Guerre et littérature contemporaine : nouveaux récits
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Comment la littérature contemporaine raconte-t-elle la guerre ? Témoignages, conflits actuels, voix des victimes : une exploration des nouveaux récits et de leurs évolutions.

Guerre et littérature contemporaine : nouveaux récits
Nous vous avons proposé une sélection d’œuvres classiques concernant différentes guerres de l’Antiquité jusqu’au mitan du XXe siècle.
Or, la guerre ne s’écrit pas uniquement au passé, l’actualité brûlante nous tient informés de ces multiples affrontements meurtriers partout dans le monde.
Nous avons donc jugé nécessaire de nous intéresser au traitement littéraire de la guerre au cours de ces dernières années.
Guerre et littérature contemporaine : nouveaux récits : qu’est-ce qui demeure permanent ? Qu’est-ce qui a changé ?
Nous constatons une littérature qui évoque d’autres conflits et de manière différente.
En effet, les récits dépassent le cadre du seul continent européen ;
Et surtout, de très nombreux ouvrages choisissent de donner la parole aux victimes innocentes.
Histoire
Si l’on retrouve le roman historique avec de très nombreuses fresques, c’est en général sur des périodes du passé avec lesquelles nous entretenons des relations tourmentées.
Prenons deux exemples illustratifs :
La colonisation de l’Algérie au XIXe siècle avec le roman Attaquer la terre et le soleil (livre de poche) de Mathieu Balazi,
L’Occupation durant la Deuxième Guerre mondiale avec ce roman en partie autobiographique, Enfant de Salaud de Sorj Chalandon (livre de poche).
On s’aperçoit aussi que le centre de gravité ne se situe plus en Europe. Il se déplace désormais vers d’autres continents qui ont été le théâtre de conflits meurtriers.
Décentrement
Ainsi l’Asie avec Âme brisée, d’Akira Mizubayashi, (folio) retrace la vie d’un violoniste japonais engagé dans l’armée pour combattre en Chine en 1938.
On pense aussi à Pachinko de Min Jee Lee (Harper Collins poche), où le destin d’une jeune Coréenne enceinte l'oblige à se marier pour cacher sa honte et à immigrer pour survivre dans un Japon en guerre.
La littérature rend compte également de conflits actuels dans différentes régions du monde.
Conflits actuels
On songe tout particulièrement à l’Ukraine, aux portes de l’Europe, avec Les Abeilles grises (Liana Levi, Piccolo) de Kourkov.
Ce roman traite de l’absurdité de la vie de deux hommes pris en tenaille dans le combat opposant les Ukrainiens et les séparatistes du Donbass. Restent l’apiculture et les autres trafics pour survivre…
Témoignages
On note que la tendance actuelle est moins à la large fresque romanesque qu’au témoignage précis de conflits. L’axe de la narration change également puisque ce sont les victimes qui se trouvent au cœur du récit.
Dans L’homme qui lisait des livres (Juillard), Rachid Benzine donne la parole à un Palestinien de Gaza bombardé depuis les attaques du 7 octobre 2023. Dans les ruines fumantes, il conserve des livres en mauvais état : lire pour échapper à la violence du monde.
Dans Apeirogon (10/18), Colum Mc Cann offre la parole à deux pères en deuil. Issus de bords opposés, juif et palestinien, ils ont en commun la perte irréparable de leur enfant durant des attentats terroristes.
Guerres civiles
Dans l’horreur des conflits civils ou des attentats terroristes menés à des fins de guerre, nous nous trouvons non plus sur un point de vue surplombant, mais sur des récits intimes, personnels, pleins d’émotions.
La voix des victimes, longtemps étouffée, est libérée pour elles-mêmes, mais souvent pour les autres : lever les incompréhensions ou les tensions avec leurs propres descendants.
La littérature se transforme alors en une quête protéiforme.
Les œuvres questionnent le sens de cette violence, de tout ce sang et de ces morts inutiles et innocentes.
Les mots servent à dévoiler la douleur comme dans les livres suivants :
Vous n’aurez pas ma haine (livre de poche), Antoine Leiris écrit après la disparition de sa femme au Bataclan le 13 novembre 2015 pour lui-même et pour son petit garçon.
Dans Jacaranda (poche), Gaël Faye met en scène un fils qui découvre le traumatisme subi par sa mère durant le génocide du Rwanda.
Le serment d’Europe, pièce de théâtre de Wadji Mouawad (Lémac, Actes Sud-Papiers) ou la culpabilité d’une femme et de ses décisions consécutives après des exactions auxquelles elle a participé enfant.
Houris (Gallimard), roman de Kamel Daoud, prix Goncourt 2024, retrace la guerre civile algérienne des années 1990.
Le choix de la transgression est à l’œuvre dans ce récit, où les protagonistes témoignent en dépit de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale interdisant d’évoquer la décennie sanglante.
La dernière transgression commise est celle de l’auteur qui l’assume, rappelant le caractère parfaitement liberticide de cette disposition légale.
Aux termes d’un jugement du 22 avril 2026, Kamel Daoud est condamné à trois ans de prison ferme et à une amende par une juridiction algérienne.
Conclusion
La littérature, entreprise toujours libre, n’a pas épuisé le sujet de la guerre dans un monde aussi polarisé que celui dans lequel nous vivons.



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