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Le mariage d’Aurore Dupin avec Casimir Dudevant

6 août
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 août

En épousant Casimir Dudevant, Aurore Dupin devient baronne et entre dans une existence que son éducation semblait préparer. Mais cette union de raison, d’abord acceptée sans révolte, se transforme peu à peu en source d’ennui, de solitude et de désillusion. De cette crise conjugale naîtra pourtant une décision capitale : la conquête progressive de son indépendance en devenant George Sand.


Bouquet de mariée pastel avec roses, feuillage vert et baies roses, tenu devant une robe en dentelle blanche en extérieur.

Le mariage d’Aurore Dupin avec Casimir Dudevant

 

Dans l’article précédent, nous avons vu comment l’éducation d’Aurore Dupin l’avait préparée à entrer dans le monde, sans pour autant étouffer son goût de liberté. Découvrons aujourd’hui comment son mariage avec Casimir Dudevant va d’abord l’inscrire dans le rôle attendu d’une jeune femme de son rang, avant de révéler les limites d’une union sans véritable élan.

 

Mariage


Il s’agit d’une union de raison et d’intérêt qui a été arrangée pour la jeune Aurore, encore candide. Son mari s’avère un homme aimable avec lequel elle se croit heureuse. Mais elle mène une existence routinière. Passionné de chasse et grand buveur, Casimir la délaisse.


Rapidement, la vie commune à Nohant et l’ennui qui en découle font naître en elle un profond sentiment de solitude. Aurore connaît à cette occasion un épisode de dépression, le "spleen". 


L’harmonie conjugale cède alors devant le constat d’une simple camaraderie entre eux.  L’amour a fui.  


Pour se distraire, la jeune femme organise toute une série de réjouissances à Nohant qui défraient la chronique de la petite ville de province. À l’heure de la révolution de 1830, c’est aussi le temps des bouleversements domestiques dans le Berry. C’est ainsi que la première séparation a lieu. Il s’agit d’une séparation à l’amiable. 

 

Séparation de fait


Fait incroyable pour l’époque, les époux Dudevant vont passer un accord permettant à Aurore Dupin, devenue George Sand, de vivre par intermittence à Paris et de revenir à Nohant pour s’occuper de ses enfants. Son mari s’engage alors à lui verser une pension pour ses frais, enveloppe qui sera vite insuffisante pour subsister à Paris.


Nous verrons abondamment le rapport de l’argent avec George Sand dans les articles à venir.


Précisons aussi que la séparation de fait implique pour Casimir et Aurore qu’ils puissent mener leurs amours à leur guise, ce que l’un et l’autre s’autorisent déjà librement dans le Berry.


Ainsi avec l’accord de Casimir, George part avec Musset, à Venise. On est en 1835 et George Sand a 31 ans.

 

Séparation de droit


Cette situation aurait pu perdurer ainsi si la mésentente dans le ménage, aussi libre soit-il, n’était pas apparue. Casimir déclare qu’il s’ennuie trop à Nohant et veut lui aussi vivre à Paris.


Ce revirement les oblige à repenser totalement l’organisation du couple notamment sur le plan financier. Mais les conventions qu’ils signent ne règlent pas la question. De profondes frustrations surgissent de part et d’autre. 

 

Un évènement capital daté du 19 octobre 1835 va précipiter les choses. Dans son récit autobiographique, George Sand emploie une litote pour narrer cette circonstance :


Le 19 octobre 1835, j’avais été passer à Nohant la fin des vacances de Maurice. À la suite d’un orage que rien n’avait provoqué, rien absolument, pas même une parole ou un sourire de ma part, j’allai m’enfermer dans ma petite chambre. "

(HDMV Ve partie, chapitre x)


Quel est donc cet orage déclencheur de la procédure de séparation judiciaire de corps ? (le divorce n’étant pas autorisé depuis la Restauration ; il sera rétabli en 1884). 


S’énervant sur son fils qui est venu se réfugier vers sa mère, Casimir tente de gifler George Sand avant de la menacer d’une arme devant des amis.


Cette dernière quitte le domicile conjugal.


Procès

Cet incident transforme George Sand en une femme résolue qui veut désormais préserver ses enfants. Cette scène terrible sert de fondement à la demande de séparation judiciaire qui sera rapportée notamment dans la Gazette des tribunaux. : l'article en première page détaille le fond de l'affaire.

 

L'écrivaine ne craint pas de défrayer la chronique en poursuivant son mari dans une procédure évidemment publique. Curieuse, la foule s’y presse en masse et les journalistes aussi qui commentent allègrement les débats.


En première instance et en appel, George Sand gagne son procès. 

 

À l’été 1836, Casimir doit donc quitter Nohant en contrepartie de la perception à son seul profit des revenus d’un immeuble de rapport parisien appartenant à sa femme. George Sand conserve Nohant et la garde de sa fille, mais abandonne celle de son fils.


La lutte a été rude et c’est désormais à ses enfants que George Sand décide de se consacrer :

"Je n’ai plus d’autre passion que celle de la progéniture. C’est une passion comme les autres, accompagnée d’orages, de bourrasques, de chagrins et de déceptions. Mais elle a sur toutes les autres l’avantage de durer toujours, et de ne se rebuter de rien. "

(George Sand, 16 octobre 1836, lettre à Franz Liszt)


Le mariage d’Aurore Dupin avec Casimir Dudevant marque un tournant essentiel dans la vie d’Aurore. Entrée dans le monde comme épouse et mère, elle découvre aussi les contraintes d’une institution qui la prive d’autonomie et l’expose au malheur domestique. La séparation judiciaire de 1836 ne se réduit donc pas à une rupture conjugale : elle constitue l’une des premières victoires concrètes d’une femme décidée à reprendre possession de sa vie, de ses enfants et de Nohant.


Mais cette liberté reconquise ne s’exerce pas seule : elle s’accompagne d’un attachement profond à Maurice et à Solange, ses deux enfants, autour desquels va désormais se réorganiser une grande part de son existence.

 

 

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