"Les Essais" de Montaigne : structure et influences
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Dernière mise à jour : il y a 6 jours
Découvrez la structure des Essais de Montaigne, ses influences philosophiques (stoïcisme, scepticisme), ainsi que la présentation sommaire des chapitres Des Cannibales et Des Coches.

Découvrez le dossier consacré à Montaigne :
"Les Essais" de Montaigne : structure et influences
Les Essais constituent une œuvre marquante dans l’histoire littéraire française, notamment parce que Montaigne y choisit de faire de lui-même le point de départ d’une réflexion plus générale sur l’homme.
Retiré du monde, il écrit chez lui dans le bordelais après une vie publique bien remplie.
Structure
Il convient de donner quelques éléments clairs concernant le titre et la structure générale.
Montaigne a choisi d’élaborer un recueil qui, s’il reprend une certaine tradition antique — leçons, épîtres, etc. —, la revisite de manière totalement libre.
Pour évoquer cette œuvre, il faut en réalité la définir par rapport à ce qu’elle n’est pas : ni une simple autobiographie — peu de détails sont donnés sur sa vie privée —, ni une simple confession — en raison de son goût pour l’altérité —, ni de simples mémoires.
Les Essais contiennent un peu de tout cela, mais il faut aussi compter avec les interrogations philosophiques et morales que Montaigne y pose. C’est un ouvrage situé à la confluence du Moyen Âge — avec son réflexe de citer les textes anciens — et de la Renaissance — redécouverte de l’Antiquité, curiosité pour le Nouveau Monde, etc.
Structure générale
L’œuvre, qui a été remaniée à plusieurs reprises, se décompose en trois livres de longueurs inégales :
Les livres 1 et 2 ont été publiés en 1580.
Livre 1 : 57 chapitres
Livre 2 : 37 chapitres
Le livre 3 a été publié en 1588 : il comprend 13 chapitres parmi les plus importants de son œuvre.
Désordre
Il faut noter que certains chapitres ne comptent qu’une page, tandis que d’autres en comportent une cinquantaine.
Par ailleurs, le titre n’est pas forcément en rapport avec le contenu traité.
De l’aveu même de Montaigne, l’œuvre ne respecte pas les règles de composition. On y trouve des digressions et des incises qui correspondent au surgissement d’une nouvelle idée.
Ce vagabondage littéraire est au cœur de cette œuvre ainsi qu’il le reconnaît :
" Cette farcissure* est un peu hors de mon thème. Je m’égare, mais plutôt par licence que par mégarde. Mes fantaisies se suivent, mais parfois c’est de loin, et se regardent, mais d’une vue oblique. (…) Les noms de mes chapitres n’en embrassent pas toujours la matière ; souvent ils la dénotent seulement par quelque marque, comme ces autres titres : l’Andrie, l’Eunuque, ou ces autres noms : Scylla, Cicéron, Torquatus. J’aime l’allure poétique, à sauts et à gambades. C’est un art, comme dit Platon, léger, volage, démoniaque. Il est des ouvrages en Plutarque où il oublie son thème, où le propos de son argument ne se trouve que par incident, tout étouffé en matière étrangère : voyez ses allures au Démon de Socrate. Ô Dieu, que ces gaillardes escapades, que cette variation a de beauté, et plus lors que plus elle retire au nonchalant et fortuit. C’est l’indiligent lecteur qui perd mon sujet, non pas moi ; il s’en trouvera toujours en un coin quelque mot qui ne laisse pas d’être bastant, quoiqu’il soit serré. Je vais au change, indiscrètement et tumultueusement. Mon style et mon esprit vont vagabondant de même. Il faut avoir un peu de folie qui ne veut avoir plus de sottise, disent les préceptes de nos maîtres et encore plus leurs exemples. "
* action de farcir.
Édition de Bordeaux
Il vous est proposé de consulter l’édition de Bordeaux. Il s’agit d’une version imprimée, puis annotée par Montaigne lui-même, comme vous pourrez le comprendre dans cette courte vidéo.
Sources :
Essais, Montaigne, Notes explicatives de Bruno Roger-Vasselin, classiques Hachette
Histoire de la littérature française, Lanson, Montaigne, Hachette
Les influences philosophiques de Montaigne
L’éducation de Montaigne tournée vers les textes de l’Antiquité l’a porté d’abord vers le stoïcisme, puis vers le scepticisme, avant d’aboutir à une philosophie finalement très libre.
Stoïcisme
Le stoïcisme est la doctrine qui distingue les choses sur lesquelles nous pouvons agir de celles qui ne dépendent pas de nous.
Pour vivre heureux et libre, il ne faut pas lutter contre ce qui ne dépend pas de nous. Au contraire, il faut l’accepter, tout en s’abstenant des vices et des passions.
Montaigne est sensible à cette philosophie en raison de plusieurs événements :
Le décès de son meilleur ami, La Boétie,
La lecture de Sénèque et de Plutarque,
Ses questionnements existentiels liés à sa propre maladie.
La question de la souffrance et de la mort est posée dans les Essais.
La plus célèbre de ses réflexions se trouve dans le titre du chapitre 20 du premier livre, intitulé « Que philosopher, c’est apprendre à mourir ».
Il connaît une autre phase vers 1576 qui le conduit à embrasser le scepticisme.
Scepticisme
Il s’agit d’une tout autre perspective aux termes de laquelle les hommes sont empêtrés dans leur propre ignorance : ils ne sont pas d’accord entre eux et ne savent en fait rien.
Montaigne est frappé par l’inanité des connaissances humaines et par le dogmatisme notamment religieux.
Il développe une argumentation sceptique, c’est-à-dire empreinte de doute, formalisée par cette question célèbre : « Que sais-je ? » (Chapitre 12 du livre II).
Là encore, ce n’est pas la position définitive de l’auteur.
Relativisme
Le relativisme de Montaigne exprime donc l’idée fondamentale que tout change. Le monde est en perpétuel devenir ; rien n’est fixe. C’est pour cette raison que Montaigne ne parle que de lui-même :
"Le monde n’est qu’une branloire* pérenne : toutes choses y branlent** sans cesse, la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Égypte ; et du branle*** public, et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant. "
Montaigne, Essais, livre 3, chapitre 2
* balançoire.
** se balancent.
*** mouvement.
Sagesse
Après l’expérience stoïcienne et sceptique, Montaigne aboutit à une philosophie libre, qui prône une sagesse à taille humaine et accepte la faiblesse de l’homme autant que sa grandeur.
" Les plus belles vies sont, à mon gré, celles qui se rangent au modèle commun et humain, mais sans miracle et sans extravagance. " (Livre 3, chapitre 13).
Il vous sera proposé de découvrir dans le paragraphe suivant les deux textes, objets de notre étude.
Sources :
Lagarde et Michard, XVIe, pages 218- 227
Histoire de la littérature française, Lanson, Montaigne, Hachette
Présentation "Des Cannibales" et " Des Coches "
Deux chapitres des Essais de Montaigne, Des Cannibales, I, 31, et Des Coches, III, 6, occupent une place essentielle dans l’œuvre.
Piliers de l’œuvre
Cette importance se comprend notamment par leur place dans les livres, qui ne doit rien au hasard.
Ainsi, au livre I, Montaigne place le chapitre 31 entre celui intitulé De la modération et le suivant, Qu’il faut sobrement se mêler de juger des ordonnances divines. Notons que le chapitre 30, in fine, évoque les nombreux actes de violence commis par les conquistadors, ce qui permet d’introduire Des Cannibales.
Au livre III, Montaigne a choisi de placer Des Coches entre le chapitre 5, Sur des vers de Virgile, et le chapitre 7, De l’incommodité de la grandeur.
Le chapitre Des Cannibales se trouve presque au milieu du livre I, tout comme Des Coches dans le livre III. Leur situation au centre des deux livres n’est pas un hasard : l’auteur montre que ces deux textes, tels des piliers, servent de fondement à son argumentation. En effet, il accorde à ces peuples du Nouveau Monde une importance majeure.
Notons que les conquêtes du Nouveau Monde sont achevées lorsqu’il écrit sur la question.
Le regard sur l’Autre dans le livre 1 constitue un sujet d’intérêt profond que Montaigne n’hésite pas à reprendre huit ans plus tard dans le livre III. Il s’agit pour lui de dénoncer l’asservissement des peuples amérindiens.
Il faut relever l’opposition entre l’homme reclus dans sa bibliothèque et sa curiosité pour l’étranger le plus lointain.
Titres
Le chapitre Des Cannibales traite de l’anthropophagie exercée par les peuples du Brésil. Montaigne choisit ainsi de mettre en avant l’aspect le plus choquant des mœurs des Amérindiens. C’est pour lui l’occasion de montrer que le barbare est bien l’Occidental, qui a corrompu un monde encore plongé dans un état naturel.
Le titre Des Coches renvoie au grand bateau servant au transport des personnes, prétexte à l’évocation de la situation des peuples autochtones sur l’autre versant de l’Amérique du Sud. Il s’agit d’un choix détourné de Montaigne, qui aboutit à un constat accablant sur la conquête du Nouveau Monde.
Longueur
Des Coches est plus long que Des Cannibales : Montaigne ne répète pas simplement son propos, il l’approfondit avec davantage de lucidité. La tonalité de ces textes varie également.
Tonalité
La tonalité de Des Cannibales est beaucoup moins sombre que celle de Des Coches, qui évoque avec force détails les supplices du souverain inca et du souverain aztèque par les conquistadors.
"Les Essais" de Montaigne : structure et influences : dans l'article suivant, nous présenterons le contexte historique des grandes découvertes, c’est-à-dire des explorations du Nouveau Monde.
Sources :

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