George Sand et Musset à Venise
Dernière mise à jour : 19 août
Après l’aveu passionné de Musset, George Sand et le jeune poète cherchent à vivre leur amour loin de Paris, sous le ciel de Venise. Mais ce voyage, rêvé comme une échappée romantique, tourne bientôt à l’épreuve : maladie, jalousie, désillusion et rivalités transforment la passion en matière littéraire.

George Sand et Musset à Venise
Dans l’article précédent, nous avons lu la déclaration d’amour de Musset à George Sand. L’admiration littéraire s’y changeait en aveu inquiet, déjà traversé par la peur de souffrir. Voyons maintenant comment cette passion, à peine déclarée, quitte Paris pour chercher à Venise un décor à sa mesure, avant de se heurter aux réalités du voyage, de la maladie et de la jalousie.
Liaison
C’est bien une passion dévorante qui va brûler les deux écrivains, alors que dix ans les séparent et que George Sand est, pour sa part, encore mariée. Ces circonstances nourrissent un véritable scandale. Mais les deux amants s’en moquent et finissent par imaginer qu’ils pourraient mieux vivre leur relation sous d’autres cieux. Ils souhaitent donc quitter Paris pour Venise. Musset, encore mineur, ne peut sortir du territoire sans autorisation familiale : George Sand s’empresse de la demander à la mère du poète, et l’obtient.
Venise
Arrivés dans la cité des Doges, les deux amants constatent pourtant que rien ne se déroule comme prévu. La passion se défait entre les excès de Musset, les tromperies, les maladies que l’un et l’autre contractent, et l’épuisement du séjour. Le duo se transforme bientôt en trio lorsque le docteur Pagello, appelé à les soigner, entre dans la vie de George Sand. À ce désordre s’ajoutent les crises de jalousie de Musset, d’une violence inouïe.
Vous pourrez ainsi découvrir la bande-annonce du film, les Enfants du siècle, de Diane Kurys de 1999.
Cette escapade à Venise dure six mois, soit plus longtemps que prévu dans la convention passée avec Casimir. Or George Sand doit toujours subvenir à ses besoins par sa plume. Elle se lance alors dans les Lettres d’un voyageur, publiées dans la Revue des deux Mondes, où l’expérience du voyage et de la douleur devient matière d’écriture.
Destinées
Cette passion qui aura duré fort peu de temps a fait couler beaucoup d’encre. Musset écrira les Confessions d’un enfant du siècle (1836) qui s’inspire librement de leur histoire d’amour.
George Sand, elle-même, reviendra sur cette histoire dont elle entend corriger les passages qu’elle trouve attentatoires à son honneur. Elle attend le décès de Musset pour ce faire. Elle offre au public un roman intitulé, Elle et lui (1859).
Paul de Musset
Mais le feuilleton ne s’arrête pas là : furieux, Paul de Musset décide de publier six mois plus tard une version rendant l’honneur à son frère, dans un ouvrage intitulé, Lui et elle.
"Ma gloire, dites-vous, s’est jetée entre nous deux. Mon nouvel amant est le public. Je vous méprise parce que vous êtes obscur, et que me voilà tout à coup célèbre. Le succès m’enivre. J’ai honte de vous avoir aimé ; je voudrais pouvoir vous supprimer de ce monde, après vous avoir fait manquer votre carrière, après vous avoir tout ravi, le bonheur, le repos, et jusqu’à votre nom, — car il paraît que vous ne vous appelez même plus Jean Cazcau. "
Musset, Lui et elle,
Louise Collet
Et pour finir Louise Collet tient à restaurer l’image de Musset qu’elle a aimé et publie un roman la même année, Lui, :
"Ne parlons plus de moi, parlons de lui : c’est par une journée semblable qu’il mourut, il y a deux ans ; je n’aime pas qu’on touche si vite à la chère poussière des morts, et j’aurais voulu qu’on laissât la sienne reposer encore quelques années ; mais il est des cendres glorieuses qui se soulèvent d’elles-mêmes ; leur éclat attire les regards investigateurs ; l’envie s’attaque aux spectres comme aux vivants, et parfois l’amour irrité les outrage ; c’est alors que l’amitié leur doit la vérité, cette justice éternelle. »
Louise Collet, Lui
George Sand et Musset à Venise : l’épisode ne se réduit pas à un drame amoureux. Il devient l’un des grands foyers de la légende Sand-Musset, nourrissant tour à tour les lettres, les romans, les ripostes familiales et les récits concurrents. La passion vécue s’est transformée en objet littéraire, chacun cherchant ensuite à en donner sa version.
Après Venise, il nous faudra quitter le tumulte de cette passion pour revenir vers un autre lieu essentiel de la vie de George Sand : Nohant. C’est là que se construit une part durable de son œuvre, dans un rapport profond à la maison, à la terre et au Berry.



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