La création d’une association littéraire avec Jules Sandeau
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Les débuts de George Sand sont intimement liés à Jules Sandeau, avec lequel elle forme une association littéraire qui débouche sur une première publication.

La création d’une association littéraire avec Jules Sandeau
Dans l’article précédent, nous avons vu les préjugés qui pèsent sur l’exercice de la plume par une femme. Découvrons aujourd’hui comment notre personnage les contourne grâce à une association d’écriture qui lui permet, ensuite, de se lancer seule en littérature.
Jules Sandeau
À son arrivée à Paris, La baronne Dudevant s’installe avec Jules Sandeau, son cadet de sept ans, rencontré lui aussi dans le Berry.
Elle vit avec lui une passion à la fois charnelle et intellectuelle. Tous deux décident de former une véritable association littéraire, qui permet à la jeune femme de faire ses premiers pas dans le monde des lettres.
Rose et Blanche
Ce roman, sous-titré La Comédienne et la Religieuse, met en présence deux jeunes filles qui racontent leur avenir incertain : l’une sur scène, avant d’être "vendue" par sa mère ; l’autre dans un triste couvent, faute de famille et d’argent.
Découvrons la rencontre improbable des deux héroïnes dans une diligence :
" (..) Mais tout cela n’est rien auprès de ce qu’on me réserve.
« — Quoi donc ?
« — On veut me vendre.
« — Vous vendre ! est-ce qu’on vend les chrétiens ?
« — On vend les chrétiennes.
« — Ah bast ! dit la novice en riant, vous avez lu cela dans les livres ; vous êtes folle : c’est dans la Turquie que les femmes sont esclaves, qu’on les vend pour travailler ; Mais en France…
« — Vous êtes dix fois plus bête que moi. Vous ne savez donc pas ce que c’est qu’une fille ?
« — C’est une personne qui n’est pas mariée.
« — Tiens ! quelle niaiserie ! Vous n’avez jamais vu des femmes qui étaient bien habillées le soir, et qui se promenaient dans les rues, en appelant tous les hommes qu’elles rencontraient ? vous n’avez donc jamais été à Paris ?
« — Jamais : j’ai toujours été à Bordeaux. Mais attendez, je me rappelle à présent que quand nous sortions dans les rues, je voyais en effet des dames bien belles qui se promenaient sans châle et avec de petits souliers minces par le plus grand froid ; et nos mères nous défendaient de les regarder, parce qu’elles disaient que c’étaient de grandes pécheresses.
« — Eh bien ! c’est cela qu’on appelle des filles. Elles commencent par être honnêtes comme vous et moi, et puis on les vend à des hommes qui les déshonorent et qui les laissent là : alors elles sont obligées pour vivre, de courir les rues et de se recommander à tous les passans.
« — Et on leur donne l’aumône ? Elles feraient bien mieux de travailler pour vivre.
« — Vous ne savez donc pas ce qu’elles font ?
« — Non. Elles volent ?
« — Vous êtes pourtant plus vieille que moi. Quel âge avez-vous ?
« — Dix-neuf ans.
« — Et moi, dix-huit ! Pourtant je sais bien des choses que vous ne savez pas. Ah ! vous êtes plus heureuse que moi !
(...)"
Jules Sand (alias George Sand et Jules Sandeau) Rose et Blanche
Succès
Cette œuvre connaît un certain succès, qui conduit Aurore Dudevant et Jules Sandeau à poursuivre leur association avec La Prima Donna.
À la fin de l’année 1831, elle écrit à son ami Jules Boucoiran, précepteur de ses enfants, pour faire le bilan de cette année décisive :
" (…) Je vis fort tranquille, je travaille à mon aise et je me porte bien maintenant. J’ai enfin réussi à me débarrasser de la fièvre qui m’a tourmentée pendant plus d’un mois. Il ne manque à mon bonheur que mes enfants et vous. Mais, si je vous avais ici, je serais trop bien et la destinée n’a pas coutume de me gâter de la sorte. Au reste, elle est sage. Elle me garde ce bonheur pour un avenir que je ne voudrais plus affronter sans l’espérance que vous l’embellirez.
Adieu, cher enfant ; j’embrasse vous, Maurice et ma Solange. Parlez-moi d’eux beaucoup, je vous en supplie. "
George Sand, Lettre du 6 novembre 1831 à Jules Boucoiran
La création d’une association littéraire avec Jules Sandeau : cette première expérience montre à Aurore Dudevant qu’une voie littéraire est possible. L’association avec Jules Sandeau lui offre un nom, un cadre et une entrée dans le monde de l’édition ; mais elle révèle aussi, très vite, la nécessité de trouver une voix propre.



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