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L'arrivée de George Sand à Paris 

9 août
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 août

En quittant le Berry pour Paris, Aurore Dudevant franchit une étape décisive. Présenté comme une simple parenthèse, le séjour parisien devient bientôt le lieu de son émancipation : elle goûte à la liberté et au foisonnement artistique qui vont l’aider à transformer l’écriture en métier.


Pont de fer sur la Seine, façades haussmanniennes et arbres d’automne rouges sous ciel bleu.

 

George Sand à Paris

 

Dans l’article précédent, nous avons vu comment les premiers écrits d’Aurore Dudevant révélaient déjà une plume vive et ironique. Mais pour que cette inclination devienne une véritable carrière, il lui faut quitter Nohant et se confronter à Paris. Découvrons aujourd’hui les premiers pas de la baronne Dudevant dans la capitale, entre apprentissage de la liberté et entrée hésitante dans le monde de la Presse.

 

Janvier 1831


Agée de vingt-sept ans, elle arrive à Paris et habite chez son frère qui partage avec Casimir l’idée que cette installation ne constitue  qu’un simple caprice. Ils déchanteront vite. Pour l’heure, Aurore prend ses marques ainsi qu’elle le dit à sa mère dans sa lettre du 18 juillet 1831 :

 

"Ma chère petite maman, 

L’ami Pierret m’a lu ce matin le passage de votre lettre me concernant. Je vous remercie du désir que vous témoignez de me voir. Il est bien réciproque. Je compte rester ici deux mois au moins, ainsi je ne puis manquer de vous embrasser cette année.. (…)

Vous demandez ce que je viens faire à Paris. Ce que tout le monde y vient faire, je pense : me distraire, m’occuper des arts qu’on ne trouve que là dans tout leur éclat. Je cours les musées ; je prends des leçons de dessin ; tout cela m’occupe tellement, que je ne vois presque personne. Je n’ai pas encore été à Saint-Cloud. Depuis plusieurs jours, c’est une partie arrangée avec Pierret ; mais le mauvais temps l’ajourne. Je n’ai pas vu non plus M. de Villeneuve, ni mes amies de couvent. Je n’ai pas le temps ; puis il faut faire des toilettes, un peu de cérémonie, et cela m’ennuie. Depuis si longtemps, je ne sais ce que c’est que la contrainte des salons. Je veux vivre un peu pour moi. Il en est temps.

(…)"

George Sand, Correspondance


Travestissement


Sur les conseils de sa mère, elle adopte le pantalon et la jaquette pour lui économiser les frais de linge propre aux femmes particulièrement coûteux. On sait que l’argent à son arrivée à Paris lui faisait défaut.


Pour cela, elle obtient en 1831 une autorisation de la préfecture de Paris dite "permission de travestissement", conformément à l’ordonnance de police de 1800*.

 

Cercle berrichon


À Paris, Aurore se rapproche naturellement de ses amis berrichons. Avec ce solide réseau, elle étend ses relations et rencontre ainsi Latouche, directeur du Figaro, fondé en 1826.

Ce journal d’opposition, surveillé par les autorités, connaît un tirage encore confidentiel. Aurore y collabore en écrivant ses premiers articles qui sont rejetés sans pitié. 


“J’avais ma petite table et mon petit tapis auprès de la cheminée ; mais je n’étais pas très assidue à ce travail, auquel je n’entendais rien. Delatouche me prenait un peu au collet pour me faire asseoir ; il me jetait un sujet et me donnait un petit bout de papier sur lequel il fallait le faire tenir. Je barbouillais dix pages que je jetais au feu et où je n’avais pas dit un mot de ce qu’il fallait traiter. Les autres avaient de l’esprit, de la verve, de la facilité. On causait et on riait. Delatouche était étincelant de causticité. J’écoutais, je m’amusais beaucoup, mais je ne faisais rien qui vaille, et au bout du mois, il me revenait douze francs cinquante centimes ou quinze francs tout au plus pour ma part de collaboration, encore était-ce trop bien payé. "

George Sand, Histoire de ma vie, IVe partie chapitre 14


Paris ouvre à George Sand un espace nouveau, artistique et intellectuel. La jeune femme y apprend à vivre autrement, à réduire ses dépenses, à se déplacer librement, mais aussi à mesurer les exigences d’un métier littéraire qui ne s’improvise pas. Ses débuts au Figaro, encore maladroits, marquent pourtant un seuil décisif : elle entre dans un monde d’hommes, où il faudra désormais faire reconnaître sa plume.


Or cette entrée dans la vie littéraire se heurte aussitôt à une difficulté majeure : au XIXe siècle, une femme qui prétend écrire et publier doit affronter les préjugés de son époque.

L’article suivant montrera donc comment celle qui n'est encore que la baronne Dudevant se trouve confrontée à cette question essentielle : une femme a-t-elle le droit de devenir auteur ?


*Source : Christine Bard, Histoire du pantalon, Seuil, 2010

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