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Saint-Malo : Chateaubriand au Grand Bé

  • il y a 3 heures
  • 4 min de lecture

Étape 3 du Tour de France littéraire — Saint-Malo : Chateaubriand face au large : découvrez le Grand Bé et le tombeau de Chateaubriand face à l’océan. Un lieu de mémoire littéraire entre mer, marées et légende romantique.


Croix de pierre sur un promontoire en bord de mer, entourée d’une rambarde, face à l’océan bleu sous un ciel nuageux.
Tombeau de Chateaubriand au Grand Bé, Saint-Malo

Saint-Malo : Chateaubriand au Grand Bé


À Saint-Malo, Chateaubriand retrouve le large, mais cette fois comme ultime horizon. Après Combourg, berceau des songes et de l’enfance, voici la ville natale, les remparts, les marées puissantes et le Grand Bé : un lieu où le paysage et la légende littéraire se confondent.


Le tombeau que l’écrivain a voulu face à la mer prolonge son œuvre tout entière : une méditation sur la gloire, la solitude, la mémoire et le dialogue infini avec les éléments.


Pourquoi Saint-Malo ?


Certes, à cause de la naissance de Chateaubriand dans cette ville, mais aussi parce qu’il a choisi lui-même d’y inscrire sa postérité. Le Grand Bé offre une sépulture à la fois dépouillée et théâtrale : une dalle, une croix, un rocher, l’océan pour horizon et le vent pour compagnie.


L’écrivain est déjà célèbre de son vivant : homme politique, voyageur, mémorialiste, auteur d’Atala et de René, des Mémoires d’outre-tombe, il ne cesse d’organiser sa propre renommée. À Saint-Malo, cette volonté prend une forme maritime : être inhumé non dans un cimetière ordinaire, mais sur un îlot battu par les vagues, tourné vers l’infini.


Cette obsession de la survivance n’a rien d’un détail : elle traverse toute son œuvre. Chateaubriand veut être reconnu, mais il choisit pour cela une sépulture sans nom gravé. Seule une plaque est fixée sur le rocher en arrière plan. Ce tombeau a été classé aux Monuments historiques en 1954. 


LE TOMBEAU DU GRAND BÉ


Dès l’âge de soixante ans, l’écrivain se préoccupe de sa sépulture. Ce choix précoce dit assez combien la mort, la mémoire et la mise en scène de soi appartiennent chez lui à la même obsession.

En 1828, il s’adresse à la mairie de Saint-Malo pour obtenir une concession sur la pointe de l’île du Grand Bé. La demande est d’abord refusée, puis accordée sous réserve d’autorisation du ministère de la Guerre. Le tombeau est prêt en 1838, dix ans avant sa disparition : Chateaubriand aura donc eu le temps d’habiter par anticipation sa dernière demeure.


Depuis, ce lieu est devenu incontournable, même si les réactions des visiteurs diffèrent au fil du temps.


Flaubert et l’hommage au Grand-Bé


Grand admirateur de Chateaubriand, le jeune Flaubert vient se recueillir au Grand Bé dans le cadre d’un mini tour de France de l’Ouest qu’il effectue en 1847 avec son ami Maxime Du Camp.


Dans son ouvrage, Par les champs et par les grèves, il livre une description saisissante de la sépulture. Elle conserve encore aujourd’hui une valeur certaine, car elle restitue à la fois le site, l’heure, la marée, la solitude de l’île et la force d’attraction du paysage. Le monument funéraire a depuis perdu ses grilles en 1944, mais le face-à-face avec la mer subsiste.


L'auteur déploie progressivement le décor, puis fait de la dernière demeure de l’écrivain une image de l’existence même de Chateaubriand, entre gloire et néant.


II dormira là-dessous, la tête tournée vers la mer ; dans ce sépulcre bâti sur un écueil, son immortalité sera comme fut sa vie, déserte des autres et tout entourée d’orages. Les vagues avec les siècles murmureront longtemps autour de ce grand souvenir ; (...) Nous avons tourné autour du tombeau, nous l’avons touché de nos mains, nous l’avons regardé comme s’il eût contenu son hôte, nous nous sommes assis par terre à ses côtés."

Mais d'autres visiteurs ne partagent pas le même enthousiasme.


Sartre et le contre-hommage


Plus tard, Sartre cherchera au contraire à s’opposer au "grand homme" qu’il connaît bien pour l’avoir beaucoup lu dans sa jeunesse.

Dans Les Mots, il règle ses comptes avec l’enfance bourgeoise et avec la tentation de la gloire dans le monde des lettres. Pourtant, même lorsqu’il prend Chateaubriand à rebours, il se situe encore par rapport à lui : c’est dire la puissance du modèle.


Simone de Beauvoir rapporte une visite au Grand-Bé dans La Force de l’âge. Le geste qu’elle décrit constitue une provocation indéniable qui n'est pas à la hauteur du philosophe.

"Le tombeau de Chateaubriand nous sembla si ridiculement pompeux dans sa fausse simplicité, que pour marquer son mépris, Sartre pissa dessus.

Beauvoir, La force de l'âge, NRF, 1960, page 114


On peut y voir une manière volontairement sacrilège de rompre avec le culte romantique du génie.


Mais cette irrévérence confirme paradoxalement le pouvoir d’attraction du lieu : pour le contester, encore faut-il s’y rendre.


Le Grand-Bé aujourd’hui


Saint-Malo : Chateaubriand au Grand Bé : aujourd’hui encore, ce lieu demeure très fréquenté par les Malouins et les visiteurs de passage. Ces derniers sont curieux d’approcher cette figure souvent croisée trop rapidement à l’école avant de s’attaquer à nouveau à certaines de ses œuvres monumentales.


Informations pratiques — accès au Grand-Bé. Le tombeau de Chateaubriand est ouvert gratuitement à tous sur l’îlot du Grand Bé, au départ de la plage de Bon-Secours, mais uniquement à marée basse.

L’office de tourisme indique une fenêtre d’environ trois heures : 1 h 30 avant et 1 h 30 après l’heure de basse mer. Il convient donc de vérifier les horaires de marée du jour avant de s’engager, de porter des chaussures adaptées et de ne jamais traverser lorsque le passage commence à être recouvert. Les secours interviennent encore souvent auprès de promeneurs surpris par la montée des eaux...


Après les remparts de Saint-Malo, en route pour gagner l’Anjou : avec Joachim Du Bellay, l’étape 4 fera entendre une autre émotion du voyage, plus douce et plus intime, celle du retour au pays natal.


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