Bourgogne : Lamartine, du vallon à la République
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À Milly et Saint-Point, découvrez Lamartine, du vallon natal et de la poésie romantique à l’engagement politique de 1848. Étape 19/27 du Tour de France littéraire.
Bourgogne : Lamartine
Réponse à la devinette de la veille : il s’agissait bien de Stendhal, avec l’ouverture du Rouge et le Noir. Après la tension de Verrières et les ambitions de Julien Sorel, la route quitte la Franche-Comté pour rejoindre une Bourgogne plus intérieure : celle de Lamartine, des vallons et de la confidence.
À Milly, près de Mâcon, le paysage change de ton. La Bourgogne de Lamartine n’est pas d’abord spectaculaire : elle est douce, retirée. Elle offre au voyage une respiration élégiaque, comme si l’itinéraire, après les hauteurs comtoises, cherchait un abri dans le vallon natal.
Lamartine transforme le paysage familier en lieu de méditation : le vallon devient moins un décor qu’un refuge, où le poète vient déposer sa lassitude et retrouver une forme de paix.
Le poète
Quelques vers suffisent à installer cette mélancolie romantique. Avant de suivre le voyageur vers les maisons de Lamartine, laissons parler le poème lui-même : il donne au lieu son timbre, entre fatigue du monde et désir d’asile.
Le Vallon
"Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses vœux importuner le sort;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.
Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée :
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.
Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon;
Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.
La source de mes jours comme eux s'est écoulée,
Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour. (…)”
Lamartine, Méditations poétiques, (1820)
Homme politique
Cette poésie romantique ne résume pourtant pas Lamartine. Derrière le rêveur du vallon apparaît aussi une grande voix publique du XIXe siècle : l’écrivain entre dans l’histoire par la parole politique.
Élu à l’Académie française en 1829, puis député à partir de 1833, Lamartine fait peu à peu glisser son prestige littéraire vers l’engagement public.
Opposant libéral à la monarchie de Juillet, il devient en février 1848 l’une des figures du gouvernement provisoire de la Deuxième République et ministre des Affaires étrangères. Il défend alors une République modérée, le drapeau tricolore et le suffrage universel (qui n'est encore que masculin).
Son discours de février 1848 fait entendre cette énergie nouvelle : le lyrisme n’a pas disparu, mais il se met désormais au service de la République naissante.
“ Eh quoi ! citoyens, leur dit-il, si on vous avait dit, il y a trois jours, que vous auriez renversé le trône, détruit l’oligarchie, obtenu le suffrage universel au nom du titre d’homme, conquis tous les droits du citoyen, fondé enfin la république ! cette république, le rêve lointain de ceux même qui sentaient son nom caché dans les derniers replis de leur conscience comme un crime ! (...) Et quelle république ? Non plus une république comme celle de la Grèce ou de Rome, renfermant des aristocrates et des plébéiens, des maîtres et des esclaves ! Non pas une république comme les républiques aristocratiques des temps modernes, renfermant des citoyens et des prolétaires, des grands et des petits devant la loi, un peuple et un patriciat ; mais une république égalitaire où il n’y a plus ni aristocratie, ni oligarchie, ni grands, ni petits, ni praticiens, ni plébéiens, ni maîtres, ni ilotes devant la loi ; (...)”
Lamartine, discours à l’hôtel de ville, 25 février 1848
Quelques mois plus tard, Lamartine se présente lui-même à l’élection présidentielle au suffrage universel de décembre 1848, la première de l’histoire de France.
Sa candidature est littéralement écrasée par celle de Louis-Napoléon Bonaparte avec un score ridiculement bas (moins de 1%). Il se retire progressivement de la vie publique.
Connaissant de sérieuses difficultés financières, il reprend la plume pour éponger ses dettes. Mais il devient une figure crépusculaire, pleine d’amertume. Une formule résume bien cette tonalité de fin de vie qu’il a déjà éprouvée à la mort de sa fille de dix ans :
"L’amertume est mon miel, la tristesse est ma joie. "
Elle dit, avec une simplicité presque douloureuse, le retournement d’un destin : l’homme qui avait chanté l’espérance et parlé au nom de la République semble désormais ne plus trouver dans la gloire passée qu’un goût aigre.
Indications touristiques : Milly-Lamartine et Saint-Point.
La maison d’enfance de Lamartine à Milly-Lamartine se situe au 6 rue Lamartine. Construite en 1705 comme vendangeoir familial, elle conserve la mémoire du poète, de son enfance et de ses paysages d’inspiration.
Ouverture du 1er mai au 30 septembre, avec visites guidées tous les dimanches à 15 h, ainsi que les jours fériés, sauf le dimanche et le lundi de Pâques. Pour les groupes, les visites sont possibles toute l’année sur réservation. La visite dure environ 1 h 30.
Tarifs : 8 € en plein tarif individuel ; 7 € par personne pour les groupes à partir de 10 personnes.
Le château de Saint-Point, demeure de Lamartine à partir de 1820, situé à une quinzaine de kilomètres. Le déplacement donne une suite naturelle à la visite de Milly : après la maison de l’enfance, on entre dans le lieu de l’âge adulte : visite de son cabinet de travail, de sa chambre, des pièces meublées, et du parc romantique.
Les visites y sont uniquement guidées et la réservation est recommandée.
En 2026, le château est ouvert du 4 avril au 26 septembre.
En haute saison, du 7 juillet au 30 août, les visites guidées ont lieu du mardi au dimanche, jours fériés compris, à 11 h, 14 h, 15 h, 16 h et 17 h ; fermeture le lundi.
Hors été, l’ouverture se fait à certaines dates, notamment pendant les ponts, certains week-ends et les Journées européennes du patrimoine.
Tarifs : 11 € en plein tarif et 7 € en tarif réduit.
Ainsi, l’étape 19 fait tenir ensemble les deux visages de Lamartine : le poète du vallon, attentif aux eaux, aux ombres et aux souvenirs, et l’homme de 1848, porté par l’espoir républicain avant le désaveu électoral.
Après Milly et Saint-Point, la Bourgogne laisse derrière elle un paysage de retrait, de mémoire et de parole publique. La route peut alors gagner la Touraine : avec Balzac, le vallon élégiaque se transforme en vallée romanesque, et la nature devient le grand miroir des sentiments dans Le Lys dans la vallée.




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