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Pourquoi l’IA ne suffit pas pour le commentaire littéraire

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Avec l’IA, nous assistons à une révolution technologique sans précédent. Le travail de l’homme peut être réalisé par un algorithme. Dans le domaine de l'éducation, elle modifie les apprentissages et les perturbe en rompant avec le temps long si nécessaire à la consolidation des connaissances. Testons l'IA sur un commentaire linéaire de texte et voyons les insuffisances de la technologie avant de voir comment l'homme peut mettre à profit cette révolution sans y perdre son âme.


une feuille avec trois colonnes et des lettres et un crayon

 


Pourquoi l’IA ne suffit pas


Avec l’IA, nous assistons à une révolution technologique sans précédent. Le travail de l’homme peut être réalisé par un algorithme. De nombreuses professions dont les plus qualifiées sont menacées par le déploiement de cette technologie. On assiste ainsi à une profonde mutation dans le monde du travail. Mais ce n’est pas le seul domaine où les choses changent, le monde de l’éducation est également percuté de plein fouet.


Éducation

L'IA modifie les apprentissages et les perturbe rompant avec le temps long si nécessaire à la consolidation du savoir.


Son utilisation semble actuellement pour le moins "sauvage" puisqu’aucune initiation et aucun avertissement sur sa pertinence ne sont donnés aux élèves et aux étudiants.


S'agissant de la justesse de ses réponses, voici un exemple illustrant la question de savoir pourquoi l'IA ne suffit pas.


L'IA à l'épreuve


La Gazette littéraire vous propose justement un test comparatif entre l’IA et une méthode humaine, celle des 6 GROSSES CLEFS ©  qu’elle a mise au point depuis de nombreuses années. La consigne donnée est libellée comme suit :

Faire un commentaire linéaire de cette nouvelle en trois lignes.

Le texte est le suivant :

“Zoo de Vincennes, la nuit passée. Pour un cadeau original, M.Henri visite les lionceaux. Reste une main munie d’une chevalière.”

Que constate-t-on ?


ChatGPT propose une analyse littéraire qui, à première vue, semble sérieuse. Mais dans la suite de l'article, nous verrons pourquoi l’IA ne suffit pas.

Version ChatGPT

Version Gazette littéraire avec la méthode des 6 GROSSES CLEFS © 

1. « Zoo de Vincennes, la nuit passée. »

 

Dès l’ouverture, Fénéon adopte la formule journalistique typique du fait divers : le lieu et le moment sont donnés sans verbe ni sujet, dans une ellipse efficace.

Cette attaque nominale ancre le récit dans la réalité : le " Zoo de Vincennes " évoque un cadre familier, urbain, et crédible.

"La nuit passée " installe un temps révolu, mais proche, qui renforce l’effet de reportage.→ Le ton paraît informatif, neutre, objectif — mais cette froideur prépare la chute ironique à venir.

 

1.   UN CADRE MYSTÉRIEUX

La première proposition est non verbale : c’est un procédé utile pour en faire un modèle de concision. À quoi sert-elle ? 

  1. un cadre spatio-temporel

Cette phrase a pour objet de poser le cadre spatio-temporel. On relève, en effet, le complément de lieu sans déterminant pour le premier, " Zoo de Vincennes,". Puis séparé par une simple virgule, on note le second complément, celui de temps "la nuit".

2.             une ambiance mystérieuse

On voit que l’auteur, en très peu de mots, a choisi de brosser une ambiance mystérieuse : la scène se déroule dans un lieu de divertissement, “Zoo”, qui est déterminé dans sa localisation, “Vincennes”, alors que l’horaire, lui, est indéfini “la nuit passée”. 

Le caractère extraordinaire du cadre saute aux yeux. Que fait-on dans un zoo, la nuit ? Pour en savoir plus, il faut attendre la deuxième phrase.

 

 

2. “Pour un cadeau original, M. Henri visite les lionceaux.”

Cette phrase introduit le protagoniste et la cause de l’événement.

L’expression “Pour un cadeau original” introduit une ironie mordante : le narrateur feint de prendre au sérieux le projet absurde de M. Henri. Le mot “original” contraste avec l’horreur qui va suivre.

Le nom propre “M. Henri” donne une identité banale à la victime — c’est un homme ordinaire, un “monsieur Tout-le-Monde”.

Le verbe “visite” semble innocent, presque mondain, et crée une attente trompeuse : on croit à une visite agréable, pas à un drame.→ Cette phrase joue donc sur l’humour noir et la distorsion entre le ton léger et la gravité du contenu.

2.             Un personnage nommé

La deuxième phrase est verbale et c’est la plus longue de la nouvelle. On note qu’elle débute par une brève explication avant d’évoquer le protagoniste de l’action.

  1. Une brève explication

L’auteur choisit de débuter cette phrase importante par une apposition  “Pour un cadeau original”. On sait que l’apposition joue un rôle d’accentuation : voyons sa fonction et la portée de cette information. 

Il s’agit en l’espèce d’un complément circonstanciel de cause avec la préposition “pour”. On entrevoit une explication au caractère extraordinaire du fait divers avec l’adjectif  épithète “original”.

Dans sa nouvelle, l’auteur ne conserve que l’essentiel “un cadeau” comme point de départ de l’action qui justifierait sa place en tête de phrase. Cette apposition annonce également la présence d’une personne bénéficiaire de ce cadeau. On note que recevoir un cadeau a un effet passif qui contraste avec l’action qu’effectue le personnage.

2.             le protagoniste de l’action

Comme dans tout fait divers, l’auteur fait intervenir un personnage. Il a choisi de le nommer par son prénom ou son patronyme “M.Henri” ; il ne donne aucune autre précision précise à ce stade de la nouvelle. Pourquoi ? 

Il préfère le décrire par son acte avec le verbe “visite”. C’est donc avec un verbe de mouvement que nous découvrons le protagoniste. Deux particularités sont à noter dans l’emploi de ce verbe, d’abord la valeur du temps et ensuite, le sens du verbe.

Cette action pourtant du passé est décrite au présent. Pourquoi ? La valeur de ce temps a pour effet de donner de la vivacité à ce très court récit :  cette nouvelle de trois lignes suit donc un rythme dense à l’image de sa concision. 

Sur le fond, l’emploi du verbe visiter peut surprendre, car son usage est normalement réservé à un destinataire (visiter une personne) ou à une destination (visiter un lieu). Il revêt en général un effet solennel dans les codes sociaux comme ici avec “M.Henri visite”.

Or, le texte dit : “M.Henri visite les lionceaux.” L’auteur crée ainsi un véritable effet de surprise. Il détourne les codes pour jouer sur la double opposition entre l’humain et l’animal d’une part, mais d’autre part, entre le singulier “M.Henri” et le pluriel “les lionceaux”. 

À ce stade de la nouvelle, on peut mieux comprendre le fait divers qui se conçoit comme une joyeuse aventure entre amis, “pour un cadeau original”, destinée à fêter un évènement. Pour souligner le caractère transgressif, cette équipée a lieu à l’heure où le parc est fermé et le champ lexical de l’exotisme “zoo/lionceaux” en donne tout son piment.

Cette nouvelle adopte un registre particulier comme on peut le voir dans la dernière phrase.

 

3. “Reste une main munie d’une chevalière.”

 

Le dernier segment frappe par sa brutalité et sa concision extrême.

Reste” : verbe au présent, isolé, qui produit un effet de chute. Toute la scène d’horreur est condensée dans ce seul mot.

L’ellipse du sujet et du complément amplifie le caractère lapidaire et macabre.

Une main” devient le seul vestige humain — une métaphore de la mort et de la vanité.

Munie d’une chevalière” apporte une touche de détail mondain, presque grotesque : l’accessoire de distinction sociale subsiste, alors que l’homme est dévoré.→ L’effet produit est à la fois macabre et ironique, soulignant l’absurdité du destin humain.

 

 

3. Registre satirique

La dernière phrase constitue donc l’épilogue du fait divers.

Elle constitue la conclusion de la nouvelle : c’est un chef-d’œuvre d’humour noir relevant également du registre satirique.

  1. humour noir

La dernière partie est constituée d’une phrase simple qui ne porte aucun connecteur logique. L’auteur s’en passe aisément, car il joue sur une curieuse construction pour attirer l’attention. L’effet de cause à effet résulte, en effet, de l’inversion du sujet et du verbe : "Reste une main" . 

Il s’agit d’un euphémisme apparent destiné à cacher une vérité trop crue, la mort soudaine de l’homme dévoré par les animaux. 

Mais cette tournure d’atténuation est, en réalité, un chef-d’œuvre d’humour noir. Il indique ce qui est encore visible “une main” dans le prolongement de laquelle on voit “une chevalière”. Le fait de ne mentionner qu’un membre du corps exclut par définition tous les autres. Pour le dire autrement, il ne reste plus rien de M.Henri. 

On notera l’utilisation du déterminant indéfini “une main”  que l’on ne peut pas distinguer de la droite ou de la gauche pour signifier le carnage qui s’est déroulé. Le registre est aussi satirique si l’on considère la nouvelle en entier.

2.             registre satirique

Ce registre transparaît avec la mention “d’une chevalière”. Cette bague est un signe de distinction sociale, portée par la classe aristocratique. On notera que tout ce qui touche au personnage est déterminé par des articles indéfinis, preuve d’une volonté de l’auteur de le rabaisser socialement : “un cadeau”/  une main/une chevalière "

La lecture de la nouvelle ouvre alors un registre  proprement satirique : il s’agit de se moquer en trois lignes du comportement d’une noblesse désœuvrée.

On peut voir dans l’adjectif " original " une ironie de l’auteur qui critique en se moquant du projet festif déconnecté du danger. Il le fait tout autant avec le verbe « visite » prenant un tour parfaitement condescendant.

Enfin arrêtons-nous sur la dénomination "Monsieur Henri " puisqu’il s’agit de son prénom à défaut de connaître son patronyme aristocratique complet. C’est ainsi que les domestiques appelaient leur maître, ce qui n’empêchait pas de les critiquer. 

On est bien dans une satire, un tour de force en trois lignes !

 

 

Insuffisances de l'IA

Si le texte est compris dans l'ensemble par l'IA, les nuances sont absentes, ce qui empêche de comprendre les intentions cachées de l'auteur. Il vous est proposé d'examiner les trois points de divergences entre les deux analyses.

  • Rôle de la nuit : que fait-on la nuit dans un zoo fermé ? L'obscurité offre un moment favorable aux transgressions. L’IA ne s’est pas penchée sur cette question pourtant importante.

  • L’originalité du cadeau : l’IA n’a pas été capable de décrire la nature de ce cadeau et encore moins son originalité. Elle ne parle que d’ironie.

  • Monsieur Henri : ce n’est pas une identité "banale", c’est à l’inverse une manière de désigner les aristocrates par leurs domestiques. L’IA n’a pas fait le lien entre le nom et la chevalière, restant en surface.

 

L’analyse de l'IA est donc passée à côté du texte.


Faut-il donc condamner l'IA ?


Avenir

À l'heure actuelle, on ne donne plus de devoirs à la maison, on traque les mémoires, les thèses avec des machines anti-IA. On tente de la bannir.


Évidemment, des stratégies des contournement seront mises en place, mues par l’attrait toujours plus irrésistible de l’interdit face à la promesse délicieuse d'un gain sans effort.


Dans les établissements scolaires et universitaires, il serait temps non de lutter contre l’IA, mais, à partir d’un certain âge, de travailler intelligemment avec elle.


Il faudrait savoir tirer parti de la technologie sans qu’elle ne favorise la paresse, l’absence de curiosité et donc qu'elle ne promeuve l’incompétence en série.


L’IA est un redoutable moyen de consolidation des connaissances. En effet, elle permet de comprendre autrement, à son rythme, de manière moins théorique. Pourquoi ? On peut poser toutes les questions dans l’intimité de l’écran alors que inhibés, on se l'interdit en public.


Elle offre surtout la possibilité de se tester à l'envi avant les examens, ce qui constitue le meilleur moyen de mesurer le niveau de compréhension de son savoir.


Si l’on cherche bien, on peut donc utilement employer cette technologie.


En conclusion :

  1. Il faut travailler avec l’IA, mais ne pas hésiter à la remettre en cause.

  2. Ne jamais tenir pour acquis le résultat donné, vérifiez !

  3. Mieux vaut privilégier l’effort lié à l’apprentissage d’une méthode, puis s’appuyer sur l’IA pour vérifier les résultats.


Qu'en pensez-vous ?


Répondez au petit sondage suivant :

L’IA améliore-t-elle l’apprentissage lorsqu’elle est bien maîtrisée ?

  • OUI

  • NON

 

Commentaires


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