top of page
Rechercher

 George Sand et ses enfants

  • il y a 13 heures
  • 4 min de lecture

Après la séparation d’avec Casimir Dudevant, George Sand réorganise son existence autour de ses enfants. Son attachement à Maurice est fusionnel, tandis que sa relation avec Solange se révèle plus douloureuse, traversée d’incompréhensions et de blessures. Cette vie de mère éclaire ainsi une part essentielle de son caractère : une passion familiale aussi puissante que tourmentée.

 

Portrait au crayon de deux enfants, fille au premier plan et garçon derrière; fond floral, signé Geindre 1896.
Solange et Maurice, Musée de la Vie romantique

George Sand et ses enfants

 

Dans l’article précédent, nous avons vu comment le mariage avec Casimir Dudevant avait conduit Aurore à mesurer les limites d’une union sans véritable liberté, puis à obtenir une séparation judiciaire décisive. Cette victoire personnelle n’est pourtant pas seulement celle d’une épouse qui s’affranchit : elle engage aussi une mère profondément attachée à Maurice et Solange, dont la présence va désormais peser sur toute son existence.

 

Maurice


Né en 1823, son fils constitue la source d’une passion absolue. Elle n’a pas assez de mots pour lui témoigner son amour démesuré. Il est à elle, il est elle. La confusion est de mise entre ces deux êtres-là. Ses nombreuses lettres en témoignent comme celle où Maurice âgé de 26 ans, illustrateur, (qui sera un auteur lui aussi reconnu notamment dans le théâtre des marionnettes ainsi qu’un entomologiste) est sommé de rentrer à Nohant pour préserver sa vie face à une épidémie de choléra. 


"À MAURICE SAND, À PARIS

 

Nohant, 12 juin 1849.

 

Ah ! mon cher enfant, tu devrais bien revenir ! Ce choléra m’épouvante, et tu as beau avoir payé ton tribut en douceur, tu respires un air empesté, et tu peux retomber malade. D’ailleurs, nous sommes toujours sous le coup d’un branle-bas général. Ces affaires d’Italie sont plus graves que tout ce qui s’est passé. Je ne vis pas tant que tu seras à Paris dans cette funeste saison. Dans toutes les lettres qu’on m’écrit de Paris, on me dit que je devrais te faire revenir, qu’il meurt douze cents personnes par jour, et cela sur documents officiels que le Moniteur et les journaux ne publient pas. Je ne sais pas te contrarier, ni rien exiger de toi, mais tu devrais bien toi-même mettre un terme à mes angoisses.

Qu’est-ce que le plaisir de voir l’Exposition au prix de ce que tu risques et me fais risquer ; car tu sais bien que ta vie est la mienne, et que je ne te survivrais pas.

Nous avons eu fort peu d’orages ; il paraît qu’il y en a eu un terrible à Paris. Il a dû pleuvoir des cheminées, et puis les sergents de ville assomment les étudiants et les jeunes gens de vos quartiers. Quelles mauvaises circonstances pour être loin les uns des autres ! Reviens donc dans ton nid, et attends de meilleurs jours pour aller travailler au Musée ; car ce n’est pas dans ce moment-ci que tu pourrais y faire un travail soutenu et utile. La réponse de ton père te parviendra aussi bien ici.(…)

Bonsoir, cher petit Bouli. Je suis presque guérie. N’en déplaise à ton ordonnance, plus je reste dans l’eau, mieux je m’en trouve ; chacun a son tempérament. Moi, j’ai un peu de celui des poissons ou des grenouilles. Nous étions dans l’eau l’autre jour pendant l’orage. Il pleuvait à verse ; mais la rivière était tiède, presque chaude, et c’est bien décidément un proverbe très sage, et non un paradoxe, que Gribouille se jetant dans l’eau de peur de la pluie.

Reviens donc ! il fait si bon ici, et tu es si mal là-bas ! J’en souffre dans tes os et je ne jouis de rien sans toi. Pôtu part décidément jeudi ; sa sœur va mieux, mais sa famille veut absolument voir cette masse de graisse. Je ne pourrai travailler que quand tu seras là. Je n’ai le cœur à rien sans toi.Je t’embrasse mille fois. "


George Sand, Correspondance


Solange


Les relations de l’auteure avec Solange, née en 1828, s’avèrent compliquées lorsqu’elles ne sont pas source d’incompréhension ou de chagrin. De nombreuses querelles et brouilles émaillent leurs rapports à partir du mariage de Solange avec un artiste, Auguste Clésinger. La perte tragique de Jeanne alias Nini, sa petite-fille, les réunit pourtant dans une douleur commune.

Après la séparation judiciaire de Solange, George Sand voit d’un mauvais œil sa fille dépendre économiquement des hommes. Les termes sont éminemment durs…


(…) Je ne sais rien de ta véritable vie et ne veux pas savoir, puisque tes explications aboutissent toujours pour moi à une désapprobation dont tu te fâches et que tu as l’air de ne pas comprendre. Je croyais m’être dix fois bien expliquée sur ce que je croyais permis dans ta situation, et non permis dans quelque situation que ce soit. (…)

Mais nous avons deux points de vue si différents, que tu m’as donné auprès de toi, dès le commencement de ta vie, le rôle de l’impuissance, la responsabilité sans l’autorité, situation impossible ! (…) "



 Il reste que Solange qui se cherche du talent en tant qu’auteur ne peut rivaliser dans le cœur de George avec l’affection passionnée qu’elle porte exclusivement à son frère.  Sa mère ne l’autorisera jamais à utiliser son pseudonyme alors qu’elle permet à Maurice, à le porter…

 

George Sand et ses enfants : la maternité occupe chez George Sand une place aussi centrale que complexe. Maurice apparaît comme l’enfant de la fusion et de la continuité, celui auquel elle se sent liée par une affection presque vitale. Solange, au contraire, révèle les tensions d’une relation compliquée, faite d’amour et de désaccords. Entre ces deux enfants, George Sand se découvre pleinement mère, mais aussi femme responsable, soucieuse de les protéger et de les guider.


Mais cette vie familiale, si intense soit-elle, ne suffit pas à contenir l’énergie intérieure d’Aurore Dudevant. Dans les marges de son quotidien, entre les contraintes matérielles, les ennuis domestiques et le besoin d’indépendance, une autre voie commence à s’ouvrir : celle de l’écriture. L’article suivant nous permettra de découvrir les premiers textes par lesquels la future George Sand éprouve sa plume.

 


bottom of page