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La littérature : brièveté ou longueur ?

  • 27 avr.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 avr.

La littérature oscille entre brièveté et longueur : de Sapho à Ernest Hemingway, découvrez comment quelques mots peuvent suffire à créer une forte émotion.


Machine à écrire noire avec une feuille de papier vierge, éclairée par un faisceau de lumière. Ambiance vintage et classique.


La littérature : brièveté ou longueur ?


La littérature n’a pas attendu Twitter-X et son règne des 147 caractères pour ériger la concision en un art. 


Certains textes prouvent qu’une forme brève peut concentrer une forte charge d’émotions. 


La littérature : brièveté ou longueur ? Cet article propose quatre illustrations précises : Sapho, Apollinaire, Fénéon et Hemingway.


1.Fragment de Sapho

On cite souvent, à ce propos, un poème de Sappho connu pour être réduit à trois mots :  "je t’aime" .


Si cette formule circule largement, elle ne correspond pas à un écrit reconnu de la poétesse de l’antiquité : l’œuvre de Sappho nous est parvenue notamment sous forme de fragments, transmis de manière lacunaire. Ce poème constituerait un fragment d’un fragment.


Il convient de lire chez Sappho une écriture de l’éclat : quelques termes suffisent à faire surgir une situation, une adresse, une tension.

" La lumière… qui ne détruit point la vue… pareille à une fleur d’hyacinthe… "

2.L'art du vers chez Apollinaire

Autre temps et même pratique de la concision sur le plan poétique : nous voici avec un auteur du début du XXe siècle : Apollinaire.


Son poème Chantre est réduit à un seul vers dans Alcools (1913). 



Chantre

"Et l’unique cordeau des trompettes marines."

Apollinaire, Alcools, Le chantre


La littérature devient musique lorsqu’on compare le poète à un chantre, qui est le chef de chœur dans une célébration liturgique ; les trompettes marines appartiennent à la catégorie des instruments à corde, et non à vent. 


Sa concision ne relève pas du trait, mais d’une présence d’images liquides (cor- d’eau, marine) s’opposant à des allitérations terrestres en t, c, r, n.


Le vers s’offre comme une invitation à voir une antithèse entre " unique " et "cordeau ", une petite corde qui est constituée par définition de plusieurs fils.


L’art poétique est donc fait de multiples bois…


La brièveté peut aussi dépendre d’une autre esthétique.


3.Fénéon et le fait divers

En 1906, Félix Fénéon rédige pour Le Matin une série de courts textes intitulés Nouvelles en trois lignes. À partir de dépêches de faits divers, il impose son talent : usage de mots elliptiques avant la chute finale.


L’effet saisissant tient à un équilibre délicat entre neutralité apparente et ironie froide 

" En descendant du train à Carqueiranne (Var),

Mlle Peyron, 50 ans, eut les jambes broyées

et mourut peu après. "


Pour prolonger cette réflexion sur la forme brève, retrouvez également sur le site un exemple de fait divers repris et analysé sous forme de commentaire composé.


La brièveté peut aussi dépendre d’une microfiction.


4.La microfiction chez Hemingway

On évoque enfin, pour la microfiction, le célèbre texte en six mots : 

 "For sale: baby shoes, never worn. "

Traduction : "À vendre : chaussures de bébé, jamais portées. "


Cette composition est fréquemment attribuée à Ernest Hemingway, mais cette attribution est contestée.


L’intérêt littéraire de la formulation demeure toutefois : l’histoire est entière dans l’ellipse, et le lecteur reconstruit, à partir des éléments, de la ponctuation un drame possible.


Dans ce type de récit, la brièveté constitue un exercice de style : elle déplace le sens vers ce qui n’est pas dit (les circonstances, la cause, les conséquences) et transforme la lecture en un acte d’inférence.


L’émotion naît alors moins d’une explication que de la tension entre l’énoncé neutre et ce qu’il suggère.


Les formes concises retiennent l’attention : chaque mot compte, chaque coupure suppose une interprétation. Elles sollicitent une attitude active, fondée sur la mise en relation d’indices (un nom propre, un lieu, un détail concret) et sur la restitution du contexte occulté.


Conclusion

La brièveté, lorsqu’elle est maîtrisée, permet de considérer la valeur de la littérature non à l’étendue du contenu, mais à la précision de son style. 


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