Ardennes : Rimbaud et l’envie de fuir
- 26 juil.
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Dernière mise à jour : 29 juil.
À Charleville, découvrez Rimbaud, ses fugues, les Cahiers de Douai et son désir de liberté. 23e étape/27 de notre Tour de France littéraire.

Retrouvez le dossier consacré à Rimbaud :
Ardennes : Rimbaud et l’envie de fuir
Dans les Ardennes, Rimbaud apporte au voyage l’impatience de la jeunesse. Charleville est à la fois le lieu de l’enfance, de l’école, de la contrainte familiale et du désir de départ.
En 1870, le jeune poète a déjà connu deux fugues : la première vers Paris, qui se termine par son arrestation ; la seconde vers la Belgique et Douai, où il confie ses premiers poèmes à Paul Demeny. La lettre de 1871 se situe après ces deux départs manqués : Paris l’attire toujours comme une promesse de liberté, de vie littéraire et d’expérience directe du monde.
Cette envie de fuir n’est pas seulement un mouvement d’humeur. Elle accompagne la naissance d’une œuvre précoce et déjà singulière. C’est dans ce contexte que prennent place les poèmes copiés pour Paul Demeny, connus sous le nom de Cahiers de Douai, que Rimbaud demandera pourtant à Demeny de brûler en juin 1871. Ces textes de jeunesse laissent déjà entendre une voix libre, ironique, sensuelle et révoltée.
La lettre à Paul Demeny
La lettre à Paul Demeny éclaire donc moins un simple projet de départ qu’une tension essentielle : Rimbaud veut quitter Charleville pour gagner Paris, mais il cherche surtout le temps, l’espace et les conditions matérielles nécessaires à l’écriture. La fuite devient alors une manière de défendre la poésie contre l’étouffement provincial et familial.
“J'ai quitté depuis plus d'un an la vie ordinaire pour ce que vous savez. Enfermé sans cesse dans cette inqualifiable contrée ardennaise, ne fréquentant pas un homme, recueilli dans un travail infâme, inepte, obstiné, mystérieux, ne répondant que par le silence aux questions, aux apostrophes grossières et méchantes, me montrant digne dans ma position extra-légale, j'ai fini par provoquer d'atroces résolutions d'une mère aussi inflexible que soixante-treize administrations à casquettes de plomb. Elle a voulu m'imposer le travail, perpétuel, à Charleville (Ardennes)! Une place pour tel jour, disait-elle, ou la porte. Je refusai cette vie; sans donner mes raisons: c'eût été pitoyable. Jusqu'aujourd'hui, j'ai pu tourner ces échéances. Elle, en est venue à ceci: souhaiter sans cesse mon départ inconsidéré, ma fuite ! Indigent, inexpérimenté, je finirais par entrer aux établissements de correction. Et, dès ce moment, silence sur moi! Voilà le mouchoir de dégoût qu'on m'a enfoncé dans la bouche. C'est bien simple. Je ne demande rien, je demande un renseignement. Je veux travailler libre: mais à Paris que j'aime. Tenez: je suis un piéton, rien de plus; j'arrive dans la ville immense sans aucune ressource matérielle: mais vous m'avez dit: Celui qui désire être ouvrier à quinze sous par jour s'adresse là, fait cela, vit comme cela. Je m'adresse là, je fais cela, je vis comme cela. Je vous ai prié d'indiquer des occupations peu absorbantes, parce que la pensée réclame de larges tranches de temps. Absolvant le poëte, ces balançoires matérielles se font aimer. Je suis à Paris: il me faut une économie positive! Vous ne trouvez pas cela sincère? Moi, ça me semble si étrange, qu'il me faille vous protester de mon sérieux! J'avais eu l'idée ci-dessus: la seule qui me parût raisonnable: je vous la rends sous d'autres termes. J'ai bonne volonté, je fais ce que je puis, je parle aussi compréhensiblement qu'un malheureux! Pourquoi tancer l'enfant qui, non doué de principes zoologiques, désirerait un oiseau à cinq ailes? On le ferait croire aux oiseaux à six queues, ou à trois becs! On lui prêterait un Buffon des familles: ça le déleurrerait. Donc, ignorant de quoi vous pourriez m'écrire, je coupe les explications et continue à me fier à vos expériences, à votre obligeance que j'ai bien bénie, en recevant votre lettre, et je vous engage un peu à partir de mes idées, s'il vous plaît. Recevriez-vous sans trop d'ennui des échantillons de mon travail?
Arthur Rimbaud, lettre à Paul Demeny, 28 août 1871.
Vocation poétique
Les Cahiers de Douai gardent ainsi la trace de ce moment instable : Rimbaud n’est pas encore le poète voyant des grandes lettres de 1871, mais il n’est déjà plus un élève docile.
Entre Charleville, les départs manqués, les fugues et les poèmes confiés à Demeny, l’adolescent transforme l’étouffement en énergie poétique. Les Ardennes deviennent alors moins un décor qu’un point de départ : le lieu d’où l’on s’arrache pour écrire.
Charleville-Mézières, musée Arthur Rimbaud.
La halte littéraire se concentre autour du quai Arthur-Rimbaud : le musée Arthur Rimbaud, installé dans l’ancien moulin, retrace la vie et l’œuvre du poète, tandis que la Maison des Ailleurs évoque ses départs et ses voyages.
Le musée est ouvert du mardi au dimanche, avec des horaires élargis en haute saison. Tarifs 2026 : 8 € en plein tarif, 5 € en tarif réduit ; billet trois musées : 12 € en plein tarif, 8 € en tarif réduit. Gratuité notamment pour les moins de 26 ans et le premier dimanche du mois. La visite peut se prolonger vers la place Ducale et le centre ancien de Charleville.
Ardennes : Rimbaud et l’envie de fuir : Charleville-Mézières n’est pas seulement le point d’origine d’un poète : c’est le lieu contre lequel Rimbaud s’élance, mais aussi celui où l’on mesure aujourd’hui la force de son départ. Entre les fugues de 1870, les Cahiers de Douai et la lettre à Demeny, l’étape ardennaise montre une poésie née de l’étouffement, du refus et du désir d’ailleurs.
Après cette impatience adolescente, la route gagne le Nord-Pas-de-Calais : avec Bernanos, le voyage change de gravité, quittant la fuite rimbaldienne pour une terre plus rude, plus spirituelle, où la conscience affronte la foi, la misère et les combats intérieurs.



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