George Sand face à l’Empire, la guerre et la Commune
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Après l’échec de 1848, George Sand voit ses espérances républicaines se briser de nouveau sous le Second Empire, puis devant la guerre de 1870 et la Commune. De l’intervention auprès de Napoléon III à la douleur exprimée dans sa correspondance, l’ancienne militante cherche encore une voie entre fidélité aux idéaux, refus de la violence et nécessité de rester en France.

George Sand face à l’Empire, la guerre et la Commune
Dans l’article précédent, nous avons vu comment les journées de juin 1848 avaient refermé l’élan de la République sociale et plongé George Sand dans l’amertume. Il faut maintenant suivre la suite de ce désenchantement politique : le coup d’État de 1851, le Second Empire, la guerre franco-prussienne et la Commune achèvent de mettre à l’épreuve ses convictions.
Le coup d’État de Napoléon III
Le coup d’État de Napoléon III le 2 décembre 1851 lui brise le cœur. Une nouvelle répression s’abat partout en France. Hugo s’exile pour vingt ans.
Dans le Berry, la situation est identique. Certains de ses amis quittent le territoire.
Pour George Sand, c’est aussi l’époque où elle subit un contrôle étroit par la police, son courrier est soit lu ou soit intercepté. Devant l’étendue de cette surveillance de tout instant, l’auteure s’oblige à l’autocensure pour ne pas indisposer inutilement les autorités. Il reste que sa position à l’égard du régime n’a rien de confortable.
On lui reproche de demeurer en France alors que d’autres choisissent l’exil. Elle s’en défend au nom des obligations de famille qu’elle a à sa charge. Pire, on lui fait grief des initiatives qu’elle prend pour obtenir la libération de ses amis.
Lettre à Napoléon III
Femme généreuse, elle ne craint pas d’écrire, en effet, à Napoléon III dans ces termes :
"AU PRINCE LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Paris, 20 janvier 1852.
Prince,
Je vous ai demandé une audience ; mais, absorbé comme vous l’êtes par de grands travaux et d’immenses intérêts, j’ai peu d’espoir d’être exaucée. Le fussé-je d’ailleurs, ma timidité naturelle, ma souffrance physique et la crainte de vous importuner ne me permettraient probablement pas de vous exprimer librement ce qui m’a fait quitter ma retraite et mon lit de douleur. Je me précautionne donc d’une lettre, afin que, si la voix et le cœur me manquent, je puisse au moins vous supplier de lire mes adieux et mes prières.
Je ne suis pas madame de Staël. Je n’ai ni son génie ni l’orgueil qu’elle mit à lutter contre la double force du génie et de la puissance. Mon âme, plus brisée ou plus craintive, vient à vous sans ostentation et sans raideur, sans hostilité secrète ; car, s’il en était ainsi, je m’exilerais moi-même de votre présence et n’irais pas vous conjurer de m’entendre.
Je viens pourtant faire auprès de vous une démarche bien hardie de ma part (…)
Prince, ma famille est dispersée et jetée à tous les vents du ciel. Les amis de mon enfance et de ma vieillesse, ceux qui furent mes frères et mes enfants d’adoption sont dans les cachots ou dans l’exil : votre rigueur s’est appesantie sur tous ceux qui prennent, qui acceptent ou qui subissent le titre de républicains socialistes. (…) »
La référence à Germaine de Staël, femme auteur à l’époque préromantique est habile : cette auteure avait résisté à Napoléon Ier, lequel l’avait contraint à l’exil. Adoptant un autre rapport avec le pouvoir, George Sand se présente donc en conciliatrice entre les deux camps. Elle prône aussi le retour en France de ses amis avec la loi d’amnistie de 1859. Elle fait figure d’avocat de ses frères, lesquels notamment Louis Blanc ne lui pardonneront pas de se compromettre avec le pouvoir en place. C’est la fin de l’expérience politique et républicaine. Mais les soubresauts de l’Histoire se poursuivent.
La guerre de 1870
C’est une blessure énorme pour George Sand qui affectionnait l’idéal germanique. Elle prend la plume pour évoquer les conséquences de cette guerre dans le Berry. La conscription est de retour. Les enfants du pays partent pour se battre sans savoir pourquoi.
Le journal d’un voyageur pendant la guerre.
Ce sera le journal d’un voyageur pendant la guerre. C’est un texte pacifiste de toute beauté :
"Des milliers d’hommes viennent de joncher les champs de bataille de leurs cadavres mutilés. Chers êtres pleurés ! une grande âme s’élève avec la fumée de votre sang injustement, odieusement répandu pour la cause des princes de la terre. Dieu seul sait comment cette âme magnanime se répartira dans les veines de l’humanité ; mais nous savons au moins qu’une partie de la vie de ces morts passe en nous et y décuple l’amour du vrai, l’horreur de la guerre pour la guerre, le besoin d’aimer, le sentiment de la vie idéale, qui n’est autre que la vie normale telle que nous sommes appelés à la connaître. De cette étreinte furieuse de deux races sortira un jour la fraternité, qui est la loi future des races civilisées. Ta mort, ô grand cadavre des armées, ne sera donc pas perdue, et chacun de nous portera dans son sein un des cœurs qui ont cessé de battre. (…) "
George Sand, Journal d'un voyageur pendant la guerre
La Commune
Le 4 septembre 1870, la République est proclamée avec la chute de Sedan. Mais la guerre civile entre les Français prend le relais. On voit lutter les Parisiens s’opposant au traité de Paix avec l’Allemagne aux Versaillais, les tenants de l’abandon de l’Alsace et la Lorraine.
Pour George Sand, la situation politique lui échappe. Depuis 1848, elle réprouve les bains de sang. Pour elle, Paris est devenu fou. Dans sa correspondance avec Flaubert, elle exprime sa douleur :
Lettre à Flaubert
" (…) Ce n’est pas là ce qui me rend triste. Quand un arbre est mort, il faut en planter deux autres. Mon chagrin vient d’une pure faiblesse de cœur que je ne sais pas vaincre. Je ne peux pas m’endormir sur la souffrance et même sur l’ignominie des autres ; je plains ceux qui font le mal ; tout en reconnaissant qu’ils ne sont pas intéressants du tout, leur état moral me navre. On plaint un oisillon tombé du nid ; comment ne pas plaindre une masse de consciences tombées dans la boue ? On souffrait moins pendant le siège par les Prussiens. On aimait Paris malheureux malgré lui, on le plaint, d’autant plus aujourd’hui qu’on ne peut plus l’aimer. Ceux qui n’aiment jamais se payent de le haïr mortellement. Que répondre ? Il ne faut peut-être rien répondre ! Le mépris de la France est peut-être le châtiment nécessaire de l’insigne lâcheté avec laquelle les Parisiens ont subi l’émeute de ces aventuriers. C’est une suite des aventuriers de l’Empire : autres félons, même couardise.(…) "
George Sand, Correspondance, Lettre à Flaubert du 28 avril 1871
George Sand face à l’Empire, la guerre et la Commune : les désillusions de George Sand ne se limitent pas à l’échec de 1848. Elles s’étendent sur toute la fin de sa vie politique : l’Empire la contraint à la prudence, la guerre de 1870 blesse son idéal fraternel, et la Commune lui inspire une douleur mêlée d’incompréhension. Elle reste fidèle à la justice sociale, mais refuse désormais les violences qui prétendent la servir.
Après ces secousses politiques, l’article suivant ouvrira un autre versant de l’existence de George Sand : la musique et le théâtre qui occupent une place essentielle dans sa sensibilité, ses amitiés et sa relation avec Chopin.



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