.

 

Stylo-plume orné posé sur un encrier noir, sur fond blanc, ambiance élégante et vintage.

 

 Les premiers écrits de George Sand


Dans l’article précédent, nous avons vu combien la vie d’Aurore Dudevant demeurait liée à Maurice et Solange. Mais cette existence de mère, si intense soit-elle, ne suffit pas à contenir son besoin d’indépendance. Découvrons aujourd’hui comment, entre les contraintes du quotidien et les soucis d’argent, l’écriture commence à s’imposer comme une issue possible.


Nécessité financière


Très vite, Aurore comprend que les revenus de Nohant ne permettent pas de vivre sans constituer des dettes. À l’instar de sa mère, elle est habile de ses mains et cherche à vendre les objets d’artisanat qu’elle réalise elle-même. Il s’avère que cette activité est à la fois prenante et peu rentable. Elle peint aussi, mais cette entreprise n’est pas davantage lucrative. Aurore va découvrir que l’exercice de la plume lui paraît manifestement plus simple. 


Correspondance


C’est à la faveur d’échanges épistolaires que la baronne Dudevant a compris que ses écrits suscitaient de l’intérêt, voire de l’admiration, de ses interlocuteurs.


Elle s’étonne volontiers de la facilité de voir sa plume courir sur la feuille. Elle se plaît même dans l’exercice qui la distrait de sa vie morne à Nohant avec Casimir et ses enfants. Mais ce n’est pas encore une vocation, mais juste un moyen pour elle de subvenir aux besoins du ménage.

 

En août 1829, elle se lance alors en secret dans de courts récits souvent autobiographiques, comme celui de ce Voyage en Auvergne.

La narratrice se trouve avec son mari et son fils au mont d’Or. Il pleut et elle s’ennuie. Que faire ? Écrire, mais à qui ? Et si elle rédigeait ses mémoires, projet qu’elle entreprend dans l’espace d’une demi-journée sur un ton primesautier et léger. 

 

Extrait : 

***

" (…) On ne dînera que dans deux heures. Il m’est impossible de m’amuser de rien avec suite aujourd’hui. J’ai la tête fort malade. En vain j’ai cherché tous ces jours passés à m’étourdir par la fatigue. Ce chagrin, ce chagrin ne sait pas dormir et ne veut pas se taire. Ô angoisse !…

Au fait, si je me plaignais moi-même ? Comme ce serait nouveau, ce pourrait me distraire.

Si je me racontais mon histoire ? C’est une bonne idée. Écrivons des mémoires. C’est un genre à la portée de tout le monde, et cela fera bon effet. Les pensées d’hier feront diversion à celles d’aujourd’hui. Mais surtout pas un mot du présent. Je l’écrirais avec une plume de feu trempée dans du fiel. Aussi bien, puisque me voilà écrivant mon voyage, je suis bien aise qu’il y ait de tout, et que la chose dont il soit le moins question, soit précisément mon voyage. Commençons.

Ferai-je une préface ? Oui. Il en faut une. C’est indispensable et je veux faire un ouvrage complet. Passons à la préface.


MÉMOIRES INÉDITS PRÉFACE

J’écris mon histoire pour me désennuyer. (Fin.)

Bien. Je ne vois pas ce qu’on peut dire de plus et de mieux. Cela est véritable, positif, clair, concis. On voit tout d’abord ce que je veux dire. Passons au chapitre Ier, pour suivre les règles de l’art, il faudrait faire un peu l’histoire de mes parents et même remonter à celle de leurs parents à la seconde ou troisième génération. Mais comme je n’ai pas le temps et que je prétends finir mon ouvrage avant de dîner, je passe à ma propre histoire.

CHAPITRE Ier

Je naquis dans la rue Mélée l’an 12 de la république. Ma mère était au bal. J’arrivais entre la chaîne anglaise et la queue du chat.

 (…)

VI

Quand j’eus seize ans, on s’aperçut comme j’arrivais du couvent que j’étais une jolie fille.

J’étais fraîche quoique brune. Je ressemblais à ces fleurs de buisson, un peu sauvages, sans art, sans culture, mais de couleurs vives et agréables. J’avais une profusion de cheveux presque noirs qui sont devenus depuis presque blonds. En me regardant dans une glace, je puis dire pourtant que je ne me suis jamais fait grand plaisir. Je suis noire, mes traits sont taillés et non pas finis. On dit que c’est l’expression de ma figure qui la rend intéressante. Et je le crois car en me regardant de sang-froid, comme je me regarde toujours, je n’ai jamais pu comprendre comment on a fait attention à moi. Mes yeux, qu’on a vantés souvent, me semblent froids et bêtes. D’où je conclus qu’il faut qu’une femme s’aime beaucoup pour avoir de l’expression dans la figure lorsqu’elle se regarde et pour se trouver jolie. Si je me voyais dans les yeux de quelqu’un que j’aime, je serais sans doute plus contente de l’ouvrage de ma mère.

(…)

XXI

Je partis pour les Pyrénées… Qu’est-ce que j’entends là ? Déjà le dîner ?J’ai donc bien rêvassé au lieu d’écrire ! Oui, j’ai fait une pause après chaque chapitre et les deux heures sont écoulées, et je n’en suis qu’à la moitié. Que dis-je ? Je ne fais que commencer… Allons, ce sera pour un second volume, en attendant, envoyons celui-ci à un libraire, à M. Panckouke ou à M. Ladvocat ? À M. Ladvocat :

Monsieur, je vous envoie mon ouvrage. Il est bon, c’est moi qui vous le dis.

Je suis avec considération, (…)"

George Sand, Voyage en Auvergne,


 

Les premiers écrits de George Sand ne relèvent pas encore son talent, mais ils révèlent déjà une disposition essentielle : écrire pour se distraire, se raconter, supporter l’ennui et chercher une forme d’autonomie. Ces textes de jeunesse, conservés dans l’ombre avant d’être publiés après sa mort, montrent une plume vive, ironique, prête à transformer les difficultés de la vie en matière littéraire.


Mais pour que cette plume devienne véritablement un métier, il faut encore quitter le cadre de Nohant et gagner Paris. C’est là, au contact des amis berrichons, des journaux et du monde littéraire, que la baronne Dudevant va faire ses premiers pas dans une vie nouvelle.

 

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