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La question de l’écriture pour une femme : les préjugés

10 août
3 min de lecture

George Sand a été victime des préjugés de son temps concernant le statut des femmes. Au XIXe siècle, celles-ci se voyaient assignées presque exclusivement au soin de leur famille. Il leur était donc difficile de s’engager dans le monde des lettres.

Gros plan d’une plume de stylo à encre noire écrivant en cursive sur une feuille lignée, avec ombre douce.

La question de l’écriture pour une femme : les préjugés


Dans l’article précédent, nous avons vu les premiers moments de la baronne Dudevant à Paris. Découvrons aujourd’hui son aspiration à écrire, entreprise d’autant moins aisée qu’elle est une femme au XIXe siècle.

 

Conseils littéraires


À ses débuts, Aurore Dudevant sollicite des appuis auprès de personnalités littéraires parisiennes. On lui propose de rencontrer le célèbre Lafayette, mais cette perspective l’effraie. Aurore se cherche un "maître " moins impressionnant, capable de lui dispenser des conseils. On lui organise ainsi une entrevue avec un homme politique et écrivain, M. de Kératry.


Dans l’extrait suivant, lisons le récit plein de mordant et d’autodérision qu’en fait George Sand .

"M. Duris-Dufresne m’a dit que vous vouliez écrire, et j’ai promis de causer avec vous de ce projet, mais tenez, en deux mots, je serai franc, une femme ne doit pas écrire.— Si c’est votre opinion, nous n’avons point à causer, repris-je. Ce n’était pas la peine de nous éveiller si matin, madame de Kératry et moi, pour entendre ce précepte. "

Je me levai et sortis sans humeur, car j’avais plus envie de rire que de me fâcher. M. de Kératry me suivit dans l’antichambre et m’y retint quelques instans pour me développer sa théorie sur l’infériorité des femmes, sur l’impossibilité où était la plus intelligente d’entre elles d’écrire un bon ouvrage (le Dernier des Beaumanoir apparemment) ; et comme je m’en allais toujours sans discuter et sans lui rien dire de piquant il termina sa harangue par un trait napoléonien qui devait m’écraser.

"Croyez-moi, me dit-il gravement comme j’ouvrais la dernière porte de son sanctuaire, ne faites pas de livres, faites des enfans.— Ma foi, monsieur, lui répondis-je en pouffant de rire et en lui fermant sa porte sur le nez, gardez le précepte pour vous-même, si bon vous semble. "

George Sand, Histoire de ma vie, IVe partie chapitre 15


 La signature


La question de la signature d’une œuvre constitue également un frein pour les femmes. Aurore Dudevant y a été confrontée dès son arrivée à Paris.


Sa belle-mère lui adresse alors une solennelle mise en garde, qu’elle rapporte dans Histoire de ma vie :

"Quant à la baronne Dudevant, ce fut bien lestement emballé, comme nous disions au Quartier latin. Elle me demanda pourquoi je restais si longtemps à Paris sans mon mari. Je lui dis que mon mari le trouvait bon.

" Mais est-il vrai, reprit-elle, que vous ayez l’intention d’imprimer des livres ? — Oui, madame. — Té ! s’écria-t-elle (c’était une locution gasconne qui signifie Tiens ! et dont elle avait pris l’habitude), voilà une drôle d’idée. — Oui, madame. — C’est bel et bon, mais j’espère que vous ne mettrez pas le nom que je porte sur les couvertures de livre imprimées ?— Oh ! certainement non, madame, il n’y a pas de danger. "

Il n’y eut pas d’autre explication. Elle partit peu de temps après pour le Midi, et je ne l’ai jamais revue."


La question de l’écriture pour une femme : les préjugés : on voit donc combien l’exercice de la plume par une femme demeure difficile en France dans le premier tiers du XIXe siècle. Pour autant, rien ne décourage notre auteure. Elle trouve alors une idée ingénieuse pour contourner les obstacles et entrer, malgré tout, dans la vie littéraire.

 

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