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Bordelais : Montaigne et la tour des "Essais"

  • il y a 6 jours
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Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Découvrez la tour de Montaigne à Saint-Michel-de-Montaigne, où furent écrits les Essais. Une étape humaniste du Tour de France littéraire, entre Bordelais et Périgord. Tour de France littéraire : étape 7/27 — Bordelais : Montaigne et l’art de se connaître.


Ancien château en pierre aux toits coniques, dans une cour herbeuse sous ciel gris.
La bibliothèque de Montaigne

Bordelais : Montaigne et la tour des "Essais"


Après Rochefort et les décors voyageurs de Pierre Loti, la route descend vers le Bordelais. À Saint-Michel-de-Montaigne, entre vignes et vallons du Périgord, le Tour de France littéraire change de rythme : il ne s’agit plus d’aller vers l’ailleurs, mais de revenir vers soi.


Dans sa tour, Montaigne a fait de cette retraite un lieu d’observation du monde, des autres et de lui-même. La halte est capitale : elle donne au voyage une inspiration humaniste.


Le château de Montaigne se situe à la frontière du Bordelais et du Périgord, près de Bergerac et de Saint-Émilion. La demeure actuelle a été largement reconstruite au XIXe siècle après l’incendie de 1885, mais la tour de la “librairie”, classée monument historique, demeure le cœur authentique du lieu : c’est là que Montaigne lut, médita, annota et rédigea les Essais.


Un homme dans son siècle


Michel Eyquem de Montaigne naît en 1533 dans une famille de notables bordelais. Formé très tôt au latin, nourri de culture antique, il devient magistrat au Parlement de Bordeaux, rencontre Étienne de La Boétie, puis traverse les tensions politiques et religieuses de son temps.


Loin de l’image d’un sage retiré hors du monde, Montaigne connaît les charges publiques, les voyages, la maladie, les guerres de religion et les négociations délicates entre catholiques et protestants.


En 1571, il se retire dans son domaine et fait inscrire dans sa bibliothèque une devise programmatique : “Que sais-je ?”.


Ce retrait n’est pas une fuite, mais une mise à distance nécessaire pour écrire. Ce temps lui permet d’examiner les opinions, les coutumes, les certitudes et les contradictions humaines.


Les Essais, œuvre majeure


Les Essais paraissent d’abord en 1580, puis sont repris, augmentés et remaniés jusqu’à la fin de la vie de l’auteur.


Leur originalité tient à leur liberté : Montaigne n’écrit ni des mémoires, ni une confession, ni un traité systématique. Il “essaie” sa pensée, c’est-à-dire qu’il la met à l’épreuve au fil des lectures, des souvenirs, des exemples antiques, des rencontres et des doutes.


Le projet est célèbre : se peindre soi-même pour atteindre l’homme, du particulier au général. En parlant de ses goûts, de son corps, de ses habitudes, de ses peurs ou de ses jugements, Montaigne ne se contente pas de raconter une vie privée ; il cherche ce que chaque existence révèle de la condition humaine.


C’est pourquoi son œuvre demeure actuelle : elle accepte l’instabilité, la nuance et le doute comme des formes de lucidité.


Dans la Tour : lire, penser, se connaître


La tour de Montaigne se découvre comme un paysage d’autrefois. On y trouve la chapelle, la chambre et surtout la "librairie", pièce de travail où les sentences grecques et latines peintes sur les poutres rappellent le dialogue constant de l’écrivain avec les Anciens.


Le visiteur n’entre donc pas seulement dans un monument : il approche une manière d’habiter le monde par les livres.


C’est ce qui fait de cette étape une halte idéale du Tour de France littéraire : le lieu, l’auteur et l’œuvre s’y répondent avec une rare évidence.


Le domaine illustre l’enracinement ; la bibliothèque décrit le mouvement de l’esprit.


Les Essais nous rappellent qu’un voyage ne s’avère complet que s’il transforme aussi le regard de celui qui l’entreprend.


“Au Lecteur”


L’adresse liminaire des Essais donne la clef du projet.


Montaigne y annonce un ouvrage fondé sur la bonne foi et l’examen de soi.


"Ce livre, lecteur, est un livre de bonne foi.

Il t’avertit, dès le début, que je ne l’ai écrit que pour moi et quelques intimes, sans me préoccuper qu’il pût être pour toi de quelque intérêt, ou passer à la postérité ; de si hautes visées sont au-dessus de ce dont je suis capable. Je le destine particulièrement à mes parents et à mes amis, afin que lorsque je ne serai plus, ce qui ne peut tarder, ils y retrouvent quelques traces de mon caractère et de mes idées et, par là, conservent encore plus entière et plus vive la connaissance qu’ils ont de moi. Si je m’étais proposé de rechercher la faveur du public, je me serais mieux attifé et me présenterais sous une forme étudiée pour produire meilleur effet ; je tiens, au contraire, à ce qu’on m’y voie en toute simplicité, tel que je suis d’habitude, au naturel, sans que mon maintien soit composé ou que j’use d’artifice, car c’est moi que je dépeins. Mes défauts s’y montreront au vif et l’on m’y verra dans toute mon ingénuité, tant au physique qu’au moral, autant du moins que les convenances le permettent. Si j’étais né parmi ces populations qu’on dit vivre encore sous la douce liberté des lois primitives de la nature, je me serais très volontiers, je t’assure, peint tout entier et dans la plus complète nudité.

Ainsi, lecteur, c’est moi-même qui fais l’objet de mon livre ; peut-être n’est-ce pas là une raison suffisante pour que tu emploies tes loisirs à un sujet aussi peu sérieux et de si minime importance.

Sur ce, à la grâce de Dieu.

À Montaigne, ce 1er mars 1580.



À lire et à écouter : Un été avec Montaigne


Pour prolonger l’adresse “Au lecteur”, on peut emporter dans ses bagages Un été avec Montaigne, d’Antoine Compagnon. Né d’une série diffusée sur France Inter durant l’été 2012, puis publié en 2013 aux Éditions des Équateurs, ce petit livre propose quarante chapitres courts pour entrer dans les Essais sans solennité excessive.

Conversation, amitié, éducation, engagement, rapport au temps ou art de vivre : Antoine Compagnon y montre un Montaigne à la fois ancré dans le XVIe siècle et étonnamment proche de nos questions contemporaines.

C’est une lecture idéale pour l’été : claire, vive, accessible, elle accompagne la visite de la tour comme un guide intérieur.


Indications touristiques

Le domaine se trouve à Saint-Michel-de-Montaigne, en Dordogne, entre Bergerac et Bordeaux.


La tour peut se découvrir en visite libre ou guidée ; le château du XIXe siècle nécessite une réservation et se découvre uniquement avec un guide.

Le site est ouvert tous les jours, avec des horaires étendus de mai à septembre, et il est conseillé de réserver en période de forte affluence.


Tarifs : 9,50 € pour la visite de la Tour ou du Château,

7,50 € en tarif réduit et 5,50 € pour les enfants de 5 à 12 ans.

La formule Tour et Château est proposée à 17 €, 15 € en tarif réduit et 11 € pour les enfants.

L’accès au parc avec dégustation : 4 €.

Des tarifs de groupe existent à partir de 15 personnes : 14 € pour Tour et Château, 7 € pour Tour ou Château.

La visite peut se prolonger par le parc, la librairie-boutique et, selon les formules, une dégustation des vins du domaine.


Bordelais : Montaigne et la tour des "Essais" : après cette étape de réflexion, le Tour reprend la route du Périgord.


À Périgueux, l’itinéraire quitte la bibliothèque humaniste pour rejoindre une Dordogne plus populaire et plus romanesque. Avec Eugène Le Roy, la prochaine halte donnera voix aux humbles, aux révoltes paysannes et à la mémoire vive de Jacquou le Croquant.



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