Dissertation 18/20 : une copie d’excellence
- Marie-Noëlle Parisot-Schmitt
- il y a 5 jours
- 14 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
La Gazette littéraire vous propose de découvrir une excellente copie de dissertation ayant reçu la note de 18/20. Elle présente un intérêt pédagogique pour tous ceux qui souhaitent améliorer leur composition.

Dissertation 18/20 : une copie d’excellence
Dans un premier temps, nous analyserons la manière dont l’élève a scrupuleusement respecté la to-do list, véritable fil directeur offrant un cadre méthodologique clair et structurant.
Dans un second temps, vous découvrirez in extenso sa copie, intégralement rédigée.
Enfin, un questionnaire précis vous permettra de vous auto-évaluer, d’affiner votre méthode et, à votre tour, de soumettre une dissertation d’excellence, à l’image de cette copie remarquable.
Objectif : dissertation 18/20 : une copie d’excellence. Voici donc le sujet proposé en 2024 :
Dans le poème « Sensation », Arthur Rimbaud écrit : « j’irai loin, bien loin ». Selon vous, Le Cahier de Douai répond-il à ce projet ?
1.To-do list : au brouillon
Découvrez le respect par l'élève de cette to-do list :
1. Identifiez dans le sujet le genre : argumentation/poésie/roman/théâtre et retrouvez votre œuvre et notamment :
le sujet renvoie à la poésie.
deux registres principaux : lyrique, satirique,
2. Regardez la question qui vous est posée et la réponse qu’elle suscite : soit oui/non (choisir le plan A) soit autre réponse (choisir le plan B). Ici, c'est le plan B : par thèmes : on ne peut pas répondre oui/non.
NB : la dernière phrase "Selon vous, Le Cahier de Douai répond-il à ce projet ?" est une pure phrase de style, elle ne compte pas pour le choix du plan.
Insérez ensuite le tableau correspondant au plan B en 3 parties : laissez de la place pour le compléter au fur et à mesure que vous trouverez vos idées.
Partie 1 | Partie 2 | Partie 3 |
1A. | 2A. | 3A. |
1B. | 2B. | 3B. |
1C. | 2C. | 3C. |
3. Analysez maintenant le sujet avec les principaux mots clefs à souligner : vous vous en servirez dans votre introduction...
Dans le poème « Sensation », Arthur Rimbaud écrit : « j’irai loin, bien loin ».
C'est le poète qui s'exprime à la première personne du singulier "je".
Le verbe aller est au futur, c'est un projet de vie.
l'adverbe loin est répété deux fois, dans une volonté d'accentuer le désir d'un ailleurs.
4. Reformulez la citation avec vos propres mots :
Par la répétition de loin accentué par l'adverbe intensif bien, Rimbaud exprime sa quête d'un ailleurs idéal.
5. Remplissez dans le détail votre plan avec les éléments du cours + citations qui sont en rapport direct avec la question + les citations d'autres auteurs sur l'œuvre ou du même auteur sur d'autres livres etc.
Partez du plus évident (partie 1) au moins évident (partie 2) et au plus élaboré (partie 3) : vous serez notés sur la progression de votre raisonnement.
Donnez un titre à vos 9 sous-parties, puis à vos 3 titres qui les recouvrent.
Dans notre excellente copie, voici le plan choisi :
I. La quête de sensations nouvelles | II. Une dénonciation du contexte politique et social | III. Une approche novatrice de la création poétique |
1A. Le rôle du mouvement | 2A. Une critique du pouvoir politique
| 3A. Rimbaud, héritier de ses modèles littéraires |
1B. Une exaltation des sens | 2B. Une dénonciation de l’abus de pouvoir religieux | 3B. Une création résolument moderne. |
1C. Les premiers émois amoureux | 2C. Le rejet de la société | 3C. Les prémices de sa propre vision poétique |
6. Problématique : attention la question donnée en sujet n’est jamais votre problématique !
Avec vos 3 parties, trouvez enfin votre question : c’est donc à l’envers que vous travaillez, ce qui fait que vous ne ferez jamais un hors-sujet…
Les Cahiers de Douai traduisent-ils ce désir d'émancipation physique ?
7. Reprenez le début de votre introduction préparée en avance (belles phrases d'accroche, contexte et/ou références biographiques en rapport avec la question, date de publication de l'œuvre).
Ajoutez l'examen détaillé du sujet que vous avez fait au brouillon+reprenez la formulation avec vos propres mots + votre nouvelle problématique donnant lieu à l'annonce de vos 3 axes.
8. Passez maintenant à votre copie : annoncez vos sous-parties à chaque 1/2/3 et faites des conclusions intermédiaires en ménageant une transition pour la partie suivante.
Utilisez le DCE : je dis, je cite et j'explique, sachant qu'une idée = une phrase. Préférez les phrases simples (un verbe conjugué au présent) avec des mots de liaisons. Restez au présent.
8. Pour votre conclusion : rappeler votre problématique et les 3 axes. Proposez une ouverture que vous avez trouvée au préalable...
9. Relisez-vous.
L'excellente copie intégralement rédigée
Voici donc la copie de ce brillant élève :
C'est dans un contexte de profonde instabilité politique, entre mars et octobre 1870, que le jeune Arthur Rimbaud écrit ses Cahiers de Douai durant ses fugues à Paris puis à Douai. Ses fugues sont les premières échappées de la courte vie menée tout en avant par le poète insaisissable, d'abord à travers l'Europe puis en Afrique, que son amant Paul Verlaine surnommera « l'homme aux semelles de vent ». Aussi Rimbaud tient-il compte de ses premiers poèmes de cet intense sentiment de liberté lorsqu'il écrit dans « Sensation : « j’irai loin, bien loin ». Par la répétition de loin accentué par l'adverbe intensif bien, Rimbaud exprime sa quête d'un ailleurs idéal. Dès lors, il est légitime de se demander si les Cahiers de Douai traduisent ce désir d'émancipation physique. Certes Rimbaud est un adolescent fugueur en quête de sensations nouvelles. Toutefois, les Cahiers de Douai sont fortement inspirés par le contexte politique et social que le poète dénonce. Tout compte fait l'émancipation de Rimbaud dans ce recueil se fait au moyen d'une approche novatrice de la création poétique.
Dans un premier temps Arthur Rimbaud décrit dans ce recueil sa profonde volonté d'aller loin qui lui permet une exaltation de ses sens.
Aussi, le mouvement est l'un des thèmes centraux du poème. Rimbaud s'inspire en cela de sa propre expérience de vie, notamment de ses fugues pour échapper à la morosité du quotidien et à l'autorité maternelle. Tout au long de sa vie, il n'a de cesse de marcher, et il est même l'objet de caricatures de ses amis, Paul Demeny et Verlaine, le dépeignant, avec de longues jambes parcourant le globe après 1880. Cette marche constante se manifeste dans les cahiers de Douai par la présence répétée de verbes de mouvement, et en particulier « aller », comme dans « ma Bohème » : « Je m'en allais les poings dans mes poches crevées/mon paletot aussi devenait idéal/j'allais sous le ciel, Muse ! Et j’étais ton féal » Dans lequel il répète à deux reprises le verbe aller dans le quatrain inaugural. Le mouvement est pour le poète une source d'inspiration autant qu'un mode de vie. En parcourant les chemins, il délaisse le confort matériel. Ainsi le « paletot idéal » de Ma Bohème fait écho au premier vers « d’Au Cabaret Vert » : « Depuis huit jours j’avais déchiré mes bottines/aux cailloux des chemins ». Cette vie vagabonde que mène le poète est pour lui une manière de s’émanciper des normes sociales. Il puise dans sa marche la matière de ses textes, ce qu’il illustre dans « Ma Bohème », « Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course/des rimes ». Ici la comparaison avec le héros de conte enfantin et le rejet du terme « rimes » montre comment cette liberté physique est nécessaire à la création poétique. On retrouve de plus l'expression d'un ailleurs onirique dans le bateau ivre. Il y offre la prosopopée d'un bateau parcourant en des paysages exotiques « je me suis baigné dans le poème. Dans la mer/un fusée d'astres et… ». Avec ces métaphores audacieuses, le poète exprime la liberté intense que lui procure la poésie. L'aventure marine se confond à l'aventure poétique, un voyage initiatique en somme, qui met habilement en avant le lien étroit que fait Rimbaud entre son besoin d'ailleurs et sa recherche d'inspiration.
C'est grâce à ce mouvement que le poète va se rapprocher de la nature et y faire la découverte de nouvelles sensations. La nature est omniprésente dans l'œuvre d’Arthur Rimbaud. Tantôt bienfaitrice, tantôt sacralisée, le poète affiche constamment sa proximité avec le décor qui l'entoure. Il fait par exemple dans les deux premiers quatrains du sonnet « Le Dormeur du Val » la description d'une nature maternelle protectrice envers un soldat endormi « c’est un petit val qui mousse de rayons » la nature y est même personnifiée avec « la rivière (qui) chante ». Dans ce poème, Rimbaud reprend certains éléments qui appartiennent à la description du locus amoeus, qui signifie « lieu agréable » avec entre autres une source d’eau et d’harmonie entre les hommes et cette nature protectrice. Cette harmonie complète se retrouve dans « Sensation » : « Par les soirs bleus d’été, j’irai loin dans les sentiers/picotés par les blés, fouler l’herbe menue ». La douceur de cette nature est dépeinte par le ressenti du poète « picoté » par les blés. Cette nature est également idéalisée et rêvée ce qui en fait un des thèmes principaux de l'œuvre de Rimbaud.
Outre la nature, l'exaltation des sens du poète adolescent prend la forme de ses premiers émois amoureux. Dans nombre de poèmes, il dépeint sa recherche d'aventure amoureuse comme dans « les Réparties de Nina » ou encore dans « Roman » : « on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». Rimbaud peint, non sans une once d'ironie, le début d'une relation amoureuse. Malgré le lyrisme romantique présent dans les Cahiers de Douai, il délaisse une approche sérieuse de sa vie sentimentale au profit d'un recul étonnant qui, par moment, met en lumière la dimension risible de ses amours. En outre, la sensualité et les plaisirs charnels sont souvent l'objet de rêve « Oh là là ! Que d'amour splendide j'ai rêvé » déclare-t-il par exemple dans « Ma bohème » voire de fantasmes comme dans « Rêvé pour l'hiver ». Ainsi par la narration de ses premiers émois amoureux, Rimbaud répond à son désir d'émancipation. Et ses amours de jeunesse l’emmènent, en effet, bien loin de l'envie de rester dans sa ville natale de Charleville.
Pour conclure, le mouvement qui emmène Rimbaud vers la nature et la découverte des relations amoureuses constitue pour lui une échappatoire à la dureté et à la morosité de la vie.
Cependant, Arthur Rimbaud n'en demeure pas moins ancré dans son époque. Les Cahiers de Douai sont également l'expression d'une révolte sociale.
Premièrement, Rimbaud y fait une critique acerbe du pouvoir politique. Il dénonce tout d'abord la guerre, et plus précisément la guerre franco-prussienne qui fait rage en France dès le 19 juillet 1870. Il dénonce dans « le Mal » une « folie épouvantable broie/et fait de cent mille hommes un tas fumant ». Ainsi il déplore l'ampleur du bilan humain de cette prémisse de guerre industrielle. Pour Rimbaud, les soldats y sont vraiment sacrifiés, dans le seul but de satisfaire l'orgueil et la soif du pouvoir des puissants. Si « Le Mal » peut être interprété comme une critique de la guerre dans son ensemble, Rimbaud y glisse des références à peine voilées de la guerre entre la France et la Prusse. Les couleurs « écarlates ou vertes » font écho aux couleurs des uniformes militaires. Le poète ne prend donc pas parti dans le conflit et il déplore ainsi les pertes humaines. Par conséquent, « le roi qui les raille » observateur pensif mais coupable du désastre humain, dans « le Mal » est une attaque directe à Napoléon III. Rimbaud poursuit son réquisitoire implacable contre l'empereur dans « Rages de Césars ». Il y monte Napoléon III fait prisonnier après la défaite de Sedan le 2 septembre 1870 : « l’empereur est soûl de ses vingt ans d'orgie ». Rimbaud compare ainsi à une orgie le règne autoritaire de l'empereur qui est accusé d'avoir voulu souffler la flamme de la liberté, sans doute en lien avec l’exil forcé de nombreux opposants et l’écrivain qui a imposé Louis-Napoléon Bonaparte à son arrivée au pouvoir. Rimbaud s'inscrit donc dans un plus vaste et lent de rejet du Second Empire dans la littérature, Victor Hugo étant l'un des exemples les plus marquants lorsqu'il écrit le pamphlet « Napoléon-le-petit » pour ridiculiser la quête de grandeur de Napoléon III en l'opposant au vrai mérite de son oncle : « tu te noieras dans la fange/ Petit, petit » (1853). Plus largement, l'œuvre de Rimbaud est marquée par le rejet de toute forme d'autorité.
Ainsi le poète dénonce dans les Cahiers de Douai un abus du pouvoir religieux. Il accuse en effet l'Église de profiter du malheur de ses fidèles et dénonce son inaction dans le conflit sanguinaire : « il est un Dieu qui rit aux nappes damassées » écrit-il par exemple dans « Le Mal ». Ici, le poète désacralise le Dieu chrétien avec l'article indéfini « un ». Partout c'est bien l'église catholique qu'il attaque en parlant de « nappes damassées » ou encore « d’encens ». Le luxe matériel des églises semble pour le poète scandaleux à l'heure où des soldats meurent au combat et certains vivent dans la misère. C'est ce qu'il dénonce dans « les Pauvres à l'église », un poème décrivant un groupe de personnes démunies « Heureux, humiliés comme des chiens battus ». Le traitement de l'Église envers les plus pauvres est vivement critiqué puisqu'au lieu d'être justement insérés comme le prône les idéaux chrétiens ils sont en quelque sorte « parqués » et ainsi d'autant plus marginalisés. De surcroît, le comportement des prêtres et condamnés dans « le châtiment de Tartufe », en particulier dans le dernier vers « Peuh ! Tartuffe était nu du haut jusques en bas ! », référence intertextuelle au Tartuffe de Molière (1669) lorsque Dorine rejette le faux dévot « et que vous seriez nu du haut jusqu'en bas/que toute votre peau ne me tenterait pas » (III, 2).
Pour finir, les Cahiers de Douai marquent le rejet de son auteur de la société dans son ensemble, la bourgeoisie en particulier. Rimbaud exècre le conformisme et la médiocrité de la bourgeoisie du dix-neuvième siècle. Il exprime au contraire son désir de s'en émanciper en affirmant sa différence. Ainsi dans « À la musique », il décrit la bourgeoisie regardant le spectacle « sur une place taillée en mesquines pelouses/Square où tout est correct ». Les adjectifs péjoratifs utilisés pour décrire la nature domestiquée dans le village affirment le contraire avec la nature sauvage et nourricière que Rimbaud recherche dans ses fugues. De même, ils cherchent à se démarquer des codes de la bourgeoisie en opposant son mode de vie transgressif à l'uniformité bourgeoise. De surcroît, dans la même optique de révolte sociale Rimbaud exprime son empathie envers les opprimés et les marginaux. « Les Effarés » décrivent des enfants démunis observant un boulanger faire du pain qu'ils ne pourront goûter « Quand ce trou chaud souffle la vie/Ils ont leur âme si ravie/Sous leurs haillons ». En s'appropriant ainsi l'image de la pauvreté chez les enfants, le poète cherche à transmettre aux lecteurs son dégoût pour la société et la manière dont elle marginalise les plus faibles.
En définitive, les envies d'ailleurs de Rimbaud qu’il manifeste dans « Sensation » se heurtent à la réalité de la société et à sa cruauté. Son émancipation doit donc s'opérer grâce à sa poésie.
En somme, la véritable émancipation de Rimbaud dans son recueil se fait grâce à la création poétique « bien loin » des normes et des codes littéraires.
D'abord Arthur Rimbaud se présente comme l'héritier de ses modèles littéraires. Rimbaud est en effet doté d'une grande culture poétique. Il n'hésite pas à revendiquer son admiration pour les Parnassiens à qui il envoie une lettre à quinze ans dans l'espoir de se faire publier. Cette inspiration transparaît dans « Soleil et Chair » dans lequel il s'approprie le thème cher aux poètes du Parnasse « Chair, Marbre, Fleurs, Vénus, c'est en toi que je crois ! » ; on retrouve une fascination pour les dieux antiques avec Vénus, mais également une recherche de la beauté esthétique qu'il partage avec Bainville par exemple. Les Cahiers de Douai sont aussi marqués par les traces d'influence hugolienne dont Rimbaud admire l'engagement : le peuple « hurlant comme une mer » décrit dans « Le Forgeron », expression de la révolte du peuple français contre le roi en 1791, rappelle ainsi le peuple océan dont parle le poète des Châtiments (1853). Enfin la grotesque danse macabre dans le « Bal des pendus » fait moins écho à « La Ballade des pendus » de François Villon qu’à « Un Voyage à Cythère » de Charles Baudelaire : « De féroces oiseaux perchés sur leur pâture/ détruisant avec rage un pendu déjà mûr ». De cette manière, Rimbaud revendique des influences poétiques très diverses dont il cherche néanmoins à se libérer.
Ainsi Rimbaud n'a de cesse dans son œuvre de jouer avec les codes poétiques pour aboutir à une création résolument moderne. Le lyrisme amoureux est mis à mal dans les « Réparties de Nina » dans lesquelles les références rustiques viennent couper les élans amoureux « une vache fientera, fière ». De plus, son amante répond de manière prosaïque à ses avances « Et mon bureau ? » se détachant ainsi des codes habituels de la poésie amoureuse. Il y a de plus un contraste saisissant entre « le Dormeur du Val », un chef-d'œuvre de prétérition selon Louis Jouvet dans lequel le lecteur n'apprend qu'au dernier vers la mort du soldat « il a deux trous rouges au côté droit » et « Souvenir de la Nuit du 4 » de Victor Hugo qui commence brutalement : « L'enfant avait reçu deux balles à la tête ». Enfin la « Vénus Anadyomène » de Rimbaud renverse les codes attendus de la poésie du Parnasse à l'image d'un contre-blason. La laideur de la Vénus, une prostituée est accentuée à mesure qu'elle sort de la baignoire constituant par là un contrepied parodique à l'image de la Vénus sortant des eaux chère aux Parnassiens et peinte à la renaissance par Raphaël : « Belle hideusement d'un ulcère à l'anus. ». Le terme anus signifiant « vieille femme » en latin est mis en avant à la fin du poème ce qui montre le goût prononcé de Rimbaud pour la transgression des codes poétiques. Il adopte en cela une démarche similaire à celle de Charles Baudelaire qui souhaite extraire la beauté de la laideur. Dans son projet d’épilogue pour « Les Fleurs du Mal » resté inachevé en 1861, il dit notamment : « tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or » comparant ainsi le rôle du poète à celui d'un alchimiste. C'est le même détachement des normes que prend Rimbaud dans sa poésie.
Ainsi Rimbaud définit dans les Cahiers de Douai les prémices de sa propre vision poétique. Il multiplie les audaces verbales en faisant rimer papa et dada dans « l'éclatante victoire de Sarrebruck ». Il fait également un usage renouvelé des injures, onomatopées et de la ponctuation avec de nombreux tirets pour retranscrire ses élans poétiques. De même, dans le poème « Voyelles », il associe à chaque voyelle une couleur : « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles je dirai quelque jour vos naissances latentes ». Par un jeu d'assonances et d'allitérations, il crée un nouveau langage qui lui permet d'exprimer ses images et ses inspirations poétiques résolument modernes. Plus largement, il explicite sa vision de la mission poétique dans « la lettre dite du voyant » envoyée à Paul Demeny le 15 mai 1871 : « le poète se fait voyant par un long immense et raisonnable dérèglement de tous ses sens ». Il participe en cela à la création d'une nouvelle poésie fondée sur l'expression affranchie des contraintes, des inspirations du poète. Dès lors, c'est l'accomplissement du désir d'émancipation de Rimbaud grâce à la poésie.
Ainsi aller loin pour Rimbaud prône par un affranchissement progressif des codes et des contraintes pour aboutir à une nouvelle forme de poésie libérée.
En conclusion, Arthur Rimbaud est bien « l'homme aux semelles de vent » que décrit Verlaine. Sa quête d'un ailleurs onirique et les découvertes de nouvelles expériences étant la matière même de sa poésie, mais cette volonté de partir « bien loin » renferme un véritable grondement intérieur contre la société qui rattrape inévitablement le poète. C'est pourquoi celui-ci recherche à travers la création une liberté totale justifiant les propos de Verlaine : « l’homme en Rimbaud est libre » en cela il influence durablement les poètes à venir. De nombreux échos à la poésie de Rimbaud se retrouvent chez les surréalistes qui prônent également une libération de la poésie grâce à l'écriture automatique. La sympathie des surréalistes pour « la lettre du voyant » et particulièrement visible dans le manifeste du sérialisme d’André Breton (1924).
Questionnaire d'auto-évaluation
Si vous voulez réussir, vous aussi, votre dissertation, reprenez vos copies et répondez au questionnaire d'auto-évaluation suivant.
Il vous montrera les points acquis et ceux qu'ils vous restent encore à améliorer. Le fond est aussi important que la forme. Le résultat dépend de votre parfaite maîtrise des deux. Ne négligez donc rien !
3.1. Sur le fond :
Ai-je proposé un plan en trois parties avec trois sous-parties ?
Ai-je fait le plan à l’envers avec in fine la problématique ?
Ma problématique est-elle pertinente ?
Ai-je exploité au mieux mon cours, sans le réciter bêtement ?
Ai-je proposé des citations pertinentes de l'œuvre compte tenu de l'idée développée ?
Ai-je fait valoir des citations du même auteur dans ses autres œuvres et d'autres auteurs sur l'ouvrage au programme ?
Ai-je été capable de discuter de la portée de l'œuvre, des intentions de l'auteur et de son influence littéraire ?
3.2. Sur la forme
3.2.1 Sur la présentation du devoir :
Ai-je respecté les règles de présentation avec les trois parties et les alinéas des sous-parties facilement identifiables ?
Ai-je rédigé une introduction respectant la to-do list ?
Ai-je présenté, dans mes trois axes, mes trois sous-parties ?
3.2.2 Sur la rédaction :
Ai-je effectué le DCE (Dire, Citer, Expliquer) pour chaque idée ?
Ai-je ménagé des transitions entre les sous-parties et une conclusion provisoire du I., du II. et III. ?
Ai-je utilisé des mots de liaison pour structurer mes parties ?
Ai-je utilisé des pronoms impersonnels, on/nous ?
Ai-je respecté les consignes pour citer ? (guillemets)
Ai-je privilégié des phrases simples dans le développement pour éviter le charabia ? (un seul verbe conjugué)
Ai-je évité de répéter les mêmes mots alourdissant le propos ? (employez des synonymes)
Ai-je utilisé le présent de l'indicatif ? (et y rester)
Ai-je utilisé des verbes du premier groupe ? (montre, cherche, exprime suggère, observe etc. pour appliquer plus facilement la conjugaison)
Ai-je fait des fautes d'orthographe ?
ai-je fait des fautes d'accord entre le sujet et le verbe ?
ai-je fait des fautes d’accord entre le nom et l'adjectif ?
ai-je fait des fautes en confondant le participe passé/l'infinitif ?
Ai-je fait des phrases concises sans aucun mot de trop ?







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