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Le féminisme de George Sand, avant le droit de vote

22 août
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 août

George Sand défend la cause des femmes par sa vie autant que par ses livres. Libre dans ses choix, indépendante par le travail, attentive à l’instruction des filles, elle ne se confond pourtant pas avec les militantes de son temps : son combat porte d’abord sur les droits civils et l’émancipation concrète.


Buste sculpté blanc d’une femme aux yeux fermés, couronne de feuilles, sur fond gris clair, ambiance calme.

Le féminisme de George Sand, avant le droit de vote


Dans l’article précédent, nous avons retrouvé Nohant comme lieu de travail, d’hospitalité et de création. Il faut maintenant aborder une autre forme d’indépendance chez George Sand : celle d’une femme qui refuse les rôles imposés, vit de sa plume et interroge, dans ses romans comme dans sa vie, la condition féminine au XIXe siècle.

 

Féministe


George Sand a œuvré pour la cause des femmes de différentes manières. Son désir de vivre libre au gré de ses passions constitue en premier lieu un exemple remarquable ; elle a fait montre d’un anticonformisme particulièrement courageux compte tenu des préjugés de l’époque.


En outre, sa volonté de travailler comme un homme pour s’assurer sa propre indépendance financière est clairement un fait à noter. Elle le dit expressément à sa fille avec des mots évocateurs d’une pensée terriblement moderne :

"Je n’ai vraiment commencé à pouvoir vivre que le jour où j’ai travaillé pour vivre. " 

George Sand, Correspondance Tome X, à Solange Clésinger, 14 novembre 1851. 

 

En troisième lieu, son engagement se lit également au travers de ses premiers romans portant clairement des prénoms évocateurs (Indiana, Lélia, Valentine, etc…) : elle y aborde, comme rarement dans la littérature, les aspirations des femmes au bonheur. En ce sens, la littérature romantique vise à mettre au jour des aspirations personnelles.  Et pourtant, elle n’écrit pas spécifiquement pour elles.

 

C’est aussi une personne qui se démarque des féministes de son époque. George Sand n’a jamais entendu être une quelconque icône dans leur combat d’avant-garde. Lorsque Eugénie Niboyetannonce le 6 avril 1848 la candidature de l’auteure aux élections, George Sand multiplie les déclarations de mise à distance vis-à-vis de cette "plaisanterie". Elle le fait savoir dans la presse. Son parcours est donc à la fois singulier et solitaire.

 

Droits civils


On sait que George Sand a subi l’injustice du sort réservé à la femme mariée. Le mariage constitue à ses yeux une institution choquante, car il ne fait naître aucun sentiment partagé. Les épouses subissent le joug de leur conjoint.


George Sand fait donc l’apologie des lois de l’amour qui brisent les conventions sociales sur l’autel du bonheur. Le bonheur devient pour elle la seule valeur morale. En phase avec son temps, les romans de George Sand trouvent immédiatement un écho dans la société.


Il reste à comprendre la position de George Sand sur le droit de vote. On verra qu’elle n’associe pas les droits civils avec les droits civiques. Pourquoi ?

 

Droits civiques


Dans le 12eBulletin du gouvernement provisoire de la République d’avril 1848, George Sand écrit tout le mal qu’elle pense de la revendication du droit de vote pour les femmes :

C’est maintenant ou jamais que les femmes instruites, qui prétendent au titre de bons citoyens, doivent oublier leur personnalité ; et si elles veulent prouver leur mérite, c’est en faisant abnégation d’elles-mêmes pour ne s’occuper que des pauvres femmes et des pauvres filles du peuple. " 

 

Michèle Perrot* indique que cette position rétrograde lui a aliéné les féministes de son temps. Comment l’expliquer ?


Elle justifie cette non-revendication par le fait que George Sand misait en premier lieu sur l’instruction des filles avant toute chose.


On sait combien le sort de ces dernières était négligé dans la société du XIXe siècle. L’éducation est le facteur clé de l’émancipation des femmes et donc de leur libre vote sans la contrainte du mari et de l’Église. 

 

Cette déclaration montre que c’est aussi un combat solidaire de femmes, les plus instruites devant prendre en charge leurs sœurs moins chanceuses. C’est bien ce que George Sand a travaillé à faire à Nohant avec ses domestiques illettrées, en leur apprenant à lire et à compter. 

 

Le féminisme de George Sand, avant le droit de vote échappe aux catégories trop simples. Elle ne réclame pas d’emblée les droits politiques que d’autres militantes revendiquent déjà, mais elle fait de l’indépendance matérielle, de l’éducation et de la liberté affective les conditions premières de l’émancipation. Sa vie, ses romans et ses prises de position composent donc un féminisme pratique, parfois paradoxal, mais profondément lié à l’expérience concrète des femmes de son siècle.

 


Michèle Perrot, George Sand à Nohant, Seuil


Après cette liberté pensée d’abord pour les femmes, abordons maintenant l’autre grand versant de son engagement : l’engagement social de George Sand.

 

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