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Guerre et violence dans le roman historique

  • 14 avr.
  • 13 min de lecture

Analyse de la violence de guerre à travers deux romans historiques, "La Bataille" de Rambaud et "L’Art français de la guerre" de Jenni : du récit napoléonien aux conflits coloniaux, une réflexion poignante sur la nature humaine. Étude et synthèse.


Chef en uniforme blanc tend la main vers soldats malades sur une rive. Atmosphère dramatique, ambiance tendue. Scène historique.
Charles Meynier, Napoléon rendant visite aux blessés de Lobau, collection du château de Versailles

Guerre et violence dans le roman historique


Loin des horizons épurés où flottent les parfums délicats de lys, la littérature emprunte aussi des chemins escarpés et sinueux où la violence des hommes pénètre ses mots. On conjugue le plus souvent la cruauté au passé pour élaborer un récit, mais également pour conjurer le sort d'une manière bien vaine.


Depuis quelques années, la guerre est de retour en Europe et nous devons apprendre à lire au présent les narrations du passé. 


Dans cette perspective, un genre littéraire excelle dans un domaine : le récit historique, mélange idéal de fiction et de réalité. Cette dernière, sur ce point, nous rappelle qu'il n'existe point de période où l'homme, par soif de domination, n'a cédé à son âme belliqueuse : 

"La guerre est un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté." (Clausewitz)

Guerre et violence dans le roman historique : le romancier a le choix d'inscrire son contexte dans un nombre incalculable de combats. La littérature ne peut que s’en rendre témoin en montrant chaque fois la spécificité de chacun.


 Le déchaînement de la violence


Deux sujets d'étonnement demeurent au fil des âges. En les liant, on peut dire que s’il reste toujours un questionnement dans cette propension de l’homme à entrer en conflit, un insondable mystère relatif au déchaînement de la violence existe aussi.


En effet, chaque conflit ouvre la voie à de nouvelles possibilités dans le champ des atrocités.


C'est justement cette part sombre de l'humanité qui fait l'objet de la présente étude qui sera nourrie de deux lectures :


- la Bataille de Patrick Rambaud, publié en 1997, prix Goncourt,

- L'art français de la guerre d'Alexis Jenni, publié en 2011, prix Goncourt.

 

Possibilité d'une réflexion sur la violence.


Ces romans se révèlent bien dissemblables dans leurs visées, l’une descriptive, l’autre plus analytique. 


Le premier auteur se propose de dépeindre avec minutie le déroulement de la bataille d'Essling de 1809 ; le second cherche à théoriser la spécificité française de l'art de la guerre au XXe siècle.


Les deux livres s'opposent aussi sur la durée de l’affrontement, d'un côté, une bataille napoléonienne de deux jours et, de l'autre, des guerres coloniales successives de près de vingt ans.


Mais ces deux œuvres offrent en définitive la possibilité d'une réflexion commune sur la violence. Précisons les choses.


S'appuyant sur un projet littéraire initié, en son temps, par Balzac, Patrick Rambaud a restitué avec une ampleur inégalée la chronique de cette bataille qui s'est clôturée par un piteux repli français. 


À ce titre, elle fait doublement figure de tournant mémorable : Essling marque, d'une part, le premier revers militaire de Napoléon et constitue, d'autre part, dans l'histoire des conflits mondiaux la première hécatombe. On comprend dès lors l'intérêt porté à cette bataille en particulier.


Le roman d'Alexis Jenni nous conduit, quant à lui, vers une tentative de théorisation qui se fonde sur la spécificité des deux guerres coloniales successives, en Indochine, puis, en Algérie. Une large fresque incontournable s'offre ainsi à nous.


Nous débuterons, si vous le voulez bien, avec les prémices de la bataille d'Essling.


 

1.La bataille napoléonienne d'Essling


L'œuvre de Patrick Rambaud nous restitue avec précision le déroulement de la bataille d'Essling, en Autriche, du 20 au 22 mai 1809


Le point de vue choisi correspond à celui du narrateur omniscient (étymologiquement, qui sait tout) et s’y prend à merveille pour donner une vision d’ensemble de cette bataille d’un nouveau genre.


1.1.     Les préparatifs

Après avoir péniblement reconquis la ville de Vienne, les troupes françaises ont pour objectif d’anéantir l’armée autrichienne de l’archiduc Charles. Elles ne veulent pas que des forces alliées à ce dernier, en provenance d’Italie, viennent les repousser. On parle donc d’une bataille qui ne saurait être différée.


De la construction de ponts flottants

Reste un obstacle de taille à dépasser : le Danube, dont les ponts ont été détruits. 


L'empereur a personnellement choisi l'emplacement de l’édification de deux ponts flottants à six kilomètres de la capitale, à proximité de l'île Lobau et situés en face des villages d'Aspern et d'Essling.


Les équipes du génie doivent réaliser cette œuvre en quelques jours et dans des conditions difficiles, car le fleuve est impétueux. Les ordres sont donnés. 


Chacun des grands corps de l'armée, de l'intendance (avec le jeune Bayle, alias Stendhal, sous les ordres de l'impitoyable Daru), au service de santé, s'emploie à être prêt. Ils le seront...


La composition de l'armée napoléonienne

Mais quelle est donc cette armée ? On y trouve une mosaïque de peuples aux uniformes dépareillés, prompts au pire des brigandages dans une Vienne passablement avilie :

"D’autres éventaires se suivaient dans une ruelle, où ces pirates écoulaient leurs rapines, colliers de verre ou de perles, robes, ciboires, chaises miroirs, statuettes éraflées, et cela se bousculait comme dans un souk du Caire, cela parlait vingt langues et venait de vingt pays pour se fondre en une seule armée avec arrogance, Polonais, Saxons, Bavarois, Florentins (…) "(page 26-27)

Des bataillons hétérogènes que la présence de l'empereur galvanise. Doté d'un charisme hors du commun, il exerce aussi sur ses maréchaux et généraux une emprise dont il se sert pour les diviser. Il applique aisément l'adage diviser pour mieux régner.


Mais l'attraction qu'il pratique sur ses anciens compagnons n'est pas encore entamée :

"Sur un ordre, ils étaient venus en Autriche, à la tête de troupes disparates et jeunes, qu'aucun motif puissant ne poussait à tuer. L'empire déclinait déjà et n'avait que cinq ans. Ils le sentaient. Ils suivaient encore. " (page 65)

Tout est prêt pour le combat...


1.2 La première journée

À l'aurore, débute le face à face entre les deux armées qui se jaugent au travers d'une brume de chaleur. La tension se ressent, nul ne bouge. Les nerfs sont mis à rude épreuve. 


L'attente de l'aube à midi

L'attente se fait longue. On patiente en espérant que les Autrichiens attaqueront les premiers. 


Enfin, à midi, ces derniers commencent à marcher "sur une ligne en arc de cercle". (page 96)


Tout semble se passer conformément au plan lorsqu'un imprévu surgit et vient compliquer les opérations.


La destruction du pont

Un des ponts fait l'objet d'une attaque autrichienne brisant les amarres et fracassant les madriers. Cela constitue bien une véritable catastrophe pour les Français :

" Les officiers traduisaient la situation : plus de pont praticable, plus de contact avec la rive droite, le ravitaillement, les munitions, les troupes qui allaient arriver de Vienne et l’armée de Davout. "(page 98)

On assiste alors à une réparation effectuée au prix de vies, dans des délais extrêmement courts, tandis que les combats se poursuivent en ligne, de manière méthodique. 


À quinze heures, l’artillerie se fait entendre. Le champ de bataille est ainsi ravagé par la canonnade du maréchal Masséna. Déjà, des morts parsèment le théâtre des opérations.


La furie au combat

Un fantassin perd la notion de la réalité : 

“ Sur un champ de bataille, se dit Paradis, on ne comprend vraiment rien. Est-ce que je suis mort ? Ce sang ? Non il ne m'appartient pas. Celui du cheval ? Celui de mon voisin dont je ne connais même plus le nom ?(page 115)

Tous les corps de l'armée sont engagés dans la furie du combat : infanterie, cavalerie, artillerie. 


Un autre soldat se bat comme un “automate” :

“ il ne craignait plus rien, mais ne voulait rien non plus, ni s'interrompre ni poursuivre, sans volonté, marionnette portée par les clairons et des cris de guerre, vociférant, frappant, se gardant, plongeant sa lame, cassant des poitrines et perçants des cous. “  (page 140) 

La violence se déchaîne...


Le bilan de cette journée s’avère terrible, l’armée française subit une sévère déroute. Beaucoup fuient sans pouvoir riposter. Mais déjà la nuit arrive...

 

1.3 La seconde journée

La bataille reprend au petit matin. La rage des soldats se fait encore plus meurtrière. La victoire à portée de canon !


Les lignes autrichiennes reculent. Le maréchal Lannes se comporte avec une bravoure contagieuse. Il mène ses hommes au combat. Le triomphe lui semble certain ; un signe ne le trompe pas :

“ - Nous gagnons, Saint Hilaire, disait Lannes en haletant, et il montrait une scène qui se déroulait à l'arrière de l'armée autrichienne : à cent mètres, des officiers munis de bâtons frappaient leurs fuyards pour qu'ils rentrent dans les rangs. “ (page 181)

L'ordre secret de repli

Mais le pont se trouve une nouvelle fois menacé -cette fois- par un brasier flottant. 


On compte deux jours pour le réparer, durée qui ne permet plus d'approvisionner les troupes en munition et en nourriture. Le plan de bataille s'effondre aussitôt. 


Il faut évacuer les bataillons. 


Mais il convient de procéder dans le plus grand secret pour éviter un déferlement de violence sur les unités françaises déjà affaiblies. 


L'armée française donne ainsi le change pendant dix heures, dix heures terribles où le sang continue à couler ….


Dans ce désastre imminent, il reste la question de sept cents prisonniers dont on ne veut plus s'embarrasser. 


Le problème se règle sans état d'âme : 

“ Des cris abominables montaient du cimetière. Il interrogea. Un lieutenant de la Garde lui répondit que c'était des Hongrois qu'on égorgeait à l'arme blanche sur les tombes. “ (page 214). 

Un massacre impitoyable qui s'ajoute à l'hécatombe sur le champ de bataille. Toutes les caractéristiques d'un conflit moderne...


1.4 Une bataille chasse l’autre

Au soir du deuxième jour s'achève une bataille sans victoire. Le repli s'effectue dans l'ordre, à la nuit noire. Les troupes sont cantonnées dans l'île Lobau. On assiste alors à un spectacle tragique d'une armée décimée : 

“ l'île se peuplait. Des milliers de soldats glissaient comme des ombres à l'abri des futaies ; les plus chanceux s'appuyaient sur un tronc, tombaient sur la mousse et s'endormaient les pieds dans les flaques. “ (page 250)

La bataille d'Essling prend fin à six heures du matin avec plus de quarante mille morts et un nombre de mutilés importants.


Comment garder la tête haute ?


 La programmation de la bataille de Wagram

Napoléon a bien une idée. Il impose une parade, les jours suivants, à Vienne en grand uniforme : 

“ L'Empereur voulait montrer que son armée n'était pas à terre, que les combats meurtriers au bord du Danube n'avaient été qu'un contretemps. Cela devait impressionner les habitants de Vienne et raviver le moral des soldats. “ (page 260)

Faire sensation avant de mener ...une nouvelle attaque.


Napoléon n'entend pas rester sur un échec, un cuisant repli. Il désire une victoire et une bataille sans précédent, même si celle-ci doit être encore plus meurtrière. 


Il en connaît le prix : il pleure également un de ses amis proches, le maréchal Lannes, décédé des suites de ses blessures.


Déjà, il regarde l'emplacement utile à son nouveau projet : ce sera Wagram, le 5 et 6 juillet 1809. Une guerre chasse l'autre...


2.       L'art français de la guerre d’Alexis Jenni


Le roman s'ouvre sur la rencontre fortuite entre deux personnes de génération différente qui ont leurs propres habitudes de consommation dans un vieux café, en périphérie de Lyon. 


2.1 La rencontre fortuite de deux hommes

Assis au comptoir, le jeune narrateur, un peu perdu dans la vie, se voit révéler une confidence au sujet d’un consommateur du bar : Victorien Salagnon est présenté comme " un ancien d’Indochine" . Ce mot provoque en lui une impression tout à fait particulière. Ce terme fait resurgir des préjugés anciens: 

 Dans mon vocabulaire d'enfant de gauche, ce mot rare quand il survenait s'accompagnait d'une nuance d'horreur ou de mépris, comme tout ce qui est colonial. “ (page 33)

Un brin provocateur, il adopte une fausse contenance, mais il reste durablement impressionné par la tranquillité et surtout par le regard “ couleur acier “ du vétéran. 


Un sentiment de proximité surgit dans son cœur du narrateur  : il finit par rêver jour et nuit de la lointaine Indochine.


Cette rencontre insuffle à chacun des deux protagonistes un nouveau sens à leur vie. 


C'est par l'entremise de l'art que les deux hommes apprennent à se connaître et à se trouver. À son cadet, Victorien Salagnon ne tarde pas à dévoiler l’existence de mémoires qui ne le satisfont pas.


Un curieux arrangement s’établit entre les deux personnages. Le plus âgé donne des leçons de peinture, tandis que le plus jeune entreprend de retracer l’histoire du soldat sans savoir où cela le mènera : "Mais je suis le narrateur ; alors je narre. " (page 51).


Le parallèle entre la littérature et la peinture constitue au fil des pages un des axes du roman.


La construction binaire du livre

Ces deux disciplines se recoupent pour témoigner de manière singulière de la violence sur une durée de près de vingt ans (1943-1962).


De plus, ce roman intercale, entre le récit chronologique des conflits dans lesquels Victorien Salagnon s’est engagé, les commentaires du narrateur qui se livre à une analyse toute personnelle de l’art français de la guerre.


Restons tout d'abord, si vous le voulez bien, dans la découverte de l'itinéraire de notre soldat au travers d'un terme d'une récurrence dans cette œuvre : le “ regard “ posé par un acteur de son temps.


2.2 L’expérience du maquis 

La première chose que ressent Victorien, c'est bien sa singularité vis-à-vis de ses parents : le jeune garçon se sent totalement étranger à l'univers du petit commerce, empli de combines en cette période d'occupation allemande.


La singularité de Victorien Salagnon

C'est que l'adolescent possède en lui déjà un univers propre que l'imaginaire tend à façonner. Il aspire aux grands horizons, les récits de batailles antiques qu'il est contraint de traduire en classe l’enchantent. 


Mais par-dessus tout, il adore dessiner. Il ne sait pas encore que cette passion deviendra sa planche de salut dans les nombreuses épreuves à venir.


Mais pour l'heure, dans ce contexte familial, seul son oncle exerce une influence profonde sur notre héros. C'est lui qui le fait entrer au maquis pour échapper à l’enrôlement dans les usines allemandes (STO, service du travail obligatoire).


Là, il y apprend le maniement des armes tout en dessinant de manière frénétique durant les heures d'attente. Évidemment, le jeune homme participe activement aux attaques de convois allemands.


Il expérimente la peur durant les phases de combat et la joie à leur issue :

“ Devant le porche de l'église, tout au bout du village d'où l'on voyait la campagne d'alentour, Salagnon dut s'asseoir ; ses muscles tremblaient, ses membres ne le portaient plus, il transpirait. L'eau coulait hors de lui comme si sa peau n'était qu'une gaze de coton, il ruisselait, et cela puait, il collait.”  (page 210).

Il est blessé durant la libération. Il intègre l'armée après son admission dans une école militaire. Il devient lieutenant et part en Allemagne en 1945.


Le silence intérieur

Pour dessiner, le jeune Salagnon a besoin de s'isoler, de faire silence à l'intérieur de lui. La vie militaire, ainsi qu'il le dit lui-même “ permet de telles absences, ou les impose à ceux qui ne le souhaitent pas. “ (page 215)


Il mène une vie dense à un rythme décousu, ce qui lui convient. Il possède cette force que d'autres n'ont pas et qui lui permet de tout supporter. Il sait observer et ce qu'il voit le rend témoin de l'histoire qui se joue, là, sur ses yeux. Il “ regarde.” (page 381)


C'est aussi au travers de la transcription fidèle ou imagée réalisée par ses traits de dessin, qu'il communique durant douze années avec Eurydice, la femme qu'il aime.


N'ayant pas d'autre alternative dans sa vie, il se réengage dans l'armée et part en... Indochine.


2.3 La guerre d’Indochine

Le jeune Salagnon est affecté à la surveillance de la forêt particulièrement hostile de la haute région du Tonkin. 


Cette mission se révèle éprouvante sur le plan physique et moral. 


Sur ce dernier point, les soldats souffrent de l'attente longue et morne rompue par de brusques attaques qui déciment les rangs.


Une guérilla sans répit

Le silence lourd fait peur, annonçant un danger imminent. Les soldats dans la forêt se sentent isolés et toujours en sursis. La forêt grouille de troupes du Viêt-Minh bien organisés qui mènent sans état d'âme (page 415) des opérations de guérilla efficaces.


Les exactions de part et d'autre sont nombreuses. Le recours à la torture des civils tient lieu de politique de terreur. On cherche des informations, certes, mais pas seulement. On cherche aussi à créer un climat délétère.


Un militaire affirme devant notre personnage que :

“ La terreur est un état général. Quand elle est bien menée, bien implacable, sans répit et sans faiblesse, alors les résistances s'effondrent.” (page 414)

Mais un jour, le poste de Salagnon est attaqué, il doit le faire évacuer. 


Les voilà dans la forêt poursuivis par les commandos du Viêt-Minh qui le blessent à la jambe. C'est grâce à l'admirable solidarité des frères d'armes que le héros s'échappera de l'enfer.


Le poids de la violence

La question de la violence n'est pas éludée dans la narration. Victorien Salagnon lui-même, témoin de ce qu'il découvre, se trouve rapidement amené à conclure qu'elle est le produit de la guerre.


Au départ, il refuse la responsabilité du massacre auquel il a assisté. Mais on lui fait comprendre une réalité déjà perceptible : 

“Tu as tout regardé, Victorien. Dans ce domaine, il n'y a presque pas de différence entre voir et faire. Juste un peu de temps.” (page 415)

En effet, le temps ne sera guère long avant que le statut de simple observateur de notre personnage évolue. 


Il ne va plus seulement “ regarder “ mais participer activement au sein d'une “ camaraderie sanglante “ (page 452) à la folie meurtrière : la violence pénètre les pores de sa peau.


Il dit de manière elliptique : 

“ Les morts n'étaient qu'un élément du problème, tuer n'était qu'une façon de faire. “ (page 454)

Il s'agit non plus d'extorquer des informations, mais d'éradiquer l'adversaire en recourant à des armes de destruction lourde empruntées à différentes forces.


La guerre transforme implacablement les êtres mêmes les plus humains en assassins. 


Le narrateur pose une question inexorable : 

“ Que sont devenus toux ceux dont les mains sont tachées de sang ? (…) -Moi ? me dit Victorien Salagnon. Moi je dessine, pour Eurydice. Cela m'épargne le ressentiment. “  (page 472)

Mais bientôt, une guerre chasse là encore l'autre et celle d'Algérie s'ouvre alors dans le cadre d'attentats …


2.4 La guerre d’Algérie

C'est en sa qualité de parachutiste que le capitaine Salagnon débarque à Alger pour mettre fin au climat d'insurrection qui règne : 

“ Il était venu à Alger parce qu'on avait décidé à Paris qu'il serait bien que lui et ses pareils soient là. On avait décidé d'employer la force, et personne n'en avait davantage que ces loups hâves entraînés dans la jungle “. (page 519)

L'usage de la torture

Les pleins pouvoirs donnés à l'armée conduisent cette dernière à mener au nom de la quête d'informations des actes de torture. Les cadres de l'armée justifient eux-mêmes ce recours à la violence, qualifié de nouveau mode de guerre :

“Il ne s'agit plus de sauter en avion, ni de courir dans la forêt, il s'agit de savoir.”  (page 504)

À cette fin, Victorien Salagnon récupère les fichiers de police et les parachutistes commencent leur “travail“ méthodique à un rythme soutenu : arrestations arbitraires, extorsions de renseignements sous la torture, disparitions...


Cette mission répugne à notre personnage. Il indique qu'il "n'aime pas ça". Il n'en peut plus de tous ces morts. Il sent qu'il aurait dû déjà démissionner. (page 572)

C'est ainsi qu'il refuse de se ranger du côté des partisans de l'Algérie française. Il obéit et quitte les larmes aux yeux Alger. 


Il n'y reviendra que pour chercher, en plein chaos, Eurydice. 


L'art français de la guerre

Ce titre renvoie à une tentative du narrateur de théoriser la spécificité française en la matière. Cela pourrait s’intituler l’art de perdre les guerres coloniales ; il choisit pour illustrer son propos une métaphore évocatrice :

" Les guerres menées là-bas nous les menions ainsi, et nous les avons perdues par la pratique de la colonne blindée.  Par le blindage, nous nous sentions protégés. Nous avons brutalisé tout le monde ; nous en avons tué beaucoup ; et nous avons perdu les guerres. Toutes. Nous.”  (page 255).

Il faut voir en cette colonne blindée bien plus que l'arme, mais la tenue à bonne distance par la France de la population locale à laquelle on n'a pas voulu accorder la liberté et les droits subséquents...


Dans le titre de ce roman, il est aussi fait référence à l'art, la seule chose qui a permis en définitive à Victorien Salagnon de survivre à l'horreur qu'il a subie et qu'il a commise :

 Peindre sauvait sa vie et son âme.” (page 572).

3.Synthèse

Retrouvez la synthèse de cette étude dans le tableau suivant :

 

Étude croisée des œuvres

La bataille

 

Patrick Rambaud

 

L'art français de la guerre

 

Alexis Jenni

 

 

 

 

 

Genre littéraire

 

Roman

Roman

 

Lieu et Datation du récit

 

Autriche,

 

XIXe siècle

 

 

France, Indochine, Algérie

XXe siècle

 

 

 

 

Principaux sentiments évoqués

 

ordre, obéissance, ruse, attente, peur, violence, dévouement, courage, humiliation, orgueil.

 


curiosité, rêve, engagement, attente, peur, courage, angoisse, camaraderie, violence, indifférence, rejet, remords.

 

 

Thèmes principaux

 

combat, Napoléon, violence, hécatombe.

 

 

guerre, violence, conflits coloniaux, torture, art.

 

 

 

 Sources :

P. Rambaud, La bataille, livre de poche

A. Jenni, L'art français de la Guerre, Gallimard

 
 
 

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