Vautrin dans "la Comédie humaine" de Balzac
- 27 juil.
- 12 min de lecture
Vautrin occupe une place singulière dans "la Comédie humaine" : personnalité trouble, sans scrupules, à l’identité multiple et à l’homosexualité à peine voilée, il demeure un personnage apparemment secondaire au destin exceptionnel. Article complet et vidéo explicative.

Hors-série consacré à la Comédie humaine de Blazac :
Vautrin dans "la Comédie humaine" de Balzac
Dans l’article précédent, nous avons évoqué la récurrence de certains personnages dans l’œuvre de Balzac au regard de la problématique au cœur de ce hors-série : en quoi la Comédie humaine, fondée sur un système conçu et exécuté par Balzac, constitue-t-elle une œuvre annonciatrice du mouvement réaliste ?
Aujourd’hui, nous verrons plus spécifiquement le cas Vautrin.
Pour comprendre les origines de Vautrin, il faut remonter à un personnage bien réel : Vidocq.
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Vidocq et Vautrin
Qui est donc Vidocq ? C’est un homme du Nord, poursuivi pour ses larcins, ses travestissements et ses faux. Cette dernière incrimination lui vaut d’être envoyé au bagne, dont il s’échappe. C’est ainsi que Vidocq acquiert une solide réputation de dur à cuire dans le milieu.
Il est également connu pour avoir proposé ses services à la police, dont il occupera le poste de chef de la Brigade de sûreté sous la Restauration.
Toutefois, ce personnage n’atteint sa pleine notoriété qu’en 1828. À cette date, il entre en littérature avec ses Mémoires : l’homme devient un mythe.
Dix ans plus tard, Balzac cherche encore à le rencontrer. À cette date, le romancier est en pleine élaboration du Père Goriot, résolument de facture réaliste.
C’est dans ces conditions que naît Vautrin, le forçat évadé, qui deviendra ensuite le faux prêtre Herrera dans Les Illusions perdues et dans Splendeurs et misères des courtisanes. Notons que l’auteur s’est attaché davantage au parcours spectaculaire de Vidocq qu’à sa personnalité.
Sur ce point, Balzac conçoit un héros tout en force, mais aussi tout en ambiguïté. On pense à Félicien Marceau, qui a mis en évidence l’homosexualité de Vautrin, présenté laconiquement par son concepteur comme celui qui "n’aime pas les femmes". On apprécie la périphrase.
On assiste alors à l’émergence d’un fait d’intertextualité : Vidocq devient une figure mythique que Balzac réécrit à travers Vautrin. Mais il ne sera pas le seul. Plus tard, ce modèle sera repris par Hugo : dès lors, Vautrin devient le quasi-frère en littérature de Jean Valjean dans Les Misérables (1862). L’un incarne le mal, tandis que le second représente un homme en pleine rédemption.
Nous analyserons la nature de ce personnage et son importance dans la littérature de système mise en place par Balzac, en prélude au mouvement réaliste du XIXe siècle.
Vautrin, un homme à l’identité multiple
Nous verrons la valse de ses identités, son apparence physique altérée, la disparition de la marque de son infamie, son origine sociale ainsi que son homosexualité à peine voilée.
1.1 ses différentes identités
C’est le seul personnage de la somme romanesque qui apparaît sous différentes identités :
Jacques Collin, alias Trompe-la-Mort
Vautrin (Le père Goriot, Splendeurs et misères des courtisanes) avant d’incarner
l’abbé Herrera, prêtre jésuite espagnol (Illusions perdues, Splendeurs et misères des courtisanes).
Ce changement de noms est consécutif à sa double évasion du bagne. Son retour à Paris implique de faire oublier la précédente identité pour lui permettre de reprendre ses activités délictueuses.
1.2 ses différentes apparences physiques
La description physique de Vautrin est menée de manière réaliste, à l’aide de nombreux détails portant sur son allure générale et sur les transformations qu’il s’est imposées.
1.2.1 Stature
Ce qui saute de prime abord, c’est sa carrure incroyable qui est distinguée à trois reprises. Dans le premier extrait, il est Vautrin, pensionnaire privilégié de la maison Vauquer :
" (…) l’homme de quarante ans, à favoris peints, servait de transition. Il était de ces gens dont le peuple dit : « Voilà un fameux gaillard ! » Il avait les épaules larges, le buste bien développé, les muscles apparents, des mains épaisses, carrées et fortement marquées aux phalanges par des bouquets de poils touffus et d’un roux ardent. Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes. Sa voix de basse taille, en harmonie avec sa grosse gaieté, ne déplaisait point. Il était obligeant et rieur. "
Balzac, Père Goriot
1.2.2 Changement de physionomie
Il s’avère que Vautrin est devenu l’abbé Herrera à la fin des Illusions perdues. Échappé une nouvelle fois du bagne, il rencontre le vrai abbé Herrera qu’il tue avant d’endosser son identité.
La description insiste alors sur le caractère imposant de l’homme, sans révéler encore le détail de sa transformation :
"L’abbé Carlos Herrera n’offrait rien en lui-même qui révélât le Jésuite. Gros et court, de larges mains, un large buste, une force herculéenne, un regard terrible, mais adouci par une mansuétude de commande ; un teint de bronze qui ne laissait rien passer du dedans au dehors, inspiraient beaucoup plus la répulsion que l’attachement. De longs et beaux cheveux poudrés à la façon de ceux du prince de Talleyrand donnaient à ce singulier diplomate l’air d’un évêque, et le ruban bleu liséré de blanc auquel pendait une croix d’or indiquait d’ailleurs un dignitaire ecclésiastique. Ses bas de soie noire moulaient des jambes d’athlète. Son vêtement d’une exquise propreté révélait ce soin minutieux de la personne que les simples prêtres ne prennent pas toujours d’eux, surtout en Espagne. Un tricorne était posé sur le devant de la voiture armoriée aux armes d’Espagne. Malgré tant de causes de répulsion, des manières à la fois violentes et patelines atténuaient l’effet de la physionomie ; "
Balzac, Les Illusions perdues, 3e partie
Il faut attendre Splendeurs et misères des courtisanes pour mesurer l’importance des transformations effectuées par Vautrin. Son visage a subi une altération visible à l’aide du vitriol.
1.3 La disparition de la marque de son infamie
Mais c’est surtout la marque de bagnard inscrite sur sa peau — T. F., pour "travaux forcés " — qui a disparu. Voyez l’examen médical auquel se soumet le prévenu :
" Sur un signe du juge, le prévenu fut déshabillé, on lui laissa son pantalon, mais on le dépouilla de tout, même de sa chemise ; et alors, on put admirer un torse velu d’une puissance cyclopéenne. C’était l’Hercule Farnèse de Naples sans sa colossale exagération.
— À quoi la nature destine-t-elle des hommes ainsi bâtis ?… dit le médecin à Camusot.
L’huissier revint avec cette espèce de batte en ébène qui, depuis un temps immémorial, est l’insigne de leur fonction et qu’on appelle une verge ; il en frappa plusieurs coups à l’endroit où le bourreau avait appliqué les fatales lettres. Dix-sept trous reparurent alors, tous capricieusement distribués ; mais, malgré le soin avec lequel on examina le dos, on ne vit aucune forme de lettres. Seulement l’huissier fit observer que la barre du T se trouvait indiquée par deux trous dont l’intervalle avait la longueur de cette barre entre les deux virgules qui la terminent à chaque bout, et qu’un autre trou marquait le point final du corps de la lettre.
— C’est néanmoins bien vague, dit Camusot en voyant le doute peint sur la figure du médecin. (...)"
1.4 Origine sociale
On ne connaît pas l'exacte origine sociale de Jacques Collin. On sait seulement qu’il a été éduqué chez les oratoriens et condamné au bagne pour faux.
Il parle à la fois le langage des bagnards et celui policé d’un prêtre.
Son intelligence lui a permis de percer dans le milieu parisien interlope tout comme celui de la police.
Il sait tout, voit tout, et gère les crises avec sang-froid et finesse d’analyse.
1.5 Homosexualité
Balzac aborde ce sujet rarement évoqué dans la littérature au XIXe siècle. Vautrin est attiré par la beauté des jeunes hommes, ce qui le conduira au bagne la première fois.
C’est cette attirance qui le mène à entreprendre vainement Rastignac comme nous le verrons dans un autre article.
En revanche, les sentiments éprouvés pour Lucien de Rubempré qui sont nés au premier regard :
"En entendant Lucien qui sauta de la vigne sur la route, l’inconnu se retourna, parut comme saisi de la beauté profondément mélancolique du poète, de son bouquet symbolique et de sa mise élégante. Ce voyageur ressemblait à un chasseur qui trouve une proie longtemps et inutilement cherchée. Il laissa, en style de marine, Lucien arriver, et retarda sa marche en ayant l’air de regarder le bas de la côte."
Balzac, Les Illusions perdues, 3e partie
Cela donne lieu à un pacte faustien. Lucien vient ni plus, ni moins, de signer un pacte diabolique comme il l’écrit aussitôt à sa sœur, Ève :
" Ma chère sœur, voici quinze mille francs.
Au lieu de me tuer, j’ai vendu ma vie. Je ne m’appartiens plus : je suis le secrétaire d’un diplomate espagnol.
Je recommence une existence affreuse. Peut-être aurait-il mieux valu me noyer.
Adieu. David sera libre, et, avec quatre mille francs, il pourra sans doute acheter une petite papeterie et faire fortune.
Ne pensez plus, je le veux, à
Votre pauvre frère,
Lucien. "
Balzac, Les Illusions perdues, 3e partie
Source :
F. Marceau, Balzac et son monde, Tel Gallimard
Nous verrons dans le paragraphe suivant la place de Vautrin dans la Comédie humaine.
2. Vautrin, un personnage apparemment secondaire
Vautrin ne joue pas, à proprement parler, un rôle principal dans la Comédie humaine. Et pourtant, il devient progressivement un personnage pivot de cette "cathédrale de papier" à travers trois romans exceptionnels :
Le Père Goriot,
Les Illusions perdues,
Splendeurs et Misères des courtisanes.
Balzac le fait apparaître dans le premier chapitre de la 1e partie du Père Goriot, preuve de l’attrait qu’il revêt à ses yeux dans le système qu’il met en place.
Le personnage réapparaît sous les traits d’un abbé espagnol, l’abbé Herrera, dans les derniers chapitres de la dernière partie des Illusions perdues.
Enfin, ce même prêtre, qui n’est autre que Jacques Collin alias Vautrin, joue un rôle majeur dans Splendeurs et misères des courtisanes.
Cette importance graduelle est rendue possible par le fait que ce personnage sert de révélateur à l’action menée.
2.1 Personnage pivot
Vautrin est un être investi d’une aura unique. Son charisme s’exerce notamment sur Rastignac et Lucien de Rubempré.
Face à ces deux jeunes hommes inexpérimentés, il fait miroiter l’espoir de la richesse.
Mais nous verrons que les circonstances de la rencontre avec chacun des deux protagonistes diffèrent, tout comme la nature de la relation nouée.
Il vous est proposé de découvrir l'analyse des deux entreprises de Vautrin.
2.2 Vautrin/Rastignac
C'est au travers d'une conversation amicale dans le jardin de la maison Vauquer que la mainmise de Vautrin sur le jeune Rastignac encore inexpérimenté débute.
Pour tout comprendre sur les manœuvres de notre personnage : découvrez la leçon de Vautrin à Rastignac (Père Goriot, partie 1, chapitre 1er)
2.3 Vautrin/Rubempré
C'est dans un tout autre cadre que les relations entre ces deux personnages se nouent. Retrouvez le pacte souscrit entre Vautrin et Lucien de Rubempré (Les illusions perdues, 3e partie, chapitre 33)
Voyons désormais le destin réservé à ce personnage de fiction.
3. Vautrin, un homme au destin exceptionnel (Balzac)
Jacques Collin passe du statut de bagnard, par deux fois évadé, à celui de chef de la Sûreté de 1830 à 1845.
Dans Splendeurs et misères des courtisanes de Balzac, il offre ses services en n’ayant " pas d’autre ambition que d’être un élément d’ordre et de répression, au lieu d’être la corruption même".
Ce parcours atypique explique l’intérêt de Balzac pour un personnage mû par une volonté de réussir peu commune.
Voyons son ascension dans la société.
Vautrin connaît une stupéfiante ascension sociale qu’il ne doit qu’à lui-même : ancien bagnard, il accède au poste de chef de la Sûreté.
3.1 Jacques Collin
Au bagne, Jacques Collin se fait confier des sommes en dépôt parmi ses compagnons de détention formant une organisation mafieuse secrète avec ses propres codes :
"Jacques Collin était le caissier, non seulement de la Société des Dix-Mille, mais encore des Grands Fanandels, les héros du bagne. De l’aveu des autorités compétentes, les bagnes ont toujours eu des capitaux. Cette bizarrerie se conçoit. Aucun vol ne se retrouve, excepté dans des cas bizarres. Les condamnés, ne pouvant rien emporter avec eux au bagne, sont forcés d’avoir recours à la confiance, à la capacité, de confier leurs fonds, comme dans la société l’on se confie à une maison de banque. "
On sait que dans le système balzacien, l’argent est le nerf de la guerre pour tous les personnages.
Or, ce capital, dont Jacques Collin n’est pas propriétaire, a été utilisé dans son intérêt exclusif, ce qui n’est pas sans danger au moment où il se trouve, quoique sous les traits de l’abbé Herrera, dans la cour de la prison, en présence de trois de ses coreligionnaires venus lui demander des comptes :
" Or, ces trois illustrations de la haute pègre avaient des comptes à demander à Jacques Collin, comptes assez difficiles à établir. Le caissier savait seul combien d’associés survivaient, quelle était la fortune de chacun. La mortalité particulière à ses mandataires était entrée dans les calculs de Trompe-la-Mort, au moment où il résolut de manger la grenouille au profit de Lucien. En se dérobant à l’attention de ses camarades et de la police pendant neuf ans, Jacques Collin avait une presque certitude d’hériter, aux termes de la charte des Grands Fanandels, des deux tiers de ses commettants. "
Jacques Collin dispose toutefois d’un atout qui lui a servi toute sa vie : son sang-froid. Alias Trompe-la-Mort, il n’est pas homme à se laisser prendre en défaut :
" — N’y a-t-il pas ici des cuisiniers ? Allumez vos clairs, et remouchez ! (voyez et observez !) Ne me conobrez pas, épargnons le poitou et engantez-moi en sanglier (ne me connaissez plus, prenons nos précautions et traitez-moi en prêtre), ou je vous effondre, vous, vos largues et votre aubert (je vous ruine, vous, vos femmes et votre fortune). "
3.2 L’abbé Herrera
C’est au cours d’une rencontre fortuite avec l’abbé Herrera, dont il usurpe l’identité, qu’il se donne les moyens de vivre en pleine lumière à Paris, muni de lettres d’accréditation diplomatique et de ressources financières importantes, auxquelles s’ajoute le capital des bagnards.
Il peut ainsi subvenir aux besoins de Lucien de Rubempré, aussi bien en remboursant les dettes contractées par David Séchard qu’en finançant le nouveau train de vie parisien de sa créature.
Le piège mis en place pour démasquer Jacques Collin par l’intermédiaire de ses anciens amis n’a pas été couronné de succès.
C’est alors que celui qui demeure l’abbé Herrera, à défaut de preuve contraire, abat sa dernière carte, magistrale :
"En effet, le garçon de bureau du cabinet ouvrit la porte, et Jacques Collin se montra, calme et sans aucun étonnement.
— Vous avez voulu me parler, dit le magistrat, je vous écoute.
— Monsieur le comte, je suis Jacques Collin, je me rends !
Camusot tressaillit, le procureur général resta calme. "
3.3 Chef de la Sûreté
Reste à comprendre les motifs qui le conduisent à ce revirement.
Dans un tête-à-tête avec le procureur général, il rappelle le temps passé au bagne. Puis il proteste contre le sort réservé aux prisonniers ayant purgé leur peine, condamnés à vivre sous surveillance avec le passeport jaune : « Vous le condamnez à la faim ou au crime. »
C’est ainsi que fort de la sombre destinée qui lui est offerte, il entend offrir ses services en remplacement de son alter ego Bibi-Lupin, ancien bagnard toujours corrompu :
" Je crois tellement en vous que je veux être entièrement à votre disposition, reprit-il avec l’humilité d’un pénitent. Vous me voyez entre trois chemins : le suicide, l’Amérique et la rue de Jérusalem. Bibi-Lupin est riche, il a fait son temps ; c’est un factionnaire à double face, et si vous vouliez me laisser agir contre lui, je le paumerais marron (je le prendrais en flagrant délit) en huit jours. Si vous me donnez la place de ce gredin, vous aurez rendu le plus grand service à la société. Je n’ai plus besoin de rien. (Je serai probe.) J’ai toutes les qualités voulues pour l’emploi. J’ai de plus que Bibi-Lupin de l’instruction ; on m’a fait suivre mes classes jusqu’en rhétorique ; je ne serai pas si bête que lui, j’ai des manières quand j’en veux avoir. Je n’ai pas d’autre ambition que d’être un élément d’ordre et de répression, au lieu d’être la corruption même. Je n’embaucherai plus personne dans la grande armée du vice. Quand on prend à la guerre un général ennemi, voyons, monsieur, on ne le fusille pas, on lui rend son épée, et on lui donne une ville pour prison ; eh bien ! je suis le général du bagne, et je me rends… Ce n’est pas la justice, c’est la mort qui m’a abattu… La sphère où je veux agir et vivre est la seule qui me convienne, et j’y développerai la puissance que je me sens… Décidez… "
C'est ainsi que cette offre est acceptée et que Jacques Collin devient un chef de la Sûreté irréprochable pendant quinze ans.
Vautrin contre Balzac
Retrouvez la singularité de ce personnage dans une BD passionnante de Bruno Lacigne et de Régis Penet (dessin) aux éditions la Boite à bulles qui restitue avec authenticité l’histoire de Vautrin.

L’originalité de cette œuvre consiste à mettre en scène un personnage de fiction qui vient demander des comptes à son auteur.
Devenu chef de la Sûreté à Paris, Vautrin se rend en diligence à Saché pour rencontrer Balzac.
Quels sont les reproches formulés ?
Il reproche à Balzac d’avoir nui à sa réputation en l’associant à tant de crimes et de vices.
Conclusion
Vautrin dans "la Comédie humaine" de Balzac : le cas Vautrin révèle ainsi toute l’audace de Balzac dans la Comédie humaine. Inspiré par Vidocq, mais transformé par l’imaginaire romanesque, ce personnage échappe aux catégories simples : ancien bagnard, criminel habile, manipulateur redoutable, mais aussi homme d’intelligence, de sang-froid et d’une remarquable puissance d’adaptation, il traverse l’œuvre comme une figure à la fois inquiétante et fascinante.
Son identité multiple, son ascension sociale improbable et son influence sur Rastignac comme sur Lucien de Rubempré font de lui bien davantage qu’un personnage secondaire. Vautrin devient un révélateur du monde balzacien : il met au jour la violence des ambitions, le pouvoir de l’argent, les failles de la société et les ambiguïtés de la justice.
C’est pourquoi Vautrin occupe une place essentielle dans la littérature de système imaginée par Balzac. Par lui, le romancier donne corps à une figure complexe, ni entièrement condamnable ni véritablement rédemptrice, qui annonce la puissance du réalisme à venir : montrer l’homme dans ses contradictions, ses masques et ses compromissions.
Dans l'article suivant, nous aborderons la particularité du style balzacien.



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