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Journal d’une condamnée par l’algorithme

  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Un matin, Facebook vous efface. Des années de travail annihilées. Sans procès, et sans interlocuteur. Journal mordant d’un bannissement à l’ère des plateformes toutes-puissantes.

 

Notification Instagram : compte suspendu à cause d'une règle Facebook non respectée. Options de récupération et informations supplémentaires.
Notification de suspension

 Journal d’une condamnée par l’algorithme


Découvrez ce modeste journal relatant les différentes étapes du banissement de la Gazette littéraire de Meta. Une manière de partager une expérience où l'incompétence du monde de la Tech confine à l'absurde.

Jour 1 :


Je ne peux me connecter à aucun de mes comptes. C’est la stupéfaction !


Un message m’indique que j’ai commis une faute.


Mais l’intitulé est si peu clair que je ne comprends pas de quel compte il s’agit, puisque j’en ai trois dans la merveilleuse galaxie Meta : mon compte FB personnel, mon compte FB professionnel (Gazette littéraire), tous deux ouverts en 2009 et enfin mon compte IG (Gazette littéraire), né en 2016.


Une infraction, qualifiée de "fraude" aux règles de ce groupe si vertueux, sur l’un de ses comptes Facebook. 


Où ? Quand ? Comment ? Quoi ?


Aucune explication, au mépris des principes fondamentaux du droit. La seule chose offerte à la délinquante littéraire : "faire appel", sans même savoir sur quel article litigieux je suis poursuivie ou si un de mes comptes a été, en réalité, piraté.


Appel interjeté

Sans autre solution, je fais donc appel à l’aveugle. Je reçois ce message en retour :

Alerte Facebook pour un appel. Texte explique le processus de révision de compte, avec icône d'avertissement et logo bleu en haut.

Journal d’une condamnée par l’algorithme : la "condamnée" se dit piteusement qu’il ne lui reste plus qu’à attendre, le temps que la méprise soit reconnue et que tout rentre alors dans l’ordre. 


Jour 2 :


Je n’ai toujours aucun accès à mes comptes.


"Revenez ici plus tard !", voilà une belle formule dilatoire !


On est entré dans l’ère de la vacuité.


Dans ce monde merveilleux du numérique, la peine sous le régime de l’arbitraire se paie sur-le-champ : bannissement de tous vos autres comptes de la magnifique galaxie californienne — Threads, Instagram et WhatsApp (pro).


Jour 5 :


Je désire contacter le support technique pour signaler ce qui, à mes yeux, constitue un malentendu.


Or, le chemin le plus simple, ce serait de me connecter sur mes autres comptes pour obtenir leur aide.


Mais toutes les plateformes demeurent inaccessibles, puisque je ne peux plus me loguer (si si, ce terme figure bien dans le dictionnaire)…


Il me reste à faire des recherches pour dénicher des coordonnées électroniques sur internet.


Quelques adresses trouvées çà et là, sans certitude.


Je tente.


J’écris sans jamais recevoir le moindre accusé de réception. Après l'expérience du vide physique, voici celle du vide digital !


Bienvenue dans l’univers Meta, où la connexion — pourtant vantée — n’est plus qu’une chimère !


À défaut, cette ingénieuse multinationale indique une vague adresse domiciliée en Irlande… Un site virtuel qui s’en remet à la poste ! Ne sommes-nous pas revenus au bon vieux temps  ?


Sur le plan professionnel, les répercussions se manifestent : impossibilité pour moi de lancer la moindre campagne marketing sur les réseaux.


Mes statistiques déplorent, en outre, la perte des visiteurs en provenance de Meta, ce qui entrave le redéploiement en cours de la Gazette littéraire.


Peut-être que tout redeviendra normal dans les prochaines semaines ?


L'espoir fait vivre !

 

 Jour 30 :

 

Que se passe-t-il lorsqu’on n’existe plus numériquement ?


On le déplore d’abord, avant de composer avec cette situation : voici enfin du temps libre, loin des stratégies marketing, stressantes et envahissantes.


Je ressens moins de contraintes d’ordre mental.


Cela me permet de réaliser le poids indu de ces réseau sociaux sur mon projet entrepreneurial.


Par la force des choses, je deviens plus disponible pour écrire, ce qui me comble comme ce petit journal que je tiens pour la forme.


En revanche, mes projets de séminaires et de conférences littéraires en ligne sont suspendus sine die.


Jour 60 :


Surprise : mon nouveau site progresse en dépit de mon bannissement.


Ne dit-on pas que la chance sourit aux audacieux ?


Je propose des articles touchant à la culture et à la langue française. Je me fais plaisir sans penser à leur réception sur les réseaux finalement très aliénants.


En société, j'ai toujours du mal à forcer ma nature...


Le temps que je déploie est finalement bien employé, mais à court terme, je vais devoir renoncer à d'autres projets ...


La visibilité du site est injustement pénalisée. Par ailleurs, je n’accepte pas le caractère infamant de la sanction.


Meta me dicterait-elle sa loi ?

 

Jour 80 :

 

D’aucuns me disent de rouvrir un compte.


Il me faudra changer de nom, d'adresse mail ... Ce serait également dire adieu à mes abonnés.


Je refuse, car ce serait accepter l’iniquité de mon sort.


J'enrage contre l'absence de souveraineté numérique européenne. Nous sommes livrés aux règles arbitraires de ces Big Five de l'internet.


Le consommateur est bien seul...



Jour 94 :


Aucune connexion possible, cela fait plus de trois mois, la plaisanterie a assez duré.



Cela me choque : je cherche une nouvelle option.


J’écris ainsi à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ( DGCCRF) pour me plaindre de cette situation.


Je reçois la réponse suivante.

Message officiel Gouvernement/SignalConso confirmant l’enregistrement d’un signalement à Marie-Noelle Parisot-Schmitt.

J’ai le sentiment d’agir même si c’est une lutte inégale du pot de terre contre le pot de fer.


Mais j’en fais une affaire de principe. Le berger David n’a-t-il pas triomphé du géant Goliath ?


Je saisirai au besoin le tribunal judiciaire pour récupérer mon compte sous astreinte.


 Conclusion 


Méfiez-vous des sites littéraires !


Ce sont, en effet, des objets dangereux : ils détiennent un pouvoir immense :  le savoir, l’ironie, la mise en perspective — tout ce qu’une entreprise avec ses précieux bots telle que cette magnifique entreprise ne connaîtra jamais.

 

Meta ne fait qu'administrer du néant, car même le virtuel est un vain mot : aucun service apporté et ses pratiques ne visent en réalité qu'à se dérober à ses propres obligations.


Rien donc... pour l'instant


(à suivre...)

 












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