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Thème de la terre

  • il y a 1 jour
  • 8 min de lecture

La vie aux champs, entre bonheur et malheur.


Il vous est proposé la lecture croisée de deux romans La Petite Fadette de George Sand et La Terre de Zola dans cette même France rurale du XIXe siècle, enfermée dans ses croyances et souvent ses superstitions. Nous verrons la vision de chacun des deux écrivains qui ont chacun un point de vue bien différents : bonheur bucolique ou terre ingrate. 


un champ avec une haie et une forêt au loin sou un ciel d'été
La Ferté-Loupière, Bourgogne

Thème de la terre


  1. Introduction


Il est proposé ici une lecture croisée de deux romans majeurs du XIXᵉ siècle, La Petite Fadette de George Sand et La Terre d’Émile Zola. Ces œuvres s’inscrivent dans le cadre d’une France rurale encore largement enfermée dans ses croyances, souvent traversée par les superstitions.


La paysannerie est soumise à un travail agricole exclusivement manuel, à une époque où la mécanisation est absente. Le labeur y est donc rude, exercé à la seule force des bras, et conditionne durablement l’existence humaine.


Dès lors, une problématique s’impose : la vie aux champs est-elle source de bonheur ou de malheur ?


Nous étudierons la vision contrastée de ces deux écrivains, dont les regards divergent profondément : d’un côté, une campagne idéalisée et bucolique ; de l’autre, une terre âpre, violente et impitoyable. Cette confrontation nous conduira enfin à une synthèse.


  • La Petite Fadette de George Sand est un roman publié en 1848. Il s’inscrit dans le courant romantique et dans sa résurgence particulière, qualifiée de "sandienne", terme forgé pour évoquer la sensibilité naturelle, humaniste et fraternelle de l’autrice.


  • La Terre d’Émile Zola, publié en 1887, appartient au cycle des Rougon-Macquart ; il en constitue le quinzième opus conçu par l’auteur sur la somme qui en contient vingt. Chef de file du naturalisme, Zola fonde son écriture sur l’observation scientifique et le déterminisme social.


George Sand et Émile Zola proposent ainsi deux visions opposées de la nature et de la vie paysanne au XIXᵉ siècle.


Il a souvent été affirmé que, bien que ces deux auteurs décrivent l’attachement profond de l’homme à son cadre de vie, leur compréhension du monde rural diverge radicalement : Sand peindrait un environnement enchanté, tandis que Zola dénoncerait la rudesse et la violence des mœurs paysannes.


Toutefois, ces œuvres méritent davantage qu’un tel commentaire réducteur et gagnent à être redécouvertes dans leur originalité propre. Toutes deux placent, en effet, la Nature au premier plan, en tant que lieu où se déploient les relations humaines.


Nous mettrons donc en évidence le rapport à la terre comme ciment entre les hommes. Le roman de George Sand peut être analysé comme une ode à la fraternité et à la liberté, tandis que La Terre donne à voir un lien charnel, exclusif et passionnel entre le paysan et son terroir.


Thème de la terre : nous débuterons par l’étude du premier roman, si vous le voulez bien.


2. Un conte champêtre sur la fraternité et la liberté


Avant d’analyser le personnage principal, l’importance du cadre champêtre et le rôle de la communauté humaine, il convient de rappeler le contexte de rédaction de l’œuvre.


2.1 Le contexte


Le contexte historique éclaire aujourd’hui une dimension parfois oubliée du roman.


L’engagement politique de George Sand et l’échec de la Révolution de 1848 la conduisent, de retour sur ses terres de Nohant, à composer ce conte dans la lignée d’un Rabelais qu’elle admirait profondément.


En ces temps troublés, elle choisit délibérément une écriture apaisée, éloignée de toute violence polémique.


Pour autant, La Petite Fadette se présente comme une véritable ode à la fraternité et à la liberté affranchie des préjugés. La lecture des préfaces de 1848 et de 1851 permet de dépasser l’image naïve souvent associée au roman champêtre.


Prêcher l’union quand on s’égorge, c’est crier dans le désert. Il est des temps, où les âmes sont si agitées qu’elles sont sourdes à toute exhortation directe. Depuis ces journées de juin dont les événements actuels sont l’inévitable conséquence, l’auteur du conte qu’on va lire s’est imposé la tâche d’être aimable, dût-il en mourir de chagrin. Il a laissé railler ses bergeries, comme il avait laissé railler tout le reste, sans s’inquiéter des arrêts de certaine critique. Il sait qu’il a fait plaisir à ceux qui aiment cette note-là, et que faire plaisir à ceux qui souffrent du même mal que lui, à savoir l’horreur de la haine et des vengeances, c’est leur faire tout le bien qu’ils peuvent accepter (...)”


Il est désormais temps de pénétrer au cœur de l’œuvre, autour de deux pôles essentiels : la sauvageonne ainsi que l’union entre l’homme et la nature.


2.2 La  Sauvageonne 


Françoise, dite la Petite Fadette, farfadet malicieux, vit en marge de la société berrichonne en raison de la réputation sulfureuse de sa mère et des talents de guérisseuse de sa grand-mère : cette dernière est perçue comme une sorcière.


Son apparence jugée disgracieuse et ses facéties contribuent à son exclusion du village, jusqu’à ce qu’un profond retournement de situation vienne bouleverser le regard porté sur elle.

Mais que cela voulût dire une petite fée, ou la femelle du lutin, chacun en la voyant s’imaginait voir le follet, tant elle était petite, maigre, ébouriffée et hardie. C’était un enfant très causeur et très moqueur, vif comme un papillon, curieux comme un rouge-gorge et noir comme un grelet.”


2.3 Le cadre champêtre


La nature occupe un rôle central dans l’œuvre, en ce qu’elle ne trahit jamais. Les scènes champêtres sont construites pour refléter une réalité volontairement idéalisée : un décor sublimé.


La campagne berrichonne apparaît harmonieuse, douce et fraîche. Les rigueurs du travail agricole ne sont qu’évoquées incidemment, notamment pour justifier l’envoi d’un fils en apprentissage.


Ce cadre bucolique convoque les souvenirs d’une enfance heureuse, invite à la rêverie et console des épreuves de l’existence. Le labeur de la terre et l’élevage ne sont pas présentés comme un fardeau, mais comme une activité porteuse de sens et d’équilibre.


Un tel cadre suscite le respect de l'homme :

"Enfin, il se trouva au droit du pré de la Joncière, et il y entra, parce qu'il se souvint qu'il y avait là un endroit que Sylvinet affectionnait. C'était une grande coupure que la rivière avait faite dans les terres en déracinant deux ou trois vergnes qui étaient restées en travers de l'eau, les racines en l'air. Le père Barbeau n'avait pas voulu les retirer. Il les avait sacrifiés parce que, de la manière qu'ils étaient tombés, ils retenaient encore les terres qui restaient prises en gros cossons dans leurs racines, (...)".

2.4 Les hommes


En contraste avec cette nature idéalisée, l’homme de la campagne semble souvent fruste et dur. Le cadre qui l’entoure n’éveille pas toujours sa sensibilité.


Le roman met en lumière la force destructrice des préjugés.


Les villageois portent un regard cruel sur la Petite Fadette, en raison de son apparence et de l’histoire de sa famille. Elle subit l’hostilité de ses pairs.


"Landry le suivit deux ou trois pas, mais il se retourna en entendant une grande clameur ; et il vit la petite Fadette que Madelon et les autres filles avaient livrée aux moqueries de leurs galants, et que les gamins, encouragés par les risées qu'on en faisait, venaient de décoiffer d'un coup de poing. Elle avait ses grands cheveux noirs sur son dos et se débattait toute en colère et en chagrin ; car cette fois, elle n'avait rien dit qui lui méritât d'être tant maltraitée, et elle pleurait de rage, sans pouvoir rattraper sa coiffe qu'un méchant galopin emportait au bout d'un bâton (...)".

2.5 L’union


À partir du chapitre 18, une harmonie nouvelle s’installe entre l’homme et son environnement. Le ton et le rythme du roman se transforment.


Les personnages gagnent en profondeur, tandis que la nature devient un critère moral pour juger les relations humaines.


"Tu ne trouves point l'endroit agréable, reprit-elle, parce que vous autres riches vous êtes difficiles. Il vous faut du beau gazon pour vous asseoir dehors, et vous pouvez choisir dans vos prés et dans vos jardins les plus belles places et le meilleur ombrage. Mais ceux qui n'ont rien à eux n'en demandent pas si long à Dieu, et ils s'accommodent de la première pierre venue pour poser leur tête. Les épines ne blessent point leurs pieds, et là où ils se trouvent, ils observent tout ce qui est joli et avenant au ciel et sur la terre. (...) Moi, je sais, sans être sorcière, à quoi sont bonnes les moindres herbes que tu écrases sous tes pieds ; et quand je sais leur usage, je les regarde et ne méprise ni leur odeur ni leur figure».


Ce roman, d’une fraîcheur intacte malgré les siècles, aborde des thématiques universelles qui dépassent largement le cadre de l’adolescence, bien qu’il soit souvent cantonné aux programmes du collège.


Nous verrons à présent combien la vision de Zola s’éloigne de celle de George Sand.


3. Une terre adorée, mais ingrate : La Terre de Zola

Dans ce roman naturaliste, le véritable personnage principal n’est autre que la Terre elle-même, incarnée par la Beauce et par la passion qu’elle suscite.


3.1 La Beauce


L’action se déroule dans la plaine beauceronne, au cœur du Bassin parisien. Elle met en scène plusieurs générations d’une même famille paysanne.


La question centrale est celle de la possession de terrains : transmission, héritage, conservation. Les personnages sont analysés avec finesse, sans manichéisme.


La Terre, au sens plein du terme, s’impose comme le véritable protagoniste du roman.


3.2 La Terre


La terre est adorée, notamment par le père Fouan, qui se dépouille de ses biens pour jouir d’un repos tardif. Cet attachement se révèle pourtant profondément ambivalent.


" Il avait aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. Ni épouse, ni enfants, ni personne, rien d'humain : la terre ! Et voilà qu'il avait vieilli, qu'il devait céder cette maîtresse à ses fils, comme son père la lui avait cédée à lui-même, enragé de son impuissance."

Zola, La Terre, 1ère partie, titre II.


Le choix de la Beauce n’est pas anodin : région fertile, grenier de la France, elle offre l’image la plus favorable de la condition paysanne.

"Cette Beauce plate, fertile, d'une culture aisée, mais demandant un effort continu, a fait le Beauceron froid et réfléchi, n'ayant d'autre passion que la terre". (1ère partie, titre III)

3.3 La passion


L’amour de la terre engendre des passions dévastatrices.


Tout devient légitime pour la posséder.


Les scènes de violence extrême illustrent la brutalité des rapports humains.


"Lise, à la volée, répondit par une gifle. Cette brutalité affola Françoise qui se rua sur elle. Les mains au fond des poches, Buteau ricanait, sans intervenir, en coq vaniteux pour lequel deux poules se battent. Et la bataille continua, enragée, scélérate, les bonnets arrachés, les chairs meurtries, chacune fouillant des doigts où elle pourrait atteindre la vie de l'autre."

Indifférente, la terre ne rend jamais à la mesure de ce qu’on lui donne.

"Combien pourtant elle était indifférente et ingrate, la terre ! On avait beau l'adorer, elle ne s'échauffait pas, ne produisait pas un grain de plus."

Le sol devient ainsi le support idéal de la thèse naturaliste : l’homme est le produit de son milieu et de son hérédité, tout comme la terre est soumise aux caprices du climat.


  1. Conclusion

George Sand et Émile Zola proposent deux visions radicalement opposées de la vie rurale. L’une célèbre l’harmonie, la fraternité et la liberté ; l’autre expose la violence, la convoitise et la fatalité.


Ces deux œuvres, antagonistes, offrent une réflexion profonde sur le rapport que l’on entretient avec la nature et interrogent durablement la condition humaine.


Il vous est proposé de retrouver un récapitulatif de l'étude effectuée.

 



  1. Synthèse


Étude croisée des oeuvres

 

La Petite Fadette

SAND

 

La Terre

ZOLA

Genre littéraire

Conte bucolique

 

Fresque réaliste sociale

 

(15e sur les 20 constituant la fresque des Rougon – Macquart)

 

Lieu du récit

Berry

 

Beauce

Date du récit

Début du XIXe siècle

 

Début du XIXe siècle

Personnages principaux

3

Fadette

Les jumeaux

 

+ de 20 personnages

 

(Tableau de la famille et du voisinage)

 

Sentiments évoqués

Jalousie,

peur,

exclusion,

mépris,

sagesse,

amour.

 

Possession,

avarice,

jalousie,

vengeance,

abandon,

solitude,

dénuement,

désespoir.

 

Aspects sociologique principaux

Vie rurale, apprentissage, herborisation, guérisseur,

élevage.

 

Agriculture,

élevage,

vie politique locale, alcoolisme,

succession.

 

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