La canicule en vers : un été de feu
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À travers William Chapman et Les Fleurs de givre (1912), la poésie donne voix à la canicule : un été de feu où la nature suffoque, avant que l’orage ne vienne rompre l’étouffement.

La canicule en vers
La canicule nous prend sous ses griffes acérées : les gestes du corps et même la pensée en nous se hâtent lentement : nous sommes condamnés collectivement à vivre à un rythme moins rapide.
Mais cette sensation d’accablement n’est pas nouvelle. Avant nous, d’autres étés ont échauffé les villes et les campagnes. Et des auteurs ont tenté de mettre en mots cette suffocation qui pousse les vivants à chercher l’ombre.
William Chapman
C’est ce que William Chapman, poète canadien de langue française, donne à comprendre dans Les Fleurs de givre (1912). Il y peint à l'aide de quatrains un mois de juillet canadien écrasé sous une étuve : le soleil y "brûle", la canicule " étreint", les sources se dessèchent, les créatures plient sous ce fardeau.
Relire ces vers aujourd’hui, c’est mesurer à la fois une continuité et une rupture.
La première réside dans l’expérience sensible et commune de la chaleur : ce malaise physique, cette soif, cette attente presque religieuse de l’orage.
La seconde concerne notre époque : les épisodes extrêmes ne constituent plus seulement des parenthèses météorologiques, mais les signes répétés d’un climat qui se réchauffe. Du Canada à l’Europe, la canicule devient désormais un langage partagé : celui qui évoque des lieux de vie étouffants, des nuits sans fraîcheur et des alertes qui se multiplient.
Quatrains
Le soleil brûle au fond de l’immense ciel bleu.
Pas un lambeau de vent ne traîne sur les ondes.
La canicule étreint dans un cercle de feu
Jusqu’aux sapins touffus des savanes profondes.
Les ruisseaux ont cessé leurs chants dans les vallons ;
Les coteaux sont jaunis, les sources desséchées ;
Le grillon, accablé, se tait sur les sillons ;
Le papillon se meurt sur les roses penchées.
Tout souffre et tout gémit dans ce nouvel enfer ;
Et, pâles et poudreux, en quête d’un asile,
Les citadins hier ont déserté la ville
Pour humer l’air léger des monts ou de la mer.
Mais l’effluve est aussi lourd dans le bas du fleuve,
Et le brun riverain, la faux sifflante aux poings
En ouvrant sa tranchée à travers les grands foins,
Péniblement halète, imprudemment s’abreuve.
Le soleil parfois semble une flaque de sang,
Et soudain un nuage à la frange écarlate
Monte de l’horizon. L’orage menaçant
Accourt. Déjà l’éclair brille, la foudre éclate.
Bientôt le ciel voilé laisse couler ses pleurs :
Sous cette aspersion sonore, fraîche et dense,
Les arbres, les épis, les ajoncs et les fleurs
Ont l’air de s’incliner devant la Providence.
Mais l’azur resourit au terroir tout trempé,
Et, le soir, sur le pas de nos portes ouvertes,
Nous nous grisons de l’âcre odeur des feuilles vertes,
De l’orge blondissante et du foin frais coupé.
Conclusion
Notons que chez Chapman, la pluie finit par tomber et rendre au monde son souffle. C’est peut-être ce qui donne à ce texte sa pertinence : il rappelle que la poésie sait parler de l’épreuve de l’homme et en l’occurrence du chaud, mais aussi de la puissance des éléments.
Relire ces vers, c’est prendre au sérieux une poésie qui ne vit pas dans des contrées éthérées, mais qui sait rendre compte d’une situation concrète avec la puissance propre des sonorités et des rythmes.
À l’heure du réchauffement climatique, ces images d’un été canadien font tellement écho à notre été européen : comme une expérience partagée, ancienne dans ses sensations, nouvelle hélas dans son intensité et sa fréquence.



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