D’un pseudonyme à un autre : de Jules Sand à George Sand
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Dernière mise à jour : il y a 3 heures
Pourquoi George Sand a-t-elle choisi un pseudonyme masculin ? Qui est à l’origine de ce choix ? Revenons sur ce nom d’auteur, devenu l’une des signatures les plus célèbres de la littérature française.

D’un pseudonyme à un autre : de Jules Sand à George Sand
Dans l’article précédent, nous avons évoqué les débuts journalistiques et littéraires de celle qui signe d’abord deux fois sous le nom de Jules Sand, puis une fois sous celui d’Alphonse Signol. Voyons aujourd’hui comment s’opère le choix du pseudonyme George Sand.
Pseudonyme
Le pseudonyme émane de Delatouche, son premier éditeur. Découvrons les motifs qui ont présidé au choix de cette singulière signature.
Avec modestie, l’auteure confie les dessous de cette histoire. Notons aussi que, pour la première fois dans la littérature, ce matronyme sera transmis aux héritiers d’Aurore Dudevant, qui l’adopteront.
"Le nom que je devais mettre sur des couvertures imprimées ne me préoccupa guère. En tout état de choses, j’avais résolu de garder l’anonyme. Un premier ouvrage fut ébauché par moi, refait en entier ensuite par Jules Sandeau, à qui Delatouche fit le nom de Jules Sand. Cet ouvrage amena un autre éditeur qui demanda un autre roman sous le même pseudonyme. J’avais écrit Indiana à Nohant, je voulus le donner sous le pseudonyme demandé ; mais Jules Sandeau, par modestie, ne voulut pas accepter la paternité d’un livre auquel il était complétement étranger. Cela ne faisait pas le compte de l’éditeur. Le nom est tout pour la vente, et le petit pseudonyme s’étant bien écoulé, on tenait essentiellement à le conserver. Delatouche, consulté, trancha la question par un compromis : Sand resterait intact et je prendrais un autre prénom qui ne servirait qu’à moi. Je pris vite et sans chercher celui de George qui me paraissait synonyme de Berrichon, Jules et George, inconnus au public, passeraient pour frères ou cousins. "
George Sand, HDMV, chapitre XIV, IVe partie
George ou Georges
Il reste qu’elle signe d’abord Georges, puis George, sans s, à l’anglaise, langue qu’elle connaît depuis ses années de pension.
Il faut lire la note de Georges Lubin dans l’édition de la Pléiade pour s’en faire une idée. À propos de cette phrase : "Je pris vite et sans chercher celui de George qui me paraissait synonyme de Berrichon ", il estime que ce prénom, qui n’a rien de berrichon, renvoie davantage aux Géorgiques de Virgile, c’est-à-dire à l’homme de la terre. L’explication est intéressante.
Il reste que tous ses amis l’appellent désormais George et adoptent le genre masculin qui en découle. Aurore s’efface donc peu à peu derrière cette nouvelle identité littéraire.
" Mon cher George,
Je viens de lire pour la première fois Gabriel, et je suis dans le ravissement, c’est une pièce de Shakespeare, et je ne comprends pas que vous n’ayez pas mis cela à la scène. Je suis content au-delà de toute expression et je ne veux pas me coucher sans vous l’avoir écrit, parce que j’imagine que cela vous fera plaisir, venant de
votre vieux Mar
18 juillet, minuit."
Source : Catalogue d'exposition, Mon cher George, Balzac et Sand, histoire d’une amitié, Gallimard, page 151
D’un pseudonyme à un autre : de Jules Sand à George Sand : le pseudonyme George Sand n’est pas seulement un nom commode : il marque une rupture, une naissance littéraire et une forme d’émancipation. Grâce à lui, elle entre pleinement dans la carrière d’écrivain, sous une identité qui brouille les attentes de son temps tout en lui ouvrant un espace de liberté.



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