"Les Rayons et les Ombres" : collaboration et malaise
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Analyse du film "Les Rayons et les Ombres" de Xavier Giannoli : collaboration, censure nazie, liste d’Otto Abetz et enjeux actuels de la littérature.

"Les Rayons et les Ombres" : collaboration et malaise
Le film de Xavier Giannoli, sorti en mars 2026, Les Rayons et les Ombres, aborde la question de la Collaboration, période de l’histoire de France encore sensible.
Malaise
Il connaît à juste titre un véritable triomphe, mais un certain malaise se fait sentir tout au long de ses trois heures et vingt minutes.
Pourquoi ?
L’axe du long-métrage s’organise autour du parcours de Corinne Luchaire, jeune actrice entraînée dans sa chute par son père, Jean Luchaire, patron de presse entièrement subordonné à l’autorité allemande.
"Les Rayons et les Ombres" : collaboration et malaise :
Otto Abetz
Pour ma part, le film retient surtout l'attention par la figure d’Otto Abetz, ambassadeur allemand à Paris, qui joue de facto le rôle de gouverneur civil. Sa vie, à elle seule, mériterait d’être racontée.
Il s’est lié d’amitié avec Luchaire durant la montée des périls, en créant un mouvement pacifiste franco-allemand. Homme de gauche, il adhère pourtant au parti nazi en 1937. Les deux hommes voient ainsi leurs destins étroitement imbriqués.
L’intérêt porté tient notamment aux listes qui portent son prénom : la "liste d’Otto".
Liste d'Otto
Précisons le contexte. Dès le tout début de l’occupation de la France, Otto Abetz, fin connaisseur de la littérature française, s’emploie à dresser une liste d’écrivains interdits de publication. Il la modifie à trois reprises.
On y trouve des auteurs juifs français, ou dont les œuvres ont été traduites, mais également des auteurs non juifs qui déplaisent au régime nazi.
Découvrons la table des matières qui fait froid dans le dos.
René Philippon, président du Cercle de la librairie, qui a signé une convention d’autocensure avec l'occupant, écrit dans le dernier paragraphe de l’avertissement :
"Ces dispositions, qui ne semblent pas causer un préjudice matériel sérieux à l’édition française, laissent à la pensée française le moyen de continuer son essor, ainsi que sa mission civilisatrice de rapprochement des peuples.”
Culture asservie
L’idéologie nazie considère que, pour asservir un peuple, il est d’abord nécessaire de se rendre maître de sa culture.
Il faut donc mesurer l’importance de la littérature, et ses enjeux, dans la lutte d’influence intellectuelle.
L’indépendance du monde des lettres n’est pas un combat d’arrière-garde, mais une exigence encore à défendre. Et cela n’est pas sans lien avec l’actualité littéraire.
Actualité
Le licenciement de Olivier Nora de Grasset, désormais propriété de Vincent Bolloré, apparaît à cet égard comme une menace pour la liberté éditoriale.
En privé, le magnat révèle ses intentions :
"Je me sers des médias pour mener mon combat civilisationnel."
Ce "combat civilisationnel " épouse sans complexes des thèses d’extrême droite dressant par nature les uns comme les autres en fragilisant notre démocratie.
Ce n'est pas sans inquiétude pour les amateurs de la littérature de voir cette dernière assignée à la défense d'une telle cause.
La littérature ne se conçoit que dans la liberté et le pluralisme...
Sources :
https://fr.wikisource.org/wiki/Ouvrages_litt%C3%A9raires_non_d%C3%A9sirables_en_France/Avertissement


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