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Copie de philo notée 20/20 au bac

  • il y a 6 minutes
  • 11 min de lecture

Une copie de philosophie ayant obtenu 20/20 au baccalauréat. Un excellent support méthodologique pour préparer l'épreuve et progresser.


Élève en uniforme blanc, tête posée sur la main, dans une salle de classe; autres élèves flous devant un tableau vert, ambiance de classe

Copie de philo notée 20/20 au bac


À l’approche de l’épreuve de philosophie, l’étude attentive d’une copie réussie peut être particulièrement formatrice.


Celle-ci, rédigée par un élève placé dans les conditions du baccalauréat et notée 20/20, permet de comprendre concrètement ce qui fait la qualité d’une dissertation : une problématisation précise, une progression rigoureuse, des références bien mobilisées et une conclusion qui répond clairement à la question posée.


Elle ne doit donc pas être lue comme un modèle à reproduire mécaniquement, mais comme un support méthodologique pour mieux identifier les attentes de l’épreuve, enrichir sa méthode et gagner en confiance.


Plan du devoir


Copie de philo notée 20/20 au bac : avant de lire la copie dans son intégralité, il est utile d’en observer d’abord le plan. Le tableau ci-dessous permet de repérer la logique du raisonnement, depuis l’idée selon laquelle la vérité semble naturellement convaincante jusqu’à la nécessité de définir des critères pour distinguer ce qui peut être tenu pour vrai.


Cette progression répond à la question suivante : La vérité est-elle toujours convaincante ?

I. La vérité paraît nécessairement convaincante

II. Mais la vérité n’est pas toujours définitive

III. Il faut donc établir des critères pour considérer ce qui est vrai

1A. La vérité qui libère

2A. Une vérité non universelle dépendant de la sensibilité de chacun

3A. L’efficacité de croyances ou de théories

1B. Le but de la science moderne : des vérités définitives

2B. La science en quête de réfutation pour gagner en précision

3B. L’irréfutabilité de la science

1C. Des vérités moins certaines que convaincantes

2C. L’adaptation de la vérité à un public déterminé

3C. L’esprit critique du sujet

Excellence


Voici donc une copie excellente dans sa forme : cf to-do list dissertation


Il en va de même dans le fond de l'argumentation :

  • présence de citations de philosophes,

  • exemples pertinents,

  • raisonnement rigoureux

  • prise de position nuancée dans la conclusion.


Devoir rédigé

La vérité est-elle toujours convaincante ?

 

         En 2016 Kellyanne Conway, alors conseillère de la Maison Blanche, utilise le terme de "faits alternatifs". Elle tentait alors de minimiser un mensonge avéré de la porte-parole du gouvernement concernant le nombre de personnes présentes à l'investiture présidentielle. Le tollé immédiatement provoqué par cette expression souligne l'importance centrale que nous accordons à la vérité dans nos sociétés, que ce soit dans la presse, la justice ou en politique. Aussi sommes-nous mal à l'aise à l'idée qu'il puisse y avoir plusieurs vérités, nous pensons plutôt spontanément que ce qui est "scientifiquement prouvé" n'est plus à débattre. Ainsi, l'argument du vrai doit nécessairement être le plus convaincant. Pourtant, la décennie écoulée a vu l'émergence de nombreuses théories du complot, en particulier sur les réseaux sociaux. Certains rejettent des faits qui sont considérés comme vrais et appuyés par la science. Il arrive aussi que l'opinion n'accepte pas d'emblée des faits qui se révèlent plus tard être vrais. Il a fallu par exemple, des années avant que l'héliocentrisme, d'abord envisagé par Copernic, soit admis par la grande majorité. Si la vérité est toujours convaincante, comment expliquer que la majorité puisse se tromper ? À l'inverse, si elle n'est pas plus convaincante que le mensonge, comment se fait-il que des hommes aient pu faire des avancées scientifiques majeures ? La vérité doit-elle être simplement envisagée comme une réalité binaire qui distingue le vrai du faux, ou bien peut-elle être constamment remise en cause ? Et s'il n'existe pas de vérités définitives, à qui peut-on faire confiance ? La question est d'importance fondamentale quand elle influence notre rapport au monde et aux autres. Dans un premier temps, nous envisagerons que la vérité nous délivrant de nos erreurs est nécessairement convaincante ; puis nous envisagerons qu'elle ne soit pas définitive avant de nous interroger sur les critères auxquels doivent être soumis les faits pour être considérés comme vrais

        


Il semble tout d'abord qu'en découvrant la vérité, nous soyons entièrement convaincus et délivrés de nos erreurs.

         D'abord l'accès à la vérité serait comme une révélation qui nous libérerait de nos chaînes. Avant de la découvrir, nous ne serions que prisonniers de nos préjugés et de nos prêts-à-penser. C'est ce qu’avance le livre XVIII de la République de Platon. Socrate y développe l'allégorie d'une caverne dans laquelle les hommes seraient enchaînés et contraints de faire face à une paroi sur laquelle sont projetées des ombres de sculpture. Dans cette situation précaire, nous n'avons que l'illusion de connaître la vérité, mais nous n'en apercevons qu'une image dégradée au troisième degré. Pour accéder à la vérité, le prisonnier doit être délivré de ses chaînes et contraint de sortir de la caverne pour se tourner vers la lumière du bien. C'est un processus long qui implique pour le prisonnier d'être contraint, puisqu'en apercevant pour la première fois la lumière, il est ébloui. Ce n'est qu'une fois qu'il arrive à discerner le monde en dehors de la caverne qu'il comprend la précarité de sa situation d'antan. La lumière ici représente l'idée du bien permettant d'apercevoir toutes les autres idées. Sorti de la caverne, le prisonnier se délivre de ses erreurs grâce à la vérité ; en somme, il en est immédiatement convaincu. De même, notre éducation nous permet d'accéder à des vérités que nous ignorions auparavant et qui approfondissent notre compréhension du monde de telle sorte que nous en sommes persuadés. Mais est-ce bien raisonnable de tenir pour vraie la vérité scientifique ?

         La science moderne s'est donné pour but de rechercher des vérités définitives qu'il semble impossible de remettre en cause. Dès la fin du XVe siècle, de nouvelles méthodes scientifiques ont vu le jour, rendant de nouvelles découvertes possibles et, semble-t-il, irréfutables. D'abord l'utilisation de la technique a permis de faire des observations toujours plus précises. C'est grâce, par exemple, à l'invention du télescope que Galilée a pu observer les astres et leur rapport à la terre pour aboutir à une preuve satisfaisante de l'héliocentrisme. De même, à cette époque, les scientifiques ont commencé à utiliser davantage les mathématiques. Or, "le monde est écrit en langage mathématique" (Galilée, l'Essayeur), c'est-à-dire que tous les phénomènes observables sur terre peuvent être modélisés par des outils mathématiques. L'utilisation des mathématiques permet donc à la science de livrer des conclusions que l'on ne peut remettre en cause. Les vérités scientifiques sont donc toujours convaincantes, semble-t-il. Mais cette démarche repose sur l'observation, et n’arrive-t-il pas que nos observations soient erronées ? Comment faire pour ne pas tomber dès lors dans le doute ?

         Il existe au moins une vérité certaine, et, dès lors, toutes les vérités sont convaincantes. Il semble que la science moderne s'appuie sur l'observation et le raisonnement. Or, remarque Descartes dans le discours de la méthode, il arrive que nos sens nous trompent lorsque nous rêvons, par exemple. De même, il arrive que nous nous trompions dans nos raisonnements. L'observation et la déduction seraient alors insuffisantes pour établir des vérités qu'on ne pourrait remettre en cause. Au contraire, il serait même probable de douter de tous les faits reçus comme vrai. C'est précisément ce qu'entreprend Descartes, qui a pour projet "d'établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences". (Méditations métaphysiques). Pour aboutir à une première vérité certaine, Descartes se défend des préjugés, des vérités reposant sur l'expérience de nos sens et celles reposant sur l'exercice de notre raison. Il reçoit donc pour faux tout ce qui est, ne serait-ce qu'un peu, douteux. Le caractère hyperbolique du doute cartésien l'amène donc à douter de toute forme d'altérité, le poussant au solipsisme, degré le plus extrême de solitude. Mais Descartes remarque alors que s’il peut douter de l'altérité, il ne peut douter de sa propre existence. « Je pense donc je suis » est alors une première vérité certaine, subjective et immédiate, qui peut servir de modèle pour toutes les autres vérités. Aussi, les vérités sont pleinement convaincantes dès lors qu'elles sont aussi évidentes et claires que le cogito.

         Il semble donc que la vérité a un caractère évident qui nous interdit d'en douter. La science permettrait alors d'atteindre toujours plus de vérité indubitable et définitive. Mais alors, comment expliquer le progrès scientifique si les vérités sont définitives ? De plus, sommes-nous toujours prêts à recevoir la vérité ?



La vérité pourrait être plus complexe qu'une simple correspondance entre l'idée de l'objet et l'objet. Si elle admet des variations, des degrés ou même une temporalité propre, comment peut-elle demeurer convaincante ?

         Il est d'abord possible d'envisager que la vérité ne soit pas universelle, mais qu'elle dépendrait de la sensibilité de chacun. Si deux personnes se baignent et que l'une affirme que l'eau est chaude, l'autre que l'eau est froide, peut-on vraiment les départager ? Bien que l'eau ait une température observable en degrés, il semblerait que les deux personnes puissent avoir raison en même temps. Ainsi, « l’homme est la mesure de toute chose », affirme Protagoras, personnage éponyme du dialogue de Platon. Cette thèse relativiste est bien illustrée dans le film Éléphant de Gus Van Sant. Dans ce film qui traite des jours qui précèdent une tuerie dans une école aux États-Unis, nous suivons le récit à travers les yeux de trois personnages différents. Les couleurs sont alors tantôt chaudes ou froides, l'atmosphère est détendue pour certains personnages là où la tension dramatique atteint son apogée dans les yeux d'un autre. Dès lors, il est difficile d'admettre une seule vérité, soit pleinement convaincante et universelle. C'est pourtant ce que cherche à établir la science, mais ne peut-on pas également douter des vérités scientifiques ?

         La science plutôt que d'atteindre des vérités définitives progresserait plutôt par la réfutation des erreurs pour gagner en précision. C'est en effet ce que montre l'étude de Carl Hempel sur les travers du docteur Semmelweis à Vienne. Le docteur Semmelweis travaille dans un hôpital dans lequel deux salles d'accouchement admettent des taux de mortalité pour cause de fièvre puerpérale radicalement différente, la première était plus élevée. Pour résoudre le mystère, le docteur Semmelweis élabore plusieurs hypothèses qu'il soumet successivement à l'expérience. Si les premières sont des échecs n'ayant aucun effet sur le taux de mortalité, une expérience finit par aboutir. Semmelweis, par la réfutation des autres hypothèses, en déduit que la cause de mortalité dans son service était due à la matière cadavérique que transmettaient ses étudiants en médecine après des cours de dissection. Toutefois, si cette hypothèse est efficace, elle ne constitue pas pour autant une vérité définitive. En effet, les travaux de Louis Pasteur, des décennies plus tard, ont pu prouver que la véritable cause de mortalité était les bactéries et non la matière cadavérique dans son ensemble. Ainsi, la méthode scientifique nous interdit de tenir pour définitive des vérités. Dès lors, il est même nécessaire pour le progrès de la science de ne pas être entièrement convaincu par les vérités admises…

         Enfin, il semblerait également que chacun ne soit pas toujours en mesure d'appréhender et donc d'être convaincu par la vérité. On ne dévoile pas, par exemple, la mort de la même manière à quelqu'un qui ne connaît pas la personne et à un proche. Tout comme on utilise des métaphores pour ne pas brusquer les enfants : "il est monté au ciel" avant de dévoiler petit à petit le sens caché derrière ces symboles. C'est ce que Jankélévitch nomme "un pieux mensonge, plus vrai que la vérité même". Il ne s'agit pas pour lui de mentir, mais de fournir à chacun, en fonction de ses capacités, une vérité qui se rapprochera, autant que possible, des faits que chacun soit en mesure d'appréhender. Si, à l'école, on étudie la Seconde Guerre mondiale en primaire, au collège et au lycée, ce n'est pas le fruit du hasard. D'ailleurs, les cours ne sont en aucun cas une répétition de ce qui a déjà été étudié. Il faut simplement du temps pour que les élèves soient en mesure de saisir toutes les raisons du conflit et l'ampleur des horreurs de la guerre. Mais si la vérité à laquelle nous avons accès n'est que partielle, il est alors nécessaire de ne tenir notre vérité comme convaincante pour tenter de se rapprocher toujours plus de la vérité et de ses nuances infinies.

         Si, à première vue, il paraissait que la vérité ne pouvait être remise en cause et constituait l'argument le plus convaincant, il semble désormais qu'on ne peut tenir paradoxalement aucune vérité comme définitivement vraie et convaincante. La science et même notre éducation nous poussent à toujours questionner ce que nous croyons savoir pour nous défaire de nos erreurs. Mais si l'on ne peut jamais tout tenir pour vrai, c'est notre société entière qui s'écroule et notre rapport au monde et aux autres qui est bouleversé.

 

 

Quelles sont les vérités que l’on doit admettre et celles que l’on doit rejeter ? Comment déterminer notre conduite dans le monde si nous sommes en mesure de douter de tout ?

Une première piste envisageable pour ce faire serait de conserver toutes les croyances et théories qui sont efficaces, quand bien même il est impossible de prouver leur véracité. Si par exemple, une pratique médicale reposant uniquement sur une hypothèse permet dans les faits de guérir des malades qui n'auraient pu être guéris autrement, il faudrait la tenir pour vraie. Freud se réclame ainsi du critère pragmatique de la vérité. Son hypothèse de la psychanalyse offre un outil pour mieux comprendre certaines maladies mentales, comme les névroses et la paranoïa. Elle permet au-delà de guérir certains de ses patients là où la médecine traditionnelle échoue comme pour le cas d’Élisabeth. Il s'agit d'une patiente qui éprouve des douleurs aux jambes lorsqu'elle se trouve proche de son beau-frère. Après une analyse approfondie, Freud avança l'hypothèse que ses douleurs proviendraient de pulsions amoureuses envers son beau-frère que le surmoi de la patiente refoulerait en dehors de la conscience. Bien qu'il n'existe pas de preuves de l'existence véritable des trois instances psychiques en conflit, cette hypothèse a permis à Freud de guérir sa patiente et de nombreux autres. Finalement, si cela fonctionne, pourquoi s'en priver ? Ne faudrait-il pas tenir pour vraie l'hypothèse de la psychanalyse dans la mesure où elle permet une meilleure compréhension du monde et qu'elle peut aussi avoir des conséquences positives ? Remarquons toutefois que ce serait la porte ouverte à toute sorte de pratiques malhonnêtes. Les gourous peuvent aussi avoir des effets physiques sur leurs fidèles grâce à l'effet placebo. Pour autant, on ne saurait tenir leurs déclarations pour vraies. Il faut donc un autre critère de détermination pour être convaincu.

La science pourrait se démarquer des pseudosciences par son irréfutabilité. Karl Popper affirme, en effet, que ce qui distingue la science des théories infondées est son courage de s'exposer à l'erreur. Une expérience ou un contre-exemple suffit en effet à mettre en échec une théorie scientifique. À l'inverse, on ne peut jamais réfuter la théorie de l'inconscient psychanalytique sans que ses défenseurs y voient la confirmation de leur hypothèse. Toute tentative de rejet serait le siège du refoulement de cette idée par le surmoi, instance psychique de protection. Si Popper critique Freud, il admire au contraire Einstein. Celui-ci admet que si l'on n'observe un jour un corps dont la vitesse est supérieure à celle de la lumière, sa théorie de la relativité devient obsolète. Einstein, au contraire de Freud, laisse ainsi une possibilité au progrès de la science. Par conséquent, pour qu'une hypothèse mérite de nous convaincre, il faut paradoxalement que nous puissions en douter.

Enfin, nous ne pouvons vérifier nous-mêmes la plupart des faits que l'on nous communique. Par exemple, comment être certain de sa date de naissance ? Notre connaissance de la vérité repose en grande partie sur le témoignage des autres, ici sur l'honnêteté de nos parents. Cela implique une difficulté : comment tenir pour vrais des faits que l'on ne peut vérifier soi-même ? Ne risque-t-on pas d'être trompé ? Mais si l'on rejette toutes les vérités qu'on ne peut prouver directement, la vie en société semble impossible. Il faut donc se délivrer du caractère hyperbolique du doute cartésien pour admettre une certitude morale, laquelle repose sur la réputation et le sérieux de celui qui nous transmet la vérité. Il est dès lors excessif de tenir pour faux tout ce que nous disent nos proches, la presse reconnue ou encore les experts. Il faut les tenir pour vrais tout en gardant un esprit critique vis-à-vis de la source. Ainsi, il devient possible d'éviter de tomber dans les théories complotistes pour pleinement s'insérer dans la société. Pour l'ancien Premier ministre, M Rocard, il faut "toujours privilégier l'hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie, elle, est fréquente, là où le complot nécessite un esprit rare". Une vérité convaincante est donc une vérité dont la source est digne de confiance.

 


À la question de savoir si la vérité est toujours convaincante, nous sommes en mesure d'apporter une réponse nuancée. Si notre conception binaire de la vérité nous pousse à être convaincus par des vérités indubitables, il semble en réalité que le concept de vérité ne soit pas si transparent qu’il puisse admettre des degrés en un cheminement propre. Pour que nous puissions réellement nous laisser convaincre, il faudrait plutôt que l'on puisse remettre en question et approfondir notre recherche de la vérité en s'appuyant sur des sources fiables. Cela met donc en exergue l'importance de l'exercice de notre esprit critique. Que de difficultés à l'heure des post-vérités !

        

        

 

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