George Sand à Nohant, entre Chopin, musique et théâtre familial
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Dernière mise à jour : il y a 6 heures
À Nohant, George Sand fait de la maison un véritable foyer artistique. La musique y accompagne Chopin et les soirées familiales, tandis que le théâtre transforme les chambres, les salons et les ateliers en scènes vivantes. Autour d’elle, la création devient une affaire de famille, d’amitié et d’hospitalité.

George Sand à Nohant, entre Chopin, musique et théâtre familial
Dans l’article précédent, nous avons suivi les désillusions politiques de George Sand sous l’Empire, la guerre de 1870 et la Commune. Revenons maintenant à Nohant, non plus comme simple refuge, mais comme lieu d’art total : on y écoute Chopin, on y joue, on y répète, on y invente un théâtre familial ouvert aux amis comme aux habitants du Berry.
Éducation
Nous avons vu précédemment les bribes d’éducation dispensées à Aurore Dupin avant qu’elle ne prenne en main son propre savoir. La musique fait partie des choses que l’on apprend aux jeunes filles.
La grand-mère de George Sand a instruit sa petite-fille qui sait chanter, jouer du piano et de la harpe. Mais ce n’est pas un passe-temps ordinaire d’une personne bien née. Chez George Sand, la musique est une affaire de connaisseuse. C’est aussi une passion.
Elle entretient des liens d’amitié avec Franz Liszt. C’est d’ailleurs par l’intermédiaire de ce dernier et de Marie d’Agout qu’elle fait la rencontre de Frédéric Chopin au printemps 1838.
Chopin
Leur première rencontre n’est pas à proprement parler un coup de foudre. Chopin la trouve laide, mais l’amour de la jeune femme pour sa musique le fait changer d’avis. Ils s’aiment. Rapidement, il entre dans l’intimité familiale. Maurice et Solange s’entichent de Chip Chip. La passion de l’auteure pour le musicien prête une nouvelle fois le flanc à la critique.
Comme pour Musset, la solution est dans la fuite pour une destination, Majorque, dont les douceurs hivernales devaient être bénéfiques à la santé fragile de Chopin. Durant l’hiver 1838-1839, ils vivent ainsi en famille, mais sur place, les choses ne se passent pas comme prévu. Il pleut, l’hostilité des autochtones les isole et Chopin est gravement malade. La décision de rentrer s’impose. Loin de se rompre, la romance va durer au contraire 9 ans. Les amants vont adopter un modus vivendi pour permettre au génie de créer. Il va demeurer à Paris l’hiver et venir l’été à Nohant.
Nohant
Chopin compose plus d’un tiers de son répertoire à Nohant. George Sand lui fournit chaque année un nouveau piano à ses frais. Elle fait tapisser d’un molleton les portes de sa chambre à l’étage pour qu’il puisse travailler en paix. Toute la vie se résume à satisfaire le musicien qui est ainsi soigné et chéri par toute la maisonnée. Il vous est proposé de retrouver la fantaisie numéro 49 de que Chopin a écrit à Nohant.
Cette vie musicale prépare naturellement l’autre grande passion de la maison : le théâtre. À Nohant, George Sand ne se contente pas d’écrire des romans adaptés à la scène ; elle organise aussi un espace où l’on répète, où l’on joue, où Maurice invente ses marionnettes, et où la création circule entre famille, domestiques, amis artistes et villageois.
Passion
Avec la musique, le théâtre est une véritable passion. Elle aime ce milieu de la création depuis son jeune âge. Ce n’est pas un hasard que son premier roman, Rose et Blanche, porte sur l’univers des comédiens. Mais c’est par le genre romanesque qu’elle aborde sa passion. Ses succès font l’objet d’adaptation pour la scène comme Indiana, par exemple. Enfin, elle se lance sans filet dans l’écriture d’une pièce. Pour elle, c’est la poursuite de son œuvre. Le théâtre joue un rôle pédagogique. C’est un engagement toujours social qu’elle mène au travers de son art.
Ainsi réunies, musique et théâtre montrent le même visage de George Sand : non seulement une écrivaine, mais une maîtresse de maison qui transforme Nohant en laboratoire artistique. Chopin y compose, Maurice y donne vie aux marionnettes, les proches montent sur scène, et la littérature sandienne trouve dans ces pratiques collectives une autre manière de toucher le public.
Cosima
On est en 1840, elle écrit Cosima, un drame en 5 actes qui narre le récit d’une jeune Florentine mal mariée qui est troublée par un séducteur. La pièce est jouée au théâtre français alias la Comédie française.
Mais le public n’est pas au rendez-vous. On s’ennuie ; la pièce est un échec. La critique est assassine. Prenez celle de Leconte de Lisle :
" (…) Lorsqu’un écrivain s’est élevé au rang qu’occupe l’auteur de Lélia ; lorsque pendant huit années chacune de ses productions lui a conquis une renommée brillante et méritée, on ne descend pas impunément de ce haut degré : une erreur est une chute. N’avons-nous pas vu un long poème de M. de Lamartine déterminer la décadence imminente de son génie ?
Il serait donc à désirer que George Sand oubliât ou fît oublier cette première tentative par un chef-d’œuvre dramatique. Pour un semblable talent, la forme n’est qu’une habitude, car il doit être primitivement original. Nous sommes donc bien loin de partager l’opinion de ceux qui conseillent au brillant écrivain de rentrer dans son domaine, le roman, et d’y rentrer pour n’en plus sortir, car il ne saurait appartenir à qui que ce soit de désespérer le génie."
Critique de Leconte de Lisle dans la Variété, mai 1840
François le Champi
Pour George Sand, l’échec est cuisant. Dépitée, elle se réfugie en effet dans le roman. Elle attendra 1849 pour voir se produire avec succès François le Champi. Elle a confié cette comédie à un de ses amis, Bocage, qui dirige le théâtre de l’Odéon, le lieu d’excellence sous la 2e République. C’est lui qui a mis en scène la pièce d’une main de maître. Il récidivera en 1851 avec Claudie, jeune paysanne séduite et abandonnée.
À Paris, les sujets champêtres y sont admirés. C’est un nouveau style qui plaît. En dépit de critiques qui trouvent trop de rusticité, sa carrière est lancée. Elle n’arrêtera plus d’en proposer. On compte 31 pièces écrites, dont 25 jouées. C’est là encore une performance d’auteur incroyable puisque dans le même temps, elle poursuivait son ardente activité de romancière…
Nohant
On a vu que Nohant était l’arrière-scène de la scène parisienne : on y répète ses pièces ; on y rode les mises en scène. Cette passion pour le théâtre, elle la vit avec son grand amour, Alexandre Manceau, graveur de son état, avec lequel elle vivra 15 ans. Ce dernier se pique lui aussi de jouer en amateur à Nohant. Ils partagent donc cet attrait pour les comédies champêtres.
George Sand à Nohant, entre Chopin, musique et théâtre familial : cette frénésie d’écriture pour la scène comble aussi le besoin d’une femme qui a connu de grands chagrins avec la perte de deux de ses petits-enfants et qui a besoin de la vitalité des planches pour survivre.
Dans l’article à venir, nous aborderons le goût de George Sand pour les voyages.



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