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 La rançon du succès : George Sand et l’argent

  • il y a 2 heures
  • 4 min de lecture

Le succès d’Indiana ouvre à George Sand une carrière littéraire éclatante, mais il l’installe aussi dans une contrainte durable : vivre de sa plume. Entre les charges de Nohant, les besoins de ses enfants et les sollicitations de ses proches, l’argent devient l’un des moteurs de son œuvre comme de son rythme de travail.

 

Gros plan de pièces de monnaie empilées et dispersées, en or et argent, avec faible profondeur de champ.

 

George Sand et l’argent

 

Dans l’article précédent, nous avons vu comment Indiana consacre George Sand et l’impose aussitôt dans le paysage littéraire. Mais ce succès a son envers : désormais reconnue, l’auteure doit produire sans relâche pour assurer son indépendance, faire vivre les siens et répondre aux exigences de ses éditeurs. Découvrons aujourd’hui cette rançon de la gloire : le rapport de George Sand à l’argent.

 

Les éditeurs


Avec Indiana, George Sand voit les éditeurs de revue s’intéresser à elle. Une concurrence a lieu entre la Revue de Paris et la prestigieuse Revue des deux mondes. C’est cette dernière qui remporte le contrat avec l’auteure qui se croit heureuse.


Elle est loin d’imaginer qu’elle se trouve -pendant 44 années- aliénée à sa table de travail pour produire toujours plus de textes dans un temps limité. Elle vend en avance les droits de ses romans, elle écrit des nouvelles, plus faciles à placer. Elle se lance par la suite dans la rédaction de pièces de théâtre.


Puis de fil en aiguille, elle tire parti de la matière de sa vie pour écrire, écrire et encore écrire. C’est ainsi que les textes autobiographiques sont publiés que ce soit sous forme de ses fameuses lettres d’un voyageurs, que de récit un hiver à Majorque ou son roman, Elle et lui, s’agissant de sa relation avec Musset. Mais nous y reviendrons. Quelle est donc cette impérieuse nécessité qui la conduit à livrer autant d’ouvrages ?

 

L’argent


C’est en effet l’argent qui est le nerf de la guerre dans l’existence de George Sand. Il faut souligner que cette dernière assume seule depuis la séparation judiciaire avec Casimir la charge financière de sa personne, mais aussi celle de Nohant, de ses deux enfants qu’elle soutiendra toute sa vie et de ses nombreux amis. En un mot, George Sand a le cœur sur la main et répond toujours aux sollicitations.


Cette situation conduit à la voir écrasée par son travail d’écrivain. Elle se dispute notamment avec Buloz son éditeur pour des questions d’argent. C’est une pression immense qui pèse sur ses épaules ainsi qu’on le comprend dans sa correspondance.


Lettre à Buloz

 

Dans la lettre que vous pourrez lire,  George Sand a 54 ans et négocie avec son éditeur encore et encore…


"Nohant, 25 janvier 1858.

 

Cher ami, 

Je reçois des épreuves du libraire qui imprime Bois-Doré ; ce doit être la partie qui n’a pas été composée par la Presse et corrigée par moi. Comme ce libraire m’envoie deux exemplaires de ladite épreuve, je les ai corrigées toutes deux et je vous en envoie une, afin que vous n’ayez plus à vous en tourmenter.  Pourtant, si fait, il faut que vous voyiez si la fin de ce que j’ai corrigé pour la Presse il y a deux mois, et le commencement de ce que je vous envoie aujourd’hui s’accordent bien.

Je m’étonne de n’avoir pas de vos nouvelles. Où en sommes-nous de nos derniers accords sur le Château des Étoiles ? Je sais bien que tout ce qui dépend de vous à mon égard sera accordé. Mais êtes-vous toujours le maître ?

J’avance beaucoup dans mon travail et je crains de vous arriver trop vite dans ma demande d’argent. Pourtant comment faire ? Il est bien entendu que, si cela ne se peut pas, vous me le direz bientôt et vous n’en annoncerez pas moins un roman de moi, que je vous ferai plus tard, quand vous en aurez besoin.

Bonsoir et bonne santé. Maurice m’a dit que vous faisiez une pantomime. Diable ! monsieur, vous allez sur mes brisées ! j’en ai fait beaucoup autrefois. Mais j’ai été dépassée par d’autres auteurs sur le théâtre de Nohant. Je retiens la vôtre : nous vous la jouerons quand vous viendrez ici.

À vous de cœur. "

 

Si elle n’écrit pas, elle ne peut plus subvenir à ses besoins et à ceux de ses proches. Nécessité fait donc loi. C’est ce qui explique son impressionnante bibliographie comprenant le plus souvent quatre œuvres par an.


À sa mort, on ne sera pas étonné de voir que la publication de ses œuvres continue que ce soit une partie de sa correspondance, ses manuscrits inédits. Le nom de George Sand fait indubitablement vendre…

 

George Sand et l’argent : ce sujet n’est pas un détail matériel dans la vie de l'écrivaine : il éclaire au contraire son endurance, sa discipline et la dimension profondément professionnelle de son œuvre. Derrière la figure libre et célèbre se tient une travailleuse infatigable, contrainte d’écrire toujours davantage pour préserver son indépendance et soutenir ceux qui dépendent d’elle.

 

Repère à suivre : dans ce Paris où l’écriture devient métier, entrons maintenant dans un lieu devenu mythique : la mansarde bleue

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